Il y a la majorité des jeux vidéos, ceux qui déclinent des concepts vieux de 30-40 ans ou copient-collent la version n-1 en upgradant le moteur graphique. Et il y a les jeux ambitieux, ceux qui osent inventer un nouveau langage visuel et narratif. Ceux qui perçoivent le jeu vidéo comme un immense terrain de jeu artistique, quasiment vierge. Ceux qui inventent par là un nouveau genre de joueur/spectateur. Ni dans la passivité cinématographique (c'est un jeu vidéo, il faut résoudre les puzzles, parfois avec des passages un peu skillés, facon portal), ni dans la frénésie du joueur d'arcade. Un état intermédiaire où coexistent l'implication du gamer et la distance esthétique du spectateur ou de l'amateur d'art.
Outre l'ambiance à la fois glauque et naïve, parfaitement réussie (l'habillage monochrome "film muet" est splendide), c'est un nouveau genre de narration que Limbo inaugure. Pas une parole, pas une indication, pas de HUD. Les choses sont là, elles ont une façon de fonctionner qu'il faut comprendre et manipuler pour pouvoir avancer, car c'est ce qu'un joueur fait. Le monde a ses codes, ses créatures inquiétantes, ses machines étranges, et on le traverse sans vraiment comprendre, en s'interrogeant toujours sur sa nature, et la nature même du personnage que l'on dirige, pas moins mystérieux. Limbo créé donc des questions, une intrigue, une ambiance, des buts, un monde singulier sans jamais avoir communiqué directement (verbalement) avec le joueur/spectateur, comme un film ou une peinture. Comme dans un rêve il n'y a pas de but clair, mais pourtant le rêve évolue, on le découvre, il emprunte ses chemins, pose des questions, des motivations apparaissent. En fait de rêve il s'agirait plutôt de cauchemar avec Limbo, tant affreuses vont être ses rencontres. D'une simplicité extrême (3 flèches et une touche d'action) et relativement lent, il réussit pourtant à créer des moments de paniques, d'espoir et de désespoir d'une intensité surprenante.

Limbo est une expérience visuelle qui place le joueur dans une position inédite de joueur-esthète-rêveur, et qui inaugure un nouveau genre de story-telling avec un brio qu'on attendrait pas d'une première tentative. Un must-play absolu pour quiconque s'intéresse un minimum au jeu vidéo en tant qu'art.
Pimprenelle
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le 11 déc. 2011

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