Mafia: The Old Country
6.6
Mafia: The Old Country

Jeu de Hangar 13 et 2K Games (2025 · PC)

Cette critique contient des spoilers que j'ai la flemme de masquer ; qui plus est, elle a été rédigée à chaud juste après le générique de fin. Tout est ainsi en bordel.


Alors, que dire, que dire ?

Commençons par le commencement, par le cœur d'un jeu : le gameplay.

Eh bien, le gameplay est plat, on avance, on tire, on se planque. Ça copie ce qui se fait de mieux, en infiltration et en gunfight, le rendu est tellement générique qu'il est inutile de le décrire plus longtemps. En revanche, même si c'est le jeu, sans mauvais... jeu de mot, le fait qu'une cinématique puisse ruiner scénaristiquement l'heure de jeu que tu viens de te taper en no damage et no alarm, c'est un peu chiant. Surtout que, diégétiquement, ça rend le personnage principal aussi con que maladroit puisque c'est toujours de sa faute in-cutscenes si ça foire. D'accord, ils ont tous un couteau en acier de scénario mais quand même ! Puis c'est quoi ce pays où tout le monde a une lame sur soi et la sort pour régler ses comptes ? On dirait que c'est une tradition : quand t'as un différent avec quelqu'un, même le gars te dépasse sur le trottoir, hop, tu sors ton canif. Et on parle d'insécurité aujourd'hui ? Les combats de couteaux sont d'ailleurs totalement innocents, il est dur de perdre et... dur d'être précis. Des bugs de collisions, des animations étranges..., certains ennemis lambdas sont surprenament doués et d'autres, censés être bien coriaces sont... très simples. Bref, aucun challenge.

Aussi... bon il est vrai qu'une équitation réaliste (comme une escrime réaliste) serait plus chiante que divertissante (oui c'est un bonheur sur une selle mais avec une manette ou un clavier, ça ferait chier tout le monde, ne serait-ce que pour préparer le canasson), en revanche, ils auraient pu faire une effort pour rendre la monte crédible, surtout les animations, rien que la tenue des rênes ; par exemple, tu peux pas partir au galop sans raccourcir tes rênes et/ou en agitant les bras comme un forcené, y'a un minimum de standing quand même. Mais d'accord, c'est tatillon ! Très bien. En revanche, l'équitation, vite mis au placard pour l'automobile, offre peu de sensations. Et les différents chevaux qu'on peut acheter ne servent à rien (comme tout ce qu'on peut acheter d'ailleurs). On ne connait même pas leurs races d'ailleurs ? C'est quoi, des calabrais ? Des tolfetanos ? Des selles italiennes ? La race d'un cheval est extrêmement importante pour ces caractéristiques, autant on s'en fout un peu dans RDR1 (plus crédible que ce Mafia pour monter), c'est le début de la PS360 mais..., là quand même... on peut choisir le nom du cheval, ses compétences etc... la race aurait été un minimum. Dommage car l'équitation en pleine Sicile offrait beaucoup de promesses, surtout pour les courses-poursuites mais... bon... c'est encore moins jouissif qu'un Zelda. Et Zelda est cartoonesque.


Le scénario maintenant, après tout, c'est un jeu NARRATIF.

Les personnages sont oubliables, tous assez fades et avec peu de fulgurances. Dommage pour Cesare qui devient un peu, je dis bien " un peu ", kiffant sur la fin. Luca, brave type, est trop effacé pour que l'on s'attache à lui, puis Isabella, peut-être la plus séduisante, agit trop souvent comme une débile. D'ailleurs, je m'excuse par avance si une actrice donne son visage au personnage mais pour une sicilienne... elle est vraiment vilaine (et ne ressemble pas à son daron) ; avec sa robe verte immonde qu'elle porte tout le temps, surtout les jours où elle doit " être discrète ". Bah oui, met ton vêtement ultra voyant et flashy que seul toi dans tout le pays porte, c'est une excellente idée ça. Quoiqu'il en soit, pour une île qui regroupe certaines des plus belles femmes du monde, c'est dommage que le love interest (car elle ne sert, malheureusement, qu'à ça) soit aussi... peu affriolant. Enzo non plus, d'ailleurs, n'est pas bien avenant ; une tête de pioche sans charisme qui s'efface et fait le canard pour tout et rien. On dirait la tête par défaut dans les créations de personnages de ces jeux indés ratés qui pullulent sur Steam. Générique au possible.

On a beau critiquer Red Dead 2 pour son scénario attendu et trop convenu, mais pour une histoire où une bande de rigolos se casse la tronche, la mise en scène était quand même bien mieux foutu, et c'était en 2018 ! On s'était, au moins, un tantinet entiché de ses différents protagonistes. Pour ce Mafia 4, on se fout... à peu près, de tout le monde. Le plus gros gâchis étant le Don, qui s'en sort avec son physique de gigantesque Chad agelaste, mais qui reste finalement un cliché de tyran avide de sang. Bon. Très bien. Le personnage de Tino, en revanche, même si détestable, sorte de Talleyrand sicilien du début du XXème siècle, est intéressant, on adore le détester, ses réactions sont crédibles, ne déçoivent pas... mais il reste le seul avec un peu d'épaisseur.

Sinon, Enzo, revenons au héros, est débile comme ses mocassins, il faut le savoir. Nous avons affaire à vrai dandin sicilien... Ce couillosti préfère tailler le bout de gras avant d'exécuter une cible alors que... s'il ne prenait pas le temps de lâcher sa petite punchline, tout ce serait bien passé. Déjà que nous avons encore affaire au larbin de service qui accompli des exploits divins (assassiner une centaine de bandits à lui tout seul pour un merci c'est cool) mais qui reste un trublion. Mais plus que ça, comme déjà dit plus haut, ce guignol déclenche toutes les alarmes dans une cinématique alors qu'on a passé 30 minutes à traverser la zone sans lâcher le moindre pet et surtout, il trahit ses potes et se tape la mauvaise fille. La seule de toute la Sicile qu'il fallait pas se taper, il se la tape. Il en tombe même amoureux après lui avoir sorti deux phrases et, bien évidemment, c'est réciproque car Enzo, on sait pas tellement pourquoi d'ailleurs, est " tellement différent ". C'est une femme donc le premier guignol qui... qui... on sait pas mais le premier guignol qui lui fait de l'œil lui donne des poussées hormonales défiant les lois de l'ostrogénie. Ce serait presque misogyne si ça n'était pas une maladresse de la part des scénaristes ; Isabella passe vraiment pour une adolescente qui lit trop de new romance. Heureusement qu'elle change, même si à la toute fin, parce que sinon...

Mais au fond, sans Enzo, tout le monde est content (sauf peut-être Isabella qui nous fait sa rebello-bourgeoise du jour au lendemain) ; comment ne pas être du côté du Don et de Cesare ; notre héros est vraiment celui qui vient foutre le bordel dans toute la famille, en s'emmourachant de la fille du patron (Cesare a raison, il pouvait se taper qui il voulait et...), en rêvant d'Amérique, en trahissant ses potes, tout ce qu'il fait est irréfléchi et dommageable. Les personnages qu'il affronte lui répètent d'ailleurs, ce con pouvait tout avoir, il pouvait se hisser au sommet, vivre aussi bien qu'un mafieux peut vivre, pourquoi gâcher tout ça pour une gonzesse en pleine montée hormonale, beaucoup trop chère pour lui, en plus de l'engrosser ? Enzo, arrête de penser avec ta queue un peu. Le soucis étant que si les personnages se rendent compte que le héros gâche tout, c'est que les scénaristes le savent aussi... ? Ce qui est, par conséquent, très maladroit. Peut-être que la morale pourrait expliquer tout cela. L'amour avant tout, car omnia vincit amor, donc... la mafia c'est pas bien, le crime c'est pas bien mais l'amour c'est bien et qui joue avec le feu s'y brûle ? Bon, d'accord mais c'est un peu court jeune homme. Déjà que c'est un peu cliché. Les histoires mafieuses finissent rarement bien, que ce soit Casino, Mean Streets, Les Affranchis, Gomorra, mais déjà, ces exemples là étaient plus riches, plus patients et mieux écrits, mais aussi et surtout l'on peut toujours offrir une fin en demi-teinte, ou alors s'arrêter en pleine ascension comme Bel-Ami, laissant alors entrevoir le mauvais qui est à prévoir. Bref, on s'attend à ce que ça tourne mal et forcément, ça tourne mal. Heureusement qu'Isabella s'en sort, vu qu'elle est la plus innocente du lot, qu'elle devient tout de même appréciable sur la fin avec la fougue qui la conquiert enfin, le dernier segment n'étant pas dégueulasse à jouer même si très convenu.

Les dialogues, quant à eux et en général, se perdent en arguties..., " je t'aime plus que tout, tu es ma loyauté, il faut faire des sacrifices ". Rien n'a vraiment de conséquences lourdes, rien ne fait un minimum réfléchir (pour un jeu narratif, c'est un peu triste), rien n'est profond. Pas même une petite formule envolée comme ça en tuant un méchant pas gentil. Décidément, ce nouvel opus de Mafia ne brille pas vraiment par sa faconde.


Bon, un bon point cela dit.

On a longuement médité depuis déjà la fin du XIXème siècle, sur le lieu comme personnage principal, plus que les protagoniste le traversant. Nous pouvons penser à Manhattan de Woody Allen (d'où le titre) ou La Piscine de Jacques Deray avec une intrigue qui se sert avant tout de la Côte d'Azur ; et pour ce Mafia 4, le constat obvie que l'on fait est que la Sicile reste tout du long le véritable héros, quoique la véritable héroïne, de ce jeu.

Bien que nous ne pouvons pas la visiter librement, Mafia oblige, elle resplendit à chaque mission, à chaque traversée, à chaque dialogue même, pour peu que l'on décide de faire le jeu en sicilien (qui n'est pas la VO au passage mais comme le français n'est pas la VO de Clair Obscur ou l'arabe de AC : Mirage, alors... à force de déceptions...). En tout état de cause et de conséquence, les décors extérieurs reste la grande réussite du jeu, voire peut-être la seule, avec son ambiance méditerranéenne des plus sapides. Les champs de lavandes, les vignobles, les ouvriers agricoles, les écuries, les citronniers, tout est là, on se croirait dans une suite, quelque part historiquement logique, du Guépard de Lampedusa. Un paysage qui mérite quelques traversées superfétatoires entre deux missions mais la liberté étant aussi bridée... Surtout qu'il s'agit d'une île dont on veut finalement s'échapper (pour l'Amérique...), quel joli paradoxe ; une beauté ensoleillé, bigarré d'ocre et de mauve, mais maculé de sang comme d'horribles presciences. Cette romance aporétique, qui a tout à gagner à s'épanouir dans un paradis retrouvé, y trouvera finalement que sa perte... Au moins, ça provoque quelque chose au ventre d'y penser ainsi... même si c'est vu et revu, ça fonctionne un peu. Au moins un peu.


Voilà, j'en ai assez parlé de toutes façons et j'ai dit l'essentiel.

Par contre, je le redis encore mais il est triste que le sicilien ne soit pas la VO, la synchronisation labiale étant ainsi calée sur l'anglais et les acteurs... ne sont pas très convaincants. Le doubleur de Luca qui hurle alors que le personnage est en train de mourir (et donc à bout de souffle), c'est quand même un peu rigolo.

Djokaire
5
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le 11 août 2025

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Djokaire

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