Et qu’il est éblouissant, c’est le moins que l’on puisse dire ! Tant d’années se sont écoulées pour nous, les fossiles ayant joué à la légendaire GameCube de Nintendo (fier d’en faire partie). Et seulement deux décennies plus tard, une pichenette de rien du tout dans le continuum de l’espace-temps, son remaster sauvage apparaît! Les planètes se sont-elles alignées ce jour là ? Nous sommes le 8 février 2023. C’est là qu’il est arrivé entre mes mains grasses de vieux joueur ayant plus de 200 cartouches et quelques 500 CD de jeux derrière lui. Mais entre temps, durant cette trop longue brèche temporelle de 23 années depuis la sortie du proto Metroid Prime, quasiment aucun jeu n’est arrivé à la cheville de Sa Majesté. Nintendo voulait nous le rappeler. Nous rentrer dans le crâne désormais rongés par la calvitie qu’une certaine guerrière de l’espace a écrit son mythe sur la stèle nommée GameCube. Metroid Prime R, c’est aussi un invitation à tous ceux qui marchèrent à quatre pattes en 2001, et à ceux qui ont passé leurs années Pampers sur la PS2. Avec ce Remastered, Nintendo enfonce le clou et me redonne raison. Non : ma nostalgie est aux abonnés absents cette fois-ci ; elle ne dénaturera pas mon jugement. Elle n’est pas demandée à l’accueil . La seule grande qualité du produit me suffit à me convaincre de l’évidence même : si Metroid Prime était fait d’or, Remastered le recouvre de platine. Je luttais malgré tout. Je cherchais l’objectivité et je slalomais entre les virages nostalgiques. La cervelle sait nous jouer des tours, et pour beaucoup, l’enfance est glorifiée en montant les escaliers de l’âge. Mais fort est de constater que oui : Metroid Prime est un coup de boule dans le cœur, un joyau qui ne cessera jamais de m’appeler à allumer ma console à nouveau.
Pour comprendre le cri poussé par la communauté de joueurs il y a maintenant mon âge + 9 années (23 ans), il faut remonter dans le temps Marty. D’abord, l’origine du phénomène. Portée sur les épaules de la solitaire Samus Aran, la licence Metroid est un autre terme utilisé en tant que synonyme de « perfection ». Qu’attendiez-vous de celui qui a crée un genre à lui seul (Castlevania nous fait coucou à l’autre bout de la salle) ? Le déclic s’est fait à la venue au monde Super Metroid sur la trop bonne et trop parfaite Super Nintendo, ou SNES pour les speedrunners du langage. Voyez donc ses notes, les émois qu’il a provoqués sur les quatre continents. Comment un jeu qui glorifie la solitude la plus totale d’une chasseuse de prime perdue dans la gueule sauvage d’une planète hostile a pu à ce point marquer son époque ? Vous le comprendrez en une heure de jeu sur le Nintendo Switch Online sur le dit titre. Et accessoirement, sur ma critique qui viendra je l’espère plus vite que je ne meurs. La vie est mille fois trop courte pour traverser tous ces mondes fictifs.
Metroid Prime. Deux mots et deux coups de foudre à 23 ans d’intervalle. Le choc de 2002 est né de l’union entre Super Metroid et la 3D. Le ketchup et la mayo. D’aucun diront que c’est la sauce ultime. De prime abord, nombreux étaient ceux qui se tenaient la tête entre les mains pour visualiser la chose. Moi-même en regardant en arrière, je reste toujours autant admiratif de l’insolent talent de Retro Studios. D’ailleurs : je place là mon premier et l’un des rares doigts que je fais à l’égard de ce Remastered. Les crédits finaux ne rendent pas honneur (et bon sang, qu’est-ce qu’ils le méritent!) à la team maternelle du Metroid Prime de la GameCube. Ces champions n’ont été mentionné qu’au travers d’une pauvre phrase passe-partout quelque part durant le long « the end » du jeu. Une honte. Ces noms subsistent encore et font briller nos yeux avec une ribambelle de titres trônant dans les hautes sphères de Metacritic. Mais rangez-moi donc cette parenthèse. La 3D. C’est elle qui nous intéresse.
Par l’opération du Saint Esprit texan et du talent pur, le miracle est né. Ce n’était pas un embryon tristement mal formé, encore titubant et risquant de faire couler la licence à jamais. Non. Au lieu du drame, nous avions le Graal. Aussi incroyable et inconcevable qu’apparaissait l’idée de donner plus de polygones à Samus et au monde qui l’entoure, Metroid Prime est venu au monde. S’engouffrer dans les entrailles d’une planète sauvage en trois dimensions n’est plus un doux rêve chatouillant le cœur. D’un coup, un seul et le premier qu’a jamais porté un studio tout juste ouvert… ce fut la maîtrise la plus totale. La progression organique (Dieu sait que je hais cette expression à la mode, mais Metroid est bien le seul digne à s’attribuer cette louange), les déplacements désormais sur la troisième dimension, la map tentaculaire liant autant de régions qu’il y a de jours fériés dans le calendrier , la montée en puissance de l’héroïne, les sombres mystères d’un astre vidé de ses habitants, le poison qui se terre au plus profond des entrailles de la planète. Et les musiques. Oh, les musiques. Cette pizza vidéoludique où chaque ingrédient fricotait avec le divin fut sans pitié face aux journalistes sceptiques des années 2000. Les joueurs de la PS2 pleuraient, ceux de la Xbox première du nom grinçaient des dents tandis que Nintendo se frottait ardemment les mains face à cette réussite à la grandeur égale à celle d'Ocarina of Time en son temps. Et puis, l’Histoire a fait son boulot : deux suites sont venues reprendre le flambeau de la légende. Le deuxième épisode (Echoes) étant d’ailleurs selon moi le plus grand jeu Metroid à ce jour. Un quatrième chapitre qui semblait inconcevable viendra finalement atterrir sur les pistes de la Switch 2 (ainsi que sur les derniers virages de la première Switch). Et c’est là que Metroid Prime Remastered lève la main et intervient – il est la « modeste » promotion de l’inéluctable prochain 10/10 des années 2020, Prime 4 : Beyond. Oups. Mais pas vraiment en fait ! Mais ça ; c’est pour une autre fois...
Sa mission ? Attraper les plus jeunes par les bretelles et par leurs sac Adidas et les éduquer sur ce qu’est un bon jeu vidéo. Et d’attendrir les cœur des plus anciens en leur offrant ce bout de souvenir d’enfance en turbo résolution. J’aimerais parler du squelette de Metroid Prime. De ce qui le rend si spécial aux yeux des passionnés. Viendra ensuite ma valse d’éloges concernant le remaster (vous y trouverez aussi quelques petits chipotements, mais rien de bien méchant que vous rassure).
Allons-y. Rentrons tête première dans les sombres et ruineux couloirs de ce monde en perdition. Tout le monde connais le top départ, ce saut cosmique de la belle depuis son vaisseau sur la frégate Orphéon. Metroid Prime vous veux du mal. Mais pas n’importe quel mal : il cherche à vous déstabiliser au compte goutte jusqu’à qu’angoisse s’ensuive. Ce mal vous rendra accroc et vous fera tomber amoureux de la plus grande force de la série Metroid : son ambiance. Ce n’est pas de l’horreur ou de l’épouvante. Ce mal, voyez le comme une claustrophobie mixée à de l‘extrême délicatesse, une fragilité totale de votre personnage perdu sans un monde inconnu et mort. Et le génie de Metroid, c’est de transformer votre peur du confinement en… claustrophilie ! Vous finirez surpris à quel point vous commencerez peu à peu à aimer ce que vous penseriez être terrifiant !
Voyez plutôt : pour faire du Metroid, mijoter au feu doux une once de solitude, un désarmement complet des compétences de notre héroïne, le tout dans un terrarium gigantesque, interconnecté et à la faune plus hostile que la taxe en fin de mois. Pour s’y prendre, le jeu vous fera perdre TOUS vos moyens (votre équipement j’entends) après votre première demi-heure de jeu ! Sans attendre, il vous placera alors à la surface de la planète Tallon IV : un gigantesque bocal végétalo-magmatico-ruino-arctico-radioactif et labyrinthique. Silencieux, froid et aimant s’amuser à vous picoter les nerfs, un monde où toute forme de vie = danger. Si quelque chose bouge, tirez sur la gâchette sans réfléchir. Vous vous poserez les bonnes questions une fois que votre canon de puissance calmera sa furie ardente. Vous chercherez ensuite où poser vos yeux, quels mécanismes activer, quel tunnel fouiller et finalement, où diable lancer cette compétence que vous venez à peine de gagner en ayant rôti le dernier boss. Mais vous serez toujours et éternellement seule. L’unique voix qui brisera temporairement ce bouillon d’échos de vos pas, de cris de bêtes enfouies, de Pirates de l’Espace criant des joyeusetés dans leur langue… sera celle de votre Viseur d’Analyse.
Lui-même. Ce bon vieux viseur qui aurait bien pu arborer une moustache, un monocle et servir de conteur. Scanner le monde créera un lien entre vous et cette terre alien qui fut morte avant même que vous ne soyez venu du ciel. Le jeu ne vous demandera pas de le faire. L’initiative ne viendra que de vous, joueur qui cherche à comprendre le cancer de cette planète autrefois divinement belle. Havre des Chozos, ce peuple qui attirerait des ornithologues de l’espace et également race extrêmement évoluée, ce monde rendrait notre belle Terre jalouse de son apparence d’antan. Ses habitants (qui furent aussi les parents adoptifs de Samus, qui lui ont légué son Costume de Puissance et cetera ; les Chozos sont très souvent présents ici et là dans la continuité de la série) ont atteins le pic de l’évolution de leur espèce, au point d’avoir éveillé en eux un sixième sens proche de la précognition. Alors évidemment, aussi brillants furent nos Piafabecs bipèdes, aussi proches du divin qu’ils semblaient l’être, leur « divinité » ne fut qu’un délicat verre face à l’immondice qui tomba sur eux quelques décacycles avant l’arrivée de Samus. Ils le savaient, ont spécialement préparé le terrain pour « l’Élu » ; celui qui viendra un jour purifier ce monde souillé et sont parti mourir en laissant derrière eux un testament que seul votre Viseur d’analyse pourra vous conter. Encore une fois : les Chozos se sont fait manger par l’une des innombrables horreurs de l’espace. Un cerveau et une culture grandiose peuvent aisément se perdre dans les abysses du cosmos dès lors que le cœur et le muscle se font trop faibles. Les Chozos sont très loin d’être parfaits (en témoigne également le peuple de Bec de Corbeau, ces factionnaires radicaux de Dread) et leur bonté est indéniablement ce qui a donné naissance à la plus puissante guerrière de ces temps, Samus Aran. Mais voilà : il est bleu. Le Phazon, le corrupteur de mondes. C’est le nom du fossoyeur des Chozos talloniens et du mal qui chassera notre héroïne sur les trois premiers chapitres de la saga Prime.
Électrifiante, éblouissante et dangereusement belle, cette substance est ce qu’il y a de plus radioactif sur l’échelle de l’existence. Si les Métroïdes sont ce qu’il y a de plus agressif et dangereux aux côtés du parasite X, le Phazon est potentiellement un cran au-dessus. Plus tard, nous apprendrons qu’il est « conscient ». Sa particularité est la même que l’huile de palme par chez nous : hautement présente aux quatre coins du monde, très contagieux et se répand plus vite que son ombre. Ne vous y trompez pas – sa couleur digne des plus beaux saphirs est un piège et la dernière romantique pensée que vous aurez dès que vous rentrerez à son contact. Le Phazon est hautement mutagène et déforme quasi immédiatement toute forme de vie. Un planète aussi florissante que Tallon est elle aussi dans un certain sens, vivante. Et c’est justement pourquoi ce bout de caillou ayant logé quelques Chozos finit lui aussi corrompu. Tallon IV est diagnostiquée d’un cancer (le Cratère d’Impact, zone finale du jeu en témoigne – des excroissances, des dents géantes poussent sur les murs et des simili vaisseaux sanguins semblent montrer que la planète souffre tel un patient en phase terminale). D’où vient-il ? Quelque chose ou quelqu’un fut-il à l’origine de l’arrivée de cette météorite phazonique ayant provoqué la fin du vivant sur Tallon IV? Vous le saurez en jouant aux épisodes deux et trois de la meilleure trilogie du jeu vidéo éveur. Mais les premières brides d’informations ? La genèse du déclin de cette planète ? Et les dernières pensées des Chozos sentients ayant découverts la venue du « Ver » ? N’oubliez jamais : le Viseur d’analyse, le dernier bijou de storytelling qui vous happera si vous êtes passionnés de science-fiction. Sa beauté réside surtout dans le fait… qu’il est absolument optionnel ! Le gameplay n’en pâtira pas, votre rythme de jeu ne flanchera pas et Metroid Prime vous donnera tout le temps du monde pour vous raconter calmement les origines et les secrets de ce si riche univers.
Toujours pas convaincu ? Si vous aimez les chiffres, jetez vos globes oculaires sur les fameux Metacritic, sur les milliers de tops des meilleurs jeux de tous les temps… Prenez la manette, caressez là car vous allez la couvrir de sueur : vous ne la lâcherez pour rien au monde une fois que vos mains comprendront le plaisir de prendre le contrôle de Samus, et jouez-y. Metroid Prime est l’un des ces rares miracles qui se sont concrétisés alors que le projet de départ s’annonçait être un saut impossible à réaliser. La tristesse s’empare de moi quand je pense aux ventes faiblardes de cette série. Son immense qualité a toujours été boudée au profit de nos Fifa annuels et consort. Beurk ! Mais le ciel s’est ouvert en deux, la Switch est tombée gracieusement entre nos mains, et ce remaster a donné un second souffle à la légende. Le phénix de la GameCube, désormais plus beau que les courbes que cache le Costume de Puissance, a gagné des ventes records pour un jeu Metroid. Je suis confiant pour la suite des péripéties de la guerrière ultime. Ne faites pas attention aux nano et minuscules petits chipotements que l’on pourrait lui coller aux fesses. Oui, certains effets visuels ont été retravaillés, pour le pire pour certains aficionados de l’original. En vrac : le Rayon à Onde qui n’illumine plus les ténébreux couloirs des labos de Phendrana, le Viseur Infrarouge qui semble trèèèès brouillon et plus « glitchy » qu’à l’accoutumée, le Super Missile parfois laborieux à lancer en plein feu de l’action (plusieurs styles de jouabilité sont dispos au passage) et si vous avez une vision d’aigle comme moi, vous remarquerez ici et là du popping d’éléments du décors (jetez donc cet œil de rapace sur les murs rocheux des Rives de Phendrana. La salle, pas la région.)
Cependant… toujours pas ! Je reste sur ma position, assis plus lourdement qu’un sumotori sur un nouveau-né: Metroid Prime, Remastered ou non, reste à mes yeux la perfection de notre média préféré. Retro Studio n’a pas été avare dans cette galette à 30 euro à sa sortie (sacré prix pour du Nintendo de nos temps) ! Dans les hauts standards graphiques du Nintendo contemporain (mais loin d’un Metroid Prime 4), la bête est livrée avec un tas de bonus à débloquer sous forme d’artworks et d’une playlist de sa fabuleuse musique signée Kenji Yamamoto. Vous venez de venir au monde et n’avez jamais pu faire entrer la moindre mélodie du superbe répertoire de Metroid Prime dans vos oreilles ? Sacrilège ! C’est pourtant la plus grande soundtrack du jeu vidéo, rien que ça. Parler de la musique de ce bijou devrait mériter bien plus qu’une phrase lue en deux secondes.
Pour conclure...
Je vous envie. Vraiment.
Ceux qui n’ont jamais eu le bonheur d’enfiler le Costume de Puissance en 2001.
Ceux qui s’y sont essayé en pensant que « Metroid » est le nom du robot orange que l’on joue. Ceux qui découvrent ce monde alien pour la toute première fois.
Et ceux qui donnent leur première chance à Metroid. Bienvenue. Après votre baptême et le déroulement des crédits de fin, vous comprendrez enfin ce qu’est un grand jeu vidéo.
Je donnerais tout pour retrouver cette joie de l’aventure et cette curiosité folle qui m’habitait, enfant que j’étais à la découverte de Prime. Je vous souhaite le même choc et un immense sourire aux lèvres en vous promenant dans les entrailles de cette planète envoûtante. Et de bien sûr rejoindre ma secte d’adoration de Metroid, la plus grande saga de tous les temps et de toutes les dimensions. Voilà là du grand JV, dans sa forme la plus pure et la plus réussie.