Ce que je préfère dans cette rivière, c'est que printemps, été ou hiver, elle change toujours d'humeur et de couleur. Ou alors est ce le le fait de cette petite nymphe qui parcourt ses eaux, utilisant sa voix chantante et ses pouvoirs pour aider la nature environnante le long de son parcours. Cependant, l'eau claire murmure un chemin pour nous, dévoilant des secrets... ou des vérités plus sombres. Alors, prêt à se jeter à l'eau ?
❤ Si Abzu nous invitait à contempler les profondeurs de l'océan, Naiad fait de la surface de l'eau sa source d'émerveillement. Grâce à sa vue du dessus, on peut ainsi admirer aussi bien le bleu cristallin de la rivière que les environnements qui l'entourent. On y découvre alors une faune et une flore représentées dans un style épuré et plein de douceur, jaillissant des arbres, des algues ou des remous et débordant de vie. En effet, rien n'est jamais figé : il y a toujours quelque chose à observer, comme un animal à suivre ou un élément qui encourage à l'exploration et l'interaction. Et à chaque biome traversé, les palettes de couleurs se renouvellent et s'écoulent avec harmonie, sans tomber dans le cliché du "lumière = positif" et "obscurité = menace". Au contraire, chaque nuance trouve simplement sa place dans cet équilibre naturel.
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❤ Naiad n'est pas une sirène et pourtant elle nous envoute par sa musicalité. Le travail sonore est admirable, nous enveloppant dans une bulle de sérénité qui donne constamment envie de s'arrêter pour profiter du bruit de l'eau qui coule, du vent dans les arbres, des animaux alentours... c'est un véritable effet d'ASMR qui se crée. Mais plus que de simples bruitages, chaque élément participe à une orchestration commune (les fleurs, les rondins, les algues etc...). Comme j'avais pu l'évoquer dans Koira, la musique retranscrit l'harmonie de la nature, un langage qui n'a besoin d'aucun dialogue. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si notre naïade ne communique que par le chant. A cela, une centaine de pistes musicales viennent irriguer cette ambiance environnementale, allant de nappes électroniques apaisantes, à des mélodies instrumentales interprétées par des humains rencontrés au fil de l'eau, donnant naissance à des instants musicaux presque figés dans le temps.
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Aussi lorsque le ton s'assombrit, le paysage sonore devient comme étouffé plutôt que menaçant, à l'image de Naiad qui se sent acculée face aux ravages qu'elle découvre. Ainsi, la nymphe est portée par les flots, et nous, par la musique.
❤ Certes, la vie est un long fleuve tranquille sur lequel on peut se détendre ; pourtant, une histoire s'écoule tout du long avec sans surprise, une portée écologique. Même si le thème ne casse pas trois pattes à un canard, on évite de nous plonger dans un discours trop manichéen, où l'Homme est la pire des espèces. Au contraire, plusieurs moments le montrent sous un jour plus positif, soit en prenant une place dans cette équilibre naturel, ou même en contribuant à sa préservation. Il existe cependant une dimension plus mythologique à ce récit visuel, dont la lecture reste ouverte à l'interprétation, avec des poèmes disséminés au gré du voyage et des lieux cachés dévoilant certains secrets de la rivière. Entre réalisme et onirisme, les deux courants se rejoignent naturellement.
+/- Sur cette rivière, on peut se la couler douce, puisque rien ne fait réellement barrage à notre progression. Mais pour les plus attentifs ou les plus curieux, beaucoup de choses sont à découvrir au détour de ces méandres. Aider une famille d'animaux égarée, guider des poissons vers l'océan, interagir avec les plantes... chaque détour est récompensé, que ce soit par un indice vers un passage secret, ou une rencontre spéciale. Et de cette soif d'exploration se révèle alors une expérience riche pour les complétionnistes, avec la découverte de différents animaux par zone, de poèmes, d'essences florales, de souvenirs à débloquer, le tout pouvant mener à deux fins distinctes. Un système de chapitrage est d'ailleurs accessible, indiquant les éléments manquants et permettant de revisiter plus efficacement les différents territoires. En revanche, certains mécanismes viennent troubler la surface, se montrant assez contraignants à la longue : certaines créatures, en particulier les grenouilles, peuvent se montrer capricieuses quand il s'agit de nous suivre ou bien certaines animations scriptées ne se déclenchent pas systématiquement. Des petits remous non négligeables qui peuvent perturber l'atmosphère paisible de cette balade.
✖ Certaines actions ne trouvent aucune utilité pendant l'aventure comme par exemple, le simple fait de pouvoir faire coucou de la main ; un geste mignon mais qui restera décoratif. D'autres auraient même pu être davantage exploitées, comme ces arias que notre nymphe chantonne, qui au vu de leur thématique, auraient parfaitement pu s'intégrer aux interactions avec le monde marin ou terrestre. Au final, c'est surtout une occasion manquée d'approfondir un peu plus le lien entre la naïade et son environnement.
✖ Quelques secrets sont bien gardés... peut-être un peu trop. Sans indice ni élément visuel pour les repérer, on navigue alors en eaux troubles en espérant tomber au hasard dessus... à moins de se tourner vers un autre type de guide cette fois.
C'est l'histoire de la vie, d'un cycle éternel que l'on parcourt avec poésie et quiétude, mais qui ruisselle malgré tout d'un message important, surtout à notre époque. Et derrière cet univers se trouve un seul créateur, qui y a déversé une attention remarquable, dont la narration visuelle et musicale suffit pour faire naitre une petite vague d'émotion. A vous maintenant de vous laisser porter.