Dès les premières minutes, Neva annonce la couleur. On comprend immédiatement que le jeu va nous en mettre plein les yeux. Visuellement, il frappe fort, avec une direction artistique à couper le souffle. Chaque décor semble peint à la main, chaque panorama évoque une émotion particulière. Si la bande-son m’a semblé parfois en retrait, volontairement minimaliste, elle parvient pourtant à souligner les moments clés avec justesse, accompagnant les scènes marquantes et les sentiments qui en émanent. On est clairement dans un registre contemplatif, où la beauté visuelle prime, mais où le son trouve tout de même sa place pour enrichir l’expérience.
Il est impossible d’aborder Neva sans évoquer Gris, le précédent jeu du studio Nomada. Gris reste un titre marquant, que j’ai terminé plusieurs fois avec toujours autant de plaisir, et même ma femme – qui joue rarement aux jeux vidéo – s’y était laissée prendre. Neva reprend ce même sens de l’esthétique et de la poésie, mais l’enrichit d’un gameplay plus orienté vers l’action et la plateforme. On pourrait dire que c’est “Gris avec plus de jeu vidéo”, sans rien perdre de sa force artistique. D’ailleurs, on retrouve derrière ce projet le même trio de talents : Nomada Studio au développement, Berlinist à la composition musicale, et Devolver Digital à l’édition. Le jeu est sorti le 15 octobre 2024 en France, disponible sur PC, Nintendo Switch, PlayStation 5 et plusieurs autres plateformes.
Le monde dans lequel nous plonge Neva est mystérieux et fascinant. Les inspirations de l’animation japonaise, notamment des films du studio Ghibli, se ressentent à chaque instant. Les créatures sombres et inquiétantes rappellent celles du Voyage de Chihiro, tandis que le lien entre l’héroïne et le loup renvoie inévitablement à Princesse Mononoké. Plus loin dans l’aventure, certains combats contre de gigantesques sangliers corrompus par une substance noire rappellent directement les bêtes contaminées du film de Miyazaki. L’inspiration est claire, mais le jeu parvient à s’approprier ces influences pour construire un univers qui lui est propre.
Le récit démarre de manière bouleversante : on découvre notre héroïne aux côtés d’une immense louve et de son petit, luttant contre des créatures noires et menaçantes. Malgré leur puissance, la mère ne survit pas. Dès lors, notre mission devient celle de protéger le louveteau, de l’accompagner, de l’aider à grandir. Cette relation évolutive constitue le cœur du jeu. Au début, nous avons l’impression d’être son unique soutien, d’autant que la voix de l’héroïne résonne directement par le haut-parleur de la manette PS5 lorsqu’elle appelle son compagnon. Mais au fil des saisons – car le jeu en compte quatre – le jeune loup devient plus autonome, plus fort, jusqu’à devenir un véritable allié indispensable. On passe progressivement du rôle de protecteur à celui de partenaire, et cette évolution apporte une grande richesse émotionnelle et ludique.
Le jeu n’est pas très long, ce qui, à mes yeux, est une qualité. Il sait s’arrêter au bon moment, sans s’étirer inutilement, et laisse un souvenir marquant sans jamais lasser. Son format ramassé renforce d’ailleurs son côté contemplatif et poétique. J’ai rarement pris autant de captures d’écran que dans Neva : chaque tableau méritait d’être immortalisé, tant la direction artistique impressionne.
Sur le plan du gameplay, Neva propose deux modes de difficulté. Ceux qui veulent privilégier la contemplation peuvent se tourner vers le mode histoire, tandis que d’autres trouveront un peu plus de challenge dans l’action. Les combats ne sont pas omniprésents, mais ils apportent du rythme et évitent au jeu de n’être qu’une simple promenade. C’est là où Neva se distingue de Gris : il conserve cette dimension artistique et poétique, mais assume pleinement son statut de jeu vidéo, avec ses mécaniques de plateforme et ses affrontements.
Au-delà de la beauté visuelle et du lien avec le louveteau, ce qui m’a particulièrement marqué est la thématique universelle que Neva développe : celle du cycle de la vie. Les saisons que l’on traverse ne sont pas anodines, elles incarnent le passage du temps, la transformation, la perte et la renaissance. Comme dans la nature, tout finit par recommencer. Le jeu se conclut sur une fin poignante, touchante, qui boucle parfaitement ce récit à la fois intime et universel.
En définitive, Neva est une expérience que je recommande chaudement. Il ne cherche pas à rivaliser avec les blockbusters du marché, mais propose une aventure brève, intense et profondément artistique. Si vous avez aimé Gris, vous ne devez pas passer à côté. Et même si vous êtes simplement amateurs de jeux contemplatifs, courts mais marquants, Neva mérite toute votre attention. Ce n’est pas un jeu vendu au prix fort, et pourtant, il offre une richesse émotionnelle que bien des productions plus longues et plus coûteuses peinent à atteindre. Pour ma part, j’ai trouvé la fin bouleversante, et j’en garde le souvenir d’une expérience autant visuelle qu’émotionnelle, une véritable célébration du cycle de la vie.
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