New Star GP
6.5
New Star GP

Jeu de New Star Games et Five Aces Publishing (2024 · Nintendo Switch)

Ça fait quelques années, l'air de rien, que je constate un vide dans le jeu vidéo ; un vide que personne n'est parvenu jusqu'à présent (du moins, à ma connaissance) à occuper.

Ce vide c'est celui laissé par les grosses franchises dans le secteur du jeu de sport. C'est qu'avec le temps, la course au réalisme et au gigantisme a fini par faire le tri : FIFA, devenu depuis EASFC, n'a désormais plus vraiment de concurrence au regard de ce qu'est aujourd'hui PES (qui, lui aussi, a changé de nom en eFootball) ; même refrain hégémonique de la part d'EA dans les autres sports collectifs, quant au monde du sport auto, même s'il y a bien encore deux grosses cylindrées telles que GranTurismo et Forza pour se disputer le domaine de la « course collection note », dans la catégorie reine qu'est la Formule 1, c'est encore EA qui règne en maître et cela sans que personne dans l'industrie ne semble chercher à le contester.

Or, moi, cet état de fait, je vous avoue qu'il m'interpelle quand même un peu. Parce qu'avec ces seules grosses écuries pour occuper le terrain, il y a un standard qui s'est imposé et qui ne se discute plus – le standard de la pseudo-simu réaliste – et qui moi, clairement, ne satisfait pas à mes besoins actuels de joueur.


C'était une réflexion que je m'étais faite il n'y a pas si longtemps que ça, quand je me suis risqué à retâter du Formula One. J'avais alors trouvé un jeu très bien ouvragé, certes, mais entoqué d'une multitude d'options et de paramètres censées faire réalistes, mais qui, dans les faits, me paraissaient bien superflus au regard de ce que ça apportait en termes d'expérience. Et à côté de ces trucs en trop, il y avait tout ce qui me manquait : les circuits non retenus lors de la saison liée à l'épisode qu'on joue ; un vrai mode carrière progressif ; une meilleure gestion des dégâts ; etc.

Toutes ces brides liées à des licences qu'il faut ménager, des standards photo-réalistes à respecter, une communauté à ne pas brusquer... Et au final toujours cette même formule et personne pour venir proposer autre chose, quitte à laisser licences, réalisme et graphismes chiadés de côté. Ce n'est pas que je trouve la proposition de Formula One intéressante en soi, c'est juste qu'au regard de mes contraintes et de mes envies du moment, je ne cracherais pas sur des jeux plus rapides de prise en main, plus simples, plus funs... Et c'est là qu'arrive notre fameux New Star GP...


A l'origine de ce jeu, un développeur qui a manifestement voulu exploiter ce filon à fond, puisque toute l'activité de New Star Games est tournée vers la production de ce genre d'alternatives qui se veulent cheaps mais funs : New Star Soccer, New Star Tennis, New Star Hockey, New Star Baseball, New Star Cricket, New Star Macramé (un seul de ces titres n'existe pas) et donc notre fameux New Star GP.

Alors, on ne va se mentir, quand on voit un développeur à ce point toucher à tout, on se dit qu'il ne doit pas s'être grandement foulé pour creuser ses concepts et c'est vrai que les quelques vidéos que j'ai pu voir de New Star Soccer et de New Star Cricket m'ont vraiment fait froid dans le dos (et pas qu'un peu).

Seulement voilà, concernant ce New Star GP, on avait l'air d'être clairement un niveau au-dessus. C'était certes de la 3D ultra-minimaliste qu'on s'efforce de masquer derrière un DA criarde, mais ça avait l'air fluide, simple et pas trop aberrant dans les comportements physiques des véhicules. En promos à trois balles sur le Nintendo eShop, ça se tente.

Et donc j'ai tenté.


Alors bien sûr, il y a pas mal de choses qui piquent d'entrée et qu'il faut savoir très rapidement mettre de côté. Me concernant, c'est la musique qui, la première, en a fait les frais. Dégueulasse au possible, je l'ai tout de suite coupée. Mais une fois cette cacophonie musicale réduite au silence, reste un ouvrage technique certes limité mais à peu près acceptable. En fait, ça passe sitôt s'imagine t-on jouer à un jeu N64 relifté ou Dreamcast. C'est certes un peu trop criard au niveau des couleurs, pas très réjouissant niveau sonore, mais ça rentre dans le cadre de ce qu'on accepte de laisser de côté quand on pratique le retro gaming puisque ce qu'on cherche se trouve ailleurs. Or, dans le cadre de ce New Star GP, je dois bien avouer que j'ai été plutôt agréablement surpris parce que le jeu nous laisse une bonne impression manette en main, une fois qu'on a dépassé le cap des limites esthétiques.


Première bonne surprise : la clarté des intentions et du cheminement proposé. Jamais le jeu ne nous confronte à des murs d'options. Tout s'enchaîne ppas, avec à chaque fois un choix réduit entre deux possibilités. Tout y est exprimé simplement, au travers de discussions menées avec différents acteurs qu'on retrouvera régulièrement lors de notre avancée. Un procédé qui, l'air de rien, est plutôt malin, puisqu'il incite le joueur à mettre le nez dans ses options sous une forme accessible, guidée et ludique, qui nous amène à comprendre progressivement le rôle de chaque chose sans que, pour autant, ça ne nous empêche d'aller rapidement s'amuser sur la piste.

Tout est géré sous la forme d'événementiels, histoire de nous imposer chaque modulation comme un défi ponctuel à gérer sur l'instant : une fois c'est un ingénieur qui nous annonce qu'un orage approche et qu'il faudra sûrement adapter les passages au stand en fonction ; une autre fois c'est pour annoncer qu'il y a un problème dans le système de freinage et qu'il va falloir gérer en fonction (à moins d'être capable d'investir tout de suite des ressources dedans). Et tout marche plutôt bien dans la mesure où on nous fait comprendre qu'on va être amené à développer notre monoplace au fur et à mesure de la saison – que les autres concurrents vont aussi le faire – et qu'en conséquence, il va forcément falloir réfléchir à ça pour se faciliter la vie pour nos performances futures...

...Et le pire c'est que ça se ressent plutôt bien au sein de notre compétition. Moi par exemple, j'ai eu tendance à délaisser le freinage et l'accélération au profit de l'aérodynamisme et de la puissance... Eh bah arrivé au cinquième ou sixième grand prix, je l'ai senti. Autant vous dire que, sur un jeu qui aspire à faire les choses au plus simple et au plus accessible, c'est une petite qualité qui ne se boude pas.


Et c'est d'ailleurs la deuxième bonne surprise de ce New Star GP : en termes de sensations de course, on est quand même plutôt bon. L'impression de fluidité et de cohérence de la monoplace donnée par les trailers se confirme manette en main. L'équilibrage n'est pas trop dégueulasse dans la mesure où la conduite est suffisamment permissive pour permettre une course fun et rapidement prise en main, mais tout en sachant poser le minimum d'exigence en termes de freinage et de trajectoire pour créer de l'enjeu.

Et niveau enjeu, l'air de rien, ce New Star GP a su prendre quelques paris réussis :

  • le fait qu'il n'y ait pas de qualif en Grand prix et qu'on soit à chaque fois contraint de partir dernier et dépasser tout le monde pour espérer gagner ;
  • l'existence d'une jauge de boost qu'on recharge à chaque tour et qu'on peut utiliser, soit pour les déplacements, soit pour compenser une perte de temps dans une trajectoire foirée ;
  • la possibilité d'utiliser trois rewinds pour revenir en arrière en cas d'énorme catastrophe de course.

Alors OK, rien de tout ça n'est réaliste, mais par contre, en termes de ludisme, c'est quand même super efficace.

L'air de rien, ça oblige à prendre des risques régulièrement pour dépasser nos concurrents si on veut atteindre le podium, ce qu'on aurait pas à faire si on partait en pôle juste après des qualifs réussies.

Idem, tout ça rend les passages au stand assez nerveux, car c'est nous-mêmes qui rechargeons notre réservoir. Trop en mettre, c'est perdre du temps et repartir trop lourd et trop lent. Mais se précipiter, c'est aussi prendre le risque de se retrouver à sec dans le dernier tour.

De même, user d'un rewind n'est pas anodin : en cas de victoire, les gains pour améliorer notre voiture seront réduits et ça risque de se sentir dans cette course à la performance qui reste l'un des gros enjeux d'une saison.


A tout cela s'ajoute des tracés de circuits qui s'inspirent grossièrement des grands classiques de la F1 et qui garantissent une certaine diversité de plaisir ; des épreuves préliminaires au Grand prix qui varient en début de chaque course (contre-la-montre, reverse, duel, éliminatoire en mode kirin, etc.) ou bien encore cette dimension consistant à gérer les égos, qu'il s'agisse de ceux des membres de notre staff ou bien encore de celui de nos concurrents. Tout ça, en plus, baigne dans une ambiance à la fois kitsch et bon enfant, avec des personnages imaginaires pour lesquels on finit par créer des liens de familiarité, un peu comme on pouvait le faire dans un F Zero ou un Micro Machines. Et si j'entends qu'il n'y a rien de révolutionnaire là-dedans, j'avoue que ça me fait du bien de voir que ce jeu vient combler ce vide laissé entre les simulations monotones et les jeux arcades mal pensés et mal équilibrés sous prétexte qu'ils seraient sans le sou (oui, Gear.Club Unlimited, c'est à ton naufrage vidéoludique que je pense.)


Alors après, c'est vrai que ce New Star GP n'est pas non plus totalement irréprochable au regard de ces fameux choix fainéants qu'on fait passer pour des partis pris assumés par rapport aux contraintes techniques.

C'est le cas par exemple de ces teintes criardes censées masquer le manque de texture et de polygones et qui auraient clairement pu être pensées avec davantage de goût, surtout quand on constate le rendu visuel des courses en plein orage, qui confère au jeu une atmosphère rétro et douce plus proche de ce qu'on retrouve dans les autres jeux qui se risquent, avec un succès certain, à l'esthétique low poly.

Et au fond, cette remarque pourrait aussi valoir pour les musiques. Au lieu de jouer la carte d'une électro basique digne d'une soirée tuning au fin fond du Pas-de-Calais, je pense que ça n'aurait pas été si compliqué que ça de jouer davantage la carte d'un truc plus convenu et passe-partout, juste histoire de montrer qu'on n'en avait pas totalement rien à foutre.

Et puis enfin, la gestion de son écurie et des interactions sociales a beau être efficace de par la simplicité de ses mécaniques, il n'empêche qu'elle sombre parfois dans un excès de simplisme voire parfois de contresens. Parce qu'autant je trouve que ça a plutôt du sens qu'on ne puisse remercier qu'une seule personne de son staff lors d'une interview et que, par conséquent, un choix s'impose dans notre manière de choyer notre équipe, autant j'ai du mal avec l'idée qu'il faille forcément engueuler quelqu'un quand on contre-performe.

Et puis c'est quoi ces choix franchement ? Comment puis-je engueuler la responsable marketing et communication pour mes contre-performances ? A moins qu'elle m'ait collé un sponsor sur la visière de mon casque, je ne vois pas comment elle pourrait être responsable de ma défaillance !

Tout ça a un petit côté « minimum syndical », renforcé par la présence régulière de fautes d'orthographe et de conjugaison. Quand on sait que le jeu, exclusivement en anglais, est d'origine britannique, ça fait quand même vraiment tâche. Ça renforce cette idée que, sous prétexte que c'est un jeu rentre dans une tranche budgétaire « quart de A » (et encore, j'ai quand même l'impression qu'à force, New Star Games, commence à disposer de quelques ressources), cela justifierait qu'on se dispense d'un certain niveau de rigueur et d'exigence.


Malgré tout, j'ai envie de conclure sur une note positive avec ce New Star GP.

Certes, ce n'est pas le parfait contrepied d'un Formula One, tout comme il n'est clairement pas cette perle indé pleinement expurgée de ces fioritures propres à ces productions cyniques qui nous prennent pour des pigeons décérébrés. Cependant, force est de constater qu'au regard de sa production générale, New Star Games a l'air d'avoir franchi un palier qualitatif avec cet épisode GP et qu'il semble aller dans une direction que je trouve personnellement très intéressante.

Donc, je vous le dis comme je le pense : je suis curieux de voir dans quelle direction les productions de cette petite boîte britannique vont se diriger.

Pour le moment, on est sur du cheap mais plutôt sympa, mais rien n'interdit qu'elles sachent passer un cap pour devenir bien plus que ça.

Donc, guettons la suite et sachons attendre.

Parce que, là, clairement, il y a un vrai créneau à prendre...

Créée

le 26 avr. 2025

Modifiée

le 26 avr. 2025

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