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Pour cette 2ème critique de ma série "leçon de voyage". J'avais envie de prendre une œuvre qui a été un réel interrupteur OFF/ON. Il y a des œuvres qui, quand on les voit, quand on les termine, nous marquent d'un sentiment tel que l'on n'est plus tout à fait le même après. Après avoir joué à Outer Wilds, j'ai ressenti ça.


Je ne serai plus jamais cette personne qui n'avait jamais joué à ce jeu.


On pourrait dire ça à chaque fois qu'on termine une œuvre. Mais pour celle-ci, la différence est marquante. Ce jeu a changé des connexions dans ma tête et maintenant que je sais, elles ne disparaîtront que pour une seule raison tragique : une maladie neurodégénérative comme Alzheimer.


Et si les années passent et que j'en oublie les détails de ce jeu, je sens quand même que ça ne me ferait pas revenir en arrière.


Par continuité de ma précédente leçon, j'ai essayé de m'engager dans "le couloir des pourquoi ?" pour comprendre "Pourquoi Outer Wilds m'avait marqué ?" et "Pourquoi certaines œuvres me marquent plus que d'autres ?". La seule réponse évidente à ces deux questions est la suivante : ma sensibilité et mes connexions neuronales actuelles ont été établies par l'ensemble de mon vécu passé. Suivant cette réponse, j'ai établi les faits suivants - qui j'espère vous feront réfléchir aussi - :


  • Le sentiment que me procure une œuvre ou un instant de vie au moment où je le ressens est unique. Revoir une œuvre ou revivre une expérience ne fera qu'invoquer le souvenir de cette première fois. Je pourrais en comprendre de nouveaux détails avec le temps et les nouvelles expériences, mais je ne reproduirais pas le sentiment original.
  • Depuis que j'ai conscience que mes goûts sont basés sur mon vécu, je ne peux plus complètement l'ignorer. Ni pour mes goûts, ni pour ceux des autres. Me connaissant mieux que quiconque, je saurais trouver au moins une origine à la réponse "Pourquoi j'aime / je n'aime pas ?"
  • Une fois que l'on sait, il n'y a plus de retour en arrière.

On peut passer à autre chose, être toujours pris par de nouvelles expériences ou tomber dans la monotonie de l'existence. SAVOIR c'est ouvrir une porte dans sa conscience qui ne se refermera pas. Alors peut-être que l'on vous a appris plein de choses que vous avez sues et comprises pendant une période de votre vie et que vous avez oubliées aujourd'hui. Un cours de math de collège que vous n'utilisez plus dans votre vie d'adulte, mais retirez-vous cette remarque de la tête si vous pensez que je parle du même genre de SAVOIR. C'est comme pour les catholiques (je n'avais pas d'autre exemple ... désolé s'il vous semble inapproprié) : il y a l'église sans majuscule pour l'église au milieu du village et il y a l'Église avec une majuscule pour désigner l'entité supérieure qui les unifie toutes. Il y a les petits savoirs et les grands savoirs. Il y a ceux que l'on peut oublier parce qu'ils ne nous servent plus et il y a ceux que l'on n'oubliera pas parce qu'ils redéfinissent une partie de qui on est. Pour Outer wilds peut-être que vous y avez déjà joué ou vous pourriez y jouer et ne pas ressentir ce que je dis là, mais je suis sûr que si ce n'est pas ce jeux, vous avez forcément des œuvres à vous qui vous ont aussi façonné aussi profondément que ce jeux pour moi. Un chef-d'œuvre n'a pas besoin de l'être pour tout le monde tant qu'il l'est au moins pour une personne.


Maintenant que vous savez ...


Je ne trouverai jamais de métaphore plus parlante que la notion de voyage pour désigner la sensation que me procure la découverte d'œuvres culturelles. Il en existe tellement qu'une vie ne suffirait pas à toutes les découvrir. Le paysage culturel mondial n'est pas infini mais il est suffisamment vaste pour être à jamais hors de la portée de notre temps biologique. Et même si on en était capable, notre cerveau effectuerait naturellement le tri entre ce que l'on aime / ce qui nous a marqué et ce que l'on n'a pas aimé / ce qui ne nous a pas marqué. J'ai beau détester certaines œuvres assez fort pour ne pas les oublier, ce sentiment de détestation n'est pas suffisant à me faire me souvenir de ce vécu. Ou alors on rentrerait dans le traumatisme. Je n'ai pas encore eu de traumatisme culturel. Enfin je crois et j'espère ne jamais en avoir. Et si j'en ai un jour, ça ne me dérangerait pas de l'oublier ou bien de ne pas l'oublier pour mieux apprécier ce que j'aime. J'ai un jour dit à quelqu'un :


Je me force parfois à consommer de la m****de pour mieux savourer les bonnes choses.

Mais je le déconseille aujourd'hui. Se forcer à faire quelque chose que l'on déteste pour relativiser et mieux comprendre ce que l'on aime : c'est quand même perdre du temps et de l'énergie que l'on aurait pu employer à explorer de nouveaux horizons ou à consolider ce que l'on apprécie déjà.


Ne vous forcez pas si vous savez que vous n'aimez pas ou pourriez ne pas aimer. Laissez-vous porter par le vent de la curiosité mais à la fin, choisissez quand même la direction vous-même. Et si vous commencez une œuvre que vous n'aimez pas suffisamment pour continuer, alors ne vous forcez pas à le faire, et ce même si une armée de gens en qui vous auriez confiance vous forçait à le faire. Vos goûts ont toujours raison pour vous-même et ne doivent s'adapter à ceux des autres que lorsque vous en avez envie. J'ai personnellement abandonné Breaking Bad à la deuxième saison et je n'ai jamais eu envie de regarder Kill Bill (plus que les premières minutes) parce que je trouve ça trop violent et que les Revenge Stories ne me font pas de sens pour moi. Peut-être que quelqu'un viendra un jour avec les bons arguments pour me reprogrammer à ce que je sois capable de regarder des choses que je n'ai pas envie de regarder. Mais je n'attends pas avec impatience ce moment.


Cependant, fort de cette connaissance sur vos goûts et sur ceux des autres, ne vous en voulez pas de proposer et d'expliquer les raisons qui VOUS font aimer telle ou telle chose, tant que vous respectez que la personne à qui vous en parlez n'a peut-être pas envie d'expérimenter votre recommandation. Le consentement culturel est un concept trop peu développé.


Désolé pour vous si on vous a un jour forcé à voir un film d'horreur alors que vous saviez que vous ne supportez pas ça ...


22 minutes d'un voyage dans l'espace


Pour Outer Wilds, ce fut pour moi un ensemble de sessions de jeu inoubliables. Chaque début et fin se déroulant toujours de la même manière, mais toujours différente au milieu. L'histoire ne progressera jamais comme on peut s'attendre à ce qu'une histoire progresse normalement dans les autres jeux, mais c'est ce que l'on comprend au fil du voyage qui importe le plus.


Chaque matin je me réveille et chaque soir je vais me coucher. Vous aussi d'ailleurs ? Qu'est-ce que vous avez retenu d'aujourd'hui ? Avec - ou sans - quelles certitudes vous réveillerez vous demain que vous n'aviez pas encore hier ?

GrenierThomas
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Créée

le 15 sept. 2026

Modifiée

le 15 sept. 2026

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