Persona 5: Royal
8.8
Persona 5: Royal

Jeu de Atlus et Sega (2019 · PC)

Ayant revu récemment des films de Gaspar Noé, j’ai quelques phrases énigmatiques en tête. Parmi celles-ci : « Vivre est une impossibilité collective ».

Ayant tout juste terminé Persona 5, cette phrase me paraît bien absurde. Car pendant des dizaines et des dizaines d’heures, le jeu nous exprime littéralement le contraire.



Le temps détruit tout



J’ai un rapport étrange avec les jeux vidéo. Depuis quelques années, quand je lance un jeu, il faut que j’accroche vite, ou que je ressente que ça va valoir le coup. Si ça n’est pas le cas au bout d’une heure ou deux, j’arrête.

C’est pour ça que j’hésite longtemps avant un nouvel achat, et que des œuvres comme les deniers Far Cry ne m’intéressent pas : au bout de quelques minutes, j’ai l’impression d’avoir déjà vu tout ce qui me sera proposé pendant des heures. Et je n’ai pas de temps à perdre.


J’ai joué à très peu de JRPG car pour le coup, j’ai l’impression qu’il y a trop de choses à faire. Ça me fait trop peur de me lancer dans une grande aventure pour me dire au bout d’une dizaine d’heures que j’aurais peut-être dû commencer par l’épisode 7 et non le 14. Car je n’ai pas de temps à perdre.


J’ai déjà, par le passé, mis un pied dans l’univers de Shin Megami Tensei. Il y a quelques années, j’avais déjà des vues sur Persona 5, mais avec un ordinateur peu puissant et devant les soldes Steam, je me suis contenté d’acheter le 4. J’ai essayé, mais je n’ai jamais réussi à rentrer dedans. Au bout de 7h de jeu, je me suis rappelé ma doctrine. Je n’ai pas de temps à perdre.


J’ai un rapport étrange avec l’art en général. Deux œuvres peuvent être très similaires, composées des mêmes aspects, voire des mêmes forces, mais une petite différence, aussi infime soit-elle, peut faire que j’adore l’une et que je méprise l’autre. Et ça m’arrive pour tout : cinéma, musique, peinture… « Si tu as aimé ceci, tu aimeras cela » ; ce n’est pas ainsi que l’on me conseille. Une œuvre on s’y attarde pour ce que l’on ressent. S’il y a cette petite chose en plus, cette âme qui éveille ma passion, alors je vais m’intéresser. Pour le reste, je n’ai pas de temps à perdre.


Et parfois, on découvre une pépite.

Ce que j’appelle ici pépite, c’est cette chose rare que l’on aperçoit mais dont on ne s’approche pas tout de suite. A chaque fois qu’elle réapparait devant nous, on ressent presque déjà un lien, mais on ne s’accroche pas. Jusqu’au jour où c’est simplement le moment. Et dès le début, la confirmation arrive : cette œuvre nous attendait, elle était faite pour nous.

Avec Persona 5, je me suis trouvé une nouvelle pépite.


J’ai très vite apprécié le jeu, même si au début, un aspect me faisait un peu peur : la gestion du temps.

Mettez moi le meilleur jeu possible, si vous me dites que je dois aller explorer une autre planète mais que dans 20mn tout s’arrête et que je dois recommencer le trajet, je n’aurais juste pas envie de tenter le coup.

Ajoutez un chronomètre, aussi généreux soit-il, et je vais vriller. Dites moi que les saisons passent et ne ressemblent pas, et j’aurais juste l’impression de forcément rater des choses.

Dans Persona, nous vivons une année entière, et chaque moment de la journée nous permet une activité. Une fois un choix fait, le temps passe, et le calendrier avance ainsi au grès de nos actions. Je n'ai pas été gêné un seul instant par cet aspect.

Cela m’a réellement rappelé à quel point le temps est impitoyable. Chaque heure qui s’écoule disparaît dans le passé, réduisant toute possibilité à un futur incertain.

Mais les heures à venir dépendent encore de nous.



Rien ne détruit le temps



Et puisque c’est le cas, autant y aller doucement.

Dès le chargement du jeu il nous était dit « Take your time ».

Plus j’avançais, et moins je voyais le côté contraignant du calendrier. J’ai juste essayé de profiter à fond de tout ce que je pouvais faire. Si quelque chose m’était proposé mais que j’avais prévu autre chose, j’agissais comme bon me semblait en me rappelant que finalement, je pourrais encore remettre l’autre activité à plus tard. Et j’ai tellement apprécié passer du temps avec tous les confidents, les écouter, les aider, les aimer. Je me suis pris au jeu d’aller un peu partout pour améliorer mes statistiques sociales et devenir meilleur jour après jour.


Car on n’a jamais le temps, jusqu’à ce qu’on le prenne.


Au bout de 15 ou 20h, je pensais déjà à quel point il serait difficile de dire adieu au jeu.

Alors j’en ai profité à fond. De chaque instant. Et plusieurs fois, j’ai bien cru voir la fin arriver, et j’étais si satisfait que j’ai été époustouflé du niveau de générosité qui nous est démontré. Atlus Studios a pondu un jeu si complet que je ne peux que saluer la performance.

Combien de thèmes sont brassés, combien de surprises interviennent, combien de moments marquants s’imprègnent dans notre mémoire? C’est fou.


Le jeu est juste gigantesque, et tout simplement grandiose. Alors il faut aimer lire, car une bonne partie de l’aventure se fera au travers de dialogue avec notre équipe, mais c’est si grand et surprenant que même les moments un peu « immatures » sont pardonnés.


J'ai profité à fond, jusqu'à la fin.


Quand je termine une grande œuvre, je me rue sur YouTube pour que l’aventure ne s’arrête pas brutalement. Je regarde des avis, des théories, des réactions ; je veux continuer d’être immergé dans ce que j’ai vécu. Mais avec P5, je n’en ai pas eu besoin. Les personnages m’ont montré l’exemple, ils ont accepté, avancé, ils ont réussi et ne voient que devant eux.

Alors le générique a défilé, longuement, lentement, puis la musique s’est tue.

J’ai éteint le jeu, et mon ordinateur. Je suis passé à autre chose, jusqu’à ce que j’écrive ce texte.

Je n’ai pas ressenti le besoin de continuer à vivre dans le jeu, car c’est désormais le jeu qui vit en moi.


Je vous laisse avec un conseil : trouvez vos pépites. Il y a des œuvres qui vous attendent. Vous êtes peut-être déjà passé près d’elles, mais elles sont toujours là. Trouvez-les et approchez-vous d’elles. Et profitez. Vivez.


Quant à moi, je vais peut-être redonner une chance à Persona 4, car maintenant, j’ai le temps.


TheBadBreaker
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le 1 déc. 2025

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