Planescape: Torment par VincK
14 ans. Il aura fallu 14 ans pour que je finisse le jeu. La première fois où je le lançais, je venais de finir le 2e Baldur's Gate et les défauts de Planescape me sautèrent au visage: interface plus lourde, combats plus confus, mauvais choix de design des logs de combats... Bref, des combats moins agréables.
En reprenant aujourd'hui, j'avais peur de mourir d'une hémorragie des yeux (si, si, ça peut arriver, je l'ai lu sur Doctissimo), mais le jeu étant ouvert aux mods (il y a un très bon guide sur Gog), on arrive à obtenir un truc assez correct et suffisant pour prendre plaisir.
Cette fois j'étais préparé à l'interface et je savais que le jeu reposait plus sur les dialogues - ce qui ne m'a pas empêché de créer un personnage tenant plus de la brute (18/00 en Force) que du philosophe. Et en effet, dans Planescape, contrairement à Baldur, on passe une grande majorité de son temps à papoter et à lire des trucs. C'est bien simple, après les deux premières de jeu (qu'on aura soit passées à taper et à faire des allers et retours, soit à lire et à papoter tout en faisant des allers et retours), on se trouve dans une ville assez grande avec plein de personnages et plein de quêtes secondaires où on ne va (presque) que papoter.
C'est plutôt agréable (au début) parce que c'est vraiment bien écrit et que ça sort des sentiers battus. Pas d'orcs, ni d'elfes, mais plein de trucs surprenants, des démons, des êtres magiques et autres joyeusetés généralement utilisés comme grands vilains des univers médiéval-fantastique. On est régulièrement surpris et intrigué par la nature de tel ou tel personnage créant un petit 'choc culturel' qui renforce l'immersion et le lien au personnage principal, amnésique.
Oui, il est amnésique. C'est original, oui. Bon, mais pour le coup, il y a une bonne raison, une vraie explication et c'est parfaitement intégré au scénario (dont c'est un des points centraux) et au gameplay (le jeu nous sort de la structure classique ADD pour permettre une évolution un peu différente du personnage - renforçant le lien avec le scénario). Planescape prouve qu'un ressort éculé peut vraiment apporté des choses en matière de gameplay et de construction scénaristique pour peu qu'on ait du talent et qu'on se sorte les doigts du cul.
Après cette parenthèse non négligeable, revenons à notre canevas d'univers cosmopolite. Pour vous donner une idée du bazar, voici la composition qu'aura eu mon groupe pendant un moment: un crane volant, combattant à coups de dent, dragueur et prolixe; un humanoïde guerrier-mage dont l'épée est une émanation de son esprit; une succube prêtre qui, avant de me rejoindre, tenait un "bordel platonique" où elle enseignait aux jeunes filles, l'art de la conversation et de la rhétorique; un... humain(?) devenu une créature de feu après avoir servi de portail vers un plan élémentaire; et une armure animée par une sorte d'esprit de la Justice (avec un grand J), intransigeant et obsessionnel... Ça a quand même un peu plus d'impact en termes de désorientation qu'un elfe, deux nains et un demi-géant.
J'ai écrit plus haut que le fait d'avoir beaucoup de textes à lire était plutôt agréable (au début). Oui, surtout au début, parce qu'après, on réalise que le rythme est quand même mal construit. Le jeu a en effet tendance à alterner de trop longues phases de blabla-lecture et d'allers et retours, avec de trop longues phases de combat et d'allers et retours.
Le dernier tiers du jeu semble aussi avoir souffert d'un problème de développement tant les quêtes secondaires sont rares et les combats (trop) nombreux (car reposant plus sur l'utilisation de ses stocks de potions et d'objets que sur une quelconque stratégie) et donnant un arrière-goût d'un hack and slash particulièrement lent et, donc, par essence, ennuyeux.
Ce dernier tiers a d'ailleurs failli me faire coller un 7 à Planescape. Puis, sur la fin, les derniers pas, les dernières révélations, les derniers événements m'ont vraiment raccroché au jeu et à l'histoire. C'est en finissant le jeu, après plus de 50 heures que je pouvais bien voir l'ensemble du scénario et d'en apprécier pleinement sa richesse (eh oui, 50 heures, ça parait beaucoup et pourtant, on est en dessous d'un Baldur's gate, mais bon, à cette époque, on considérait que 25 heures, c'était 'un peu court', alors aujourd'hui, on a tendance à dire que c'est 'plutôt long'...),
Planescape est un jeu un peu exigeant, il faut supporter son babillage et son interface, mais une fois surpassé ses défauts, il récompense de par la qualité de son univers, de son histoire et de son écriture.