Planet of Lana
6.5
Planet of Lana

Jeu de Wishfully Studios, Takeshi Furukawa et Thunderful (2023 · Nintendo Switch)

Je veux bien reconnaître les bonnes intentions qui animent manifestement ce projet. Là n'est franchement pas le problème.


Oui d'accord, c'est mignon : les paysages sont jolis, les couleurs sont douces et les musiques sont orchestrales à souhait.

Oui aussi, c'est proprement exécuté : maniabilité simple et cohérente, enjeux limpides et accessibles, respect appliqué des principes fondamentaux d'une mise-en-scène vidéo-ludique...

Pour toutes ces raisons, Planet of Lana n'est pas un vaste foutage de gueule ou une belle grosse foirade comme pourrait le laisser envisager ma note un brin lapidaire.


Seulement voilà, moi, en ce qui me concerne, de la première à la dernière minute de ma partie, face à ce jeu, j'ai juste passé mon temps à soupirer.

J'ai soupiré souvent, longtemps et pour presque tout.


C'est que j'ai déjà vu ça partout ailleurs et vraiment pas qu'une fois.

Planet of Lana, pour moi, ça n'a même été que ça : une sorte de gigantesque devinette qu'on aurait pu intituler Akijépikéça?


Allez... Vous êtes prêts ?

« Akijépiké mon concept de plateformer narratif 2D ?

– ...Facile. Aux yeux Playdead. Comme tout le monde...

– Akijépiké mon atmosphère chillax à base de longues marches linéaires sur fond de couleur pastel et de musiques douces ?

– Ah bah à Gris. Évidemment.

– Et mon système d'animal aidant ?

– Là, c'est à Neva. La suite de Gris.

– Pas possible. Neva, c'est sorti après notre jeu.

– Moi je veux bien, mais avouez tout de même que c'est exactement la même chose. Vous avez sûrement tous les deux pompé le même jeu, non ?

– Oui, en toute honnêteté, c'est très fortement probable. D'ailleurs, on va t'accorder le point. Question suivante, du coup : akijépiké mes robots kidnappeurs ?

Oblivion. Obviously.

– Ah non. Alors là, on n'a vraiment rien pompé sur les Elder Scrolls ! Juré ! La bonne réponse c'était Breath of the Wild. Vous savez, les robots à tentacules, là...

– Mais moi je parlais d'Oblivion, le film. Les grosses moissonneuses, le vaisseau amiral... Jusqu'au sound design des machines que vous avez odieusement repris...

– Ah oui, c'est vrai qu'on a aussi odieusement pompé des films. (On avait oublié...) Tiens, d'ailleurs, puisqu'on en est aux films, akijépiké mes décors sylvestres ?

– Roh, c'est donné ça. Même les gens qui ne jouent jamais aux jeux-vidéo ont vu vos refs éhontées aux studios Ghibli...

– Ah oui ? On est à ce point grillé ?

– Après, si ça peut vous rassurer un peu, vous n'êtes pas les premiers, hein. Neva ça se posait aussi là sur ce point.

– Oui mais Neva c'est sorti après ! »


C'est terrible, mais je n'ai rien vu dans ce jeu qui puisse lui conférer une once de personnalité. Pire encore : je n'ai rien vu qui lui confère une quelconque épaisseur.

Parce que, moi, je veux bien qu'un jeu se veuille essentiellement narratif, mais il ne s'agirait pas d'oublier non plus qu'une narration vidéo-ludique ça ne s'arrête pas à de la seule narration environnementale. Le game design, en tant qu'espace ludique, est aussi une dimension de cette narration. J'aurais même tendance à dire que, dans le domaine du jeu vidéo, l'expérience ludique est l'enjeu central d'une œuvre.


Or, là, c'est quoi l'aventure ludique qu'on nous invite à vivre à travers le personnage de Lana ?

Avancer de gauche à droite, s'agripper aux plateformes, déplacer une caisse pour accéder à une plateforme plus haute, savoir se planquer dans des herbes hautes quand une vigie regarde dans notre direction, activer des leviers pour activer des plateformes ou bloquer des ennemis... Que du rudimentaire. La base de la base et jamais au-delà.

C'est d'ailleurs tellement pauvre en termes de contenu et de progression ludiques que le jeu dilue beaucoup et répète régulièrement des « puzzles » pourtant déjà résolus plein de fois, sans véritable déclinaison.

Il y a tellement peu d'intérêt dans les phases de jeu qu'il devient franchement difficile de voir ce qu'il apporte à l'ouvrage. Et un jeu dont on en vient à discuter de sa pertinence à être un jeu dit quand même beaucoup de l'impasse dans laquelle il a fini par s'enfermer.


C'est bien simple, ce jeu, j'ai vraiment cherché à le plier au plus vite, histoire de voir ce qu'il comptait vraiment raconter et – surprise ! – bah au fond il ne raconte pas grand chose. Pire, je pense en fait qu'il ne raconte finalement rien.

Parce qu'il a beau copier la trame d'un Journey – autre référence odieusement pompée que je n'ai même pas pris la peine de citer dans mon Akijépiké – que ce Planet of Lana ne semble même pas avoir compris le fil conducteur du parcours de ce dernier. Lana doit courir sur des kilomètres pour retrouver son/sa compagnon(ne) Elo sans vraiment qu'on comprenne ce qui la guide vraiment. A-t-elle vraiment compris que son / sa pote a été amené(e) jusqu'au vaisseau-amiral ? Si oui, dans ce cas, pourquoi l'appelle-t-elle à tout bout de champ ?

Et d'ailleurs qu'apprend-elle vraiment au cours de son aventure ? Des humains sont partis sur une autre planète pour coloniser une autre planète, soit. Mais, et les récolteurs ? C'est quoi ? Ça sert à quoi ?

Alors moi, j'ai vu Oblivion, donc j'ai bien ma petite idée, mais en ne s'appuyant que sur les inscriptions runiques, ça n'a rien d'évident.

D'ailleurs, tout ce périple pour quelle conclusion ?

Super ! Maintenant les robots vont nous aider dans notre quotidien ! La femme se voit libérée grâce à Moulinex ! C'est vraiment censé me faire rêver, ça ?

Pire que ça, vu que la planète semble avoir été niqué du fait que les hommes aient pillé les ressources de la planète pour des futilités, peut-on vraiment considérer comme une happy-end le fait que les habitants vivent désormais en ayant pleinement intégrer dans leurs activités du quotidien toute une série d'ustensiles énergivores et accessoires ?

Non mais j'ai vraiment l'impression que même les auteurs de ce jeu ne savent pas ce qu'ils racontent et, au fond, ça, pour moi, c'est le plus triste des aveux que pouvait faire ce jeu.


Parce qu'au bout du compte, ce qui ressort de mon expérience de ce Planet of Lana, c'est qu'il a été fait parce qu'il fallait bien que la boîte tourne.

Alors je n'ai rien à redire sur le fait que chacun a l'air d'avoir accompli son taf avec soin dans l'espoir de faire un bon jeu mais, tout ça, en définitive et à vraiment bien tout considérer, ce n'est que de l'application technique.

Chacun a fait son taf dans son coin comme la bonne fourmi ouvrière qu'il est, mais sans qu'à l'origine du projet on n'ait su insuffler dans ce jeu une quelconque idée personnelle ; un esprit créatif ; quelque chose qui fasse que ce jeu ne se limite pas à un simple processus automatisé de conventions et autres passages obligés.


Le hasard a voulu que ce jeu sorte juste avant le grand boum de l'IA générative et des craintes qu'il fait peser sur tous les secteurs créatifs, notamment celui du jeu vidéo.

Mais, en toute honnêteté : qu'est-ce que ce jeu apporterait de plus qu'un jeu intégralement généré par IA ?

D'abord c'est mignon et convenablement exécuté, mais c'est juste impersonnel au possible. Ça prend aux autres mais sans rien mettre de soi sur la table en retour. C'est juste un duplicata sans âme qui n'a même pas pour lui le mérite de la cohérence et de la profondeur.

Ce jeu, c'est juste la mort de l'art.


Alors d'accord, on peut se laisser charmer. J'entends.

...Mais tout comme on peut se laisser surprendre de trouver entraînante une chanson générée par une IA.

Ça marche parce que ça reprend ses trucs qui marchent. Mais ça marche surtout quand on ne prend pas trop la peine d'y réfléchir, d'y réfléchir et de s'y investir. Or, ça, moi, je trouve que c'est quand même la définition d'un triste jeu vidéo. Un jeu vidéo à l'image de cette Planète de Lana : un monde ravagé qui n'a, au final, même pas compris ce qui le ravageait vraiment.


Badant.

Créée

il y a 3 jours

Critique lue 14 fois

Critique lue 14 fois

D'autres avis sur Planet of Lana

Planet of Lana

Planet of Lana

3

Cabeb_Mapk

99 critiques

Déjà vu

Un petit plateformer dont la bande-annonce vendait du rêve, et puis... bah rien ou pas grand-chose : on a déjà joué à "Planet Alpha" ou "Inside" dans un registre beaucoup plus adulte, il me semble...

le 2 juin 2023

Planet of Lana

Planet of Lana

7

Mephiles

23 critiques

Très bonne surprise!

Etant un cinematic-plateformer, le gameplay n'est forcément pas très développé. Mais Planet of Lana arrive largement à se démarquer par une direction artistique vraiment soignée. Les décors, les...

le 14 juin 2023

Planet of Lana

Planet of Lana

5

Ezhaac

901 critiques

Critique de Planet of Lana par Ezhaac

En 2021, j’ai découvert l’existence de Planet of Lana à l’occasion d’une bande-annonce pendant les Game Awards. On y découvrait une mystérieuse planète, une direction artistique phénoménale et une...

le 20 août 2023

Du même critique

Tenet

Tenet

4

lhomme-grenouille

2944 critiques

L’histoire de l’homme qui avançait en reculant

Il y a quelques semaines de cela je revoyais « Inception » et j’écrivais ceci : « A bien tout prendre, pour moi, il n’y a qu’un seul vrai problème à cet « Inception » (mais de taille) : c’est la...

le 27 août 2020

Ad Astra

Ad Astra

5

lhomme-grenouille

2944 critiques

Fade Astra

Et en voilà un de plus. Un auteur supplémentaire qui se risque à explorer l’espace… L’air de rien, en se lançant sur cette voie, James Gray se glisse dans le sillage de grands noms du cinéma tels que...

le 20 sept. 2019

Disclosure Day

Disclosure Day

2

lhomme-grenouille

2944 critiques

Minority Brainrot

Vous aimez Steven Spielberg ? Le grand ? Le vrai ?Eh bien, mettez la main sur Rencontre du Troisième type et (re)voyez-le vous.Revoyez-le vous parce que – je vous le dis – ce n’est pas avec ce...

le 10 juin 2026