Pokémon Émeraude
7.9
Pokémon Émeraude

Jeu de Game Freak et Nintendo (2004Game Boy Advance)

“Sur la voûte des cieux notre histoire est écrite.”

Citation de Louis Racine


De l'incipit au grandiose, Les Chroniques de la GBA: Episode #7: Pokémon Émeraude, Là-haut


Dans la liste des critiques que j’ai annoncées il y a longtemps mais que je n’ai jamais réalisé, on peut dire que celle de Pokémon émeraude, annoncée le 31 mars 2020, tient une place de choix (enfin plus maintenant si vous lisez ces lignes). D’ailleurs pour la petite anecdote c’est mon tout premier Pokémon « A moi » (bon je l’avais piraté mais il y a 10 ans internet c’était encore le far-west), mais étant donné que c’était la version anglaise du jeu je l’ai vite abandonnée (pardonnez le niveau d’anglais de mon moi d’il y a 10 ans) et je ne l’ai refait qu’après les jeux GBA antérieurs (Rouge Feu et Rubis). Je me rappelle qu’une fois l’avoir fini, le môme qui ne connaissait rien au capitalisme se demandait « Pourquoi ils ont fait 2 fois le même jeux (Rubis + Saphir) pour après faire un 3eme jeu meilleur en tous points que ses prédécesseurs.


Car même si j’ai conscience de faire une lapalissade, il faut bien rappeler que Pokémon émeraude est une version fusionnée des version Rubis et Saphir, ce qui lui permet donc d’offrir une histoire plus complète ainsi que des contenues plus cohérents et plus importants, même comparé au contenu deux versions cumulés. Avant de parler de la spécificité de la version émeraude en elle-même il faut donc revenir sur ce qu’il a en commun avec la 3eme génération, et de pourquoi il les surpasse.


Pokémon émeraude se déroule dans la région de Hoenn. Cela peut sembler peu important à préciser mais c’est la première fois (avec Rubis et Saphir sortis 2 ans plus tôt) qu’on quitte véritablement la région de Kanto (on y revenait en 2eme génération pour le post game), zone la plus connue de pokémon car étant celle de la première génération. Pour marquer le coup, et pour profiter du gain de puissance considérable entre la Game Boy Color (2eme génération) et la Game Boy Advance (3eme génération), le jeu va se doter d’un panel de couleurs (et de netteté) pour changer l’ambiance du jeu. En effet Pokémon émeraude va utiliser une colorimétrie très « aquarelle » qui offre aux décors un air très méditerranéens, une ambiance de vacances pendant l’enfance. En réalité les développeurs sont plus allés chercher du côté de Kyushu et d’Okinawa mais on peut le rattacher sans problème à nos plages du sud avec nos yeux de français, surtout que l’ambiance transmise y est correspondante (enfin j’imagine). Ce contraste de nouvelles couleurs se voient d’autant plus que Pokemon Rouge Feu et Vert Feuille sortis un an plus tôt sont eux dotés d’une colorimétrie beaucoup plus criarde qui donnera elle une ambiance plus dessin animé d’enfance, une aventure que s’imaginerait un enfant qui s’ennuie. C’est d’ailleurs pour cette ambiance moins précise, plus ouverte à la création qu’on utilise surtout Rouge feu pour faire des fangames (ça plus le fait que le jeu possède des décors plus jolis notamment en ce qui concerne l'architecture des bâtiments).


Mais pour en revenir à la région de Hoenn, on arrive à ressentir rien qu’en regardant sa carte du gap technique qui sépare les époques de création de Hoenn et Kanto. Même avec une direction artistique beaucoup plus restrictive, on ne peut qu’être impressionné de la diversité des zones du jeu, amplifiée par l’apparition des climats. Il faut reconnaître à Game Freak d’avoir fait l’effort de créer une diversité de milieux impressionnants, en jouant sur la présence ou non de route, sur l’architecture des bâtiments, les gens présents ect… Si bien que par exemple le grand nombre de villes côtières n’ont rien à voir entre elles. Et c’est pareil pour les grottes ou les routes. Cette prouesse est d’autant plus impressionnante qu’on ne quitte pas cette ambiance de vacances crées.


On peut aussi dire d’Hoenn qu’elle se détache des générations précédentes en délaissant un peu de l’habituelle quête des badges pour offrir beaucoup plus d’exploration. Sans non plus oublier la symbolique quête des 8 badges qui rythment l’histoire, il faut cependant admettre à Hoenn qu’une fois la cinquième arène battue et l’obtention de Surf (voir même avant), le joueur va beaucoup plus être amener à explorer la zone. Pour preuve cette épave aperçue durant le trajet entre Myokara et Poivressel dans laquelle on peut rentrer en repassant par le chemin par Surf. Il y a un vrai rapport à l’émerveillement que crée Pokémon Emeraude et la troisième génération en général. Même si je lui préfère platine pour son ambiance, j’admets sans problème que l’opus de la 4G n’arrive pas à reproduire le sentiment qu’on éprouve quand on rentre dans l’épave pour la première fois, qu’on aperçoit la tour mirage dans la tempête de sable, quand on fait l’ascension du mont Mémoria ou même quand on explore New Lavandia qui était sous notre nez depuis le début. Et pourtant le moment qui m’a le plus marqué dans mon aventure n’est pas une de ces zones mais belle et bien la portion de terre séparée par l’eau au nord de Mérouville. Cet endroit (qui n’est pas le seul du jeu) étant partiellement caché, mais surtout n’étant jamais pointé du doigt donne cette idée que le monde vie au-delà de nous et participe grandement à l’immersion du jeu. Ce n’est d’ailleurs pas étonnant de voir l’une des plus grandes énigmes du jeu vidéo dans cette troisième génération. Enigme qui semble comme ces petites zones d’exploration…posée là, à l’attente que les développeurs eux-mêmes la découvre. Si on peut reprocher à Emeraude son scénario simpliste du thème de l’écologie on ne peut pas lui enlever de l’avoir brillamment réussi sur le rapport qu’il nous offre à son monde: plein de merveilles à préserver, plein de nouveaux lieus non indiqués à explorer.


Pour finir avec Hoenn (qu’il fallait analyser en profondeur car c’est elle qui porte le jeu). Il faut évidemment parler de l’eau, et de la grande proportion qu’elle occupe sur la carte. Ce n’est pas une gêne en soit car Game Freak a su donner à chaque zone sa particularité pour limiter (même si c’est minime) la redondance des chenaux (épave, courant, sous l’eau…). Cependant si on se penche sur le point de litige on voit que ce qui pose problème est surtout la redondance des Pokémons eau sur la carte, notamment en combat, et qu’il aurait été judicieux, notamment sur les îlots, de mettre d’autres spécialistes. A titre personnel la surreprésentation des Pokémons de type eau en surface et dans les combats ne m’a jamais gênée (sûrement car je jouais Laggron).


Le scénario en lui-même est relativement faible (mais au vu de opus précédent n’était pas attendu). On peut cependant dire que la traduction a fait l’effort de rendre les dialogues moins kitch et donc, sans non plus donner un air trop sérieux au jeu, offrir plus de cohérence à l’ensemble de l’univers. On peut également se réjouir de la présence du père qui offre tout un premier arc narratif à l’univers, on pourrait même dire qu’il y a une envie de créer de la narration dans l’histoire et de ne pas uniquement faire avancer le joueur sous prétexte qu’il doit aller chercher les 8 badges. Même le rival (qui sont en réalité 2, Flora et Timmy se relayant), qui n’est pas non plus aussi charismatique que Silver ou Blue, marquera en réalité le joueur. Le combat contre Flora sur la piste cyclable est relativement complexe à ce niveau du jeu si on ne se prépare pas bien, et tout l’arc de Timmy, un jeune homme rêvant de devenir dresseur, qui fait fasse à des difficultés (ici l’asthme pour rester dans le thème du rapport à la nature de pollution) et qui finalement arrive face à nous avec une vraie équipe, prouvant que malgré les difficultés il a accompli son rêve. C’est une belle conclusion sachant que l’idée qu’il ait évolué sans tourner avec le protagoniste va de pair avec l’idée que le monde est bien plus vaste que notre petite personne, et je trouve ça triste qu’on ne se rappelle de Timmy que comme du petit asthmatique. Nan si on regarde de plus près les seules choses réellement kitch de cet opus sont ses deux équipes d’antagonistes, dont les revendications sont peu logiques. Après Emeraude sauve beaucoup le scénario par rapport aux versions antérieures qui donnent surtout tord à une des deux équipes et non pas les deux en même temps en plus de laisser place à de petites incohérences comme la présence des teams à des lieux qui ne les correspondent pas (la team aqua au-dessus d’un volcan et la team magma sous l’océan). Le fait ici de voir (dans une version un poil plus logique) les deux teams se battre et se rendre compte de leur bêtise permet de les isoler du reste du scénario. Enfin, il est important de mentionner l’effort fait au niveau de l’intrigue entre la 6eme et la 7eme arène qui insufflerai presque quelque chose d’épique dans la narration, surtout grâce au temps alternant entre soleil et pluie cataclysmiques sur l’entièreté de la carte, en plus de la cinématique de Rayquaza.


Si on se concentre maintenant sur les Pokémons et leur disparité dans le jeu, on peut voir qu’émeraude n’a rien à envier à ses prédécesseurs. Je pense notamment aux starters qui sont pour moi les plus équilibrés de la licence (Il y a une vraie disparité dans leur choix). Les légendaires ne sont pas en reste avec son trio très impressionnant. Les Pokémons bien placés pour permettre de se créer une bonne équipe au cours de l'aventure avec évidemment des Pokémons qui ne sont pas des évidences lors de leur capture comme Granupiot, Tarsal (associé à Timmy) ou encore Kraknoix pour ne citer qu’eux. Sachant que les pokémons les plus fort sont très compliquer à obtenir (Metalosse, Drattak, Millobélus…). Métalosse était d’ailleurs complètement inutile dans Rubis et Saphir étant donné qu’on ne pouvait l’avoir qu’après la ligue. Et même si c’est toujours le cas dans émeraude, la grosse nouveauté de cet opus le rend finalement pertinent à utiliser.


Je pense que si j’aime autant Pokémon Emeraude, c’est pour la zone de combat. C’est ce qui s’approche le plus de la version compétitive du jeu. C’est un « end game » qui peut être encore plus long que le jeu en lui-même. Toutes les épreuves offrent une grande diversité de choix, et même si tout n’est pas parfait (non, ce n’est pas une bonne idée de juste regarder nos pokémons lancer des attaques au hasard), c’est une des meilleures idées de Game Freak. Elle demande au joueur d’avoir une vraie réflexion sur ce qu’il fait au lieu de juste bourriner. La zone de combat n’est pas une cerise sur le gâteau, elle est un deuxième gâteau offert après s’être régalé.


En conclusion, Pokémon Emeraude est l’ultime version d’une génération ambitieuse dans ses choix artistiques, qui offre une nouvelle facette de Pokémon et qui abordera le rapport à l’exploration comme aucun autre jeu de la licence. Et non content d’améliorer grandement la cohérence de son univers par rapport à Rubis et Saphir, il va donner un aperçu d’un monde plus stratégique de Pokémon. Il est important de se rappeler que Pokémon est un Bekipan, et que si aujourd’hui on se permet de se moquer de sa démarche actuelle, gauche et veule, comique et laide, il ne faut pas oublier que ce prince des nuées volait à l’époque de Rayquaza, de mille éclats.

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le 13 janv. 2024

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Lyonor

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