Megami Tensei : Devil Summoner – Raidou Kuzunoha vs. The Soulless Army dans une version remasterisée, disponible aujourd’hui sur Switch et Switch 2. Développé et édité par Atlus, ce spin-off de la grande saga Shin Megami Tensei – cousine directe de Persona – avait marqué un cercle restreint de joueurs sur PlayStation 2, au Japon et en Amérique du Nord. Sorti en 2006, il n’avait jamais atteint l’Europe. Le voilà qui revient, modernisé, enrichi et enfin accessible à un public bien plus large. La réception critique, sans être dithyrambique, salue ce retour inespéré, qui ravira autant les nostalgiques que les curieux en quête de JRPG atypique.
Au-delà de l’emballage, le remaster apporte de vraies nouveautés. Le gameplay gagne en nervosité grâce à une caméra dynamique en combat et un système de visée pour les attaques à distance. La grande révolution est sans doute la possibilité d’invoquer deux démons simultanément, là où la PS2 se contentait d’un seul, ce qui donne une nouvelle dimension tactique. Le jeu garde son système de capture et de fusion, cœur battant de la licence, tout en le rendant plus lisible et plus accessible. Et surtout, l’ajout d’un doublage intégral en anglais et japonais (une première pour la série) transforme radicalement l’immersion. Pour ma part, j’ai naturellement choisi les voix japonaises.
L’histoire se déroule dans un Japon alternatif de l’ère Taishō, mélange raffiné de modernité naissante et de folklore ancien. On y incarne le jeune détective Raidou Kuzunoha XIV, héritier d’un titre prestigieux, accompagné du chat sarcastique Gouto et d’une galerie de personnages hauts en couleur. Le récit, structuré en épisodes, alterne entre enquêtes policières, affrontements surnaturels et exploration d’un Tokyo réinventé. Dès le début, le joueur choisit le nom de son héros, découvre les bases du combat et se lance dans sa première enquête, guidé par Gouto qui ne manque pas de mordant.
Le gameplay repose sur trois piliers : l’exploration, les enquêtes et les combats. Les dialogues et recherches offrent une ambiance d’enquête, même si le jeu reste très linéaire dans son déroulement. Côté affrontements, le système repose sur un équilibre subtil entre attaques légères, qui restaurent la jauge de magie, et attaques lourdes, plus puissantes mais coûteuses. Trouver la faiblesse de chaque ennemi est primordial pour l’étourdir, tandis que le pistolet permet de ralentir les adversaires. Les démons capturés et fusionnés deviennent des alliés précieux, à la fois en combat et dans les enquêtes. On progresse, on gagne des compétences, on améliore son épée, mais il n’y a pas vraiment d’équipement au sens classique du RPG. Les boutiques et menus de fusion rythment les pauses entre deux épisodes.
Tout n’est pas parfait. Techniquement, le jeu trahit son âge et sa structure d’origine : les chargements sont nombreux, la progression assez couloir, et le système de déplacement sur carte est répétitif au point de devenir agaçant. Le héros muet pourra frustrer certains, et le rythme global, relativement lent, rebutera les amateurs d’action immédiate. Le système de capture, simpliste, ne met pas vraiment les méninges à contribution, et les enquêtes, malgré leur charme, manquent d’une vraie profondeur déductive. Pourtant, la magie opère grâce à une ambiance singulière : ce Japon rétro-fantastique, les designs de démons inspirés, l’OST envoutante et des combats dynamiques, parfois brouillons, mais toujours satisfaisants.
La générosité du remaster est indéniable. Les ajouts modernisent sans trahir, les doublages donnent une nouvelle vie aux dialogues, et les quatre modes de difficulté ouvrent l’expérience à tous les profils de joueurs, du novice à l’amateur de challenge hardcore. La durée de vie solide, la collectionnite des démons, le plaisir des fusions et même un New Game+ viennent compléter un ensemble riche, accessible mais exigeant pour qui le souhaite.
Personne n’attendait vraiment ce retour, surtout pas en Europe. Mais en surfant sur la vague de popularité de Persona et sur la curiosité toujours renouvelée autour des spin-off SMT, Atlus a offert une belle surprise. Raidou Remastered n’est pas un jeu pour tout le monde, et son rythme, ses lourdeurs ou sa rigidité rebuteront une partie du public. Mais pour ceux qui adhéreront à son système de combat, à son ambiance et à ses enquêtes, c’est une aventure marquante et généreuse. Une porte d’entrée idéale vers une licence méconnue, qui mérite enfin d’être découverte. Et si vous voulez prolonger l’expérience, je ne peux que recommander l’émission de Sumimasen Turbo, qui m’a personnellement donné envie de m’y plonger.
Mon avis sur la chaîne SoosKratoS: https://youtu.be/fNzu-uoGv0Q