Mon Lecteur,
Il en aura fallu du temps, mais ça y est ! La fin de Red Dead Redemption 2 s’est affichée sur mon écran ! Ce fût long voire trop, toutefois bon dans sa globalité. Tu sais le plus drôle ? C’est qu’à sa sortie j’ai fustigé le jeu de Rockstar Games sur son monde ouvert, au point de le ranger sans finir le deuxième acte. Heureusement l’intérêt est revenu et il m’a mis une gifle monumentale pour me recentrer vers ce que le soft avait à dire.
Ce n’est qu’une fois les idées en place et la longue introduction passée que Red Dead Redemption II s’est laissé dompter. Dès son lancement le jeu de Rockstar Games montre ce qu’il a de meilleur, mais encore faut-il le voir. Car c’est beau, c’est beau à en crever, singulièrement pour 2018 sur l’aspirateur qu’est la PlayStation 4. La présentation est austère : la nuit s’est vêtue de sa teinte la plus noire pour garder secret un aquilon mordant, jusqu’à ce que quelques lanternes bravent cette étreinte nuptiale, focalisant le drame qui se joue. Des cavaliers emmitouflés dans de lourds manteaux et des charrettes frappés des vents fendent une neige poudreuse. On comprend l’urgence de la situation, le groupe fuit les forces de l’ordre au plus profond des montagnes. C’est ainsi qu’accueille Red Dead Redemption 2, dans la survie et le rejet. Une introduction qui gèle ce que le récit prendra plaisir à chauffer. Donc non, si nos yeux sont éberlués par les graphismes, c’est bien la narration qui est le véritable écrin de ce bijou.
L’histoire se déroule en 1899 en Amérique du Nord, une époque charnière dans laquelle la Conquête de l’Ouest vit ses dernières années et l’industrialisation prépare son âge d’or. Cette transition ne se fait pas sans heurts : la liberté prend forme aux droits du citoyen, les villes/villages sont de plus en plus connectés par le télégraphe, le gouvernement des États-Unis s’étend ; les hors-la-loi sont sous pression, ballonnés d’une région à l’autre, faisant face à un tentaculaire rival. Pour illustrer ce contexte, on suit la bande de Dutch van der Linde, via le prisme du protagoniste principal Arthur Morgan. Ce groupe qui est composé d’une quinzaine d’individus, va accompagner tout du long le récit et sera le réceptacle de ces changements.
On comprend que ce n’est pas l’histoire qui va primer, mais comment ce groupe va la subir. Pour se faire, Rockstar Games prend son temps. Les personnalités prennent place, les unes après les autres, dans ce que la trame principale ne raconte pas. C’est subtil, voire presque invisible, cependant c’est bien là. Ce sont les habitudes et diverses petites choses qui font l’intégralité des figurants, ainsi que la présence dans la bande. De fait Dutch, apparaît comme un leader avec de la culture, emprunte des tenues plus dandy que pratique, fait allusion à des auteurs, apprécie le bon tabac accompagné par son tourne-disque. Abigail aime son café le matin, fait chavirer les cœurs et est la cause d’une rivalité intestine du groupe. John, son compagnon cherche sa place de père, tout en subissant les brimades d’autres protagonistes hommes. Ces faits ne sont pas instaurés par l’histoire principale, il faut passer du temps au camp, prendre des nouvelles ou faire quelques actions spécifiques. Plus les heures tournent, plus on accroche avec les personnages, on s’habitue aux présences, on remarque les interactions entre eux, plus fatalement on s’approche de la fin. Ce choix de construction, unique au médium du jeu vidéo, fait de Red Dead Redemption 2 une pièce maîtresse de la narration, et encore, je passe volontairement sous silence le monde ouvert qui est aussi bâti grâce à ce moule.
Bon, accordons-nous, Rockstar Games n’apporte pas seulement une histoire à la structure solide, mais également un jeu d’action qui peine à trouver son rythme. Red Dead Redemption 2 est à la fois un simulacre de hors-la-loi et une licence pour grand public, forcément ces opposés créés des frictions. Par conséquent l’ensemble de la partie libre est lente, alors que les passages scriptés sont frénétiques. Un déséquilibre qui fait pencher la balance d’un côté et de l’autre, d’un côté le monde ouvert avec des activités variées longues à mettre en place ; des missions dans lesquelles on décime des vagues d’adversaires. Cela ne serait pas problématique si l’un comme l’autre était distinctement séparé, or ils sont complémentaires et font fluctuer le tempo de progression de façon inégale.
Enfin il y a le reste, les détails qui font du pied à l’expérience générale. Simulacre d’un monde ouvert organique, sa découverte n’en demeure pas moins agréable. Les premières heures c’est la beauté de celui-ci qui marque, avec ses forêts et plaines, montagnes et marécages, villes et villages. Puis les attentions, l’art de chasser, lire le journal et chercher des secrets, aider des inconnus. Finalement c’est l’évolution qui clôture ce tout, les maisons en construction se terminent, certains arbres sont coupés, des lieux de vie sont abandonnés. Une région à l’image de son époque, en pleine transition.
Presque quatre années. Voilà le temps qu’il m’aura fallu pour m’intéresser sérieusement à ce Red Dead Redemption 2. Il n’est pas parfait, certes, ne mérite pas 21/20, certes. Mais qu’est-ce que l’épopée est géniale à suivre. Les personnages sont écrits avec finesse et le point narratif expliqué plus haut l’enjolive de la meilleure des façons. Visuellement il y a peu de choses à redire, les compositions sont soignées et encore aujourd’hui ça marche. Petit aparté, l’aspect cinématographique du jeu sublime aussi bien les panoramas extérieurs, que le cadre des missions. Mon lecteur, si tu as deux ou trois dizaines d’heures à tuer, il faut que tu ailles sur ce jeu. En plus de ça il tourne partout (sauf Switch), il est trouvable en promo facilement, donc à un prix plus que raisonnable pour la qualité fournie par Rockstar Games.
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