Si les jeux ayant le droit à leur remake se résumaient à ceux ayant profondément marqué un genre, voire même l’ayant quasiment créé (oui je sais, Alone In The Dark, tout ça...), Resident Evil premier du nom viendrait assez rapidement à l'esprit. Car les remakes, c'est bien connu, c'est avant tout pour les œuvres ayant fortement perdu de leur attraits visuels et arborant un gameplay dépassé depuis des siècles, et dans ce cas, nul doute que le premier rejeton de la sage est de ceux-là.
Et aujourd'hui, il faut bien avouer que le visuel du jeu accuse bien mal le poids des années, pouvant même à lui seul qualifier l'œuvre de "jeu d'horreur", ressemblant à une orgie de pixels de bien peu de couleurs, avec des personnages s'incrustant aussi bien aux décors qu'une greffe de cerveau sur une chanteuse de la Star-Ac. Qu'en est-il sur ce point du remake? Et bien la réponse sera assez rapide à avoir. Elle s'obtient dès la porte du manoir franchie. Le jeu est certainement le plus beau vu sur GameCube. Et oui!
Toute la beauté du jeu se retrouve presque dans cette pièce charnière. Des décors léchés (jusqu'au asticots grouillant dans les casseroles sales par la suite), des éclairages magnifiques (du feu de bois au éclairs en passant par la bougie), des angles de vue finement choisis, tout est là. Pour qui a pu tâter l'original auparavant, le jeu est, du moins à ce niveau, méconnaissable. La progression du jeu reste, elle, globalement la même. Et pour ne pas plomber ce chef-d’œuvre macabre, c'est malheureusement une autre pièce d'art qui a dû être amputée à l’original; ainsi si vous êtes comme moi fan de bons gros nanards, vous allez être déçu de ne plus avoir droit à cette splendide cinématique de début.
Souvenez-vous! Ces effets de caméra psychés, ces effets spéciaux mais surtout cette magnifique prestation que ne renierait pas l'Actors Studio! Fini ! Ainsi la cinématique de début aura été portée sur le moteur du jeu avec de nouveaux doublages. Bref, niveau enrobage, le jeu est une totale réussite.
Deuxième point pouvant justifier un remake, le gameplay. Si là, la révolution n'est pas aussi grande que pourrait l'être un tournant tel RE4, l'évolution est quand même assez intéressante. Ainsi si les mouvements (le pratique demi-tour rapide en plus) et la visée (avec la toute aussi pratique visée automatique) restent les mêmes, c'est dans la façon de jouer que quelques changements s'opèrent.
Ainsi, vous aurez le droit à un nouveau type d'arme, les armes de défense, au nombre de deux, couteaux et grenades aveuglantes. Ces dernières, permettent lors d'une étreinte un peu trop collante avec un membre de type zombifié ou une autre bête quelconque sortie du bestiaire habituel, de mettre fin à cette relation par un amical couteau amoureusement planté dans la jugulaire ou encore plus radical, une grenade aveuglante dans la gueule, coupant soudainement à la bête tout appétit (en sus de sa tête bien entendu). Ces armes, bien que ne prenant aucune place dans l'inventaire (le fameux sac), sont plutôt limitées en nombre, il faudra ainsi en user avec modération. Tout cela afin de vous permettre d'économiser vos précieuses herbes. Parlons d'ailleurs de cet inventaire. Toujours le même, il vous forcera comme d'habitude à de biens pénibles aller-retour au coffre le plus proche. De ce côté-là, rien a changé.
Et ces aller-retours se font bien plus stressants qu'auparavant, car si vous aviez réussi à semer un monstre précédemment dans l'aventure, nul dit qu'il ne vous cassera pas la porte à la figure lors d'un nouveau passage. Effet garanti! La porte évidemment cassée pour tout le reste de la partie, on évite ainsi l'éternelle « ouverture » de porte sauce Resident Evil. On touche au mythe là. Sans compter ces zombies qui n'auront pas été abattu d'une bonne balle dans le cortex qui décideront soudain de se relever pour vous dévorer avec bien plus de conviction que lors de la première occasion, car cette fois-ci, ils courront! Pour éviter cela, vous pourrez d'ailleurs enflammer les cadavres laissés sur votre chemin à l'aide du classique briquet et d'un réservoir à essence (limitée elle aussi) que vous pourrez remplir dans quelques salles de sauvegarde.
Comme dit avant-cela, l'architecture des salles et les énigmes restent globalement les mêmes avec toutefois un petit ajout scénaristique agréable qui vous fera visiter une cabane digne de celle d'Evil Dead à l'entrée de la forêt. Au niveau sonore, les musiques retravaillées sont toujours aussi belles, stressantes en action, malsaines et glauques dans les salles les plus obscures.
Tout l'aspect de la refonte traité, que reste t-il du jeu en lui même ?
Si comparé au quatrième opus, ce jeu reste plus classique, voire oldschool dans son approche, il n'en reste pas moins agréable à parcourir. On jouera plus sur ce dernier pour l'ambiance malsaine et se réserver certaines frayeurs dont le quatrième opus s'est amputé pour s'y greffer le fun. Le principe restant donc le même que le jeu auquel il rend honneur (et globalement le principe de la série d'ailleurs), il vous faudra toujours parcourir de nombreux couloirs et pièces à la recherche de la clef qui vous permettra de progresser dans le manoir. Ces couloirs étant, bien sûr, la plupart du temps, infestés de monstres piochés dans le bestiaire habituel. Le tout étant, suivant le niveau de difficulté choisi, de suivre la solution adéquate. Car si, dans le niveau de difficulté le moins élevé, vous pourrez user et abuser de vos munitions afin d'en truffer les carcasses ennemis, les deux autres niveaux requièrent une certaine économie des munitions , vous obligeant alors à éviter ces monstres comme la peste (ou comme le Virus-T en l'occurrence) tel un slalomeur de niveau olympique.
La plupart du jeu se déroulant dans des couloirs assez étroits dans lesquels vous allez effectuer de nombreux aller-retours, il vous faudra faire preuve de patience et dextérité. Les sauvegardes étant toujours limitées par les rubans encreurs, et le "Game Over" pouvant se trouver au bout de chaque couloir, il règne donc en permanence un stress que seuls les acharnés oseront affronter en mode difficile. Dans ce mode, chaque balle devra être dûment méritée au risque de vous retrouver très rapidement à cours de munitions. Le niveau des énigmes, quant à lui, comme déjà dit, reste toujours le point faible de la série. Petit exemple: vous trouvez un objet dans une pièce que vous venez d'ouvrir avec la clef que vous venez juste d'obtenir, hop, petit déclic dans la tête, "ah mais c'est donc l'objet que je dois mettre dans la pièce de tout à l'heure!", et voilà, énigme sitôt perçue, sitôt résolue. Soit vous vous demanderez si vous n'êtes pas un petit génie n'ayant jamais été pris en compte, soit vous remettrez sérieusement en question la qualité des énigmes. La globalité de celles-ci se résolvant d'ailleurs de cette façon. Certes quelques-unes s’avéreront plus retorses mais là encore, rien de bien méchant.
Reste le scénario. Certains personnages s'étant maintenant totalement échappés de leur brouillard énigmatique respectif, on peut certainement dire que la Saga a toujours su rendre les questions plus intéressantes que les réponses faisant alors de ces prémisses la gloire de cette dernière. Umbrella n'a jamais eu autant de classe que lorsque l'on en savait aussi peu.
Malgré les années, Resident Evil premier du nom est un jeu classique qui a su garder de son mordant. Gardant son lot de scènes épiques (la fameuse scène des requins), c'est toujours avec un mélange bizarre quoique plaisant que vous vous lancerez dans la partie, celui de la nostalgie et de la peur au ventre.
Au final ce remake sublime parfaitement la beauté macabre du jeu sans en dénaturer totalement la façon d'y jouer. En bref, des ajouts dosés et subtils, et c'est bien ce qu'on lui demandait. Et même en ayant déjà vécu l'aventure, vous y connaîtrez peut-être encore plus de plaisir et aurez même quelques surprises en y revenant.