Refaire un jeu aussi emblématique que Resident Evil 2 représentait un exercice particulièrement délicat. Il fallait conserver suffisamment de l'original de 1998 pour ne pas en perdre l'identité, tout en reconstruisant presque entièrement une formule dont les mécaniques avaient considérablement vieilli.


Ayant joué à l'original lors de sa sortie, je ne cherchais donc pas simplement à retrouver le même jeu avec de meilleurs graphismes.

Et c'est probablement la plus grande réussite de Resident Evil 2 Remake : il ressemble davantage à une nouvelle interprétation de mes souvenirs qu'à leur simple reproduction.


Techniquement et artistiquement, le travail réalisé par Capcom est remarquable.

Le passage des anciens décors précalculés à une véritable caméra à la troisième personne transforme complètement les sensations sans faire disparaître l'esprit du survival horror original. Le commissariat de Raccoon City reste un immense puzzle à explorer, mais il devient beaucoup plus oppressant.


Les couloirs sombres, l'utilisation permanente de la lampe torche, les bruits provenant de pièces voisines et la présence de zombies que l'on n'est jamais certain d'avoir définitivement éliminés créent une tension constante.


C'est exactement ce qu'un remake devrait chercher à accomplir : ne pas reproduire les sensations de 1998 avec les moyens de 1998, mais retrouver ces sensations avec les moyens modernes.


Et plus de vingt ans après l'original, le commissariat réussit de nouveau à devenir un lieu que l'on apprend progressivement à connaître… tout en continuant à le craindre.

L'arrivée de Mr. X constitue probablement l'une des meilleures idées de cette nouvelle version.

Il n'est plus simplement une menace apparaissant ponctuellement. Il devient une présence.

Ses pas résonnent dans le commissariat et suffisent parfois à modifier complètement la manière de jouer. Une pièce que l'on traversait tranquillement quelques minutes auparavant devient soudainement dangereuse parce qu'on sait qu'il peut surgir.


Et surtout, Mr. X fonctionne parce qu'il intervient dans un environnement que l'on commence justement à maîtriser.

Le commissariat semblait progressivement devenir familier. On connaissait ses raccourcis, les pièces sûres, les endroits encore inexplorés. Puis le jeu introduit une menace qui oblige à reconsidérer tous ces déplacements.

Mr. X réintroduit précisément la peur dans un environnement qui commençait à devenir confortable.


Le choix entre Claire Redfield et Leon Kennedy reste également l'une des grandes forces de Resident Evil 2.

Les deux personnages proposent des armes, des rencontres et certains passages différents. Leurs campagnes permettent surtout de découvrir l'histoire depuis deux perspectives complémentaires.


Personnellement, j'ai une préférence assez nette pour Claire.


Sa relation avec Sherry constitue l'une des grandes améliorations par rapport au jeu original. Sherry n'est plus simplement un personnage secondaire à protéger : elle bénéficie d'un véritable développement et la relation qui se construit progressivement entre elle et Claire apporte une dimension plus humaine à l'aventure.


Leon fonctionne également bien, même si sa relation avec Ada Wong me touche beaucoup moins. Ada appartient volontairement à cet archétype du personnage mystérieux dont on ne sait jamais réellement s'il faut lui faire confiance — un personnage qu'on pourrait presque aimer détester — mais elle m'agace davantage qu'elle ne me fascine.


Les deux campagnes donnent malgré tout suffisamment envie de découvrir l'autre côté de l'histoire pour justifier un second parcours.

Et celui-ci est nécessaire pour accéder à la véritable conclusion.

C'est cependant ici que le remake perd quelque chose par rapport à l'original.

Les deux campagnes partagent énormément de lieux, de puzzles et de situations. Lors d'un deuxième parcours, une partie importante de l'aventure est donc nécessairement répétitive.

Cela ne m'a pas empêché d'apprécier le principe, parce que les différences entre Claire et Leon, leurs personnages secondaires et la véritable conclusion donnent une raison suffisante de poursuivre.

Mais en comparant directement les deux versions, l'original de 1998 était plus ambitieux sur ce point.

Son système de scénarios A/B créait davantage l'impression que Leon et Claire vivaient simultanément deux aventures différentes. Certaines actions effectuées durant la première campagne pouvaient même avoir des conséquences dans la seconde.

Le remake abandonne en grande partie cette idée.


Les campagnes sont complémentaires narrativement, mais elles ne s'imbriquent plus aussi intelligemment. Certaines situations deviennent même difficiles à concilier lorsque l'on cherche à considérer les deux parcours comme des événements réellement simultanés.

C'est probablement la concession la plus importante faite par cette nouvelle version.


L'autre grande réussite du jeu est son gameplay.

Resident Evil 2 Remake trouve un excellent équilibre entre combats, exploration, énigmes et gestion des ressources.

Les zombies ne sont pas de simples cibles placées sur le chemin du joueur. Les munitions étant limitées et certains ennemis particulièrement résistants, tuer systématiquement tout ce qui bouge n'est pas nécessairement la meilleure solution.

Il faut parfois décider qu'un couloir sera suffisamment peu utilisé pour qu'il soit préférable de conserver quelques balles et de contourner son occupant.

Ce simple principe maintient une véritable dimension survival horror malgré l'adoption d'une caméra et d'un système de tir modernes.


Les énigmes participent également au rythme. Elles obligent à explorer le commissariat, à retenir certains passages et à revenir dans des zones précédentes avec de nouveaux objets.


L'action existe donc constamment, mais elle ne devient jamais l'unique moteur du jeu.

C'est précisément l'une des différences fondamentales que je ferais avec Resident Evil 3 Remake : ici, les moments de calme, d'exploration et de réflexion permettent aux moments de danger d'être réellement efficaces.


Une histoire efficace… mais toujours très Resident Evil

C'est probablement ce qui empêche le jeu de monter au-delà de mon 8/10.

J'apprécie son histoire, ses personnages et la manière dont les événements prolongent ceux du premier Resident Evil. Claire et Leon sont attachants, Sherry bénéficie d'un traitement particulièrement réussi et certains personnages secondaires sont beaucoup mieux exploités qu'autrefois.

Mais cela reste Resident Evil.

Umbrella, virus, scientifiques fous, expériences biologiques, mutations gigantesques et personnages parfois volontairement archétypaux : la série possède une dimension série B qui fait partie intégrante de son identité.

On peut l'aimer — et je l'aime — tout en reconnaissant que son écriture n'atteint jamais la subtilité ou la profondeur psychologique des meilleures expériences narratives.


L'histoire remplit parfaitement son rôle dans un survival horror, mais elle ne constitue pas à elle seule une raison de considérer le jeu comme exceptionnel.


Malgré ces réserves, Resident Evil 2 Remake reste pour moi une véritable réussite.


Capcom n'a pas simplement modernisé un classique. Le studio a compris pourquoi l'original fonctionnait, puis a cherché comment produire les mêmes sensations avec des mécaniques contemporaines.


Le commissariat est remarquable, l'atmosphère extrêmement travaillée, Mr. X transforme intelligemment l'exploration, Claire et Leon offrent deux perspectives suffisamment différentes et la relation entre Claire et Sherry donne à cette version une dimension émotionnelle que l'original développait beaucoup moins.


Le principal regret concerne les scénarios A/B. Ils auraient pu être beaucoup plus ambitieux et mieux imbriqués, particulièrement puisque le jeu de 1998 proposait déjà des interactions plus poussées entre ses deux campagnes.


Mais ce défaut n'efface pas l'essentiel.

Resident Evil 2 Remake réussit quelque chose de particulièrement difficile : respecter un jeu que j'avais connu à sa sortie sans me demander de l'aimer uniquement par nostalgie.

Il ne remplace pas l'original.

Il lui donne une seconde existence.


Au final, un excellent survival horror et surtout un remarquable exemple de ce que devrait être un remake : suffisamment respectueux pour conserver l'identité de l'original, suffisamment audacieux pour ne pas se contenter de le reproduire.

Ezeckyels
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