AnniversaiRE : 6/8


Resident Evil 3 a toujours été le vilain petit canard de la trilogie PS1. Pensé comme un spin-off puis propulsé au rang d'épisode numéroté un peu par hasard, le produit final souffrait de ce changement d'ambition qui avait nécessité des ajustements de dernière minute. Exit les deux campagnes des précédents jeux, les choix narratifs sont déclenchés de manière beaucoup moins subtile que ceux de RE1, la campagne est plus orientée action qu'horreur… Le jeu avait des qualités certaines, dans ses énigmes ou son Nemesis en particulier, et son doublage lui donnait beaucoup de charme ("This is my last escape" ou "You want STARS ? I'll give you STARS !" restent gravés dans ma mémoire). Mais il n'apportait aucune révolution pour le genre, contrairement à ses prédécesseurs.

Un peu comme Code Veronica donc, c'est un jeu qui avait une belle marge de manœuvre pour améliorer l'histoire originale.

Ou alors…

On pouvait en faire un DLC du remake de Resident Evil 2 vendu plein pot.


RE3R sort donc en 2020 (la meilleure année possible pour un scénario parlant de fuite d'un virus dans une métropole), à peine un an après RE2R. Si le très court intervalle de temps entre les deux jeux ne vous avait pas mis la puce à l'oreille, les premières images révélées achèvent de montrer qu'il se base sur une grosse réutilisation d'assets de son prédécesseur. On ne s'attendait évidemment pas à ce que le commissariat de Raccoon City soit modélisé à nouveau, mais quand le menu principal, l'interface, le gameplay ou les modèles 3D sont recyclés à 90%, c'est un peu décevant.

Mais pas grave, c'était déjà le cas du titre original. Observons donc ce que le jeu met en place pour se distinguer de RE2R, tout en respectant l'esprit de RE3.


En termes de gameplay, la principale nouveauté est l'arrivée d'une esquive, plutôt utile vu qu'on fait face à beaucoup plus de zombies et qu'on va souvent avoir besoin d'esquiver un coup pour contre-attaquer, ou même simplement pour fuir et économiser des élections. C'est en outre une mécanique reprise de l'original, et qu'on avait assez peu revue dans la série (seulement dans RE6 et les deux Revelations), sa présence ici fait donc sens et apporte une profondeur bienvenue.

C'est malheureusement la seule différence notable de gameplay par rapport à RE2R. RE3 proposait par exemple des choix scénaristiques dans certaines cinématiques (comme affronter Nemesis ou sauter par une fenêtre), ce qui a été totalement supprimé. C'est une décision qui retire une partie de l'identité du jeu, tout en réduisant à néant la possibilité de refaire une partie pour voir des chemins ou fins alternatifs.


Mais ce qui a le plus souffert de la transition à la HD, c'est bien sûr Nemesis. Passons sur le fait que dans cette mouture 2020 le monstre soit laid comme un pou (vous me direz que c'est approprié, mais sa tronche ressemble juste à de la chair fondue, on ne retrouve plus les caractéristiques physiques de l'original). Le vrai problème est qu'il paraît beaucoup moins agressif et "vivant" qu'en 1998, n'apparaissant que dans quelques événements scriptés, il est désormais incapable de poursuivre Jill si le scénario ne l'exige pas. C'aurait déjà été honteux tel quel, mais ce Nemesis arrive 1 an après le Mr.X de RE2R, qui était un vrai monstre traquant le joueur et guettant le moindre bruit pour se mettre en chasse. Le système avait ses défauts, mais il augurait du très bon pour RE3R. Hélas, l'équipe B en charge de ce développement n'a pas repris l'IA de Mr.X (volonté artistique, ou manque de temps ?), ce qui met vraiment du plomb dans l'aile de ce remake.

Pire encore, Nemesis est utilisé dans plusieurs bossfights qui sont nuls à chier et sans souci dans le bas du panier de la licence (qui comprend, pour rappel, un zombie-dinosaure et des hordes d'Africains en scooter). Le combat où il a un lance-flamme est ridicule car il est bien trop lent pour être dangereux, celui où il devient quadrupède est confus et mal calibré en termes de PV, et l'affrontement final est torché en 1 minute montre en main.

Rappelons que le nom complet du jeu original était Resident Evil 3: Nemesis, ce remake n'arrive donc même pas à rendre correctement hommage à son titre, qui est accessoirement son élément le plus connu.


Et c'est malheureusement à l'image du reste du jeu. L'emballage est fort joli (porté par le RE Engine toujours impressionnant, et par une très chouette Jill) mais n'arrive jamais à convaincre, restant dans l'ombre de son aîné en permanence. On a déjà parlé de quelques suppressions de mécaniques, mais ce n'est rien comparé à la suppression de multiples zones de jeu.

Beaucoup de joueurs ont pleuré l'absence du beffroi (qui n'était pas spécialement un long passage du jeu original), mais j'ai été absolument dégoûté du traitement des rues de Raccoon City, qui sont pourtant la section d'introduction du jeu, donc de très loin la plus marquante ! Trois rues, quelques magasins, des égouts (qui apparaissaient plus tard en 1998, mais terriblement raccourcis eux aussi), une fessée et au lit. C'est beaucoup plus restreint que l'original, et plusieurs bâtiments ont été purement et simplement supprimés, comme les bureaux du journal local ou le restaurant où Nemesis nous tombait dessus. Les rues sont quasiment des couloirs où il est impossible de se perdre et qui rendent l'exploration tristement linéaire. Quel gâchis !

Comparez ça au commissariat de Raccoon City dans RE2R, qui respectait l'architecture de l'original tout en renouvelant ou recontextualisant ses énigmes, et le manque de respect envers la zone d'introduction de ce RE3R est triste à pleurer.


Tiens, les énigmes ! RE3 inclut l'énigme la plus célèbre de la licence (l'usine de traitement d'eau, qui reste à ce jour plus traumatisante qu'une allocution de Louis Sarkozy) mais aussi d'autres très bons casse-têtes, que fait donc le remake de cet héritage ?

Deux énigmes dans tout le jeu, qu'on passe quasiment sans réfléchir. Youpiiiiiiii…


Le seul point sur lequel RE3R se rattrape, et se permet même d'enterrer RE2R ET l'original, c'est sur la bande-son. RE3 était un cran en-dessous de ses deux prédécesseurs sur ce point mais offrait tout de même quelques bonnes compositions, ce remake prend la décision de les reprendre pour les sublimer. Ca paraît évident dit comme ça, mais RE2R n'avait pas poussé sa logique jusque-là.

On entend donc avec plaisir des reprises de morceaux cultes, comme les salles de sauvegarde ou le boss final, qui permettent au moins de jouer dans une ambiance agréable, mais qui ne suffisent pas à rattraper les défauts du produit final. A noter tout de même, la présence du thème de sauvegarde de RE2, bien plus réussi que sa version de RE2R pour une raison qui m'échappe.


RE3R est donc un acte manqué, qui en dépit des bonnes bases posées par RE3 et RE2R, n'arrive pas du tout à honorer son contrat. L'aventure est courte, linéaire, tronquée d'un peu partout, et ne contient même pas la version la plus marquante du Nemesis.

On est heureusement à des années-lumières des heures sombres de la licence, mais RE3R est clairement l'épisode le plus faible de la série depuis l'ère RE7 et n'a pas réussi à convaincre grand-monde. Surtout que FF7 Remake est sorti à la même période et était probablement un meilleur compagnon de confinement que cet espèce de DLC vendu plein pot.

A quand le remake du remake, du coup ?

Sonicvic
6
Écrit par

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Créée

le 17 oct. 2026

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