Resident Evil 4
8.2
Resident Evil 4

Jeu de Capcom (2023 · PC)

La saga Resident Evil est belle dans sa diversité, mais s'il y a un jeu qui continue d'avoir ma préférence après avoir poncé quasiment tous les épisodes (originaux et remakes), c'est bien Resident Evil 4. Ce qui ne manque pas d'ironie, sachant que c'est de loin l'épisode le moins flippant de la série alors que je préfère en général mes survival horror bien glauques et flippants. L'explication vient sans doute du fait que Resident Evil 4 n'est clairement pas un survival horror, mais plutôt un pur jeu d'action à thématique vaguement effrayante, qui compense son manque d'angoisse par un gameplay raffiné alternant gunfights, exploration et puzzles dans un rythme parfaitement géré. Le stress ne vient pas tant de l'ambiance, que de la perspective de se retrouver à court de munitions en pleine bagarre, d'échouer une esquive à un moment critique ou de se faire choper par-derrière pendant qu'on est occupé à ventiler du gros plomb sur une horde déboulant face à soi. En théorie, ce n'est pas complètement ma came ; mais j'ai toujours fait une exception pour ce jeu, si amoureusement conçu qu'il est à même de faire plier le réfractaire le plus endurci.


Après les remakes très réussis des épisodes 2 et 3 (et malgré un léger rabotage de ce dernier par rapport à l'original), Capcom s'attaque donc au quatrième épisode, et c'était, forcément, celui sur lequel reposait le plus d'attentes. Ceux qui ont fait le jeu sur Game Cube voilà près de 20 ans, ou sur les innombrables supports sur lequel le jeu a été porté par la suite, s'en rappellent aujourd'hui encore les séquences cultes même sans avoir fait le jeu depuis des années : l'embuscade au village, la créature du lac, le cyclope, le nain Salazar et son armée de mutants fanatiques... c'est d'ailleurs de nos jours qu'on reconnaît plus que jamais le génie de ce jeu, puisque, si les autres épisodes ne se détachent plus aujourd'hui que par un ou deux points distinctifs (généralement, leur antagoniste principal), Resident Evil 4 reste blindé de scènes, boss et personnages marquants que cet épisode propose de retrouver comme si on ne les avait jamais quittés, de la pétulante Ashley (qui porte toujours les mêmes fringues) au mystérieux marchand, en passant par tout le cast de vilains dont Leon va botter le train à coups de (fusil à) pompe.


De mon côté, après facilement 15 ans passés sans toucher à Resident Evil 4 (j'ai peut-être dû tenter le portage HD sur Xbox 360 après la version Game Cube), c'est d'abord la nostalgie qui est partie en régime maximal. Cet improbable décor de village espagnol peuplé de paysans crotteux et psychopathes, leurs hurlements débiles qui tournent en boucle ("UN FORASTERO !", "DONDE ESTA ?!"), les cahutes délabrées bizarrement fournies de mécanismes sophistiqués, murs coulissants et autres vitraux rotatifs dissimulant des trésors finement ouvragés recréent en 2023 le même bordel étrangement cohérent, qui happe dès les premières minutes malgré l'aspect horrifique plutôt bien claqué au sol. Et ce, pour une raison qui était déjà simple il y a 2 décennies, et qui l'est encore plus aujourd'hui : Resident Evil 4 est un JEU. Le septième épisode, malgré toutes ses qualités, avait oublié d'être amusant (il était, en revanche, totalement terrifiant). Le huitième épisode avait quant à lui tenté de se rapprocher du quatrième, en abandonnant à mi-parcours pour une expérience sympa mais un peu bâtarde. Et le fait que Village ait tenté de faire du gringue à son aîné est lourd de sens. Malgré sa numérotation tardive, le quatrième épisode reste l'OG de la licence Resident Evil moderne, celui que la plupart de ses successeurs ont essayé d'imiter, sans jamais y arriver. Il y a donc peut-être quelque chose d'un peu triste à être obligé de jouer à un remake de Resident Evil 4 pour retrouver les sensations de Resident Evil 4, mais à cheval donné, regarde-t-on les dents ?


D'autant qu'elle est propre, la dentition de cette version 2023. Tout d'abord, de manière générale, on sent le nouveau "Capcom seal of quality" qui continue de m'étonner : le jeu est hyper clean, bien fini, sans bugs, avec de très belles cut-scenes qui durent pile le temps qu'il faut, bref, un vrai travail de professionnel comme on en a un peu perdu l'habitude dans le paysage du AAA moderne. Le jeu va jusqu'à nous offrir une version française intégrale vraiment géniale, très bien interprétée par d'excellents acteurs (on perd le "What are you buying ?" du marchand, mais on gagne le "Léon" tout français hurlé en permanence par Ashley, ce qui lui donne l'air hilarant d'un paon : match nul). Tournant sous le moteur des deux précédents remakes, le Resident Evil 4 nouveau en a largement tweaké l'affichage et la jouabilité pour proposer un feeling très fidèle au RE4 original, tout en le modernisant pile ce qu'il faut. Résultat, le jeu est à la fois très maniable et très beau, mais pas trop maniable ni trop beau non plus (et c'est, étrangement, plutôt un compliment).


Côté maniabilité, le génie des développeurs a été d'améliorer la réactivité et la fluidité des mouvements de Leon sans pour autant rejeter les commandes tank d'antan, qui ont contribué à son charme : on se retrouve ainsi avec un résultat volontairement hybride, certes vif et réactif, mais mâtiné d'une part calculée de rigidité qui s'exprime surtout dans les combats (rotations difficiles, caméra très proche, frames de vulnérabilité par dizaines) en contraignant le joueur à une forte mobilité, ne serait-ce que pour éviter de se faire ramoner par l'un des nombreux angles morts. Et côté affichage, le RE Engine a été allégé par rapport à Resident Evil 2 et 3 pour maintenir une excellente fluidité même lorsque l'écran est envahi par des dizaines d'ennemis simultanément. A ce titre, et sur PC en particulier, le jeu est un petit miracle d'optimisation en proposant des réglages très fournis tout en faisant état d'une faible gourmandise matérielle : c'est, littéralement, le seul AAA contemporain de ma bibliothèque Steam qui assure 120 images par seconde en permanence, même avec le ray tracing à fond et sans aucune technologie d'upscaling activée. Le jeu est toujours très beau (notamment au niveau des éclairages, saisissants de réalisme), mais tourne comme une bille et ne ralentit jamais, même quand l'écran est littéralement grouillant d'explosions, de mutants et de torches jetées dans tous les sens.


Niveau structure, j'ai retrouvé, de mémoire, tous les passages marquants du jeu original, avec quelques changements ou ajouts. A priori, le jeu n'a pas été raboté contrairement au remake du 3 ; il semble même y avoir de nouveaux passages qui n'existaient pas auparavant, notamment au début du jeu. En tous cas, répondent de nouveau présent les iconiques séquences d'embuscade, celles de survie avec timer caché, celles d'escorte ou de protection de l'inénarrable Ashley, l'intégralité des boss avec leurs variations historiques (Mendes, Salazar, Krauser, etc, jusqu'au fameux chien qui nous vient en aide contre un certain cyclope), les mêmes séquences plus ouvertes où on est invité à explorer de grandes zones, les mêmes trésors planqués sur lesquels sertir des pierres précieuses comme si on jouait à la poupée pour les revendre et améliorer un arsenal conséquent... Resident Evil 4 2023 reprend le même équilibre que son aîné, il réussit les mêmes dosages, pour un résultat toujours aussi impeccablement varié et addictif qui incite toujours au "niveau de plus". Le fait de fouiner partout pour dégoter défis bonus, munitions et objets à revendre est même un peu plus central qu'avant, et c'est une excellente idée. En effet, comme les remakes de RE 2 et 3, le jeu dégueule de contenu bonus à déverrouiller (in-game : armes, tenues, bonus de compétences, mais aussi off-game : concept arts, modèles 3D et divers autres bidules à contempler dans une galerie) qui donnent une importance particulière à l'exploration. La partie moins reluisante est que Capcom a ajouté en loucedé un cash-shop avec de l'argent réel, mais ouf, son usage demeure purement optionnel voire inutile car le jeu reste pensé pour être joué dans les conditions de l'original ; même si on peut s'inquiéter de l'avenir qui sera réservé à de tels procédés, le jeu n'en souffre absolument pas en l'état.


Enfin, le dernier morceau de Resident Evil 4 2023 : sa difficulté. "Sweet suffering." Les développeurs conseillent aux joueurs de l'original de se lancer directement en mode Hardcore, ce que j'ai, naïvement, fait. Sans surprise, ce mode permet de réaliser que les joueurs de jeux d'action modernes sont de vraies fiottes par rapport au profil type du gamer des années 2000. Dans ce mode conseillé, le jeu est effectivement "hardcore", pas de doute là-dessus. Il m'a fallu près de 30 heures pour en voir le bout, j'ai du recommencer au minimum 5 fois chaque boss, et près de 10 fois une certaine séquence d'embuscade hallucinante où j'ai vraiment cru que ma manette allait voler à travers mon écran. Et pourtant, à bien y réfléchir, j'avais à peu près mis la même énergie et la même rage désespérée pour venir à bout des scènes les plus difficiles du jeu original. Plus que dans la reprise des fondamentaux de gameplay et de scénario du jeu de 2005, c'est peut-être dans la restitution de sa difficulté que cette version 2023 fait merveille. D'une part, il faut un certain courage pour oser brandir un tel défi au visage du joueur moderne, surtout quand on est un AAA et qu'on doit se vendre par palettes. D'autre part, le large soin accordé au(x) New Game + prend encore une fois un réel sens, puisque, exactement à la manière des récents épisodes de la série (qui a toujours été très forte à ce niveau), Resident Evil 4 est un jeu qui continue de se savourer longtemps après la fin, quand, après sué sang et eau pour buter la troisième phase de Krauser ou survivre au double combat de Garradors pendant que 30 mutants nous sautent dessus en même temps, on se voit offrir la possibilité de recommencer la partie avec nos armes durement acquises, trouver les derniers trésors et peut-être s'acheter l'iconique lance-roquettes à munitions illimitées. Refaire en 3 heures ce qu'on a fait en 30 en faisant tout exploser sur son passage est plus beau qu'un poème : c'est une forme d'exultation comme seuls savent en délivrer cette saga, et cet épisode en particulier.

boulingrin87
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le 27 sept. 2023

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Seb C.

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3

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