Resident Evil 4, l'original, avait déjà un mode Separate Ways... excepté sur sa version initiale sortie sur Game Cube à savoir celle que je possédais. Il y avait bien ce qui s'appelait alors "Assignement Ada" et dont certains éléments concordaient mais dans l'ensemble j'avais un œil neuf sur ce DLC qui de toute façon a connu une refonte assez importante par rapport à RE4 premier du nom.
On peut revenir sur une Ada qui perd sa robe iconique dans une volonté de modernité. C'est compréhensible, cohérent avec d'autres modifications dont l'excellent travail sur Ashley. Pour autant, RE reste une franchise à l'ADN nanardesque qui peut se permettre certains délires et écarts au réalisme et j'aurais apprécié le look extrêmement réussi de 2005 remis au goût du jour des graphismes modernes. Le choix n'a pas été de le garder, et si le nouveau look reste assez réussi, il marque moins à mon sens.
Voilà pour le seul demi bémol que je mettrais. Pour le reste, quel bonheur du début à la fin que cette extension. On retrouve évidemment le gameplay si bien huilé de RE4 remake, on retrouve des environnements bien connus, mais soit explorés dans d'autres sens ce qui dote la ballade d'un parfum familier secondé d'une légère fragrance de nouveauté, soit avec une verticalité bienvenu à l'aide du grappin d'Ada. Sauter de tour en tour dans le château au prologue du jeu, c'est une sensation de voltige aérienne auquel les jeux RE ne m'avaient jamais habitué. On retrouve cela à différents moments du jeu pour une atmosphère moins oppressante et davantage enivrante que pour un Léon du jeu de base qui subit les embuches sur sa route davantage qu'il ne choisit son chemin. Par ailleurs, il y a aussi tous les nouveaux environnements : les égouts et le canal du château, l'extérieur de la tour de l'horloge, le centre de communication et la zone de guerre qui y mène. Ils sont dans l'ensemble des moments très plaisants à découvrir - avec un soin tout particulier pour les entrailles du château, longue fresque aux multiples facettes de game play et avec une belle intelligence de level design.
Le jeu nous propose également un set d'armes différents - dans l'équipement de base et dans une moindre mesure dans ce que l'on peut acheter. Se rajouter à cela la possible utilisation du grappin en fight, et le personnage d'Ada se joue donc à la marge différemment de Léon même si cette sensation diminue très vite à mesure que l'on avance dans le DLC.
Concernant la difficulté, on peut noter un très bon équilibrage et une adaptation intelligente des règles du jeu de base à une aventure plus dense, plus courte, mais assez longue pour permettre une gradation dans la difficulté doublé d'une progression du potentiel de destruction du personnage. Les boss tout particulièrement étaient à mon sens parfaitement dans le ton - pas trop évident, juste ce qu'il faut pour suer un petit peu, décharger l'entièreté de tous ses chargeurs sur eux et parvenir à les faire tomber alors qu'il ne nous reste plus rien en stock. On peut noter l'ennemi "Pesanta" qui innove avec pas moins de trois combats de boss - dont un en deux parties - et une infection hallucinatoire qui rend les combat nouveaux en terme de gameplay (détecter le vrai, affronter ses images) et beaux visuellement avec des décors qui se parent de flammes bleus oniriques. A l'inverse, la séquence de l'usine avec ses deux tronçonneuses était pour le coup fainéante et peu inspirée.
Par ailleurs, tout un tas d'éléments de gameplay, présents dans le jeu de base, mais coupés du remake du jeu de base, retrouvent ici leur présence (le téléphérique, les lasers, les égouts infestés de Novistadors, le combat Pesante forme finale qui rappelle un peu "It", etc). Et il y a aussi toutes ces séquences bien plus orientées infiltration que l'histoire principale (ou en tout cas avec possibilité d'infiltration sans tirer un coup de feu, l'option bourrinage de plagas restant elle aussi possible). Je pense notamment à l'esquive des villageois se rassemblant à l'église, on peut aussi esquiver la vague d'ennemis au niveau du "corps sacré" et tous ces petits moments où le jeu encourage à la discrétion et aux éliminations furtives.
En terme d'histoires, de développement des personnages, d'étoffement de l'univers, Separate Ways fait un boulot tout aussi louable que le jeu de base et renforce l'énorme travail de la ligne des remake. Oui, Luis et Ada évoluent vraiment au cours du jeu. Plus généralement les personnages évoluent au contact les uns des autres, au grès des événements importants qui arrivent. Oui, Ada n'est pas juste l'image parfaite de la femme fatale, elle a des scrupules, une conscience, elle sait être froide et professionnelle à des moments pour mieux être amicale et humaine à d'autres. Il y a quelques échanges, quelques lignes de dialogues qui font vraiment mouche (Ada qui dit à Luis de ressaisir et de faire son remède, Ada qui dit à Luis de la laisser face à Pesanta parce qu'il a une autre promesse à tenir, la réflexion d'Ada qui se rappelle les paroles de Luis sur la paix intérieur qu'apporte d'essayer de faire ce qui est juste, Ashley qui demande à Ada d'aider Léon, et évidemment ces adieux déchirants entre Ada et Léon à la fin du jeu, résignés à ce que leurs routes se séparent de par des objectifs trop divergents.
En vérité, Separate Ways du remake RE4 fait vraiment le lien entre Ada, l'espionne manipulatrice sans scrupules de Resident Evil 2, et Ada, l'héroïne qui sauve le monde dans Resident Evil 6. C'est le trait d'union, le cœur de cette évolution qu'on retrouve dans cette virée espagnole au clair de lune.
Wesker - méchant nanardesque par excellence - échappe un peu à cette refonte intelligente des personnages. Et s'il a davantage de corps que dans l'original, si son discours "la survie du plus fort" et ses milliards de victimes en tête reste assez terrifiant, on se demande parfois ce qu'il fait dans cette galère et s'il ne dénote pas, parfois out of character lorsqu'il vient sur le terrain limite servir du thé à son agente. Puis lui dire sur un ton très très très méchant "bouh j'accepte pas l'erreur". Wesker, si tu te ramène sur le terrain, fais le boulot toi même franchement…
Enfin Separate Ways, c'est aussi et surtout ce plaisir de voir l'envers du décor, d'assister à l'histoire dans l'histoire, de regarder Léon évoluer et galérer en l'observant de loin, en lui filant un coup de pouce par ci par là. C'était le bonheur du mode il y a 20 ans, et cela reste encore le cas aujourd'hui, avec tellement d'autres qualités à faire valoir par ailleurs.