Resident Evil 5: Gold - Move Edition
6.5
Resident Evil 5: Gold - Move Edition

Jeu de Capcom (2010 · PlayStation 3)

AnniversaiRE : 2/8


Resident Evil 5 est un titre plutôt mal-aimé chez les aficionados de la série, bien qu'il ait regagné quelques lettres de noblesse récemment. Comment pouvait-il en être autrement lorsqu'on est la suite de Resident Evil 4, un des jeux les plus populaires de tous les temps ?

Capcom n'a pourtant pas traité ce projet à la légère. Commencé dans la foulée de RE4, il est dès le début pensé comme la transition de la série vers la HD. Las, les développeurs japonais ont beaucoup de mal à apprivoiser cette nouvelle génération de console, le jeu prend du retard et se perd dans de multiples directions. Le jeu finira par sortir en 2009, non sans avoir au passage déclenché une polémique dont il se serait bien passée (on y reviendra), et l'accueil des joueurs comme de la presse sera très tiède, RE4 étant encore dans tous les esprits malgré sa sortie sur des consoles de génération antérieure.

Et pourtant, par un incroyable coup du destin, RE5 est devenu (et est encore à ce jour) l'épisode de la série le mieux vendu, comme si le monde entier s'était donné rendez-vous pour examiner cette curieuse expérience.


Scénaristiquement, le jeu est dans la droite lignée de RE4 et Code Veronica : après avoir détruit Umbrella et découvert le virus Las Plagas via les rapports de Leon, Chris Redfield a rejoint une ONG de lutte contre le bioterrorisme à l'échelle mondiale, son objectif principal étant de retrouver Albert Wesker, qui a commencé une collection de tous les virus rencontrés dans la série. Chris a longtemps fait équipe avec sa partenaire de toujours Jill Valentine, mais celle-ci est présumée morte depuis un affrontement contre Wesker. C'est lors d'une mission en Afrique que Chris rencontre une nouvelle alliée, Sheva Alomar, et que tous les fantômes de son passé vont revenir le hanter…

On peut au moins accorder une chose à RE5 : contrairement à l'épisode 4, on n'a pas l'impression de débarquer dans une nouvelle licence. On retrouve des personnages connus, les actions des précédents épisodes sont référencées, et le jeu s'avère même être une conclusion satisfaisante à la rivalité Chris/Wesker mise en place dans Code Veronica. Une conclusion peut-être un peu expéditive vu que des jeux comme Revelations 2 ou RE9 ont dû utiliser des stratagèmes tirés par les cheveux pour faire revenir Albert Wesker au centre de l'intrigue, mais ces turpitudes sont plus dues à un manque d'anticipation de la part de Capcom qu'à l'écriture de RE5 lui-même.


Malheureusement, cet épisode se casse la gueule sur à peu près tout le reste. Passons rapidement sur le physique de bodybuilder de Chris (qui ne sera jamais repris dans les futurs épisodes) voire sur les séquences parfaitement absurdes qui sont quasiment devenues une marque de fabrique de la série à ce stade (la scène d'anthologie où Chris boxe un rocher pour dégager le passage, Wesker qui a trop regardé Matrix, mais j'avoue que le passage qui m'a complètement perdu est celui où on est poursuivis par des zombies à moto), et parlons plutôt du gameplay.

J'ai la chance d'avoir joué à Resident Evil 4 sur GameCube et Wii, et si je trouvais la maniabilité pénible manette en main, la Wiimote permettait une bien meilleure précision. RE5 ne propose évidemment que la première option, et il faut donc s'habituer au gameplay lourdingue ponctué de tirs imprécis, sur des ennemis dont la barre de santé semble varier du simple au quadruple pour un même type. Heureusement qu'on peut de temps en temps coller un ou deux pains aux méchants pour économiser des munitions, et ça a le mérite d'être plus précis. Notez que cette Gold Edition permet de jouer avec le PS Move de la PS3, mais je ne possède pas cet accessoire et ne pourrai donc pas émettre de comparaison avec les manettes de Nintendo.

Le jeu n'est pas excessivement dur à quelques exceptions près (les zombies-cafards qui one-shotent et le combat final très mal expliqué), mais le manque de précision allié aux munitions qui me semblent plus rares que dans RE4 peut compliquer la vie inutilement dans certains passages (j'ai carrément dû finir le boss "scorpion-volant sorti du camion" au couteau).

RE5 reprend également les QTE de RE4, un peu moins nombreux mais toujours débilement frustrants lorsqu'on pensait assister à une simple cinématique et qu'on se mange un Game Over juste parce qu'on a eu l'idée saugrenue de poser la manette.


Mais ça à la limite, pourquoi pas. Le vrai problème du gameplay, c'est qu'on est forcés de coopérer avec une IA qui pue la merde et semble toujours prendre de mauvaises décisions. Le titre a en effet été pensé pour être joué à deux, ce qui est une proposition intéressante, mais ça gâche complètement l'expérience solo vu que le partenaire peut très facilement mourir sans qu'on y prenne garde, utilise les objets de santé n'importe comment et a tendance à gaspiller toutes les munitions de l'inventaire (sauf les grenades, étrangement). Il n'est pas rare de se dire qu'on y arriverait bien plus facilement tout seul, et c'est très frustrant.

Notons d'ailleurs qu'on ne peut même pas jouer Sheva lors de notre première partie en solo, celle-ci n'est débloquée qu'à la fin du jeu ou via le mode co-op. C'est dommage, surtout pour cette série qui a longtemps mis en avant ses personnages féminins.


Le level-design ne rattrape malheureusement pas le gameplay. Trop plat, trop prévisible (dès qu'on rentre dans une zone un peu vaste on sait que des zombies -pardon, des Majinis- vont nous tomber dessus) et trop linéaire, on retombe dans les pires travers de RE4.

Le pire étant le manque d'inventivité totale du jeu, dans l'ombre permanente de son modèle. Comme dans RE4, on retrouve donc des séquences telles que l'introduction dans un village agressif qui finit déserté sans explication, un affrontement avec une espèce de troll sorti du Seigneur des Anneaux, des ennemis à tronçonneuse qui se cachent la tête sous un sac… On a en fait l'impression de jouer à un mod de RE4, d'autant que si ce jeu était très beau sur 128-bits, RE5 n'est pas vraiment impressionnant pour une console HD, donc le bond graphique n'est même pas notable.

Le seul point où RE5 l'emporte, c'est dans la cohérence de son univers. Si RE4 nous faisait passer sans transition d'un village reculé à un château médiéval et à une base militaire suréquipée, RE5 a au moins le mérite d'avoir une progression plutôt logique : le village africain mène à un fleuve, qui débouche sur une usine de traitement du pétrole, qui emmène vers une grotte…


Parlons justement du traitement de l'Afrique dans ce jeu, qui a entraîné une polémique dès le premier trailer puisqu'évidemment, le jeu se déroulant dans une bourgade africaine infectée, on tire sur beaucoup de noirs.

Vous allez me dire que scénaristiquement ça se justifie, et ce n'est pas faux. Il n'empêche que tirer presqu'uniquement sur des noirs pendant 15h finit tout de même pas entraîner un certain inconfort.

Mais le pire reste plutôt la manière dont le virus transforme les Africains. Grâce à on ne sait quelle séquence d'acide nucléique, ce virus a le pouvoir de ramener l'infecté à un "état primitif", ce qui se traduit en jeu par… Des noirs qui finissent par arborer des peintures de combat, des pagnes et des masques rituels et qui vous attaquent à grands coups de sagaie et de boucliers folkloriques. Ajoutez à ça que le personnage jouable imposé lors de votre première partie est un Américain plus blanc que blanc, et vous devinez le malaise de voir un anglophone suréquipé descendre des tribus entières à coup de fusil à pompe.

C'était déjà très étrange dans RE4, qui versait dans l'interventionnisme américain dans une contrée espagnole arriérée utilisant encore les pesetas en 2004, mais RE5 franchit à mon sens la frontière d'un mauvais goût que peu d'oeuvres se sont permises, y compris les films américains les plus bas du front. Au moins nous épargne-t-on l'usage du mot en N (et on rappelle que sans N, on est tous les mêmes #saféréfléchire).

Il y a une petite tentative de désamorçage à un moment, puisqu'un document montre que les Africains sont victimes de néocolonialisme de la part de Tricell (l'entreprise qui remplace Umbrella) qui s'approprie leurs terres puis fait des expérimentations de virus sur la population, déguisées en campagnes de vaccination, mais c'est léger, et loin d'être suffisant pour évacuer le malaise précédemment cité.


Concluons en parlant des deux campagnes DLC, incluses de base dans cette Gold Edition (et dans toutes les rééditions futures il me semble).

La première est Lost in Nightmares, qui permet de jouer Chris et Jill (juste Chris dans la première run solo) dans un flashback évoqué dans la campagne principale. Ce DLC est beaucoup moins orienté action que le jeu de base, puisqu'on explore un manoir évoquant celui de RE1 dans lequel on résout des énigmes (Sonate au clair de Lune incluse). Il n'y a que deux types de monstres différents, qui ont le bon goût de n'apparaître que dans la deuxième moitié de la campagne. L'ambiance est sympathique, même si l'expérience est trop courte pour qu'on puisse vraiment l'apprécier, et trop linéaire pour espérer concurrencer l'opus fondateur. L'histoire se conclut par l'affrontement contre Wesker où Jill est portée disparue, le combat est malheureusement très peu clair dans son déroulement et ne permet pas de finir le DLC sur une note satisfaisante.

La seconde est Desperate Escape, une campagne sans intérêt orientée action. On dézingue du zombie pendant 30 minutes dans des couloirs, ça pète de partout, et ça ne raconte rien d'intéressant. Ca a au moins le mérite de nous laisser jouer Jill sans avoir à finir la campagne une fois, mais c'est tout (son partenaire est un illustre inconnu qui apparaît deux-trois fois dans le jeu de base). Triste de se dire que c'est canoniquement la dernière apparition de cette grande dame du jeu vidéo, films mis à part.


Si vous m'avez suivi jusque-là, vous ne serez pas surpris de lire qu'en conclusion, je pense que Resident Evil 5 s'est lourdement viandé. Si sa volonté de raccrocher les wagons entre RE4 et le reste de la saga est louable (quoique parfois mal exécuté, coucou les dossiers de plus de 40 pages pour parler du lore de la série), il n'a plus aucune ambition en termes d'horreur (j'ai plus craint de voir un membre de la LICRA débarquer chez moi que de rencontrer un zombie un peu trop affectueux) et est rempli de maladresses aussi bien au niveau du gameplay que de son écriture. Sa volonté de marcher dans les pas de RE4 est pour moi une erreur, de mauvaises conclusions ont été tirées du succès de l'aventure espagnole de Leon. Alors certes, le résultat a été gagnant d'un point de vue financier, mais à quel prix pour l'image de la licence ?

Lost in Nightmares laisse envisager qu'un changement de direction a été opéré après la sortie du jeu, mais c'est trop peu à mon sens, et surtout ça n'a pas l'air d'avoir eu le succès escompté. Mais on en parlera après ma découverte de RE6.

Sonicvic
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le 15 juin 2026

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Sonicvic

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