Resident Evil 6, l'incompris
Leon S.Kennedy. Chris Redfield. Sherry Birkin. Ada Wong. Une panoplie de personnages bien connue des fans de la saga de Capcom, et qui sont tous de retour dans un épisode qui s'annonce comme un opus somme, l'ultime épisode d'une saga qui a marqué définitivement le paysage vidéoludique depuis plus de 15 ans. 4 campagnes en solo pour les amateurs du jeu solitaire, ou en coopération avec chacun des personnages un partenaire différent qui font tous une entrée fracassante dans la famille des protagonistes marquants de Resident Evil. Retenez particulièrement Piers Nivans, binôme d'équipe de Chris, les 2 forment un duo de buddy movie attachant. Jake Muller, fils caché d'Albert Wesker tire également son épingle du jeu. Et Helena Harper est un pendant féminin de Léon Kennedy qui saura se faire une place entre Jill Valentine, Claire Redfield et Sheva Alomar, héroines emblématiques de la série. Des personnages qu'on aura hâte de retrouver dans les épisodes ultérieurs.
Vous vous souvenez tous de Resident Evil 4, surement l'épisode le plus apprécié de la série, celui qui a amené la saga vers l'horizon de l'action sans répit. Pour certains, cette 4ème itération reste le sommet absolu de la saga. J'ai envie de mettre les points sur les i tout de suite et même pourquoi pas enfoncer les portes ouvertes : Resident Evil 6 parvient à magnifier le travail de Capcom commencé dans le 4 jusqu'à carrément transcender une formule à peine esquissée et l'amener vers des sommets insoupçonnés.
Oui, oui, vous avez bien lu, Resident Evil 6, qui a été tellement décrié par la presse et par un grand nombre de joueurs lors de sa sortie, est à mes yeux une réussite encore plus grande que le mythique RE4. Il a juste le malheur de sortir dans une période où les productions occidentales ont trusté les salons, où leur gameplay directement hérité du jeu PC ont imposé des standards dans les habitudes des gamers. Resident Evil, la saga la plus occidentale du plus occidental des studios japonais est dans la droite lignée des canons occidentaux. Alors pourquoi ce rejet presque généralisé? Parce que malgré son enrobage digne d'un blockbuster hollywoodien, RE6 est profondément japonais dans ses tripes, il respire l'arcade par tous les pores, il a en lui l'ADN d'une boîte qui a accouché des meilleurs jeux de combat, des beat'em all par excellence, et des jeux d'action dotés de gameplay impitoyable, nécessitant un apprentissage ardu, une assiduité dans l'effort, des choses qui semblent être oubliées chez beaucoup de joueurs. Désormais, on se farcie du zombie à coups de prises de catch et de gunshots, on se prend pour Chow Yun-Fat en faisant des glissades au sol, tout en tirant avec un flingue dans chaque main. Oubliés les déplacements lourdauds que nous avait habitué Capcom, maintenant, on court, on straffe, on se met à couvert, on fait des roulades, jamais un Resident Evil n'aura été aussi maniable.Tous les ingrédients pour proposer un jeu énorme avec un contenu qui dépasse allégrement les standards habituels. 4 Campagnes très différentes dont certaines auraient carrément pu être considérées comme des jeux à part tant ils sont long et denses. 4 campagnes à la tonalité unique! Celle de Léon nous renvoie aux premiers amours de la série avec un milieu urbain et des zombies classiques. Le campus universitaire, le métro souterrain, la ville en flamme, des catacombes lugubres. Des niveaux qui proposent une atmosphère angoissante et qui rappelle la folie qui a gangréné Raccoon City. Celle de Chris est dans la continuité du 5ème épisode avec des hordes d'infectés par milliers dans des environnements urbains plus exotique. Mention spéciale à tous les niveaux en Chine avec la moiteur des immeubles délabrés, de la chaleur palpable, et des infectés grognant en cantonais. Ça pue la grippe aviaire et porcine à tous les niveaux, on est bien dans Resident Evil! Celle de Sherry rappelle RE3 et sa fuite en avant face à la menace d'un monstre qui emporte tout dans son passage. Quant à celle d'Ada, on est dans l'infiltration, témoin d'observation des 3 autres campagnes, et point d'ancrage qui fait le lien entre tout ça.
Resident Evil 6 est généreux. Très généreux. Jusqu'à l'orgie parfois. Capcom a tout donné, on sent la volonté de venir défier tous les ténors du genre, et de faire comprendre une fois pour toute qui est le boss. Jamais un jeu d'action n'aura proposé un rythme aussi soutenu, on vit l'action intensément, on ne reprend son souffle que durant de courtes cut-scènes entre les chapitres. Et quand on a finit le jeu, on constate qu'on est passé à côté d'énormément de secrets à découvrir, d'items à trouver, d'habilités à customiser. Le mode Mercenaires fait son retour, et le gameplay semblent avoir été fait pour ce mode de jeu tant il peut être jouissif par moment, et frustrant le plus souvent, nous mettant devant le fait accompli : non, Resident Evil ne pardonne pas les erreurs et les sautes de concentration. Notez que ce mode Mercenaires peut être considérer comme un jeu à part entière tant la durée de vie est énorme pour peu qu'on aime le scoring. Un principe tellement old school. Et pourtant, c'est la base du jeu vidéo. Se battre contre le jeu, repousser les limites du score, aller chercher le score impossible. On est hardcore gamer ou on ne l'est pas. Si tu cherches la facilité, tu vas voir ailleurs. Tellement japonais dans l'approche. La durée de vie donne le vertige. Vous en aurez pour votre argent, pour peu qu'on se donne la peine de s'y plonger.
Resident Evil ne cherche par le réalisme à tout prix, on ne cherche pas la maniabilité absolue. Ici, les règles du jeu sont imposées. On ne peut pas tirer en courant?. Soit. On ne peut pas se retourner instantanément pour tirer sur des ennemis derrière soi? Tant pis. De toute façon, le jeu n'impose pas de devoir faire ce qu'on veut. A chaque situation proposée, il y a une solution adéquate. On meurt souvent dans RE. On meurt parfois à répétition, jusqu'à ce qu'on trouve la solution. Tellement japonais. Arcade, exigence, humilité et game over. Des notions qui semblent être oubliées chez beaucoup de joueurs.
On est là pour jouer ou pour regarder des cinématiques?
Capcom a choisit son camp.
A vous de faire le votre.
Moi, j'ai fais le mien.
Et je tire mon chapeau à toute l'équipe de développement derrière ce jeu.
Bravo Capcom.