AnniversaiRE : 4/8


Resident Evil 6 était un accident industriel comme on en voit peu souvent dans le jeu vidéo. Et généralement, quand une série tombe aussi bas, le premier réflexe de son éditeur est de la lâcher et de se tourner vers d'autres franchises, qui n'ont pas encore connu leur décadence (sauf Pokémon, parce que même un étron vendu dans une boîte à l'effigie de Pikachu sera achetée par 25 millions de Poichigeon, et ça fait 12 ans que ça dure).

Pourtant, RE6 restait un beau succès commercial, preuve que la série avait encore ses aficionados qui espéraient que Capcom redresse la barre. Et factuellement, ils avaient de bonnes raisons d'y croire, les deux épisodes Revelations prouvaient que la licence était encore pilotée par des gens qui voulaient sincèrement faire peur à leur audience.


Pour le prochain épisode numéroté, Capcom prend donc le temps de revoir totalement les bases : une suite directe à RE6 est vite abandonnée au profit d'un pseudo-reboot de la licence, un nouveau moteur graphique est développé pour pousser le réalisme au maximum sur la nouvelle génération de consoles, une version VR est travaillée en parallèle pour tenter de percer dans cette nouvelle technologie, une démo très encourageante est montrée au public en 2015…

Tiens, commençons par là ! Si la démo de 2015, Kitchen, n'est plus accessible de nos jours, une autre démo sortie peu de temps après, Beginning Hour, est encore téléchargeable. Celle-ci sert de prologue au jeu complet, et permet de découvrir la maison des Baker (qui sera votre principal terrain de jeu) et la puissance du nouveau moteur graphique. Mais surtout, si cette démo ne dure que 30 minutes en ligne droite, elle contient plusieurs fins que l'on peut s'amuser à chercher, et qui lui donnent finalement une durée de vie tout à fait respectable. Le jeu final est hélas bien plus linéaire dans son déroulé, mais quelques éléments de cette démo se retrouvent dans les DLC, qui proposent parfois plusieurs chemins pour en voir le bout.


Dans tous les cas, après ces quelques extraits de jeu, la promesse est claire : RE7 est un jeu d'horreur, à mille lieux du pan-pan boum-boum de l'épisode 6.

Le jeu adopte un point de vue à la première personne, une première pour la saga principale, mais qui avait déjà été tenté dans les rail-shooters Survivor ou Chronicles. Contrairement à ces derniers, il y a un réel aspect horrifique dans les décors que l'on traverse, et la rareté des armes et munitions évoque beaucoup plus Resident Evil 1 que ces errances.

Notons d'ailleurs que RE7 est sorti en janvier 2017, soit le même mois que le dernier film de PWS Anderson. Cette période marque donc un très léger grand écart stylistique pour la licence.


Manette en main, RE7 semble surtout inspiré par les jeux d'horreur qui faisaient le buzz à l'époque, on sent que le succès d'Outlast est passé par là par exemple (vue à la première personne, poursuivants qui errent dans les couloirs, le côté found footage des cassettes qui parsèment l'aventure…), mais des projets plus ambitieux comme Alien Isolation ou PT ont aussi pu pousser dans cette direction.

Même l'horreur a changé de visage. On n'affronte plus des zombies ou des Espagnols (brrr…), mais des créatures formées à partir de moisissures qui ont pris vie. Ca ne révolutionne pas le gameplay (ça reste des ennemis humanoïdes assez idiots, certains agissent même comme des chiens), mais ça participe au changement d'ambiance voulu par le jeu, pour faire rentrer la licence dans une nouvelle ère.


Et vraiment, même s'il y a un côté "jeu d'horreur random auquel on a collé l'étiquette RE", difficile de nier que la sauce prend. Pour la première fois depuis le Verdugo de RE4, j'ai vraiment eu peur et j'ai même sincèrement sursauté à plusieurs reprises. L'atmosphère crade, les phases d'esquive des monstres et les bossfights relativement imprévisibles m'ont fait me tenir en alerte en permanence, sans compter qu'on retrouve avec délice des munitions rares pendant la majorité de l'aventure. En bref, on n'est jamais serein, et chaque balle compte.

Il y a bien sûr quelques défauts à l'aventure, je pense aux énigmes qui sont très simples, à la progression plutôt linéaire même si les zones de jeu assez ouvertes font bien illusion, et globalement un manque de motivation pour rejouer au jeu. Il n'y a pas de deuxième protagoniste, la fin alternative n'est définie que par un choix qui arrive assez tard dans l'aventure, il n'y a pas de mode annexe en-dehors des DLC, etc.


L'histoire est même un peu plus intéressante que la moyenne de la série ! Le fait de devoir sauver sa femme d'un pur cauchemar implique bien le joueur (malgré la transparence du protagoniste, Ethan), les Baker sont de très bons antagonistes qui arrivent à nous faire courir d'un bout à l'autre du jeu, et les cassettes et flashbacks qu'on déclenche ici et là donnent suffisamment d'infos pour renouveler fréquemment l'intérêt.

Vous noterez toutefois le manque de liens avec les épisodes précédents. On a bien sûr Chris Redfield qui apparaît dans les dernières secondes de jeu ainsi que quelques clins d'oeil ici et là (comme un roman écrit par un personnage de Revelations), mais ça donne un opus qui semble très isolé de ses prédécesseurs, comme RE4 en son temps.


Possédant l'édition Gold, parlons rapidement des DLC :

Banned Footage est un ensemble de six mini-épisodes aux gameplays divers et variés. On y trouve aussi bien un scénario où l'on doit s'évader d'une chambre qu'un mode scoring où il faut attendre la fin d'une section difficile du jeu sans mourir, en passant par un mini-jeu de blackjack revisité. Les propositions font parfois le grand écart et vous plairont plus ou moins (détestant le hasard, j'ai bien ragé sur le blackjack), mais elles sont objectivement qualitatives.

The End of Zoe se veut plus complet, mais puise aussi dans le grand n'importe quoi qui a fait le succès de RE par le passé. On y incarne une espèce de redneck vivant dans le bayou, confronté aux monstres-moisissures et autres alligators mutants qu'il va affronter à mains nues. Très con donc très drôle, seul le boss final un peu rageant m'a fait revoir cette aventure à la baisse.

Enfin, Not a Hero permet de jouer Chris Redfield dans sa propre campagne, plus orientée action que le jeu principal, même si on est heureusement loin du ridicule de ses aventures dans RE5-6. On a même droit à un affrontement contre un pseudo-Tyrant à la fin, et quelques pistes scénaristiques sont posées pour la suite. Notez qu'il s'agit du seul DLC gratuit du lot.


Si Resident Evil 7 n'est pas le meilleur jeu de la franchise et essuie les plâtres du changement de formule, il s'agit de l'épisode dont la licence avait besoin à ce moment de son histoire. Souvent terrifiant, renouant avec ses racines tout en posant de nouvelles bases, il a le mérite d'avoir fait oublier les errances de 2008 et 2013, et même d'avoir remis Capcom sur le devant de la scène, après une génération HD compliquée pour le géant japonais.

Il n'y a désormais plus qu'à montrer que ce moteur et la nouvelle équipe derrière la licence peuvent raconter des histoires mieux implantées dans l'ADN de la saga, et si possible avec plus de contenu annexe. Et quoi de mieux qu'un remake pour prouver tout ça ?

Sonicvic
7
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Créée

le 23 sept. 2026

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