Rue Valley : quand le jeu devient thérapie

Rue Valley m’a été offert pour mon anniversaire, le 18 décembre dernier, par mon ami et sensei de SensCritique, Arnaldo17. Je ne connaissais absolument pas le jeu. Et ce fut une belle surprise !


Le jeu nous place dans la peau d’Eugene Harrow, un homme en pleine dépression, engagé dans une thérapie sans réellement savoir pourquoi et où elle le mènera. Alors qu’il erre dans la petite ville américaine de Rue Valley, il se retrouve inexplicablement coincé dans une boucle temporelle de 47 minutes (réparties entre 20h00 et 20h47), condamné à revivre la même soirée encore et encore...


À chaque cycle, les habitants, tous plus ou moins importants, répètent les mêmes routines et conversations, tandis qu’Eugene conserve ses souvenirs. L’objectif n’est jamais clairement énoncé : il s’agit avant tout de comprendre pourquoi cette boucle existe et quels mystères entourent Rue Valley.

Dès le début de l’aventure, le joueur choisit également les traits de caractère d’Eugene Harrow. Sur le moment, je n’avais pas pleinement saisi l’importance de ce choix. Pourtant, ces traits influencent concrètement la progression : ils facilitent — ou compliquent — certaines actions et modifient les dialogues avec les PNJ.

La personnalité que l’on façonne influe ainsi sur la manière dont Eugene interagit avec le monde, renforçant l’aspect introspectif et presque thérapeutique de l’expérience. Mon personnage par exemple était trop anxieux et paranoïaque.


Le principe de la boucle temporelle n’est pas inédit et a été popularisé par des jeux comme Deathloop, auquel je n’ai pas encore joué, mais qui m’a donné envie de le découvrir. Rue Valley m’a aussi rappelé 12 Minutes, un titre que j’avais personnellement moins apprécié, ou du moins qui m’avait moins marqué.

Mais Rue Valley se distingue rapidement par autre chose : une approche plus introspective et narrative, où l’observation et les choix du joueur sont au cœur de l’expérience.

En me renseignant un peu, j’ai également remarqué que Rue Valley partage certaines similitudes avec Disco Elysium, notamment dans sa manière de gérer les dialogues, les interactions avec les PNJ et l’arbre d’enquête qui structure la progression narrative. Comme dans Disco Elysium, les choix et l’observation sont centraux, même si Rue Valley conserve sa propre identité et son univers unique.


Esthétiquement, Rue Valley est somptueux. Certains plans sont magnifiques : la pluie qui ruisselle, les jeux de lumière (au motel ou au bar) les ambiances nocturnes… Tout concourt à une atmosphère mélancolique et contemplative, parfaitement en accord avec le propos du jeu.

Rue Valley donne le sentiment de vivre une aventure presque thérapeutique. On s’y sent parfois perdu, frustré, confronté à de longs temps morts — mais c’est un choix pleinement assumé. Ces lenteurs et ces répétitions participent à l’expérience et renforcent l’impression d’enfermement.


Après une centaine de boucles (132 en ce qui me concerne), pour une quinzaine d’heures de jeu, on atteint le terme de cette aventure singulière qui, sans être toujours confortable, ne m’aura clairement pas laissé indifférent.

Cela dit, quelques nuances sont à noter. Le choix des traits de personnalité d’Eugene influence les dialogues et certaines actions, mais pas toujours de manière très profonde. De même, la boucle et les mystères de Rue Valley ne sont pas entièrement expliqués, ce qui peut frustrer les joueurs à la recherche de réponses claires.

Ces éléments font partie intégrante de l’expérience et renforcent l’aspect mystérieux et introspectif du jeu, mais il est important de le savoir avant de se lancer.


Rue Valley n’est donc pas un jeu pour tout le monde. Mais c’est clairement un jeu à essayer, surtout si l’on apprécie les expériences narratives contemplatives et introspectives. C'est presque un RPG sans action où tout se joue principalement sur l'observation, la réflexion, les dialogues et l'introspection.


7,5/10

J.B.

Créée

le 5 févr. 2026

Critique lue 136 fois

Julien4041

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