Rush Rally Origins
7.4
Rush Rally Origins

Jeu de Stephen Brown et Brownmonster Limited (2021 · Nintendo Switch)

L'anti « art of rally » (...et c'est une stratégie qui lui sourit.)

Je pense qu'on l'aura tous remarqué : en cette dernière décennie où l'industrie du jeu vidéo a connu une intense expansion – notamment de la scène indé – l'un des stratagèmes utilisés par les développeurs qui sont en quête de succès a été l'affichage ostentatoire d'une démarche arty hautement revendiquée.

Jeux concepts, partis pris esthétiques marqués, musiques grandement travaillées : tout était bon pour marquer sa différence, sa singularité, pour ne pas dire sa pureté.

C'est dans cette logique là qu'en 2020 sortait art of rally (sans majuscule s'il vous plaît, ça fait plus stylé) ; un titre pensé pour se démarquer de la masse par une démarche puriste ; un titre qui d'ailleurs a fini par capter mon attention et auquel j'ai joué il y a peu...


Pourquoi vous parler ici d'art of rally, vous demanderiez-vous peut-être ?

Eh bien c'est justement parce que, comme indiqué dans le titre de cette critique, ce Rush Rally Origins en est la plus pure antithèse... Et que, franchement, c'est tout à son avantage.

Pas d'esthétique low poly baignée de couleurs apaisantes. Pas de musique synthwave qui se veut trop stylée. Et surtout, pas cette « exigence » de gameplay censée retranscrire la conduite très technique d'une voiture en situation de rallye... À bien tout considérer, Rush Rallye Origins (qui sort moins d'un an après son prédécesseur arty) est parti du même postulat de base – à savoir le jeu rétro de rallye – mais en portant ses efforts d'actualisation sur d'autres priorités.


En termes d'esthétique plastique et musicale – soyons honnêtes – pas de quoi être subjugué. Les graphismes semblent se contenter de remobiliser et de réactualiser le visuel d'un Colin McRae PS1. Bref, quelque chose de pas vraiment transcendant mais qui reste néanmoins propre. Et pour ce qui relève des musiques (ou devrais-je dire de « la musique » car je n'ai pas le souvenir d'en avoir entendu plus d'une), on se retrouve avec une petite bouserie électro typique du genre qui a pour principal mérite celui de savoir se faire discrète.

En fait, le véritable intérêt de ce Rush Rally Origins est totalement ailleurs. Et cet intérêt, selon moi, il réside clairement dans sa capacité à aller rapidement vers l'essentiel.


Dès le menu d'intro, le ton est donné. Trois grosses cases : championnat / contre-la-montre / courses VS. On sait où on va d'emblée et chacun des modes offerts est d'une limpidité totale quant à ses enjeux. Peu de voitures, toutes classées de la même catégorie, lesquelles donnant accès à des championnats de catégories similaires. La voiture choisie, on fait des courses qui rapportent des points qu'on implémente dans des slots de compétence : vitesse, accélération, adhérence, freinage, etc. Trop pimper sa voiture, c'est la faire promouvoir pour la catégorie supérieure et donc pour le championnat de catégorie supérieure. Bref, si on veut gagner tous les championnats de toutes les catégories, il va juste falloir, réfléchir aux voitures qu'on compte améliorer et celles qu'on entend prélever parmi celles qu'on débloque au fur et à mesure des championnats gagnés.

C'est simple et efficace. Tout se lance rapidement. En dix minutes, on est déjà dedans.


Même constat niveau gameplay. On est sur une approche arcade très accessible. Boite de vitesse automatique et seulement trois boutons : accélérateur, frein et frein à main.

Les premiers circuits permettent de prendre en main l'inertie du véhicule ; très cohérente. Là encore, la prise en main est très rapide. Une rapidité qui ne ferme néanmoins pas la voie à la progression. Car plus les championnats s'enchaînent et plus les circuits deviennent techniques et variés dans les compétences qu'ils mobilisent.

À côté de ça, en améliorant progressivement nos voitures, on est contraint de s'adapter au fur et à mesure au fait de gérer des voitures plus puissantes et donc plus capricieuses dans les virages. Et encore une fois, tout ça s'enchaîne vraiment rapidement, sans fausse note, sans faute de rythme, sans faute technique et... eh bah ça fait du bien, quoi...


Alors j'entendrais fort volontiers qu'on puisse reprocher à ce Rush Rally Origins le fait qu'il soit au fond bien classique, sans surprise et sans marque identitaire bien affirmée – et qu'au bout du compte il se contente juste d'être un jeu rally « simcade » à l'ancienne – mais j'avoue que, pour ma part, c'est là une qualité qui, de nos jours, se fait suffisamment rare pour qu'on en tire pas une certaine jouissance.

Pour ma part, ça fait déjà quelques jeux de courses que j'enchaîne et j'avoue qu'entre les triple A qui ont tendance à se perdre dans une logique simu un peu absconse et de l'autre les jeux fauchés ou développés à la va-vite qui essayent de cacher leurs limites derrières des esthétiques tape-à-l'œil ou arty, j'ai eu du mal à y trouver mon compte. Du coup, quand je me retrouve avec ce Rush Rally Origins – opus issu d'une longue saga datant de l'époque Dreamcast et qui entend faire peau neuve en revenant aux fondamentaux du siècle dernier tout en tirant parti des nouvelles possibilités offertes par les technologies récentes – j'avoue que ça me parle. Et ça me parle même d'autant plus qu'on sent que c'est le message qui nous est ici clairement envoyé.


Tout le jeu transpire de cette culture de l'adaptation aux besoins et envie de chacun.

Par exemple, l'un des principes rétro sur lequel repose le jeu c'est le fait que le jeu propose de faire les courses avec un point de vue très surplombant, à la façon d'un vieux Micro Machines. Et comme tous ces jeux en top down racing, l'angle de caméra ne bouge pas, ce qui nous oblige à nous adapter en permanence au fait que notre véhicule soit parfois de côté ou de face... Mais bon, comme ce Rush Rally Origins se veut accommodant avec tout le monde, ce principe de cadre fixe peut être retiré si on préfère une caméra qui reste bien alignée avec l'arrière de notre véhicule. Ça retire une partie de l'enjeu certes, mais après tout chacun restera libre de se fixer les enjeux qu'il préfère.

Même politique pour les retry. Ils sont illimités. D'un côté c'est un peu naze dans la logique d'un championnat mais, après tout, personne ne nous oblige non plus à les utiliser. Donc, une fois encore, chacun fera à sa sauce.


Au bout du compte, ce Rush Rally Origins n'est peut-être donc bien qu'un simcade à l'ancienne, sans grande originalité dans aucun de ses secteurs, mais c'est vraiment un simcade propre et efficace. Les plus tatillons pourraient certes lui reprocher de ramer un peu sur Switch, notamment sur la bande son en cas de collision, mais ça reste selon moi plutôt secondaire. Au bout du compte ce n'est pas pénalisant en termes de performances, même si ça nuit un peu à l'immersion.

Donc autant dire que pour des joueurs comme moi qui sont à la recherche d'un petit jeu de course rapide de prise en main mais qui garantisse malgré tout un minimum de progression, on dispose là d'un très bon spécimen.

Parce qu'à bien tout prendre, mieux vaut du classique bien forgé, que de l'arty mal ficelé...

Créée

le 15 déc. 2025

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