The Exit 8 vous apprend les règles. Simulation 9 vous demande si vous êtes prêt à les enfreindre.
Depuis The Exit 8 les jeux d'anomalies sont devenus un véritable sous-genre du jeu indépendant : couloirs inquiétants, détails qui changent discrètement et boucles temporelles ont inspiré de nombreux développeurs. Simulation 9 ne cherche d'ailleurs jamais à masquer ses influences tant dans son esthétique que dans sa manière de transformer des lieux ordinaires en espaces profondément inconfortables.
J'ai eu la chance de découvrir le jeu en live, avec son développeur présent dans le chat. Je m'attendais à un nouvel héritier bien réalisé mais finalement assez classique. C'est d'ailleurs l'impression que donnent les premiers instants. Puis ce titre commence à dévoiler une autre facette de son univers. Derrière son apparente structure de jeu d'anomalies se cache un véritable méta-jeu, qui pousse progressivement le joueur à remettre en question les règles qu'il suivait jusque-là et transforme une simple chasse aux anomalies en une expérience d'exploration beaucoup plus déroutante.
Un héritage assumé
Impossible de parler de Simulation 9 sans évoquer les jeux dont il s'inspire. Dès les premières minutes, les références sautent aux yeux. The Exit 8 est évidemment la plus évidente, tant le principe d'observer son environnement à la recherche d'anomalies rappelle le titre japonais qui a popularisé ce sous-genre. Certains décors m'ont également fait penser à Pools ou à Escape the Backrooms, avec cette façon de transformer des lieux ordinaires en espaces où l'on ne se sent jamais vraiment à sa place. Lorsqu'un genre est encore jeune, il est normal que les premiers jeux se répondent et s'influencent. La question n'est pas de savoir si ce titre ressemble à ses prédécesseurs, mais s'il parvient à faire autre chose de cette base.
Simulation 9 propose d'ailleurs trois façons de l'aborder. Les deux premières restent fidèles à ce que l'on attend d'un jeu d'anomalies : une version classique où il faut progresser en repérant les changements, puis un second mode qui ajoute des séquences de poursuite afin de maintenir la pression. Ces deux variantes sont efficaces et remplissent parfaitement leur rôle, mais elles donnent aussi l'impression que le jeu reste volontairement dans une zone de confort. C'est finalement le mode Histoire qui justifie à lui seul tout l'intérêt de Simulation 9. Non pas parce qu'il abandonne le principe des anomalies, mais parce qu'il décide de l'utiliser comme point de départ plutôt que comme unique destination.
Ce que je n'avais pas vu venir, c'est la place qu'il accorde au libre arbitre. En mode histoire, le jeu cesse vite de considérer les règles comme de simples mécaniques de gameplay pour en faire un élément central de son récit. Sans jamais forcer la main du joueur, il l'invite régulièrement à s'interroger sur les consignes qu'il reçoit et sur la confiance qu'il peut leur accorder. Cette idée est suffisamment bien amenée pour modifier progressivement la manière d'aborder l'aventure, sans jamais perdre de vue ce qui fait le sel d'un bon jeu d'anomalies : le doute.
Identité en devenir
Quand beaucoup de jeux du genre se contentent d'enchaîner les anomalies jusqu'au générique, le titre essaie de construire une véritable trame narrative qui accompagne la progression du joueur et donne du sens à son exploration. Tout ne fonctionne pas avec la même force et certains aspects auraient sans doute mérité d'être davantage développés mais néanmoins je préfère largement un jeu qui prend le risque de dépasser son concept de départ plutôt qu'un autre qui se contente de l'appliquer sans jamais chercher à surprendre.
Sur le plan esthétique, Simulation 9 peine encore à s'affranchir de ses influences. Entre les couloirs de The Exit 8, les espaces liminaux de Pools ou certaines ambiances qui rappellent Escape the Backrooms, le jeu ne possède pas encore une identité visuelle reconnaissable. C'est sans doute son principal point faible mais certainement pas un défaut rédhibitoire. D'abord parce qu'il assume clairement ses inspirations, ensuite parce qu'il les met au service d'une proposition qui fonctionne ! Pour un premier jeu d'une telle ampleur l'ensemble est étonnamment solide. Si le prochain projet du studio parvient à conserver cette envie de raconter une histoire tout en affirmant davantage sa propre identité, il y a fort à parier qu'il faudra le suivre de très près.
📎 Simulation 9 m'a rappelé pourquoi j'aime autant suivre la scène indépendante ! Derrière ses influences assumées, on sent une véritable envie d'aller plus loin et de proposer autre chose qu'un simple clone. J'ai passé un excellent moment à parcourir ses couloirs et suis désormais très curieuse de découvrir ce que ce studio sera capable d'accomplir lorsqu'il aura trouvé une identité qui lui appartiendra pleinement.
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