Aujourd'hui est un grand jour dans les annales de Sega. Pour la première fois depuis leur passage en 3D, Sonic a enfin surpassé Mario sur son propre terrain.
Ça ne va pas forcément rééquilibrer la balance qui penche depuis presque trente ans à présent en faveur du plombier moustachu mais la réussite mérite quand même d'être saluée, car à mon avis peu de gens l'avaient vu venir. Ce n'est certes pas le premier coup d'essai de Sega en matière de jeux de course mais après plusieurs opus assez oubliables, CrossWorlds impose sa marque avec brio à une époque où, heureusement pour lui, Mario Kart World déçoit également en parallèle.
La résurrection de cette publicité trollesque (ressortie des cartons de la grande époque où la rivalité Sega / Nintendo battait son plein) était finalement appropriée car c'est un peu le sentiment qui prédomine en jouant à ce CrossWorlds, celui que Mario Kart est un peu ringardisé en comparaison de l'adrénaline et du dynamisme de son concurrent, autant dans le rythme endiablé des musiques (décidément Persona 5 fait des émules) que la rapidité des véhicules ou la fluidité des transitions entre les dimensions.
Il y a aussi de nombreuses idées ingénieuses pour améliorer la formule peaufinée par Nintendo depuis trois décennies : l'adversaire est une excellente idée pour pimenter les parties du mode solo avec une rivalité qui confère un enjeu particulier à la course tout comme une manière de tester son propre niveau de jeu , les dimensions permettent d'éviter la monotonie en prenant le joueur au dépourvu (et les modes avancés incluent également l'intégration d'autres circuits ou de particularités occasionnelles provoquées par la "Fièvre") et même certains objets sont réinventés intelligemment, comme la carapace bleue qui peut cette fois cibler également le deuxième joueur en tête et provoque également une trainée de flammes bleues susceptible d'atteindre les autres participants sur les talons des meneurs (le premier joueur n'a ainsi pas toujours une épée de damoclés au dessus de la tête).
Gros gros bémol par contre en ce qui concerne l'absence de doublage pour les personnages invités, ce qui leur confère un aspect beaucoup trop désincarné par rapport aux héros et méchants de Sonic; qu'ils ne disposent pas eux mêmes d'une voix française, ça à la limite je peux l'entendre (même si j'aurais adoré entendre Joker ou Ichiban dans notre langue) mais que les bruitages et autres onomatopées des jeux originaux ne soient pas réutilisés pour l'occasion, c'est un choix assez étrange et condamnable. Car oui, c'est également une autre facette inattendue de la réussite du jeu : l'intégration des doublages pimente efficacement les courses, sans rentrer dans la boulimie auditive des productions modernes, et c'est assez hilarant à ce titre d'entendre Shadow / GTO envoyer chier tous les Shitty Friends de Sonic.
Probable néanmoins que le jeu n'a malheureusement pas rencontré le succès escompté et tourne un peu à l'économie tant les niveaux annoncés en amont sur les crossovers tardent à arriver dans le titre. Néanmoins, il n'y a qu'à voir la qualité de ces stages issus d'univers différents pour réaliser la différence d'ambition entre cette tentative de Sega de se tailler une part de ce marché juteux et Nintendo qui reste tranquillement dans sa zone de confort en proposant un niveau Hyrule bien tristounet dans Mario Kart 8.
J'avoue que je ne me suis pas trop emmerdé en ce qui concerne la personnalisation de véhicule en prenant simplement Shadow et sa bagnole associée, mais l'optimisation des gadgets offre pour le coup une vraie marge de progression significative au joueur, ce qui est particulièrement visible dans le mode en ligne. Je n'avais d'ailleurs même pas capté que c'était ce personnage qui avait été choisi pour la cinématique d'animation qui accompagnait la sortie du jeu donc je me suis pas mal retrouvé dans cette vidéo. :p
Bref, une très bonne pioche qui méritait plus d'attention de la part du public!