Après "Her Story" et "Immortality", j'ai choisi de jouer à "Telling Lies", même si un peu refroidi par les avis partagés sur cette œuvre, et malheureusement, c'est clairement le plus faible des trois jeux.
De fait, "Telling Lies" est plus ambitieux que "Her Story" ; avec plusieurs acteurs et plusieurs scènes, le jeu s'en sort plutôt bien sur son casting. Ils sont crédibles dans leurs rôles et, alors qu'on ne sait encore rien, on est curieux de redérouler l'histoire pour comprendre ce qui s'est passé, entre infiltration policière et vie intime compliquée.
Les relations entre les personnages en 1v1 tiennent plutôt la route, que ce soit entre David et sa femme, ou David et Ava ; les interactions sont logiques et ont un certain intérêt. C'est déjà plus compliqué pour la relation entre David et la camgirl (dont nous taireons le nom ici, pour limiter les spoilers), qui semble avoir été insérée dans le récit au chausse-pied et fonctionne assez mal.
On notera d'ailleurs que les images sont très pudiques ; vous n'aurez jamais trop de peau à l'écran. Ce n'est pas un défaut en soi, mais dans un récit qui tourne principalement autour de relations intimes et de tromperies, on ne peut s'empêcher d'y voir un choix plus prude que cohérent, notable dans tous les cas, et tout particulièrement chez la camgirl (lorsqu'on voit "Immortality" par la suite, on ne peut s'empêcher de penser que Sam Barlow a voulu corriger ce choix dans son œuvre suivante).
Mais tout ça est presque secondaire ; le vrai problème, c'est que le scénario global est très bancal. On comprend bien que Sam Barlow souhaite dénoncer la surveillance excessive de la société américaine et les opérations d'infiltration aux enjeux discutables, avec ici un agent gouvernemental qui cherche à pousser à la faute un groupe écologiste pacifique. Cela a existé, existe sûrement encore, mais est très mal amené.
En voulant mélanger ces sujets de société avec la perte de repères et la triple (!) vie sentimentale de David, on obtient une histoire qui n'a pas beaucoup de sens (pourquoi David dans cette mission, et pourquoi aussi longtemps par exemple ? Le suivi côté FBI est absolument désastreux), un personnage principal qui explose très vite en vol, mais pour des raisons très discutables, et qui laisse le joueur de marbre.
Globalement, on n'y croit pas, et de toute façon, on s'en fiche.
La fin et l'épilogue sont à l'image du scénario : pas bien intéressants, et portés par un jugement moral très fort qui nuit au récit.
Sur le plan technique, enfin, le jeu est exclusivement composé d'extraits de discussions réalisés par webcam. Sauf que les deux parties de la conversation sont séparées et que vous ne pourrez jamais voir le dialogue en une seule fois, seulement les deux moitiés distinctes. On s'y adapte, mais le "gain" pour le gameplay est discutable, et le visionnage est laborieux, inutilement long (on peut passer de longues minutes sans entendre une parole, puisque seul l'autre personnage parle), et les 170 vidéos qui composent le jeu sont loin d'être toutes passionnantes. Là encore, l'immersion reste limitée et le gameplay n'y gagne rien.
On notera aussi que les options d'avance rapide et de retour rapide par défaut ne sont pas du tout satisfaisantes et obligent à télécharger un patch permettant de ne pas abandonner par pure frustration de l'outil.