Après une intro en douceur, nous voilà dans la création de personnage. Je fais un humain car les elfes, les orques, etc. sont archi-laids. Jouant à la troisième personne, je ne différencie pas les elfes des orques.
Les humains sont moches mais passables, et c'est un point faible à soulever tout de suite ; les personnages dans Skyrim n'ont aucun charisme, ne dégagent aucune personnalité. Ce sont des pantins qui débitent du dialogue monocorde, et des gros plans à la Fallout 3 auraient aidé à les personnaliser un peu. Je ne me suis attaché à aucun personnage durant l'aventure.
Un dragon attaque puis voilà un premier donjon-tutoriel histoire de se faire la main sur les commandes, qui ne sont pas terribles. C'est mou, la sensation des coups est inexistante.
Puis nous sommes lâchés sur la carte. Les décors ne sont pas sexys graphiquement, parce qu'ils baignent dans le gris-brun typique de cette génération de jeu. Mais ils sont soigneusement composés. Les maisons de grosses pierres ont des toits de chaume, les villages font illusions. Il se dégage une atmosphère des lieux traversés, surtout la nuit. On sent le froid des montagnes. Les cavernes sont lugubres, les châteaux imposants.
Et la carte est plutôt vide. J'aime bien les cartes vides. Je déteste les open-worlds bourrés de trucs à faire, à ramasser tous les cinq pas, ça sonne faux. Ici on se balade longtemps sans rien croiser, on relâche sa prudence, puis on entend grogner et ça stresse un peu, c'est crédible, ça épaissit l'expérience de jeu. Alors on ralentit, on regarde autour de nous, on avance discrètement. Ou alors on se fait attaquer par surprise.
Un tas de PNJs me racontent l'histoire de Skyrim, m'invitent à choisir un bord ou un autre. J'en garde de rares brides et je m'en fous un peu, et même beaucoup. Je fais les quêtes qui me tentent, j'en esquive d'autres. Je joue sans le vouloir en aventurier marginal, en mercenaire, je souhaite surtout développer telle ou telle compétence de mon personnage. L'implication dans ce monde, on verra plus tard... peut-être.
Je n'aime pas lire dans un jeu, je n'aime pas écouter des dialogues plats pour connaître un univers complexe, devoir me souvenir d'une multitude d'informations. Alors je joue comme je veux en attendant que le monde de Skyrim devienne plus familier.
Et je suis le premier surpris à me prendre au jeu ! Assez vite d'ailleurs. Comprenons que je ne vais pas dans Skyrim, le jeu, à reculons. C'est le background des jeux, en général, qui me rebute, la manière pénible dont il se déploie à travers d'interminables dialogues, encyclopédies, etc. Je n'en ai juste rien à faire des querelles de factions dont j'oublie les noms en quelques secondes, des PNJs qui ont tous quelque chose à dire d'insignifiant, des cavernes que je n'ai pas toujours envie de visiter.
Et c'est là que Skyrim fait fort ; je peux jouer malgré ce désintérêt. Je peux aller là où ma curiosité me conduit. Je peux apprécier tel PNJ et ignorer une quantité d'autres. La quête principale attendra que je me sois imprégné, à mon rythme, à ma manière, de ce que Skyrim a à offrir. Un elfe me permet de monter de 5 niveaux en archer ; alors je peux bien mentir pour lui en remettant une lettre à une femme...
C'est la première fois que ça m'arrive, de sentir le côté role-play dans ce type de jeu. De me sentir invité dans un monde, et non forcé. Et ça tient en grande partie dans le fait qu'on ne reste pas bloqué à un point dans la trame principale, à devoir se manger toutes les quêtes Fedex pour farmer et ainsi avoir le niveau requis pour avancer.
Et alors je commence à trouver les commandes plutôt correctes. Pas besoin du dynamisme de Dragon's Dogma. Skyrim propose une difficulté bien faite. C'est plutôt facile (en Normal), pas trop, pour vivre une aventure. Quand il y a un pic de difficulté, le message est clair "Reviens plus tard, ou avec un compagnon, ou avance discrètement". Ce n'est pas un jeu à skill. Ainsi je reçois un sort de glace sorti de nulle part. What ?! C'est un dragon ! Je lui tire dans la face, aucun dégât. Je meurs. Je repasse par le même chemin, mais prudemment.
Dans Dragon's Dogma ou Risen 2, la difficulté relevée des débuts est super motivante. Puis on passe un cap, et le jeu devient facile et ennuyant. En surface les commandes semblent bien meilleures que le tout mou Skyrim. J'ai même détesté le titre de Bethesda il y a environ 8 ans en grande partie à cause de ça.
Mais l'intérêt pour le moi d'aujourd'hui n'est pas de surmonter la difficulté. C'est de créer son personnage sur le long terme en améliorant les compétences. Faire sa place dans un monde fourmillant de possibilités. Okay il y a 10 factions dont je me fous, mais l'école de ceci tiens ! justement je veux privilégier cela. Et voilà, Skyrim me prend "au piège", je m'intéresse à lui, par un bord puis un autre. En douceur.
Pendant ce temps la trame devient plus claire, plus palpable, je saisis les grandes lignes, je commence à faire des choix l'air de rien, à m'intégrer. J'apprends que je suis une sorte de Messie ? M'en fous... Et c'est ce que j'aime dans Skyrim. Parce que tu peux t'en foutre. Quand tu joues un Messie comme le commandant Shepard qui va cueillir des fleurs pour la pâtissière du Normandy entre deux missions pour sauver la galaxie, c'est complètement idiot, et on est forcé car on a besoin de l'XP.
Mais dans Skyrim c'est toi qui décides si tu fais le Messie... ou si malgré ce statut tu vis ton aventure à toi, et tant pis pour Bordeciel ! Y'a tellement de quêtes partout que de l'XP tu vas en avoir. Et le sort de Bordeciel repose sur tes épaules... quand tu l'auras décidé.
Pendant ce temps je gambade dans le pays, je sens les couches historiques dans les décors. Parfois, sans pouvoir l'expliquer, cet escalier perdu dans la montagne semble plusieurs fois centenaire, cet autel enfoui au fond d'une caverne n'a pas d'âge. Cette enceinte ne s'ouvre qu'avec une clé... que je n'ai pas.
Je n'avance pas dans Skyrim. Je m'y enfonce. Doucement. Alors que je mène une quête, j'ouvre un coffre, j'y prends un objet... qui déclenche une autre quête. Excellent.
Mais...
Un JDR avec des personnages visuellement insipides qui ont tous le même gabarit, et des dialogues trop écrits, et une absence complète de mise en scène, ça gâche beaucoup les histoires à suivre, qui elles sont variées et souvent intrigantes.
Le fil rouge de l'intrigue disparaît très vite, il se disperse dans une avalanche de directions, de quêtes en tous genres.
On n'échappe pas aux quêtes qui t'envoient à l'autre bout du monde. Parfois c'est justifié, mais rarement. Un mandat contre des bandits qui vivent à l'autre bord de la carte, n'importe quoi ! Dans certains endroits tout se déroule sur les lieux et aux alentours ; merci ! Mais la plupart du temps c'est lourd de voir les quêtes d'un bourg te diriger dans toutes les directions. Ce qui fait qu'on complète la plupart des quêtes des heures plus tard en ayant oublié le pourquoi. On se rend à une marque sur la carte, voilà c'est fait.
À cela s'ajoute un découpage vieillot des quêtes. On contracte, on va à l'étape A, puis B, etc., on récupère la récompense. Le tout sans que les étapes se suivent intuitivement, il faut donc régulièrement retourner voir dans le journal ou la carte l'étape suivante. Ce n'est pas fluide non plus, et très lassant.
Le système JDR est borné. J'augmente en furtivité, l'ennemi ne me voit plus même 5 mètres devant lui. Ça peut donner des trucs complètement cramés qui transforment le jeu en vaste blague surréaliste.
J'abandonne.
À cause des défauts ?
Non.
Pour le retrouver sur PlayStation 4, le modder juste un peu histoire d'avoir des couleurs plus chaleureuses, et autres petits détails. Pour mieux y revenir.