Quel pied p#¥@!n ! Le niveau d'immersion de ce jeu est tel qu'il est difficile de vivre la vie réelle sans penser que ça manque un peu de dragons et de casques à cornes tout ça !
Voyez plutôt : je suis une pauvre Rougegarde captive des forces impériales, destinée à être exécutée, ballottée dans un chariot minable sur les capricieux sentiers qui mènent au Nord, dans la région enneigée de Bordeciel. Il fait froid, humide, la route est longue, monotone et quelques averses de pluie glacée viennent balayer le peu de confort restant. Les gardes ont parlé de nous débarquer à Helgen, un fort impérial à la réputation terrifiante, dont les cris des prisonniers, dit-on, résonnent dans tous les massifs du pays.
Me réveillant péniblement d'un sommeil partiel dicté par les humeurs des dédales rocailleux, je contemple les mines maussades de mes codétenus, tout aussi éreintés que moi par le voyage, visiblement abattus par l'idée de leur sort. Parmi eux, se dessine le visage carré et fier d'Ulfric Sombrage, dont le regard ne trahi aucune peur. Bien plus grand et charpenté que les autres, il est, d'après les rumeurs qui circulent, le chef des rebelles, celui-là même qui assassina le Haut-Roi et capable de pousser le Thu'um, le légendaire cri des Enfants Dragons... son habit nordique et sa carrure semblent confirmer son identité.
Arrivés au fort, les soldats nous font descendre puis, après de brèves présentations, prononcent les sentences de mort comme s’ils distribuaient des friandises, et une brassée de têtes encore chaudes roulent une à une sur le sol gelé maculé de sang. Un détenu se met à détaler dans l’espoir d’en réchapper, mais les flèches impériales le transpercent presque aussitôt. Au moins celui-là gardera sa tête. Si par miracle je survis, je me jure de ne faire aucun cadeau à ces tortionnaires de l’Empire !
Ça y est, c’est mon tour... Mon nom est appelé. Mon cou est plaqué de force contre le billot. Je vois déjà l’ombre du bourreau avancer sa hache près de ma précieuse caboche... mais attendez... c’est quoi ces hurlements qui viennent des cieux ? Apparemment je ne suis pas le seul à les avoir entendu. Je glisse un œil vers le haut tandis que les cris monstrueux reprennent de plus belle : hé ho, surtout, ne vous occupez pas de moi hein ! Tous semblent affolés et jettent des regards paniqués vers le ciel. Une ombre vient de voler au-dessus de nos têtes.
Puis je compris. Tous comprirent. Lorsque deux pattes griffues vinrent s’encastrer sur les créneaux délabrés d’Helgen, le doute n’était plus. Enfin, quand une gueule béante garnie de pointes cracha un feu qui dévora la moitié de la cohorte présente ici-bas, nous eûmes confirmation que ce n’était pas une illusion : Un dragon ! Un véritable dragon ! Les dragons étaient-ils de retour en Tamriel ?
Bon, pas de temps à perdre, j’ai échappé à la décapitation, hors de question que je finisse rôtie par un %&#¥ de dragon !
Je me mets à courir, les mains toujours liées, peu importe où, pourvu que ce soit loin de cette bête monstrueuse ! J’emprunte l’escalier qui me fait face, mais là, horreur ! Le museau ardent du Dragon vient me chatouiller les cils, la bête étant à présent agrippée à la tour où je me trouve, agrandissant dangereusement la meurtrière avec les griffes de ses bras ailés. Là, elle fourra son énorme gueule par l’ouverture et je vis, prise de terreur, la fournaise qui commençait à bouillonner au fond de sa gorge. J’eus tout juste le temps de m’esquiver quand je sentis les flammes tout dévaster derrière moi.... Des soldats impériaux me font signe de les suivre... qu’ils crèvent ! Je continue de courir. Cette fois, des rebelles sombrages qui étaient destinés à l’échafaud m’invitent à les rejoindre à leur tour. Vu ma posture, habillée comme une mendiante et les poignets attachés, je ferais mieux de ne pas cracher sur la main qui m’est tendue. C’est ainsi que je m’engouffrais avec eux dans les donjons d’Helgen...
Bon je vais m’arrêter là parce que ce n’était que les premières dix minutes du jeu... et c’est resté intense comme ça tout du long de mes centaines d’heures à jouer.
Peu importe que le jeu soit sorti buggé à mort. Peu importe que l’animation des mobs soit aux fraises et leur expressions faciales inexistantes. Qu’importe si l’inventaire est encore moins clair que la liste de courses d’un docteur astigmate. Rien à secouer que le combat au corps-à-corps soit confus et bâclé (bon j’avoue ça aurait été mieux si ça avait été mieux)... de toute façon maintenant je suis une archère maîtresse en furtivité. Si tu t’approches trop près, tu ne me verras pas. Tu sentiras juste le froid de ma dague d’ébonite te trancher doucement la carothide. Je te fais les poches avant même que tu songes à fourrer tes mains dedans, je dépouille des crapules de leur butin pour me faire du pognon. Tous les loups, draugrs, trolls, automates, assassins, nécromanciens, géants, falmers, ours et autres smilodons qui on voulu se frotter à moi ne sont plus là pour le raconter. La plupart d’ailleurs ne m’ont jamais vue. C’est à peine s’ils ont senti mon souffle. Les seules traces laissées derrière moi sont des cadavres en slip avec une flèche ou deux en travers du corps. Et les dragons qui me terrorisaient tant ? J’en fait des tas d’os. Je suis une fracking Enfant de Dragon maintenant ! Respecte ma p#+^!n d’autorité ! Elle en a fait du chemin la prisonnière de Lenclume depuis Helgen !
Bon et puis j’ai recommencé le jeu deux fois pour voir ce que ça donnait avec un guerrier orc poids lourd, puis avec une archimage brétonne... c’était génial aussi ! Mais pas autant qu’avec ma voleuse de l’ombre et son arc mortel ! C’est pour ça que 15 ans plus tard je l’ai acheté sur Switch et j’ai refait une petite partie... juste une... de quelques centaines d’heures !