The Last of Us par Hugo Harnois
Les studios Naughty Dog savent tout faire. Plaçant incontestablement Crash Bandicoot comme la mascotte de la Playstation 1, ils enchaînent avec succès sur la PS2 en créant Jak and Daxter, le jeu de plate-forme servant de référence pour ce genre vidéo ludique. Ne voulant pas s'arrêter en si bon chemin, ils réitèrent l'exploit sur PS3 avec le sublime Uncharted, en redonnant au jeu d'aventure ses lettres de noblesse. Voilà à présent l'œuvre de la maturité. Voilà à présent la révolution du survival action. Voilà The Last of Us, l'histoire d'un combat de tous les jours. Celui de Joël et Ellie, deux individus voulant survivre tant bien que mal à un monde post-apocalyptique peuplé de zombies.
Jamais un jeu n'aura proposé un scénario aussi bien écrit et pourtant, ces histoires d'invasions de zombies deviennent monnaie courante depuis quelques années (The Walking Dead, World War Z). Qu'importe puisque les auteurs arrivent toujours à nous surprendre alors qu'on croyait avoir tout prévu de l'avancée narrative. Les lignes de dialogues ne sont pas nombreuses mais restent pertinentes, de sorte qu'on attend avec impatience chaque cinématique afin de se délecter de ce bijou d'écriture. Le ton poétique donné à The Last of Us n'est pas non plus à omettre. D'abord grâce aux couleurs flamboyantes qu'arrivent à créer les développeurs (repensons à Uncharted), mais aussi grâce à un récit qui nous livre parfois de belles surprises (la girafe, faisant clairement penser au cerf de Walking Dead...). Cette œuvre utilise les lois cinématographiques (champ contre-champ, caméra mobile, montage parallèle) en les transcendant pour fonder quelque chose de nouveau, un objet vidéo ludique flottant entre le jeu vidéo et le cinéma pour ne faire qu'un.
Jamais un jeu n'aura créé une telle ambiance réaliste et pourtant, ce n'est pas la spécialité des studios Naughty Dog. Sans parler des graphismes tout à fait époustouflants classant The Last of Us comme le plus beau jeu de tous les temps, la jouabilité, de par sa fluidité, donne un plaisir de jeu étourdissant. Non pas parce que nous pouvons tuer du zombie de façon jubilatoire à la manière d'un Dead Rising, mais parce que nous sentons réellement les mouvements de Joël. Celui-ci ne peut ni sauter trop haut, ni courir trop vite s'il est blessé. C'est justement parce qu'il est un être humain lambda que nous faisons corps avec lui. Au son d'un claqueur, nos mains trembleront sur le pad. Un coup de feu a été tiré, nous bondirons sur notre canapé. The Last of Us réussit là où beaucoup ont échoué dans le domaine du survival : il nous met constamment en position de victime qui doit toujours être sur ses gardes pour ne pas faillir. Désormais, vous êtes prévenus.
Jamais un jeu n'aura dégagé une telle humanité et pourtant, nous sommes dans un jeu de zombie. Le charisme de ces deux héros blessés, blasés et délaissés n'y est pas étranger. Mais la musique extraordinaire réalisée par Santaolalla non plus (compositeur d'Iñarittu, entre autres), et prouve que la frontière entre le septième art et le jeu vidéo n'existe plus. Ces guitares aux notes minimalistes ne font que révéler les douleurs et les craintes des personnages. Leurs expressions sont déchirantes, pleines de douleur et de sincérité. Après avoir tués de nombreux « claqueurs » mais aussi des hommes, Joël et Ellie ont perdu une part de leur humanité et ont redéfini leurs motivations. Ils se battent désormais pour leur survie, et rien d'autre. Grâce à leur relation particulière et leur lien quasi père-fille, ce duo fait partie de l'un des plus beaux de l'histoire du jeu vidéo.
Jamais le désir de rester en compagnie de ces antis héros ne s'est fait autant sentir et pourtant, les plus belles histoires doivent avoir une fin. Sans rien gâcher de votre plaisir de joueur (et de spectateur), nous dirons seulement que certains ont été déçus par cette conclusion. Affirmons juste qu'elle correspond à l'ensemble de l'œuvre : simple, poignante et mémorable. Affaire à suivre ?
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