Il en fallait bien un pour m'inciter à rédiger une première critique sur le site portant sur le jeu vidéo, moi qui, jusque-là, ne m'était contenté que d'oeuvrer dans le cinéma. Mais à vrai dire, je n'aurais pas su faire autrement que de mettre une simple note vu la claque que je me suis ramassée alors qu'il m'était inconcevable au début que ce second épisode puisse se hisser au même niveau que le premier. Pourtant, force est de constater que Naughty Dog y est arrivé et plus que haut la main, projetant définitivement la saga dans les grandes oeuvres vidéoludiques.
Pendant un temps, je m'étais désolidarisé de l'actu JV, ainsi que de tous mes jeux. Je n'étais plus dans le même mood que jadis pour jouer. Mon esprit gamer avait fait son temps je croyais. Mes boîtes PS3 étaient toutes closes et les sorties qui m'intéressaient ne se résumaient qu'à Dishonored 2 et The Sinking City. Et encore, je n'étais pas du tout pressé de les avoir. Même TLOU 2 n'en faisait pas partie et je me dis que ce ne fut pas une si mauvaise idée de ne pas m'être penché dessus non seulement avant sa sortie mais également après car les spoils furent de la partie grâce aux médiocres, isolés de tous et qui se complaisent dans le fait de vouloir gâcher le plaisir d'autrui. Beaucoup eurent le plaisir de la découverte gâchée. Ce fut un achat impulsif qui ne résultait que d'avoir rejoué par pure nostalgie au premier.
!!!!!! Je précise que cette critique contiendra de nombreux SPOILS donc j'enjoindrai ceux qui n'ont pas encore fait le jeu à ne pas poursuivre davantage la lecture. !!!!!!
Oui ce TLOU 2 aura fait parler de lui, en bien comme en mal. Certains étaient incapables de s'imaginer une autre histoire sans Joel. D'autres étaient scandalisés que l'on joue celle qui le tua. Encore mieux et plus hilarant fut la prétendue propagande LGBT que véhiculait le jeu. Bon qu'on se le dise, je suis le premier à déféquer le plaisir aux lèvres sur le militantisme forcé, peu importe son orientation politique, quoique le plus acharné et lourd soit celui du clan progressiste. Si je respecte tout à fait les oeuvres engagées qui trouvent justement leur moteur dans leurs revendications politiques, il m'est impossible de tolérer celles qui sont parasitées par des dénonciations morales à deux balles qui n'apportent rien à l'histoire. C'était la seule chose dont j'avais eu vent et mes craintes furent estompées par la justesse et la légèreté d'un récit qui ne rend jamais centrale cette relation lesbienne plus que touchante. Malheureusement, voir deux filles nouer une histoire d'amour entre elles suffit aux idiots du village à en voir une gloire aux LGBT, SJW et autres ABCDEFGH. Oui ils peuvent être insupportables parfois ou même constamment (cf les SJW) mais en dehors d'un drapeau arc-en-ciel qui ne sera sujet qu'à une simple interrogation de Dina sans réponse, il n'y avait rien d'autre. Ah oui, il y a un bouquin lesbien ! Sacrilège ! Je rejoindrai juste la scène de la danse avec le baiser en public voyant l'arrivée du beauf bien réactionnaire et cliché les engueuler car il y a des enfants. Sachant que nous sommes en 2037, je doute fort que ses propos soient réalistes vu à quel point la communauté homosexuelle est désormais très justement acceptée (sauf par les boomerdes aigris et les arriérés religieux intégristes).
Ceci étant dit, le début du jeu annonce la couleur. Visuellement, on en prend plein la gueule et ce du début jusqu'à la fin. Si déjà le premier sur PS3 nous scotchait, ici on monte encore plusieurs crans au-dessus. Ces décors dévastés sont criants de vérité et sont détaillés avec une méticulosité qui force le respect. La végétation a envahi chaque cm2 de cette Necropolis qu'est Seattle que l'on ne quittera pour ainsi dire quasiment pas. J'avais peur que cette stagnation topologique allait impacter les paysages qui auraient été sujets à se répéter mais ce ne fut aucunement le cas. Seattle est gigantesque et nous offre des zones diverses et variées tout en soumettant nos personnages aux aléas climatiques. Le temps ne sera pas qu'ensoleillé mais ne sera pas non plus que pluvieux ou brumeux. Parvenir à nous procurer une telle bouffée d'air frais dans un lieu fixe ne s'était quand même plus vu depuis la fantastique Rapture des deux premiers (et de très loin les meilleurs) Bioshock. Qui plus est, le réalisme est poussé très loin entre les mouvements des persos, leurs expressions faciales, les interactions avec le décor environnant et les QTE. Nous n'oublierons pas de parler du design sensationnel du bestiaire des infectés avec une mention toute particulière au "Rat King" dont l'apparition équivaut à court-circuiter la liaison entre tous vos neurones. Le passage le plus tendu du jeu ? Sans aucun doute. Et Dieu sait que les phases en zone anxiogène sont nombreuses.
Oui cela n'est pas seulement une question de décors mais également d'ambiance. Claquer des lieux délabrés, c'est une chose. Y apporter une âme en est une autre. Tantôt majestueux et en plein air, tantôt apocalyptiques par la violence des exactions perpétrées, tantôt glauques par l'intermédiaire des spores qui annoncent que la traversée ne sera pas de tout repos, TLOU 2 sollicite sans cesse notre capacité d'adaptation et les élans de témérité pourront vous coûter très cher. A ce sujet, les colosses gagnent en résistance et il y a fort à parier que vos seuls combats contre eux se résumeront aux deux obligatoires (l'un avec Joel, l'autre dans la salle d'arcade). Cette sensation de vulnérabilité est plus poussée et ce même en mode facile. Oui vous pouvez me critiquer mais je suis arrivé à un âge où le jeu vidéo doit être un plaisir avant d'être un défi. Ca c'était quand j'avais 18 ans et que je voulais choper des trophées en enchaînant les modes les plus difficiles. Je frissonne encore du mode FUBAR du chef d'oeuvre "Spec Ops : The Line" dont les sueurs froides et le joystick rongé furent une triste réalité.
Si TLOU 2 fait un sans faute sur son aspect graphique et technique, là où il atteint la perfection, c'est bien sur son histoire plus aboutie et ambitieuse que son aîné de 2013. C'est paradoxalement là où les dissensions se firent sentir. La faute incombant au fait que le jeu vidéo est une plateforme essentiellement juvénile. Ce qui fait que le jeu fut finalement victime de son propre public ayant idéalisé un Joel qui, avec du recul et de la pondération, était quand même une belle crapule (et pourtant je dis ça en l'adorant). Un public qui n'arrivait pas à se représenter un monde où il n'y a pas de personnages ou tout blanc ou tout noir. On a pu suivre des réactions toutes plus irrationnelles les unes que les autres avec des débats indignes d'un pareil jeu qui est indéniablement à destination d'un public mature qui saura vraiment en extraire toute la profondeur plutôt que de se niveler vers le bas avec des "Team Ellie vs Team Abby".
TLOU 2 assène un uppercut en pleine gueule aux naïfs, leur rappelant que personne n'est irréprochable. Tous ont des cicatrices et tous ont des convictions qu'ils jugent meilleures que celles d'autrui. Entendre "J'aime pas Abby car elle a tué Joel", ça sonne plus dans mes oreilles comme le soliloque d'un gosse de 16 ans qui fait face à un univers qui le dépasse et dont il refuse d'admettre la triste réalité éloignée des blockbusters mielleux qu'en chaque individu il y a des zones d'ombre et qu'ils sont tous vulnérables à force de semer la mort dans leur sillage. Il s'agit de sortir du paradigme fantasmé des gentils qui survivent et des méchants qui se font mettre au tapis. Et beaucoup en sont encore bloqués là. Ce n'est pas scandaleux en soit. A 16 ans, il est normal d'avoir ce type de réaction épidermique. Passé 20 ans, là ça témoigne d'un gros trouble psychologique, plus communément appelé fragilité émotionnelle.
Le jeu cultive notre empathie face à chacun et la vengeance que nous trouvions légitime avec une Ellie totalement dévastée par la perte de son père de substitution va peu à peu se désagréger quand on apprendra à connaître les plaies de Abby en la jouant dans la deuxième partie. La conspuant d'abord elle et ses amis, petit à petit, on finit par s'attacher à eux. On réalise qu'ils sont tout sauf des sociopathes sanguinaires, qu'ils ont un passé et des émotions. De ces meurtres jubilatoires dans lesquels nous nous enorgueillâmes avec un plaisir malsain, on regrette nos gestes après coup en apprenant à les connaître. C'est à ce stade qu'on réalise que TLOU 2 nous a dupé, jouant sur notre frénésie meurtrière pour mieux nous rappeler avec la claque humiliante de rigueur que ce sont eux aussi, comme Joel, Ellie ou Tommy, des désespérés qui n'aspirent tout simplement qu'à vivre. Naughty Dog poussera même le vice à faire naître dans le coeur du joueur un refus de se battre lors de ce combat totalement surréaliste où l'on incarne Abby contre Ellie et plus tard Ellie contre Abby. Les voir à deux doigts de tuer leur ennemie (étranglement pour la première, noyade pour la deuxième) dérange au plus haut point, surtout quand on voit à quel point nous nous sommes attachés à elles.
TLOU 2, sans cesse, nous amène à nous questionner sur nos actes et nos notions du bien et du mal. Je n'ai pas pu m'empêcher de penser à "Spec Ops : The Line" qui fonctionnait plus ou moins selon le même procédé mais en plus nihiliste. Un sergent idéaliste finira par basculer dans la folie et s'engager dans une croisade auto-destructrice contre des ennemis qui n'en sont pas pour réaliser son objectif de devenir un héros. Là aussi, on finissait par ne plus croire en cette cause, à la trouver injuste et disproportionnée, surtout quand les séquences toutes aussi amorales les unes que les autres se succèdent. C'était la guerre dans ce qu'elle avait de plus sale et sanglante. Pas pour rien qu'il a fini petit à petit, en dépit de mauvaises ventes, au statut de jeu culte. Statut qu'il mérite amplement.
Ellie et Abby sont quelque part les deux faces d'une même pièce qui est la colère et dont chacune réagira différemment. Ellie partant en quête de vengeance, Abby qui a exaucé sa vengeance et qui, se rendant compte que rien n'a changé pour elle, partira dans une quête de rédemption en sauvant Yara et Lev pour retrouver son humanité et oublier les violences qu'elle a causé. Elles souffrent toutes deux et l'on finit par être dans l'incapacité de prendre parti pour l'une comme pour l'autre, trouvant finalement leurs motivations compréhensibles. La rage d'Abby d'avoir perdu son père assassiné par Joel, la rage d'Ellie qui a vu Joel se faire massacrer devant elle. On est bien plus loin que la "méchante Abby qui a tué le gentil Joel" par Corentin 14 ans d'âge civil ou Mathias 22 ans d'âge civil mais ayant 14 ans dans sa tête.
Vers la fin, on finira par assister à ce que nous réprouvions dans le premier qui était la perte de son humanité. Ellie qui incarnait la candeur et tenait la tête hors de l'eau de Joel va s'empêtrer toujours plus dans un bourbier d'inhumanité, devenant une bête humaine face à une Abby qui en a marre de toute cette souffrance et veut protéger Lev réveillant en elle un instinct de grande soeur protectrice. La fracture gagne davantage en taille et Ellie qui s'accroche à cette vengeance comme un morpion finit par perdre en légitimité à nos yeux malgré notre adoration à son égard. Ce n'est pas pour rien que Abby fut un énorme coup de coeur, pas seulement à mes yeux mais aux yeux d'un grand nombre, en tenant tête en terme de charisme à Ellie. Malgré sa musculature qui mettrait plus d'un mec au tapis, elle ne peut masquer sa grande fragilité qui en fait d'elle une femme poignante.
Ce n'est sans doute pas pour rien que mon envie de lâcher une critique sur ce jeu fut réelle tant l'oeuvre se situe à la croisière entre le jeu vidéo et le cinéma qui est ma passion première. TLOU 2 raconte une vraie histoire, riche en émotions et en moments forts et d'une complexité sentimentale qui fait enchaîner les débats sur le bien fondé des uns et des autres. Un deuxième volet tout bonnement exceptionnel avec un duo Ellie/Abby d'anthologie qui vous poursuivra longtemps après la fin du jeu et dont il faudra un peu de temps avant de vous remettre à jouer, hanté par l'aura d'un second opus phénoménal qui déteindrait sur l'expérience d'un autre jeu choisi. Entendons nous toutefois bien que je ne ciblais pas dans ma critique tous les détracteurs mais seulement une partie dont le raisonnement était beaucoup trop simpliste. Il est tout à fait logique de ne pas accrocher à ce jeu vu les choix osés qu'il prend. Bref, on espère qu'un troisième verra le jour dans un avenir proche. Les grandes lignes d'un hypothétique TLOU 3 ont en tout cas été écrites de l'aveu du créateur de la série. Reste à voir quand le projet sera mis enfin sur les rails.