The Last of us 2 est un jeu de très grande qualité que j'ai adoré parcourir tout du long.
Le gameplay est vraiment génial, et vient polir celui du 1. On sent vraiment une ambiance, une volonté d'utiliser le système de combat pour faire ressentir au joueur de façon nette et interactive à quel point le monde de The Last of Us est menaçant, à quel point la vie ne tient qu'à un fil, et comme la distinction entre chasseur et proie peut parfois être très fine. Le combat frôle la perfection, mais il lui manque une IA avec un peu plus de mémoire et de coordination pour être parfaite : les ennemis oublient un peu trop vite notre présence, et leurs réactions ne posent souvent pas vraiment de défi au joueur (pas de contournement, par exemple). Outre le combat, les séquences d'exploration sont plutôt maîtrisées. Elles sont un peu longues, mais jalonnées d'éléments interactifs qui empêchent d'en souffrir pour la majeure partie (j'ai beaucoup aimé les petits puzzles où il fallait brancher un fil ou mettre en place une corde pour progresser. Simples mais efficaces.)
La patte graphique est exceptionnelle, et parfaitement en phase avec les idées de design fondamental du jeu: réaliste, sombre, et présentant de manière très crue l'horreur d'une vie de combat et d'une obsession pour la vengeance. Le gore est manié avec brio et ne semble jamais vide de sens; plutôt que de choquer, il est traité comme élément en tant que tel, avec ce que cela dit de la personnalité d'Ellie, qui baigne dans cet affreux environnement.
Le scénario, lui, est à la fois un point fort et une faiblesse du jeu.
Je trouve la plupart des choix particulièrement parlants et intéressants :
le fait de jouer Abby pendant la seconde moitié du jeu est une façon très intéressante de montrer comment le cycle de vengeance est un rouage sans fin, d'une part, et un jeu où tout le monde finit par perdre d'autre part. Le joueur finit par s'attacher à elle, ou à minima à Lev et Yara (deux personnes qui appartiennent à une faction avec laquelle le groupe d'Abby était en guerre, d'ailleurs), et cela suffit à donner à ce choix une dimension dialectique particulièrement intéressante. Cette construction en miroir, avec des similitudes qui sautent aux yeux (Dina et Mel sont enceintes, Abby et Ellie ont perdu ce qu'ils avaient de plus cher et ont développé une obsession autour de la question de la vengeance) et des écarts de temporalité qui soulignent d'autant plus certaines idées clé (Abby qui parvient à tourner la page et à stopper ce gâchis après avoir tout perdu, Ellie qui continue à s'obséder pour la vengeance avant de s'arrêter au dernier moment, mais trop tard, Dina est déjà repartie et Ellie se retrouve seule). Toute cette exécution se retrouve d'autant plus magnifiée par un cast de personnages secondaires qui crève l'écran. Tous les personnages entourant Abby et Ellie ont une personnalité haute en couleurs, réaliste, et apportent leur pierre à l'édifice de cette grande construction. Je tiens aussi à souligner que leur implémentation dans l'histoire est de très bonne facture: les risques qu'ils encourent tout au long de l'aventure sont prégnants et réels, on a vraiment l'impression que la mort peut guetter n'importe qui à tout instant, personne ne bénéficie de la fameuse "plot armor", et c'est un sentiment précieux.
Là où le bât blesse, c'est que ce scénario prend une direction qui a du mal à se joindre avec celle du premier opus. La décision de Joel, qui fait office de catalyseur en amont de toute cette histoire, est traitée comme un acte insensé, injuste, stupide et immoral, ce que je peux comprendre du point de vue d'Abby (et même du point de vue d'Ellie), mais Joel lui-même semble avoir un mal fou à le justifier tout au long du récit. S'il comprend l'énervement et la frustration d'Ellie, il ne lui apporte aucun élément de réponse sur ce qui l'a poussé à faire ce choix, même sur les éléments les plus évidents comme la projection avec sa fille, son regain d'humanité (qui paradoxalement l'a amené à condamner l'humanité) ou son manque de confiance envers les fireflies qui, s'il n'a jamais été explicité, se ressentait en filigrane tout le long du premier opus.
Pire, la personnalité même de Joel ne colle pas parfaitement avec celle du premier opus. Lui qui a eu énormément de mal à s'ouvrir et à faire confiance, qui a survécu une vingtaine d'années en imaginant le pire à chaque instant, qui est considéré comme un expert de la survie au sein de sa communauté et un parangon de la méfiance envers autrui, s'est retrouvé à aider la veuve et l'orphelin à la première occasion (ce qui a causé sa mort, d'ailleurs). Nul doute que les années de paix qu'il a vécues et sa proximité avec Ellie et son frère l'ont adouci au cours des années, mais ce changement aurait gagné à être approfondi. L'influence de Joel sur Ellie est clairement approfondie tout au long de cette suite, mais l'influence inverse, pourtant très visible, ne bénéficie pas du tout de la même faveur alors que c'est un élément clé du récit: c'est cette influence, encore balbutiante, qui a poussé Joel à faire ce fameux choix à la fin du premier opus. Sans cette influence, le scénario du deuxième jeu n'a jamais lieu. Pire encore, Ellie souligne bien que sa vie aurait eu davantage de sens si elle s'était sacrifiée. De là, les raisons derrière la décision de Joel (décision qu'il ne regrette pas - il le dit lui-même) devraient être un questionnement central pour Ellie, mais elle ne va pas au-delà du jugement de valeur, et rejoint une position très similaire à celle d'Abby, ce qui est le comble de l'ironie puisque, contrairement à elle, Ellie avait la possibilité ainsi que des raisons de questionner Joel.
Au demeurant, malgré ce choix scénaristique, j'ai trouvé ce jeu excellent et j'ai adoré chaque seconde passée à le parcourir. La proposition est si solide et bien exécutée que tout le reste est pardonné.