The Sexy Brutale frappe fort dès les premières minutes avec un concept brillant : un Cluedo burlesque, enchâssé dans une boucle temporelle rappelant autant Majora’s Mask que les constructions labyrinthiques de la série Dark. Le manoir masqué et son cortège d’assassinats composent un décor fascinant, porté par une idée presque géniale et une ambition narrative réelle.
La direction artistique, elle, oscille : pleine d’intentions, de trouvailles visuelles et d’audaces esthétiques, mais jamais totalement harmonieuse, parfois peu lisible, parfois raide. On sent un style, une patte, mais aussi une forme d’instabilité qui nuit à l’unité de l’ensemble.
Sur le plan du rythme, le jeu s’essouffle. La formule, brillante au départ (on gère le temps plutôt que l'action), se répète sans se renouveler suffisamment. Les mécaniques deviennent prévisibles et la tension retombe. On passe alors d’un concept éclatant à une progression plus mécanique, presque routinière.
À cela s’ajoute une frustration structurelle : l’attente. Attendre que le protagoniste soit au bon endroit, au bon moment. Rater la fenêtre de quelques secondes et recommencer la journée entière. Se retrouver à errer dans un couloir vide, espérant croiser un personnage pour relancer l’enquête. Cette inertie imposée finit par peser, même si elle découle directement de l’idée de départ.
La révélation finale, sans entrer dans les détails, apporte une lecture intéressante de l’ensemble, mais soulève aussi une légère amertume. On réalise alors à quel point les personnages interagissent peu entre eux, combien les émotions et les tensions restent discrètes, voire absentes. Le dernier acte vire même au pastiche involontaire : un antagoniste qui explique posément tout son plan, comme dans un film des années 90 où James Bond écoute poliment son antagoniste au lieu d’être éliminé.
The Sexy Brutale demeure un jeu au potentiel immense, audacieux dans sa structure, inventif dans son concept, mais freiné par une exécution qui manque de souffle et de chair.
Un diamant brut dont l’éclat intrigue, mais qui aurait mérité un taillage plus fin.