La licence Trails fait partie de ces séries finalement assez méconnues du grand public, mais qui m’attiraient depuis plusieurs années. Mon premier contact avec l’univers s’est fait via Trails of Cold Steel III sur PS4. J’avais testé la démo, sans jamais aller plus loin. D’une part parce qu’il s’agissait déjà du troisième épisode, et d’autre part parce que j’avais rapidement compris que Trails était une saga bien plus ancienne, pensée comme un ensemble cohérent, et non comme des épisodes indépendants.


Lorsque le remake de Trails in the Sky est arrivé, renommé Trails in the Sky – 1st Chapter, l’occasion était enfin idéale pour débuter par le commencement. La bibliothèque de ma ville ne l’ayant pas en stock, j’ai dû le faire venir depuis la médiathèque de Sion, dans le canton du Valais. Trois francs à débourser pour des dizaines d’heures de jeu — quand on sait que la simple démo est réputée durer entre huit et dix heures —, le calcul était vite fait.


J’ai toutefois longuement hésité avant de me lancer. En comparant les images de l’original et du remake, j’étais clairement plus attiré par la direction artistique d’origine. Le pixel art est un style que j’affectionne particulièrement, et celui de Trails in the Sky version originale est, à mes yeux, d’une grande réussite. Je regrette d’ailleurs que ce type de remake ne propose presque jamais l’édition originale en bonus, tant cela semblerait peu coûteux pour les éditeurs. Malgré tout, confort de jeu oblige en 2025, j’ai fini par opter pour la version remake.


Ce remake apporte une refonte majeure. Le jeu passe intégralement à une 3D moderne, avec des environnements plus vastes et plus continus. Le système de combat est modernisé, mêlant temps réel et tour par tour tactique, et de nombreuses améliorations de qualité de vie font leur apparition : interface plus lisible, journal de quêtes, déplacements plus fluides. Le scénario reste globalement fidèle à l’original, mais le script a été enrichi avec davantage de dialogues, quelques scènes supplémentaires et l’ajout d’un doublage japonais et anglais. La bande-son bénéficie de nouveaux arrangements, et la durée de vie s’en trouve sensiblement allongée grâce à une exploration plus généreuse et un contenu narratif étoffé.


J’ai choisi la version PS5, principalement parce que c’était la seule disponible, mais aussi parce que je possède le PlayStation Portal, ce qui me permet d’y jouer facilement pendant que ma femme et ma fille regardent des séries ou des films. Dans l’absolu, j’aurais sans doute opté pour une version Switch 2 si elle avait existé, mais la version PS5 s’est révélée parfaitement adaptée, y compris en jeu nomade.


Le scénario débute de manière relativement simple. Cassius Bright, le père d’Estelle, rentre chez lui après une mission et ramène avec lui Joshua, un jeune garçon dont on ignore tout au départ. Il devient rapidement le frère adoptif d’Estelle, et la petite famille va grandir et évoluer ensemble. Des années plus tard, Estelle et Joshua achèvent leur formation et intègrent la guilde des Égides en tant que membres juniors.


La guilde des Égides est une organisation neutre, sorte de force polyvalente au service de la population. Elle intervient aussi bien pour aider les citoyens que pour jouer un rôle de médiateur dans les conflits armés, en tentant de rester à l’écart des enjeux politiques. Estelle et Joshua commencent au rang le plus bas, avant d’évoluer progressivement vers le rang maximal. Si Estelle considère souvent son père comme un joyeux fainéant, on comprend rapidement que Cassius est en réalité un Égide extrêmement respecté. Tout au long de l’aventure, la figure du père constitue d’ailleurs l’un des fils rouges du récit.


Sur le plan du gameplay, les premières heures servent principalement de tutoriel géant, le temps de terminer la formation des protagonistes. Très rapidement, une première mission vient néanmoins rompre cette phase d’apprentissage, lorsque Estelle et Joshua doivent secourir de jeunes garçons imprudents partis explorer une tour dangereuse près du village de Rolent. Le scénario se divise ensuite en plusieurs chapitres, et sans trop en dire, il s’agit clairement de l’un des grands points forts du jeu. Certes, la mise en place est lente et demande de la patience, mais celle-ci est largement récompensée, d’autant que le jeu instille dès le départ plusieurs mystères qui donnent envie d’aller plus loin.


Les personnages sont globalement très réussis. Estelle, Joshua et Cassius forment un trio immédiatement attachant et crédible. Le doublage japonais, même sans être expert en la matière, transmet des émotions justes et des expressions convaincantes. Les personnages sont travaillés en profondeur, et cela se ressent dans les dialogues comme dans les situations vécues. Le fait qu’il s’agisse d’un First Chapter n’est pas anodin : en arrivant au terme de l’aventure, une seule envie subsiste, celle de lancer immédiatement le second chapitre.


Pour enrichir son lore, le jeu propose de nombreux documents à lire, comme la Gazette de Liberl ou divers témoignages, tous consultables facilement depuis un menu dédié. Prendre le temps de les lire permet de mieux comprendre le monde, ses enjeux et son histoire. Trails ne se contente pas de raconter une aventure : il construit un univers cohérent, dense et crédible.

Au-delà de l’écriture et du world-building, le système de combat et de progression constitue un autre pilier majeur du jeu. Même les quêtes secondaires sont intelligemment intégrées. En tant qu’Égide junior, il est parfaitement logique d’effectuer des missions modestes, parfois éloignées du traditionnel « sauvetage du monde ». Aider les habitants dans des tâches anodines donne du sens au rôle incarné et renforce l’immersion. Les PNJ, d’ailleurs, renouvellent régulièrement leurs dialogues en fonction de l’avancée du scénario, ce qui encourage la discussion et la lecture.

Techniquement, le jeu n’est pas au sommet de la production actuelle, et la direction artistique typée manga n’est pas spécialement à mon goût. Pourtant, l’ensemble fonctionne. Les environnements sont cohérents, les animations correctes, et la bande-son, tout comme les effets sonores, s’avère particulièrement réussie. Les musiques accompagnent parfaitement l’aventure et participent largement à l’attachement que l’on développe pour cet univers.

Les dialogues ne sont pas intégralement doublés, mais les scènes importantes le sont. Je recommande d’ailleurs de jouer en japonais ou dans une langue que l’on maîtrise bien, les dialogues restant accessibles sur le plan du vocabulaire. Je regrette néanmoins la présence de quelques coquilles et fautes de traduction, ainsi que des situations étranges où, au sein d’un même dialogue, certains personnages sont doublés et d’autres non. Un choix un peu maladroit : soit on double entièrement, soit on s’en abstient.


Le système de combat, quant à lui, se dévoile très progressivement. Même après vingt-cinq heures de jeu, de nouvelles mécaniques continuent d’apparaître, preuve que le titre prend le temps d’installer ses systèmes. Le jeu propose deux approches complémentaires : des combats en temps réel, plutôt bourrins et efficaces contre les ennemis faibles, et des combats tactiques au tour par tour, bien plus stratégiques et indispensables face aux adversaires coriaces et aux boss. Passer de l’un à l’autre se fait à tout moment.


Chaque personnage dispose de compétences, d’attaques spéciales, de modes de sur-régime augmentant temporairement les statistiques, ainsi que d’attaques combinées. En mode tactique, de nombreux éléments entrent en jeu : contre-attaques, esquives, coups critiques enchaînés, positionnement, orientation des attaques. Si le temps réel reste assez limité en profondeur, le mode tactique se révèle particulièrement riche et gratifiant.


La progression repose aussi sur le système d’orbements, sans doute l’un des plus intéressants du jeu. En débloquant des emplacements et en combinant différentes orbes, on obtient de nouveaux arts, des bonus, voire des malus, permettant une personnalisation poussée des personnages. À cela s’ajoutent les équipements, les objets de soutien, la cuisine offrant des effets temporaires, ou encore le repos à l’auberge qui octroie divers bonus.


Le jeu récompense constamment l’investissement du joueur. Missions principales et secondaires, exploration, objectifs annexes, rapports de mission : tout donne lieu à des récompenses, qu’elles soient matérielles ou narratives. Trails est un jeu de patience, et il faut en être conscient. L’histoire prend son temps, les personnages se dévoilent lentement, la maîtrise du système de combat s’acquiert sur la durée. Mais rares sont les jeux qui récompensent aussi bien cette patience, notamment grâce à des PNJ dont les dialogues évoluent constamment.

Si vous adhérez à sa direction artistique, à son rythme posé, à son système de combat et à l’idée qu’il ne s’agit que du premier chapitre d’une saga plus vaste, alors l’investissement en vaut largement la peine. En prenant le temps de tout faire, on se rapproche facilement de la centaine d’heures de jeu. Un chiffre qui peut effrayer — moi le premier, habituellement critique envers les jeux trop longs —, mais qui, ici, ne m’a jamais paru pesant.


Tout n’est évidemment pas parfait. Certaines longueurs se font sentir, les quêtes secondaires sont inégales, l’exploration reste rigide avec ses murs invisibles, l’absence de saut et un level design très couloir. La narration peut parfois se montrer un peu lourde, notamment dans le traitement des relations amoureuses, et les fautes de texte, bien que peu graves, restent regrettables.


Malgré cela, Trails in the Sky – 1st Chapter s’impose très clairement comme l’un de mes jeux de l’année. Je n’ai pas vu le temps passer, ce qui est suffisamment rare pour être souligné. Il constitue une excellente porte d’entrée dans la licence et m’a donné envie de découvrir bien d’autres épisodes de la saga. À tel point que j’attends désormais le second chapitre avec impatience tant la fin du jeu ouvre de nouvelles questions sans répondre à certaines que pose ce jeu ci.

SoosKratoS
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le 12 janv. 2026

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