Unpacking
6.7
Unpacking

Jeu de Witch Beam et Humble Games (2021 · Nintendo Switch)

Fous-moi la paix et range-la toi-même ta foutue piaule !

Bon, je ne vais pas y aller par quatre chemins dans la mesure où je lance les hostilités dès le titre de ma critique mais pour moi, Unpacking, en termes de proposition vidéoludique, c'est juste non.


Comme tout le monde, je salue l'initiative : c'est audacieux, ça participe à une volonté louable de repenser la narration et le ludisme au sein du dixième art, mais je trouve que, dès le départ, ce jeu se révèle être une véritable impasse.


Parce que, moi, cette idée qui consiste à raconter l'histoire d'un personnage au travers de ses déménagements successifs, j'y adhère dans le principe, au point même d'ailleurs que j'ai voulu découvrir par moi-même comment le studio Witch Beam avait voulu le transposer en jeu... Mais à un moment donné, il faut aussi arrêter de se foutre de la gueule du monde.


Car un concept de jeu, c'est bien, mais un jeu c'est mieux. Et j'entends par jeu un dispositif d'interactions générant de l'enjeu entre un joueur et un système de règles.

Or, il est où l'enjeu quand la seule chose qu'on nous propose de faire, à nous joueurs, c'est juste de ranger des affaires dans des espaces ?

Juste ça , hein... Ranger.


Alors je ne vais pas faire le mec qui n'a pas compris la proposition, non plus.

Bien sûr, l'enjeu c'est le narratif. C'est le fait de défaire ses cartons et de voir comment chaque objet raconte quelque chose ; de voir comment, de déménagement en déménagement, certains objets restent par nostalgie, d'autres apparaissent et disparaissent, etc. Ça consiste aussi à constater que, étudiante, notre avatar n'est pas très ordonnée parce qu'elle a pas tout rangé dans les mêmes cartons, hi hi hi... Et que tout ça n'est pas très pratique, hu hu hu...

OK mais... OH ! Tout ça se traduit comment, dans la pratique ? Ça se traduit par le faire de cliquer sur un carton, sortir un objet et de le ranger et C'EST PUTAIN DE TOUT !


Et si encore, ça permettait vraiment de ranger les pièces comme on le voulait...

(Soupir...)

Non mais, pourquoi je ne peux pas poser ce petit bidule au-dessus de ma pile de fringues ? Pourquoi je ne peux pas empiler les petites assiettes au-dessus des grandes assiettes ?

Et puis – ça va ! – il y a encore de la place dans ce placard ! N'abusez pas !

Comment ça je ne peux pas plier cette serviette pour la tendre sur le pare-douche ?!

WOW ! Je suis chez moi là ou pas ?! Je fais ce que je veux !


Et puis c'est quoi cette connerie ?

Une fois que j'ai tout sorti des cartons on me met des objets en surveillance pour m'expliquer qu'ils ne sont pas rangés où il faut !

Mais va bien aller te faire foutre, jeu !

T'avais qu'à le ranger toi-même ton foutu appart puisque manifestement tu avais décidé à l'avance où chaque truc devait être rangé ! Il fallait me dire si j'étais de trop ! Pardon de déranger en venant aménager chez moi ! Enfin non, pardon, c'est surement moi qui ai eu tort de croire que j'avais le droit de m'immiscer un tout petit peu dans le personnage !


Après, je ne suis peut-être pas le public-cible, hein...

Après tout, il y a bien des gens qui, sur ce site, ont érigé ce titre au rang de chef d'œuvre, tout comme ça m'est déjà arrivé de croiser dans le métro des gens qui avaient l'air très absorbés par le fait d'avoir à colorier un dessin, point par point, par touchés tactiles successifs, en suivant les indications de couleur et cases données sur l'écran...

Moi j'avoue que ça me sidère un peu, mais je suppose que ça doit en détendre quelques-uns...


Mais j'avoue que, même en me disant ça, j'ai du mal à voir comment cet Unpacking pourrait satisfaire son office.pourrait accomplir son office.

À la fois il n'est pas suffisamment dirigiste pour un jeu « vidage de cerveau » type Solitaire, mais en même temps il n'est pas assez accommodant pour être un jeu « mini bac à sables » relaxant.

En ce qui me concerne, lors de ma première partie, j'ai juste mis cinq bonnes minutes pour comprendre comment valider le premier niveau. J'ai appuyé sur toutes les touches, consulté tous les menus et puis – ah pardon ! – j'avais rangé le journal intime dans la bibliothèque plutôt que dans le tiroir du bureau... Du coup je n'ai pas eu tous mes stickers – bons points ! Quel malheur ! (Sarcasme.)


Mais peut-être me répondra-t-on sûrement que mon erreur a été de chercher du jeu là où, au fond, il n'y a que de la narration interactive...

Sauf qu'en disant ça, eh bien ça nous fait tomber dans une autre impasse. Parce que, là encore – et je pose sincèrement la question – c'est quoi l'intérêt narratif de se passer plusieurs HEURES à nous raconter une vie comme ça ?

OK, l'idée est audacieuse. Mais est-elle seulement pertinente ?

Comme dit en début de critique, si je me suis risqué à jouer à ce titre c'est parce que j'étais curieux de voir comment Witch Beamq avait voulu transposer le concept en jeu. Or, au bout du compte, moi je trouve qu'il n'y a qu'un concept de jeu et rien d'autre dans ce titre ! Même pas de jeu à part entière (au sens où on aurait envie d'y jouer) et – je trouve – même pas de fil narratif non plus (au sens, là encore, où on aurait envie de la dérouler.)

Parce que ça, désolé, mais ce n'est pas « développer » un jeu. Ça, c'est juste surfer sur une hype. Pire, c'est peut-être juste une putain d'arnaque.


Alors après, je le concède malgré tout : j'ai arrêté ce jeu au troisième niveau tellement il me gavait. Je suis peut-être passé à côté d'un truc de ouf (je n'y crois pas une seule seconde) mais moi j'ai quand même l'impression que je me suis surtout coltiné un jeu du début 2020.

Début 2020, c'était la sortie des jeux qui venaient d'être lancés après les sorties d'Inside, d'Edith Finch ou de Gris.

C'était la grande période des jeux narratifs, des walking simulators, des expériences épurées... Or, moi, à cette époque-là, je trouve qu'on s'en est bouffé quand même quelques-uns qui, au prétexte de nous refiler des expériences novatrices, ce sont juste contentés de nous refourguer des concepts à peine développés.


M'enfin bon, il y a eu un élan autour de jeux comme ça. Tant mieux pour celles et ceux qui s'y sont retrouvés. Tant mieux aussi si ça a pu ouvrir un nouveau sillon de créativité au service de jeux plus aboutis, mais en ce qui me concerne, des jeux comme cet Unpacking, ça repart direct au fond du carton, pour ne pas dire directement dans la poubelle marron...

Créée

le 24 juil. 2026

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