Titre attendu, titre pré-detesté (et beaucoup diront pour de bonnes raisons), ZERO PARADES est, n'en déplaise au public, un digne successeur de Disco Elysium.


Dans un monde où les post-matérialistes du Superbloc, les banquiers naïfs de l'Empire Sans Territoire et les technofachistes - insistance sur le techno - de l'Empire Illuminé de La Luz s'accordent en un point: l'Histoire s'est terminée il y a 96 ans, un acteur entre sur scène, pour jouer son rôle dans le postlogue d'une pièce terminée.


Hershel Wilk, ou CASCADE, c'est la personne qu'elle se souvient être. Ses outils: un gäng perdu (abandonné), une nouvelle identité dans l'import-export des chaussettes de qualité existante des pouvoirs communistes, et un esprit avec soit trop, soit juste assez de détachement avec ses sens. Sa mission: comme le monde, terminée avant même de commencer.

Piètre augure, mais un rôle est un rôle.


Elle marche donc, délirante, les veines remplies plus de drogue que de sang, dans les rues d'un quartier dont l'air a déjà été à conquis par deux ennemis invisibles. Chaque "autre" à son rôle à jouer, aussi. Certains anodins: une jeune fille qui cherche son père disparu, une prostituée digitale qui semble ne jamais dormir, d'autres acteurs à la retraite, passant leur journées à boire attendant un rôle que leur corps ne pourrait déjà plus remplir, l'obsédé médiatique produisant une réponse viscérale à la vue des disques qu'il vend à (il dirait "vomit sur") un public friand (il dirait "abruti"), un technicien en telecommunications ampli de la mélancholie de celui qui se demande où-est-ce que tout a mal tourné. D'autres rôles ont été mieux écrits: un prisonnier dans une prison qui n'existe pas, une micro-célébrité cosmo-conspiratoire expliquant à un public semi-convaincu que la réalité -la "vraie", pas la "politique"- n'est qu'une illusion, un autre acteur convaincu, contre toute mémoire de l'interessée, qu'il est un vieil ami d'Hershel...

Son seul lien tangible au monde qu'elle connait et qu'elle s'imagine défendre: une femme qu'elle n'a jamais vue que dans ses rêves, joignable par chaque ligne electro-magnétisée du monde moderne, distante, sans forme, mais dont chaque mot froid est un baiser dans une nuit interminable.

Des choix impossibles car incompréhensibles, mais qui doivent être faits, car personne d'autre ne peut les faire - les autres qui peuvent feraient sans doute pire. L'acteur doit réciter ses lignes, même si elle ne les a jamais lues.


ZERO PARADES est un produit du délire. Du délire social, économique et humain qui nous entoure. C'est un ramassis de non-sens semi-cohérent qui, assemblé comme un puzzle, ressemble à "quelque chose". Sur le plan bas du technique, on pourrait lamenter quelques lacunes (petits bugs, un système vestimentaire dont la friction se ressent encore plus que celle de son prédécesseur, certaines "quêtes" dont l'avancement n'est pas clair, des faux raccords entre texte et audio, des arbres de conversation qui se ferment trop tôt, et d'autres...). Mais aucun de ces petits accrocs ne saurait cacher ou gâcher un produit de génie malade brut, au point qu'on en vient à se demander si certains ne sont pas intentionnels.


Sous le froid glacial des projecteurs, quel est le script? L'orchestre joue, car il ne peut que jouer, mais quid des acteurs?

ComteNiark
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le 27 mai 2026

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