2018 : Une orgie de mots (annotée)

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96 livres

par Subversion

Livres lus en 2018, souvent accompagnés d'un commentaire.

Photo de couverture : "La sorcière et le fantôme du squelette", une impression sur bois d'Utagawa Kuniyoshi (1844).

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  • La Société du Spectacle (1967)

    Sortie : 1967. Essai et aphorismes & pensées.

    Livre de Guy Debord

    Le problème du livre est que Debord construit une suite de notes qui généralisent des phénomènes sans aucune nuance, quitte parfois à dire des énormités. Par exemple, son obstination à prendre le spectateur (au sens large) comme une éponge qui absorbe tout ce que la société du spectacle lui lance (comme si la médiation entre l'individu et l'image ne se faisait pas dans le cerveau !) est irritante, tout comme sa description du spectacle comme "négation du réel" qui n'a aucun sens si l'on ne définit pas le réel (d'autant plus que le spectacle est davantage un remplacement qu'une négation). Reste certaines notions (comme la rébellion qui sert le système) assez pertinentes et qui annonçaient déjà la pensée infiniment plus profonde, à mon sens, de Jean Baudrillard.
  • Love and pop (1996)

    Sortie : 1996. Roman.

    Livre de Ryû Murakami

    Au delà du sujet épineux de la prostitution de mineurs au Japon, ici traité avec justesse et sans moralisme, le style du livre est extrêmement singulier. Murakami choisit d'intégrer à son texte des éléments de rupture (émissions de télé, liste de marques dans des vitrines etc.) qui traduisent plutôt bien le flux indifférencié de signes dans lequel baigne tout individu moderne. En revanche, on voit vite les limites de cet exercice de style : la fluidité du texte en prend un coup.
  • Petite histoire de la photographie (1931)

    Sortie : 1931. Essai et photographie.

    Livre de Walter Benjamin

    Moins une histoire de la photographie qu'une suite de réflexions sur celle-ci s'appuyant sur des événements marquants, qui trace déjà la notion d'aura que développera Benjamin et les questionnements sur la condition de l'art à l'heure de sa reproduction mécanique. Mais le livre est un peu trop court pour vraiment aller au fond des choses.
  • Le bus de la révolution passera bientôt près de chez toi (2012)

    Sortie : . Essai.

    Livre de Masao Adachi

    Cinéaste activiste puis guérillero palestinien, Adachi a un parcours assez singulier. Ce livre est un recueil de ses écrits, qui passe par des critiques de film, des théories du cinéma qu'il élabore et des manifestes communistes. Un peu fourre-tout et très orienté (Adachi ne voit le cinéma que comme un outil de lutte des classes qui doit s'accompagner d'un activisme armé), mais permet de cerner l'effervescence politique au Japon dans les années 70 qui mènera jusqu'à la prise d'otage de l'armée rouge unifiée.
  • Thomas l'obscur (1950)

    Sortie : 1950. Roman.

    Livre de Maurice Blanchot

    "A ma portée est un monde - je l'appelle monde, comme, mort, j'appellerais la terre néant. Je l'appelle monde, car il n'y a pas d'autre monde possible pour moi. Je crois, comme lorsqu'on s'avance vers un objet, que je le rends plus proche, mais c'est lui qui me comprend. Lui, invisible et hors de l'être, me perçoit et me soutient dans l'être. Lui-même, chimère injustifiable si je n'étais pas là, je le discerne, non dans la vision que j'ai de lui, mais dans la vision et la connaissance qu'il a de moi. Je suis vu."
    Ça résume plutôt bien ma relation au livre.
  • Le Nécrophile (2001)

    Sortie : septembre 2001. Roman.

    Livre de Gabrielle Wittkop

    On pouvait craindre, au vu du sujet, une sorte d'obscénité gratuite, de provocation sans but. Heureusement, le roman est tout autre : Wittkop crée une relation érotique avec la mort absolument fascinante, dans une liberté de ton (sans aucun moralisme) et une écriture très fine emprunte de poésie. Partager le point de vue du nécrophile, c'est aussi une manière de pointer du doigt l'absurdité de la sacralisation du cadavre encore dominante aujourd'hui, un acte similaire à l'excellent court-métrage "The Act of Seeing with One's Own Eyes" de Stan Brakhage.
    (à réserver évidemment à un public très averti, Wittkop traite des actes nécrophiles avec beaucoup de détails)
  • Le temps et l'espace dans la culture japonaise (2007)

    Nihon bunka ni okeru jikan to kûkan

    Sortie : 2007. Essai.

    Livre de Katô Shûichi

    Shûichi est à la fois très clair, concis et profond : son entreprise extrêmement ambitieuse de retracer une histoire du temps et de l'espace dans la culture japonaise en la confrontant aux cultures extérieures est très enrichissante et ne se limite à aucune discipline (ce qui parfois l'oblige à être trop bref sur certaines notion). Un peu déçu de la dernière partie sur l'espace-temps en revanche, trop superficielle par rapport au reste.
  • Histoire et cinéma (2008)

    Sortie : février 2008. Essai.

    Livre de Antoine de Baecque

    A considérer avant tout comme un ouvrage d'initiation à un domaine bien plus complexe qu'il n'y paraît. Une première partie écrite par De Baecque, qui fait le tour des principales théories liant cinéma et histoire, puis un recueil de textes plutôt bien ficelé. Je suis sceptique sur certains points, comme la possibilité du cinéma comme une "réalité archivistique", mais le livre a le mérite d'être très accessible tout en dépassant la plupart des écueils sur le sujet.
  • Éloge de l'ombre (1933)

    Sortie : 1933. Essai.

    Livre de Junichirô Tanizaki

    J'ai lu le livre un peu par hasard, c'est donc avec étonnement que je constate qu'il est si populaire et apprécié sur ce site. Peut-être que c'est l'effet d'un dépaysement culturel qui explique ce succès ? En soi, l'entreprise de Tanizaki de réhabiliter l'ombre comme esthétique opposée à l'omniprésente lumière de la modernité occidentale est intéressante, mais l'auteur ne cesse de divaguer (je pense qu'on se serait aisément passé d'une recette de cuisine ; on peut néanmoins trouver un charme à cette pensée qui s'égare) et surtout passe par un simplisme aberrant pour appuyer son propos (les blancs ont les cheveux clairs, les japonais les cheveux noir, donc la nature a déjà mis en eux une part d'ombre : vraiment ?!).C'est surtout par sa prose et ses quelques analyses culturelles (bien qu'elles n'aillent pas plus loin que des banalités pour quiconque est familier de la culture japonaise) que le livre vaut le coup d’œil.
  • Hop-Frog (1849)

    Sortie : 1849. Recueil de nouvelles.

    Livre de Edgar Allan Poe

  • Nouvelles histoires extraordinaires (1857)

    Sortie : 1857. Recueil de nouvelles.

    Livre de Edgar Allan Poe

    Un condensé de l'obsession d'Allan Poe pour la représentation picturale comme vampirisme de l'énergie vitale.
  • Histoire de l'art (1950)

    Sortie : 1950. Peinture & sculpture, essai et culture & société.

    Livre de Ernst Hans Gombrich

    Gombrich a le mérite d'être transparent dans sa démarche : il assume pleinement, contrairement à d'autres historiens de l'art, qu'une Histoire exhaustive n'existe pas, qu'une mise en lumière ne peut pas exister sans une part d'ombre. On y trouvera donc ce que l'on veut y trouver : un livre accessible qui s'accompagne d'une iconographie omniprésente, des analyses un peu superficielles mais jamais rébarbatives et la tentative parfois maladroite d'une filiation des formes.
  • Les Chants de Maldoror (1869)

    Sortie : 1869. Poésie.

    Livre de Comte de Lautréamont (Isidore Ducasse)

    Sans partager l'enthousiasme sans borne que suscite l'oeuvre chez beaucoup de lecteurs (j'éprouve quand même une certaine lassitude à force de lire ces surenchères hyperboliques), il faut reconnaître que la prose ondulatoire de Lautréamont fait connaître des sensations rarement éprouvées, pour ma part, en littérature : celle d'avoir un esprit qui vogue, sans barrière, au gré de la plume. Et quelle plume fascinante... Certains passages m'ont estomaqué. Malgré tout, j'ai parfois eu le sentiment que la rébellion de Lautréamont, ses détournements, son ironie, son pessimisme quant au genre humain, manquent un peu de maturité.
  • La conscience et la vie (2013)

    Sortie : . Essai.

    Livre de Henri Bergson

    Courte conférence donnée par Bergson, où il oppose matière et conscience pour en venir à une notion d'évolution créatrice.
  • L'expérience hérétique (2006)

    Sortie : octobre 2006. Essai.

    Livre de Pier Paolo Pasolini

    La pensée de Pasolini sur le cinéma (et pas que) est extrêmement riche et novatrice. On pourrait résumer sa principale thèse de la manière suivante : la réalité est une langue, et le cinéma (à ne pas confondre selon lui avec "les films") est la langue écrite de cette réalité. D'où le développement ambitieux mais parfois bancal d'un système de codes et de classifications pour envelopper le cinéma comme langue. On peut aisément trouver des contre-exemples et des contradictions, mais sa pensée demeure fascinante.

    « Mourir est donc absolument nécessaire, parce que, tant que nous sommes en vie, nous manquons de sens, et le langage de notre vie […] est intraduisible : un chaos de possiblités, une recherche de relations et de significations sans solution de continuité. La mort accomplit un fulgurant montage de notre vie : elle en choisit les moments les plus significatifs […] et les met bout à bout, faisant de notre présent, infini, instable et incertain, et donc linguistiquement non descriptible, un passé clair, stable, sûr et donc linguistiquement bien descriptible […]. Ce n’est que grâce à la mort que notre vie nous sert à nous exprimer. »
  • Shohei imamura : Evaporation d'une réalité (2010)

    Sortie : . Culture & société.

    Livre de Bastian Meiresonne

    Davantage un livre biographique qu'une véritable analyse du cinéma d'Imamura. Et c'est là où le bât blesse : les éléments biographiques auraient pu être le ciment d'une réflexion, alors que l'auteur trouve judicieux d'en faire le cœur du livre. En plus, ça entraîne énormément de répétitions, alors-même que l'ouvrage est court.
  • La Condition postmoderne (1979)

    Sortie : 1979. Essai.

    Livre de Jean-Francois Lyotard

    Comme je n'y connais pas grand-chose en théorie postmoderne, le livre de Lyotard m'a paru assez étonnant : là où je pensais y voir l'explication de la perte des grands récits au profit d'un éclatement en mini-récits individuels (ou d'une injection à dose homéopathique, comme dirait Baudrillard), le livre se concentre davantage sur les nouveaux jeux de langages dans une société de la performance, en posant notamment la question de l'avenir du savoir scientifique. On peut déjà trouver certaines théories par rapport à la place que prendra l'informatique dans nos sociétés assez avant-gardistes pour l'époque.
  • Voyage au bout de la nuit (1932)

    Sortie : 1932. Roman.

    Livre de Louis-Ferdinand Céline

    On va tarir les éloges pour éviter de dire ce qui a déjà été dit partout ; j'ai quand même été relativement déçu par la dernière partie du roman, peut-être parce qu'avec les livres fleuves comme celui-ci je m'attends toujours à ce que la fin soit proche de la perfection... D'une certaine manière, le roman agit davantage comme une très longue distillation, ce qui rend probablement ma vision d'une fin transcendante obsolète.
  • Francis Bacon : Logique de la sensation (1981)

    Sortie : 1981. Essai et philosophie.

    Livre de Gilles Deleuze

    Ne pas se laisser berner par le surdécoupage du livre, le livre est d'une cohérence d'ensemble implacable : on part très concrètement des peintures-mêmes de Bacon pour élargir à l'Histoire des formes picturales, et comme la pensée de Deleuze est une spirale, elle ne cesse de contenir ce mouvement où le retour (sur une notion, sur un exemple) est une avancée. Au delà de cette pensée en mouvement, l'analyse est tout simplement passionnante, que l'on soit familier de Bacon ou non.
  • Qu'est-ce que le poétique ? (2017)

    Sortie : 2017. Essai.

    Livre de Jean Onimus

    L'entreprise est belle, et la sincérité de Jean Onimus parfois touchante, mais force est de constater que cet essai se heurte vite à un simplisme binaire (à commencer par l'opposition entre prosaïque et poétique, qui révèle rapidement qu'elle est obsolète), transformant le livre en compilation de lieux communs. Reste quelques idées pertinentes ainsi que le style de Jean Onimus, extrêmement fluide et agréable à lire.
  • Physique quantique et représentation du monde (1992)

    Sortie : 1992.

    Livre de Erwin Schrödinger

    Schrödinger est un scientifique passionnant car il aspire à ce que la science ne soit pas juste un empilement de connaissance, mais qu'elle nous permette d'approcher les questions les plus existentielles qui soient (ça peut paraître évident, mais pour avoir discuté avec mon frère qui est astrophysicien, j'ai la forte impression que le milieu des sciences reste très fermé sur lui-même). C'est ainsi qu'il ouvre son domaine autant à la philosophie qu'à épistémologie, et (à raison) nous explique en quoi la physique quantique est un bouleversement de nombreuses notions qui nous paraissent a priori évidentes, comme la continuité. Si la deuxième partie est plus "technique", le livre reste accessible même aux allergiques des équations, et me semble essentiel pour quiconque s'intéresse à ce domaine passionnant.
  • Haïku : Anthologie du poème court japonais

    Poésie.

    Livre

    Un recueil de Haïku très bien construit : découpé en quatre saisons puis regroupé par motifs, sans soucis d'époque, ce qui permet de brasser de nombreuses choses tout en admirant la manière dont les auteurs se répondent entre eux.
  • Faust (1808)

    Faust. Eine Tragödie

    Sortie : 1808. Théâtre.

    Livre de Johann Wolfgang von Goethe

  • Harry Potter à l'école des sorciers (1997)

    Harry Potter and the Philosopher's Stone

    Sortie : . Roman et jeunesse.

    Livre de J. K. Rowling

    Difficile de juger un livre dont le cœur de cible est de toute évidence les enfants, mais force est de constater qu'on se retrouve face à un roman qui respecte la structure du conte initiatique à la lettre, et qui se révèle donc rapidement prévisible et plan-plan. On traite donc, sous couvert de fantaisie, de l'enfance et ses turpitudes. Rownling prône les valeurs de l'amitié et de l'amour sans grande finesse, n'excelle pas particulièrement dans sa prose (si ce n'est pour les jeux de mots un peu foireux), développe un univers à la cohérence limitée, et même si le livre a quelques pointes de satires gentillettes qui feront peut-être sourire, il n'y a rien de vraiment transcendant.
  • Critique de la raison pure (1781)

    Kritik der reinen Vernunft

    Sortie : 1781. Essai et philosophie.

    Livre de Emmanuel Kant

  • Harry Potter et la Chambre des secrets - Harry Potter, tome 2 (1998)

    Harry Potter and the Chamber of Secrets

    Sortie : . Roman et jeunesse.

    Livre de J. K. Rowling

    Même chose que pour le premier tome, sauf que les défauts en sont amplifiés et que la répétitivité de cet univers simpliste n'aide pas les choses. Les personnes sont plus monolithiques que jamais (voir Lockhart, irritant au bout de deux lignes de dialogue), la plume n'a pas évolué et les valeurs (pour ne pas dire la morale) sont toujours martelées avec aussi peu de finesse (ce sont les choix qui nous déterminent...).
  • La Généalogie de la morale (1887)

    Zur Genealogie der Moral

    Sortie : 1887. Philosophie et essai.

    Livre de Friedrich Nietzsche

    Peut-être, avec Ecce Homo, le Nietzsche le plus structuré et facile d'accès : il est assez étonnant d'y constater un vrai travail de recherche généalogique dans les deux premières parties, à partir duquel on peut mesurer l'avant-gardisme de sa pensée (pas seulement par le renversement des valeurs chrétiennes, mais déjà par le détachement de la morale de son origine religieuse). Il est encore plus ahurissant de constater que la troisième partie sur l'idéal ascétique résonne avec notre monde contemporain : l'idéal ascétique et les valeurs de "faibles" qu'il apporte (la mauvaise conscience, la pitié, le châtiment ; bref, ce qui entretient la négation de soi) n'est pas opposée à la science. Elle-même n'est pas créatrice de valeur mais repose sur un présupposé : la vérité. D'où cette phrase capitale : "A partir du moment où l'on nie la croyance au Dieu de l'idéal ascétique, il existe également un problème nouveau : celui de la valeur de la vérité." Il me semble que le problème aujourd'hui n'est pas résolu mais déplacé ; on a toujours autant tendance à se questionner sur "où est la vérité ?" et non pas sur "la vérité est-elle souhaitable au point de la prendre comme valeur ultime, comme but ?"