2020 : journal de lectures

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50 livres

par -Ether-

L'an dernier a été le grand retour vers la lecture pour ma part, en 2020, je veux dépasser les cinquante ouvrages, sinon rien. Il y aura un mélange de contemporain et d'auteurs que j'aime beaucoup, chez qui je creuserai encore un peu plus. Je n'ai pas pu lire "Les frères Karamazov" de Dosoïevski, ce sera pour cette année. Pareil pour Mann et "les Buddenbrook". En vrac, j'espère bien lire aussi un livre de Julien Green (peut-être son journal chez Bouquins de Laffont ?), du Huysmans, maintenant que j'ai la pléiade, Anders pour le tome 2 de "L'Obsolescence de l'Homme", et puis qui vivra verra.

Liste du plus ancien lu au plus récent, pas toujours annotée, parce que la flemme à cause du site.

Couverture : photographie prise par Stanley Kubrick pour le magazine "Look", je n'en connais pas la date.

Les années précédentes :
2019 : https://www.senscritique.com/liste/2019_journal_de_lectures/2311233
2018 : https://www.senscritique.com/liste/2018_journal_de_lectures/1982804
2017 : https://www.senscritique.com/liste/2017_journal_de_lectures/1581192
2016 : https://www.senscritique.com/liste/2016_journal_de_lectures/1143678
2015 : https://www.senscritique.com/liste/Livres_lus_en_2015/739540

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  • La Tempête qui vient (2019)

    This Storm

    Sortie : 2019. Policier.

    Livre de James Ellroy

    Premier James Ellroy, et j'ai adoré. A la fin il est écrit qu'on retrouve ses personnages dans un ou plusieurs de ses autres livres. Ce n'est pas à mettre entre toutes les mains, si on a du mal avec un vocabulaire peu châtié, rempli à foison de "gros", "pédés", heil hitler", "pétasse" et j'en passe, ce n'est pas la peine de se plonger dedans. Autrement, c'est véritable tourbillon, qui pour quelqu'un comme moi qui n'a jamais lu une seule de ses pages se traduit d'abord par une certaine perplexité, au bout des cent premières pages : qu'est-ce qu'il veut dire ? De quoi ça parle ? Les informations sont tellement nombreuses que j'en étais perdue. Et puis peu à peu, on finit par saisir tout le destin des personnages qui se déploie devant ses yeux, ainsi que la visée purement moraliste du récit, un peu comme avec Bret Easton Ellis, sauf que là, les mauvais choix vont à quasiment tous les coups faire tomber les personnages dans des abîmes dont ils ne ressortiront pas. Une fois qu'on a saisi ce second niveau de lecture, tout devient fascinant, y compris les ressorts d'écriture d'un auteur dont on comprend pourquoi il vit comme un ermite (impossible de sortir un pavé de 835 pages pareil sans se retirer au moins partiellement du monde).
  • Le Consentement (2020)

    Sortie : . Récit.

    Livre de Vanessa Springora

    Je l'ai démarré et lu d'une traite en deux heures environ. Le Consentement, c'est le bouquin dont tout le monde parle en cette rentrée littéraire d'hiver, celui qui a fait découvrir aux gens de mon âge à peu près l'existence de Gabriel Matzneff. Je connaissais le personnage depuis plusieurs années déjà, j'étais étonnée quand j'ai entendu parler de la sortie de ce livre qu'aucune de ses victimes n'ait pris la parole jusqu'à présent, mais c'est désormais chose faite. On dit de Matzneff qu'il écrit bien, il faudrait aussi le dire de Springora, le style est clairement meilleur que celui de la plupart des livres sortis à la rentrée de l'automne dernier. Son récit est équilibré entre la crudité des actes qu'il lui a imposés, ses propres sentiments, sur fond de démission générale de la part d'adultes qui pour certains ne s'intéressent aux gosses qu'à partir du moment où ils peuvent en retirer une satisfaction sexuelle égoïste. C'est un constat édifiant sur cette époque, finalement pas si éloignée de la nôtre en ce qui concerne l'individualisme. Le curseur moral a beau avoir bougé, l'idée reste la même, une idée du chacun pour soi dans laquelle un enfant est forcément lésé d'emblée. La métaphore filée du conte de fées est vue est revue, mais bien mieux exploitée ici que je ne l'ai lue ailleurs. J'espère qu'elle aura du succès.
  • La Télégraphiste de Chopin (2019)

    Sortie : . Roman et science-fiction.

    Livre de Eric Faye

    La télégraphiste de Chopin faisait partie de ces livres que je n'avais pas lu qui sont sortis à la rentrée littéraire de l'automne dernier, c'est désormais réparé. Bien mal m'en a pris, malheureusement. J'ai compris à la fin de l'ouvrage que Eric Faye l'avait écrit suite à son séjour en résidence d'écrivains à Prague, ce qui pour moi explique beaucoup sur la qualité du roman. Le récit, laborieux au passage, atteint l'exploit de ne jamais avancer sur 180 pages (sur liseuse). Que ce soit au début ou à la fin du livre, on en est à peu près au même point, puisque tout n'est quasiment que circonvolutions du personnage principal. Pourquoi pas, mais encore faut-il être solide là-dessus, ce qui n'est pas le cas. A aucun moment on ne croit aux hypothèses alambiquées qui sont échafaudées, la mayonnaise ne prend pas, le final qui se veut être une révélation n'apprend rien qu'on ne supposait déjà, grâce (à cause ?) d'une pirouette qui tente de prendre du recul sur l'histoire, pour au final ne rien en dire de plus. C'est éreintant, en somme, et pas du tout recommandable comme lecture. On trouve largement mieux dans la même thématique, du spiritisme, des liens avec l'au-delà, et plus généralement sur la musique classique.
  • Le Bouc émissaire (1957)

    The Scapegoat

    Sortie : 1957. Roman.

    Livre de Daphné Du Maurier

    Mon premier roman de Daphné du Maurier, qui m'a fait un bien fou après avoir lu autant de livres récents, il faut dire qu'elle savait raconter une histoire... Le plus gros défaut du livre est d'être prévisible à plusieurs endroits, dans le déroulement de son intrigue, ce qui gâche un peu l'expérience, originale et assez unique au demeurant, de lire un roman gothique qui se déroule en France, et plus précisément dans la Sarthe. Daphné du Maurier reprend avec "Le bouc émissaire" la thématique du Doppelgänger, en laissant de côté à mon sens (d'autres pourraient avoir un avis différent) la thématique de la folie pour se concentrer sur ce qui fait le moi, la personnalité, l'individualité. Ainsi, en plaçant un homme dans la vie de son double, c'est comme si l'on redécouvrait son quotidien sous un jour nouveau. Les descriptions des lieux, où on sent une passion certaine pour l'architecture ajoutent à cette idée de vivre l'instant présent comme un jour neuf.
  • Vivre sans ? (2019)

    Sortie : . Essai et politique & économie.

    Livre de Frédéric Lordon

    C'est un livre assez rebutant, dont la première partie, à l'image du reste du livre, c'est-à-dire relativement mal écrite, a en plus pour elle comme défaut de se focaliser uniquement sur des ergotages de philosophe remis en cause à l'aune du spinozisme. Certes, c'est un peu bête de se plonger là-dedans en n'acceptant pas le contrat sous-jacent, mais je crois que Lordon pouvait vraiment se dispenser de tout ce passage pour plonger directement dans la réponse à la question principale posée par le titre du livre. Pourquoi ne le fait-il pas ? Parce qu'il a choisi d'écrire son texte en répondant aux amis et aux participants du Comité Invisible quasi exclusivement, Comité invisible qui n'en reste pas moins largement minoritaire dans la gauche, alors que la question posée quant à elle a forcément traversé les esprits d'un peu toutes les personnes qui se disent de gauche. Résultat des courses : le bilan à la fin de cette lecture est mitigée, tandis que les fans de cabane et du vivre sans ont poussé des cries d'orfraies à la lecture de ce livre, accusant Lordon d'être un pro dictature fan du "Grand soir" (j'exagère à peine). On est donc dans l'improductivité la plus totale.
    Reste un propos éminemment explicite sur ce que Lordon entend par sortir du capitalisme, en vivant toujours dans le fait institutionnel (je résume) : cela consiste à sortir in fine mais pas définitivement de ce que l'on appelle la démocratie à l'heure actuelle. A mon sens, il n'insiste pas assez sur l'impossibilité de sa concrétisation. Y croit-il vraiment ? Il semblerait que oui.
  • Le Roi Lear (1606)

    King Lear

    Sortie : 1606. Théâtre.

    Livre de William Shakespeare

  • Macbeth (1623)

    Sortie : 1623. Théâtre.

    Livre de William Shakespeare

  • Problèmes de l'âme moderne (1934)

    Sortie : 1934.

    Livre de Carl Gustav Jung

  • Je reste roi de mes chagrins (2019)

    Sortie : . Roman.

    Livre de Philippe Forest

    Ma déception de cet hiver. Je n'avais lu et entendu que des bonnes critiques au sujet de ce livre, j'aime bien les histoires sur Churchill, et puis là, mis à part quelques bons échanges dans les dialogues, avec une profondeur qu'on ne peut retirer à l'auteur, il n'en demeure pas moins qu'il donne l'impression désagréable de se regarder écrire, dans tous les sens du terme. On est encore dans le sous-genre pénible et usé jusqu'à la corde de l'exo-fiction, avec une variation pas très originale, remplie des mêmes tics du genre ("peut-être qu'il...", "on peut l'imaginer comme..."), plus certaines phrases que je soupçonne d'être directement copiées collées de wikipedia, presque au mot près, sur le principal sujet du livre.
  • Protocole gouvernante (2019)

    Sortie : . Roman.

    Livre de Guillaume Lavenant

    Note un poil sévère, en raison de l'essoufflement assez prégnant du livre. Le point fort de "Protocole Gouvernante" est indéniablement dans son style : le récit est écrit en majorité au futur, et rien que ça, c'est suffisamment inédit en littérature pour être mentionné. Le problème vient du fait qu'il s'agit d'une histoire avec des codes suffisamment éculés, comme la bonne qui se tape le père de famille, on a tout de même vu et lu ça cent fois, ou la grande révolution qui ne mène nulle part, ou encore dans la femme lasse et petit-bourgeois qui vit à travers les séries. Le récit a le mérite d'être court, mais il ne pouvait en être autrement, on sent déjà aux trois quarts du livre que l'auteur tire un peu sur la corde. Cependant, "Protocole Gouvernante" reste une des tentatives stylistiques les plus intéressantes de 2019, dans le roman contemporain français.
  • Le Bal des ombres

    Sortie : . Roman.

    Livre de Joseph O'Connor

    Une histoire assez sympathique, que la précision du vocabulaire utilisé par son auteur honore, ainsi que la traduction française. O'Connor raconte selon un point de vue tout subjectif mais plaisant comment "Dracula" aurait pu être conçu par Bram Stoker, en le choisissant comme personnage principal de son livre. Il y donne des pistes, auxquelles il laisse le choix de croire ou non, avec des allusions ici et là à des éléments de "Dracula", sans jamais le pasticher. La description de l'Angleterre victorienne est sobre, sans jamais verser dans la caricature, grâce à un mélange d'époque et de contemporanéité dans l'écriture de ses personnages, qui ont quelque chose d'atemporel, à la fois dans leurs moeurs et leur vocabulaire. C'est un parti pris du récit plutôt bien trouvé. La fin souffre un peu de mollesse, avec un enchaînement de descriptions qui manquent d'action, mais elles ne ternissent en rien l'exercice initial. En somme, c'est un prolongement assez plaisant du mythe vampirique, comme un exercice pas si éloigné dans l'intention de l'exo-fiction, mais qui s'en sort bien mieux que beaucoup d'essais du genre, notamment dans la littérature française récente.
  • Le Double (1846)

    Двойник (Dvoïnik)

    Sortie : 1846. Roman.

    Livre de Fiodor Dostoïevski

    On est dans le Dostoïevski qui me parle moins que ses romans tardifs, comme je suppose pour la plupart de ses lecteurs. Néanmoins, malgré un enthousiasme moins fort de ma part, "Le Double", comme tous ses autres livres, a ce pouvoir dostoïevskien assez unique de rester en mémoire pendant longtemps, ce qu'on pressent dès lors qu'on a tourné la dernière page. L'effet vertigineux de "Le Double" est décuplé par la banalité du personnage, qui jusqu'au bout, jusqu'à la dernière ligne écrite par Dostoïevski ne comprend pas ce qui lui arrive. Ce n'est pas qu'il ne doute pas, ou qu'il a parfaitement confiance en lui, c'est que toute cette affaire, en dehors de l'état psychiatrique du personnage principal que le lecteur soupçonne assez vite est surtout une question de perception. De la façon dont on perçoit le réel, dont on ne comprend pas pourquoi le réel ne tourne pas en rond (en vérité, pourquoi il ne tourne pas dans le sens qu'on lui prête a priori), et pourquoi il ne nous donne pas raison. La logique voudrait qu'on lâche l'affaire, à un moment donné, par pure rationalité, mais il se trouve toute une catégorie d'êtres humains qui en est ontologiquement incapable. Les décrire, leur fonctionnement, leurs égarements, c'est la force principale de "Le Double".
  • Sous les yeux de l'Occident (1911)

    Under Western Eyes

    Sortie : 1911. Roman.

    Livre de Joseph Conrad

  • Un féminisme décolonial (2019)

    Sortie : . Essai.

    Livre de Françoise Vergès

  • La Place

    Sortie : 1984. Roman.

    Livre de Annie Ernaux

    Une écriture volontairement plate, totalement respectable, parce qu'elle est réussie dans son style. C'est une démarche qui se veut politique, pour éviter toute fioriture ou emballement fantasmatique à propos de sa famille, car Annie Ernaux, pétrie de scrupules, refuse de donner à voir une image d'Épinal qui satisferait les lecteurs de ses livres (et il faut quand même admettre que les plus friands de la littérature de transfuges de classes, ça reste les bourges). Ses scrupules se glissent ça et là sans jamais nuire à son récit, car ils sont partie intégrante de son monologue intérieur. "La Place" a obtenu le prix Renaudot l'année de sa sortie, et je crois que c'est mérité. Quand je l'ai lu, j'ai intuitivement compris qu'il y avait pas mal d'auteurs qui avaient essayé de singer sa manière de narrer son histoire, sans jamais vraiment l'égaler, parce qu'on sent sa simplicité derrière les mots.
    Quand on maîtrise une technique, comme elle et le style plat, la musicalité de la langue française en dégorge, ce qui est assez fascinant. Cela dit, si je salue la démarche et le résultat, j'ai cette impression indélébile que "La Place" de Ernaux est suffisant pour comprendre tout son parcours d'auteur. Je ne la lirai probablement plus jamais, parce que je sens que je n'y découvrirai rien d'autre que ce que j'y ai trouvé dans ce livre.
  • La Bénédiction inattendue (2000)

    Gūzen no shukufuku

    Sortie : 2000. Roman.

    Livre de Yōko Ogawa

    Ma première incursion dans l'univers de Yoko Ogawa, qui se rattache assez clairement au réalisme magique, même si pour certains ce n'est pas forcément évident au premier coup d'oeil. Son compatriote le plus connu en la matière reste Murakami. Ogawa s'est lancé avec ce recueil de nouvelles dans le projet casse-gueule de narrer des histoires autour d'un seul et unique personnage, une romancière. La thématique de l'auteur.e qui nous parle de la création littéraire et de ses angoisses a été usée jusqu'à la corde, il faut pouvoir proposer quelque chose de sérieux quand on s'y lance. Et elle le fait, honnêtement. Ses histoires sont une belle fenêtre sur la culture japonaise, notamment dans l'écriture de la solitude, ou celle des archétypes, comme le stalker (la nouvelle qui m'a le plus tenaillée).
    Je crois que c'est le livre que j'ai lu avec le plus de facilité, durant cette période du confinement. Grâce à la fluidité de l'écriture, mais aussi à cette évasion en demi-teinte, à ce mélange d'extraordinaire et de commun. C'est peut-être ce qui se rapproche le plus de ce qu'on nous expérimentons le plus aujourd'hui.
  • La Belle et la Bête

    Sortie : 1757. Conte.

    Livre de Jeanne-Marie Leprince de Beaumont

    Assez intéressant, à quel point la version la plus connue de ce conte maintes fois réécrit, donc celle qui a inspiré à son tour la plupart des adaptations par la suite au cinéma est une sorte de viatique pour jeunes filles, pour leur faire accepter l'idée même d'un mariage de raison, avec tous les avantages que cela est censé comporter.
    Or, au cinéma, cette morale a été remplacée par une affaire d'orgueil, qui se termine en une passion amoureuse, et pas en un amour proche d'une relation entre amis. C'est comme si pour faire passer la pilule de la captivité de la Belle, il fallait obligatoirement insuffler un amour comme on l'entend communément aujourd'hui, quand auparavant, on ne se cachait pas derrière des intentions supposément nobles.
  • Le Regard féminin

    Sortie : . Essai et cinéma & télévision.

    Livre de Iris Brey

    En dehors du fait que ce soit écrit comme un article de journaliste, quand bien même elle parle de mise en scène, malheureusement, son discours ne vole pas très haut à mes yeux. Je ne lis quasiment aucune analyse, aucun propos mesuré dans ce livre. Tout est vu à l'aune des courants de pensée francophones régurgités par les Etats-Unis, sans faire appel à aucune autre forme d'art. La poésie dont elle parle en invoquant Maya Deren, c'est vraiment pour la gloriole. A aucun moment, elle ne malmène ses concepts, en tentant de les ébranler pour mieux les solidifier. On comprend qu'il s'agit d'une affaire de morale (cf Kechiche), ce qu'elle refuse d'affirmer, en clamant interroger le cinéma là où elle se contente d'être factuelle, d'où le fait que je parle plus haut de travail de journaliste, et pas de critique, même s'il semble qu'elle soit considérée en tant que telle. Bref, on est proche de l'escroquerie intellectuelle, pas parce que ça parle de femmes ou de films "queer", mais parce qu'on est dans la contradiction permanente entre libéralisme et moralisme, d'un point de vue idéologique, sans que jamais ce ne soit assumé alors qu'il s'agit du noeud du problème.

    (Je mets en note l'avis que j'avais donné en commentaire à un éclaireur, histoire de me rappeler de ce que j'ai pensé à propos de "Le regard féminin" de Brey)
  • Bacchantes (2019)

    Sortie : . Roman.

    Livre de Céline Minard

    Noir assez rapide, qui se lit en une heure maximum, et qui a le mérite de proposer un noir au féminin, chose rare, à mon avis, sans pour autant sacrifier du côté des codes. Les dialogues sont plutôt marrants, le début et la fin un peu brouillons à mon sens, mais voir tout une scène se jouer autour d'une demande de maquillage Chanel, et bien écrite, par dessus le marché, c'est assez savoureux. Bien évidemment, l'histoire est complètement tirée par les cheveux, mais son rythme effréné participe de l'effet décoiffant du livre.
  • Le Sang du vampire (1897)

    The Blood of the Vampire

    Sortie : 1897. Roman.

    Livre de Florence Marryat

    La traduction de ce livre en français existe depuis que la Pléïade sur les vampires est sortie en France, soit depuis un peu moins d'un an. Il est clairement intentionnel d'après l'introduction de la Pléiade qu'il était question de glisser un aperçu exhaustif du mythe du vampire, en insérant aussi des écrits féminins. Si celui-ci se débarque par son aspect comédie bourgeoise, assorti d'un phénomène vampirique qui n'a rien à voir avec le sang ni l'ail, contrairement à ce que son titre indique, le problème de ce livre est qu'il ne méritait pas vraiment d'être exhumé. C'est un texte raciste, qui aurait pu être sauvé par ses qualités littéraires, mais qui ne l'est pas, à cause de ses psychologies pas très subtiles, et de son histoire finalement anecdotique. Je ne crois pas qu'un livre soit mauvais parce qu'il fait preuve de racisme. En revanche, le fait de ne pas laisser le choix au lecteur, de lui imposer ses opinions, de l'empêcher de se faire la sienne est problématique. L'usure à la lecture provient aussi des répétitions, incessantes, l'auteure fait rarement dans l'ellipse, préférant réécrire toute une explication donnée dix pages plus haut, alourdissant son récit.
    Je veux bien qu'on mette en avant des femmes, mais si c'est au prix de l'anecdotique, je ne crois pas que ce soit intéressant (même si on peut considérer cela comme une sorte de victoire ? Elle est bien amère).
  • Sula

    Sortie : juin 1992. Roman.

    Livre de Toni Morrison

    De tous les livres que j'ai lus depuis le début de l'année, celui de Toni Morrison (Sula) est l'un de ceux dont le style est le plus travaillé. Il s'agit d'un mélange fictif d'images fortes, comme on peut en voir au cinéma, avec des propos tenues par une narratrice omnisciente (elle) qui laisse entrevoir de temps à autre des opinions toutes personnelles, pour accompagner l'évolution de ses personnages. Le mélange est parfois détonnant, du genre à couper du récit le lecteur, le temps de digérer ce qu'on a lu. Il rend aussi parfaitement compte de ce que peut signifier la dureté d'une vie, à une époque, la nôtre, où elles sont quoi qu'on puisse en dire bien plus clémentes.
    Le seul souci de Sula vient de son manque de psychologie, pas forcément apparent, mais bien vite criant, notamment dans la seconde partie du livre. C'est moins problématique dans la première (peut-être parce qu'il y est question d'enfants ?), alors que les adultes ont des comportements qui s'expliquent difficilement, ce qui empêche le rapprochement. C'est ce qui donne un livre qui paradoxalement constitue un bon moment à passer, tout en n'offrant pas grand chose à creuser.
  • Le Sang noir (1935)

    Sortie : 1935. Roman.

    Livre de Louis Guilloux

    Probablement un des meilleurs livres qui existe dans la littérature française, injustement méconnu (il n'a jamais eu de grand prix, et hormis à l'époque où Guilloux faisait parler de lui, aujourd'hui, peu importe qui le cite, ça m'étonnerait que l'écho de son nom fasse lever un sourcil, même auprès de lecteurs qui lisent pas mal). Je me disais à la lecture qu'il y avait quelque chose qui me rappelait de loin Céline, et puis en faisant quelque recherches, j'ai cru comprendre que "le Sang noir" était considéré comme une réponse indirecte à "Voyage au bout de la nuit". C'est je crois un excellent exemple de fiction écrit par un homme clairement marqué à gauche, avec tout ce que ses idées peuvent apporter d'intéressant au champ de la fiction. Aussi l'un des rares livres apparemment qui décrit l'arrière et la vie qui s'y passe, au moment de la 1ère guerre mondiale.
    Il y a beaucoup de personnages à l'intérieur, tous haut en couleur : attachants, complexes, plein de défauts et de contradictions, à tel point qu'on les sent réels. Le destin possède un sens assez univoque : il ne se passe jamais ce à quoi on s'attend, donc la maîtrise des évènements est impossible. Le nationalisme primaire y est caricaturé, les attachements sentimentaux constatés à la fois avec affection et recul, sans cynisme. C'est un roman qui génère beaucoup d'émotions, on rit énormément, on est ulcéré, ou triste pour les protagonistes. Sacrée maîtrise.
  • Dracula et autres écrits vampiriques

    Sortie : . Recueil de nouvelles, littérature & linguistique et fantastique.

    Livre de Collectif, Alain Morvan, Lord Byron

    Je l'avais depuis un an environ en ma possession, je me suis lancée dedans vers la fin du confinement, en terminant l'introduction (appareil critique) sur la thématique du vampire, puis en continuant avec les romans, poèmes et nouvelles dans le corpus sélectionné. Je trouve que la place de "Le sang du vampire" est un peu grossière, même si je comprends sa sélection, puisque le principe est de donner un ensemble cohérent d'oeuvres anglo-saxonnes. Excellents choix de traductions, qui permettent notamment de mieux comprendre certaines oeuvres, comme Dracula, avec entre autres les rapports entre Van Helsing et les autres personnages, mais aussi le côté "mythe réac" du vampire. De manière générale, ce pléiade donne des clés de compréhension du roman gothique, dans lequel s'insère le roman vampirique, sans en être une sous-catégorie. Je le recommande fortement à tous ceux qui aiment le genre.
  • Dracula (1897)

    Sortie : 1897. Roman et fantastique.

    Livre de Bram Stoker

    J'ai lu une première fois Dracula à 19 ans, c'est dix ans plus tard que je le rouvre, dans une nouvelle traduction. J'avais complètement oublié en dehors de l'histoire fondatrice du mythe du vampire les qualités littéraires que Bram Stoker emploie au service de sa fiction. C'est superbement écrit, et d'autant plus singulier, quand on sait qu'il n'a jamais voyagé en Transylvanie ; on s'y croirait. Dracula reste un des meilleurs exemples de romans épistolaires, où les journaux de bord se trouvent justifier par la nécessité du vécu des personnages. Quelques scènes sexuelles sont marquantes, et je n'ose imaginer à quel point elles ont pu emballer l'esprit des lecteurs contemporains de l'auteur, entre celle où Jonathan Harker est embarqué par les trois servantes de Dracula, et celle où sa femme doit lécher le sang qui coule du torse du vampire. Je classe Dracula dans la catégorie de ces livres que l'on regrette de fermer, dont on souhaiterait qu'ils ne se terminent jamais. Et il y en a peu.
  • Carmilla (1872)

    Sortie : 1872. Roman et fantastique.

    Livre de Sheridan Le Fanu

    Le texte qui a fortement inspiré Stoker, probablement un miroir à l'homoérotisme qui suinte de Dracula (celui-ci est tout entier pétri par une tension lesbienne). Le délire du corps dont le sang gicle une fois le pieu inséré dans le coeur semble venir d'ici. C'est encore une histoire où de bons Anglais voient un, une étrangère perturber leur quotidien sans histoire, envers qui ils éprouvent soit de la fascination, soit de la répulsion. Carmilla est "attachiante", magnifique, collante, lunatique, terriblement dangereuse, une illustration à elle seule du "fatum" lié au roman gothique (on sait que c'est dangereux, mais on y va quand même).
    Je rêve d'une adaptation sérieuse au cinéma, qui s'inspirerait de ce que Coppola a lui-même fait avec Dracula.
  • Le Vampyre (1819)

    The Vampyre

    Sortie : avril 1819. Roman.

    Livre de John Polidori

    Probablement le plus dispensable des textes vampiriques, même si sa lecture est rapide, c'est l'équivalent d'une nouvelle. Si je schématise, on sent le raisonnement un peu similaire qui fait la figure vampirique : là où Stoker s'est probablement inspiré en partie de sa relation avec l'acteur Irving pour son Dracula, Polidori a lui pioché chez Byron pour son Lord Ruthven. Sauf qu'il en fait quelque chose de bien trop complaisant à mon goût, le genre d'histoire racontée par le type dans l'ombre qui passe son temps à admirer un autre, en même temps que son inconscient lui rappelle quels dangers y sont liés. C'est cet inconscient qui a sûrement donné "le vampyre".
    Le style est lourd, très lourd, plein de tournures précieuses qui déjà à l'époque devaient le rendre plat, aujourd'hui, c'est suranné. Voilà un exemple de mauvais vieillissement.
  • Les Nuits blanches (1848)

    Белые ночи (Belye Notchi)

    Sortie : 1848. Roman.

    Livre de Fiodor Dostoïevski

    Lu en prélude du film de Visconti, que je refusais d'aborder sans être d'abord passé par le (court) roman. Pas le meilleur Dostoievski, loin de là, on y trouve un certain maniérisme qu'il a ensuite délaissé pour ne garder que le meilleur de son langage. Cela dit, "Les Nuits Blanches" reste un bon récit sur la solitude, et l'ironie du destin, quand tout semble poindre dans un sens, avant de faire volte-face de manière surprenante. On y retrouve je crois un des avatars les plus récurrents de la famille des types dostoievskiens, avec cet archétype du rêveur solitaire, qui pense beaucoup, parle tout autant, seul mais pas timide, qui vit par conséquent tout de façon très forte, intense, à un point que des individus extravertis peuvent difficilement imaginer. C'est cette figure qui à titre personnel m'émeut, car elle est merveilleusement dépeinte dans ce livre.
  • Notes sur le cinématographe

    Sortie : 1975. Aphorismes & pensées et cinéma & télévision.

    Livre de Robert Bresson

    Les aphorismes de Bresson sont tout aussi intéressants que la forme dans laquelle le réalisateur les a condensés est à la limite de l'indigestion. Ce manque de fluidité conduit à en relire certains parfois quatre, cinq fois pour comprendre exactement de quoi il est question, alors que la signification est la même que celle d'un autre écrit trois pages auparavant. Heureusement, le texte est court. Sa lecture est largement dispensable, avec un résumé, on s'en sort tout aussi bien. Voici donc ce que ce livre contient : un plaidoyer pour un cinéma (qu'il appelle cinématographe, mais peu importe) qui soit un art à part entière, donc débarrassé de tout ce qui le rattache ne serait-ce que d'un cheveu aux autres arts, à savoir, le théâtre, principalement, mais aussi la peinture, et dans une moindre mesure la littérature. Le but est vraiment de se détacher du théâtre, pour proposer une expérience non basée sur les attentes d'un public imaginé, mais proche d'une certaine tendance à l'absolutisme. Je pense que ce livre a beaucoup inspiré Tarkovski, qui ne propose pas moins, dans "Le temps scellé", dans lequel il cite pas mal Bresson, de mémoire.
  • "Ma vie"

    Erinnerungen, Träume, Gedanken

    Sortie : 1961. Biographie.

    Livre de Carl Gustav Jung

    La meilleure manière d'aborder Jung à mon avis, c'est de passer par son autobiographie, rédigée en compagnie de Aniéla Jaffé. Je parle de ses théories, parce que si vous cherchez plus de détails sur sa vie, ce n'est pas ici que vous allez les trouver. A part l'enfance, rien d'intime ou rien de croustillant, je préfère prévenir. Pour ça, mieux vaut aller chercher du côté du livre écrit par Deirdre Blair, qui jette un voile bien différent sur sa vie de ce que lui a pu en dire ou de ses disciples.
    Pour tout le reste, et une introduction globale à ses concepts (archétypes, types psychologiques, mandalas et compagnie), c'est le bon endroit. Quelques chapitres sont cependant assez costauds, notamment sur la fin, il faut s'accrocher pour comprendre ce qu'il a cherché à dire.
  • Mémoires d'Hadrien (1951)

    Sortie : 1951. Roman.

    Livre de Marguerite Yourcenar

    Je l'ajouterai bien à un top plus élargi que le top 10 des livres, pour le coup que j'ai pris en le refermant, j'ai lu et relu la dernière phrase au moins cinq fois. Il y a quelques auteurs qui me font l'effet d'une grande intelligence, par laquelle je me sens écrasée quand je plonge dans leurs écrits, une sensation que j'adore et que Marguerite Yourcenar m'a procurée dans un vertige délicieux.
    Je n'ai jamais été passionnée par l'histoire, étant résolument tournée vers l'avenir, mes notions en la matière, ma culture historique est assez limitée, j'ai presque volontairement oublié ce que j'avais appris en la matière avant mes études supérieures. je voulais un roman qui soit peu exigeant après l'autobiographie que j'ai lu auparavant, et c'est tout le contraire sur quoi je suis tombée, pour mon plus grand bonheur. Marguerite Yourcenar n'a presque pas, voire même pas du tout de phrase qui sonne comme une mauvaise note. Tout son style est un mélange d'apparente facilité, de grande érudition, avec le rythme d'une fausse lettre que l'on pourrait jurer être authentique. Le tour de force de son récit est ce mélange de rudesse des moeurs romaines, impressionnantes pour les âmes sensibles comme les miennes, avec les questionnements intemporels, et donc universels, que chaque homme se pose à un stade de sa vie. Le genre de livres qui donne envie de méditer chaque proposition, chaque avis donné par son personnage principal, de le comparer à l'aune de sa propre existence. Rarement une lecture m'a donné autant de plaisir.
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