Ayako Wakao : la jeune fille et la mort

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par homdepaille

Ayako Wakao est un choc rare comme le cinéma en procure de temps en temps pour se faire adorer. Une beauté évidente et largement érotisée par les réalisateurs mais surtout une actrice qui fascine par une voix singulière et profonde et par son jeu. Minimaliste, chaque légère variation de geste et de ton se distingue. Ses mouvements marquent souvent de très légères hésitations (la gestuelle de ses mains dans Seisaku). Pour Confession d'une épouse elle explique qu'à la scène de son arrivée trempée sur le lieu de travail de son amant, le très léger mouvement de recul du pied à la fin d'un panoramique descendant provenait de son "sentiment que la caméra était l'équivalent des regards masculins et que le geste naturel était de dissimuler ses chaussettes sales."* En dépassant les premiers rôles de jeunes filles modernes, elle joua de plus en plus de sa voix profonde : à contre-pied de la voix aigüe et érotique au Japon, prenant des pauses, la voix s'étouffant légèrement en pleine phrase et des mouvements de regards étudiés sans faire factice.

De plus, sa gloire coïncide avec une période particulièrement attachante du cinéma japonais. L'actrice débute en 1951 au studio Daiei pour lequel elle travaille jusqu'à sa fermeture en 1971.
Durant la première décennie, l'âge d'or du studio, et après le succès populaire de Manuel sexuel pour jeunes filles, Ayako Wakao tourne énormément. Dont des mélodrames avec de grands réalisateurs : Mizoguchi (Les Musiciens de Gion et La Rue de la honte), Ozu (Herbes flottantes), Ichikawa et d'autres.
Avec la diminution phénoménale des entrées de cinéma (quasiment divisées par 10 de 1958 à 1970), la décennie suivante marque la déchéance des studios. Espérant ramener le spectateur en salle par des films de plus en plus décadents de sexe et de violence, les rôles de jeune fille (bien que déjà souvent ambigües) d'Ayako Wakao laissent place à des personnages de femme fatale hors norme et incarnation parfaite de la femme Tanizaki-enne dans l'adaptation des romans de ce dernier (Journal d'un vieux fou, Tatouage, Passion).

Amour particulier pour les mélodrames de Masumura aux rôles de femmes qui tentent de s'affirmer face à la société mais dont l'échec les enferme dans la passion destructrice. https://www.senscritique.com/liste/Yasuzo_Masumura_le_geant_et_ses_jouets/2695172
Elle a souvent été éclairée par le grand Kazuo Miyagawa, collègue à la Daei https://www.senscritique.com/liste/Kazuo_Miyagawa_directeur_de_la_photographie/2869760

Interview dans Positif n°369; Kinema jumpo n° 1690 : photos, 2 interviews d'époque et une récente (et affligeante), analyse de son courrier de fan de 1956; n°1733 : les femmes de Mizoguchi et Masumura.
*Interview dans Masumura Yasuzo Retrospective catalogue
Livres : analyse https://www.senscritique.com/livre/Joyu_Wakao_Ayako/44607157 autobio/interview https://www.senscritique.com/livre/Ayako_Wakao/44607127 photos https://www.senscritique.com/livre/Photographs_of_Ayako_Wakao/42534753
Un article : https://eprints.soas.ac.uk/25716/1/gonzalez-wakao-ayako-and-the-post-war-japanese-studio-system-2014.pdf
Une chanson idiote à sa gloire par un groupe de rock espagnol https://youtu.be/BIwWZaSHs60
Des compilations de son jeu pour des festivals :
https://youtu.be/XAMaL9Irft8 (la vidéo s'ouvre sur sa voix)
https://youtu.be/R7QvoxNxJdw
https://youtu.be/z8RtTAg-tTE

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    La Femme de Seisaku (1965)

    Seisaku no tsuma

    1 h 33 min. Sortie : . Drame.

    Film de Yasuzō Masumura avec Ayako Wakao, Takahiro Tamura, Nobuo Chiba

    Un personnage que Wakao interprète fréquemment pour Masumura, à la sexualité affirmée mais qui échouerai à atteindre son indépendance. Elle joue une femme trop moderne pour son époque et qui mise à l'écart de la société s'enferme dans la passion, fatalité de la tragédienne à l'opposé de sa nature première d'auto-déterminisme.
    Rejetée, son geste de théâtre grec a un triple effet : conserver à tout prix son acquis, priver le village méprisant de sa fierté, tout en "ouvrant les yeux" de son mari sur sa condition d'objet.

    "Je ne fais aucun gros plan" assurait Masumura aux Cahiers du cinéma en 1969 (n°224).
    Mensonge forcément ! ai-je pensé. Eh bien non, le visage de l'actrice imprime la pellicule et la rétine sans artifice forcé. Dans le plan le parfait ovale blanc de son visage aspire le regard où qu'il soit. Sa douleur constante nous arrache le cœur comme son seul sourire, au moment clef de son premier moment d'amour, ferait fondre le mont Blanc.
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    Tatouage (1966)

    Irezumi

    1 h 26 min. Sortie : . Drame.

    Film de Yasuzō Masumura avec Ayako Wakao, Akio Hasegawa, Gaku Yamamoto

    Un rôle qu'elle dira plus tard "Ne pas avoir compris" (interview dans un Kinema junpo de 1966), en 2015 elle se dit insatisfaite sur plusieurs scènes (Ayako Wakao, 2015).

    En tout cas, c'est pour moi une de ses plus incroyables prestations. Masumura sublime l'érotisme des écrits Tanizaki et Wakao y devient la femme fatale ultime.
    Dès son apparition en fille de bonne famille, sa voix si singulière ne laisse pas de doute sur qui domine entre son amant falot et elle. Cette voix autoritaire écrase tout le monde quelle que soit sa situation. D'abord dubitatif, l'abandon de son kimono sombre et serré pour de riches vêtements qui semblent entassés sur elle et sa coiffure impeccable devenue négligée m'a semblé une évidence à la revoyure.
    Loin du revenge movie classique, l'interprétation détachée d'Ayako Wakao, aux traits plus épais que d'habitude tout d'un bloc en ogresse masochiste, déstabilise et incarne parfaitement ce personnage de femme vendue et prostituée qui se complaît dans sa situation de luxure.
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    Confessions d'une épouse (1961)

    Tsuma wa kokuhaku suru

    1 h 31 min. Sortie : . Drame.

    Film de Yasuzō Masumura avec Ayako Wakao, Hiroshi Kawaguchi, Eitarô Ozawa

    Confessions marque le début d'un travail d'actrice extrêmement étudié. Face à la société qui l'accuse, son personnage hésite entre rébellion instinctive et retenue inculquée. Le rythme de Wakao varie donc beaucoup dans une même scène. Les émotions aussi, soulagée et implorante dans un même plan, riant et pleurant à la fois face à l'avenir incertain. Elle est constamment en rupture de ton et elle déclare qu'il s'agit de la première fois qu'elle proposait de jouer des scènes différemment des indications du scénario.
    Les deux dernières scènes sont parmi mes interprétations préférées du cinéma : https://youtu.be/tZOYJajuw0A apparition fantomatique et la scène suivant cet extrait sont d'une force incroyable.
    Pour la gestuelle, elle explique par exemple qu'à la scène de son arrivée trempée sur le lieu de travail de son amant, le très léger mouvement de recul du pied à la fin d'un panoramique descendant provenait de son "sentiment que la caméra était l'équivalent des regards masculins et que le geste naturel était de dissimuler ses chaussettes sales."

    C'est sur ce film qu'elle travaille sa nouvelle voix. La rendant encore plus gutturale, étouffée et surtout très hésitante s'arrêtant au milieu de phrases (un peu comme elle fait avec son regard aux mouvements calculés). Et avec Masumura une attention particulière est portée à son travail sur la voix dans les films suivant 1961.
  • L'Ange rouge (1966)

    Akai tenshi

    1 h 35 min. Sortie : . Drame et guerre.

    Film de Yasuzō Masumura avec Ayako Wakao, Shinsuke Ashida, Yûsuke Kawazu

    Pour moi le déclin de l'actrice. Elle paraît un peu froide dans ce mélodrame et ça n'ira pas en s'améliorant avec la dégradation des relations entre elle et Masumura. "Cela faisait longtemps que je travaillais avec Masumura, et je lui opposais un peu plus de résistance qu'au début" (Positif n°369). Le réalisateur parle de caprice de star dans les Cahiers du cinéma n°224.
    Peut-être aussi est-elle trop âgée pour jouer un personnage de 20 ans.

    Elle joue encore formidablement par moment comme dans cette scène où elle se vend à un chirurgien pour transfuser (sans chance de succès) son violeur, apeurée que ce dernier ne la pense revancharde : https://youtu.be/47jfjdneuEQ
    Placements, regards, anticipation sur son partenaire etc
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    Passion (1964)

    Manji

    1 h 30 min. Sortie : . Drame.

    Film de Yasuzō Masumura avec Ayako Wakao, Kyôko Kishida, Eiji Funakoshi

    De l'excellente base de Tanizaki, Masumura et Shindō tirent un film déplaisant au 1er abord car verbeux et à l'interprétation affectée de Wakao. Cette dernière déstabilise (encore) et pourtant colle parfaitement à ce personnage de séductrice/manipulatrice.
    Seconde vision fantastique évidemment, en comprenant mieux son personnage le jeu très appuyé de Wakao devient parfait. Alternant moue, sourire peu naturel, fausse crise de larmes... La jeune femme manipule le monde entier à des fins si prétextes qu'on la soupçonne de seulement chercher à satisfaire sa vanité en déclenchant une passion dévorante chez tous ceux qu'elle croise, hommes comme femmes. Elle devient presque gourou d'une secte vouée à la vénération de son corps en forçant ses victimes à se soumettre par la drogue et à s'entredévorer dans une passion vampirique. Elle garde aussi quelques subtilités, comme son regard toujours très significatif, balayant l'écran, rapide et surpris, lent et calculé, fuyant ou plongé dans les yeux de son interlocuteur, ou encore étouffé sous les battements de cils, comme un trait plus sincère et mal assuré de son caractère.
    Dans la morgue du film aux couleurs, des décors aux vêtements, ternes où seule ressort la peau de Wakao divinité toc mais étincelante, les esclaves pleurnichards et faibles insupportent vite et on peut trouver du plaisir à suivre ce gourou démoniaque et hédoniste.

    Je ne sais pas si c'est significatif, s'il faut y croire ou voir un aveuglement des personnages, mais le portrait de Kannon ne ressemble en rien à Wakao. Deux ans plus tard, la même équipe refait le coup du portrait "similaire uniquement en louchant" dans Tatouage.
  • Les Musiciens de Gion (1953)

    Gion bayashi

    1 h 25 min. Sortie : . Drame.

    Film de Kenji Mizoguchi avec Ayako Wakao, Seizaburô Kawazu, Haruo Tanaka

    Incroyable de justesse dès ses débuts.
    Mizoguchi, dont la méthode était de pousser ses collaborateurs à bout et pour les acteurs de ne pas vraiment leur donner d'indications mais plutôt d'attendre que cela lui convienne, n'a pas été difficile avec Wakao qu'il appelait "La petite fille" et a laissé jouer sans trouver à redire.
    https://youtu.be/r0R0zYtlyF0?t=6477 et Kinema Junpo n°1733.

    Eiko est probablement l'un des personnages du ciné japonais sur lequel il a été écrit le plus de choses.
  • Le Faux étudiant (1960)

    Nise daigakusei

    1 h 34 min. Sortie : . Comédie dramatique.

    Film de Yasuzô Masumura avec Ayako Wakao, Jerry Fujio, Jun Fujimaki

    Vu dans une qualité exécrable. Wakao est le compas moral de cette histoire de torture parmi les étudiants militants.
    Sans distinguer ses traits, son jeu se devine formidable comme toujours. Sans déconner hein, rien que la voix...
  • Bande-annonce

    La Rue de la honte (1956)

    Akasen Chitai

    1 h 27 min. Sortie : . Drame.

    Film de Kenji Mizoguchi avec Machiko Kyô, Ayako Wakao, Michiyo Kogure

    Un tournage moins facile que Les Musiciens de Gion.
    https://youtu.be/r0R0zYtlyF0?t=7535
    Dans Positif n°369 et Kinema Junpo n°1733, l'actrice déclare que Mizoguchi n'était pas satisfait de son interprétation, l'envoyant en stage d'observation dans des maisons closes, la dénigrant et chargeant l'assistant-réalisateur (Masumura qu'elle rencontre ici) de "surveiller la petite fille". Elle ajoute aussi que le directeur de la photo, Kazuo Miyagawa, l'aida beaucoup à durcir son visage au maquillage.
    Étonnant rôle de femme fatale si tôt dans sa carrière. Wakao alterne entre joyeuses mimiques efficaces pour charmer les hommes et face sombre et méprisante face à ceux qu'elle a ruiné. On est à une période où son jeu n'est pas extrêmement étudié comme il le sera dans les années 60, et effectivement elle est plus convaincante en enjôleuse fraîche qu'en soutireuse diabolique.
  • Bande-annonce

    Herbes flottantes (1959)

    Ukikusa

    1 h 59 min. Sortie : . Drame.

    Film de Yasujirō Ozu avec Ganjirô Nakamura, Machiko Kyô, Ayako Wakao

    Un de ses derniers rôles de jeune fille avant la transition plus mature des années 60. Pas encore femme fatale, car trop jeune et douce, elle est tout de même enjôleuse et a une mentalité de profiteuse. Il est sous-entendu qu'elle utilise ses charmes pour de l'argent. Danseuse de théâtre, elle se met tout sourire au travail quand sa protectrice lui demande de séduire un jeune homme contre un billet.
    Wakao donne d'ailleurs un certain naturel à ses sourires alors que chez d'autres acteurs d'Ozu ceux-ci sont souvent crispés ou niais.
  • Jeune fille sous le ciel bleu (1957)

    Aozora musume

    1 h 29 min. Sortie : . Comédie dramatique.

    Film de Yasuzō Masumura avec Ayako Wakao, Kenji Sugawara, Keizô Kawasaki

    Son rôle le plus exubérant que j'ai vu en jeune fille pleine de vitalité loin des innocentes rapidement désabusées de ses débuts ou des femmes fatales et manipulatrices à venir. "Yoshio Shirasaka, scénariste, m'a dit "D'aller vite" et j'ai dû dire mon texte à une vitesse très élevée. Je ne pouvais pas y mettre d'émotion, c'était très difficile" (Kinema Jumpo n°1733).
    Masumura trouvant le scénario ridicule, mais n'osant pas couper comme il l'a fait pour son 1er film mal reçu, se concentre sur le portrait de cette jeune fille. Le personnage, original, décidé et indépendant est à l'opposé des femmes de mélodrames sacrificiels habituels. Elle a ainsi fait parti de la "nouvelle vague de studio" centrée sur la jeunesse.
  • Bande-annonce

    Women Are Born Twice (1961)

    Onna wa nido umareru

    1 h 39 min. Sortie : . Drame.

    Film de Yûzô Kawashima avec Ayako Wakao, Sô Yamamura, Jun Fujimaki

    Un véhicule à la gloire de la star. Elle fait le job parfaitement dans son rôle de femme seule, ostracisée par sa condition puis ses choix.
    Bon... je suis client forcément. En plus c'est réalisé par Kawashima, pas manchot même si ses tics de mises en scènes sont très rébarbatifs, principalement la symbolique de l'enferment par des barreaux ou le surcadrage trop présents aussi dans La Bête élégante. Une maîtrise qu'on retrouve un peu trop dans l'interprétation.
  • La Bête élégante (1962)

    Shitoyakana kedamono

    1 h 36 min. Sortie : 1962. Comédie et drame.

    Film de Yûzô Kawashima avec Ayako Wakao, Yûnosuke Itô, Hisano Yamaoka

    Rôle de femme avide (aussi une habitude) de monter les échelons sociaux dans ce nouveau Japon ultra-capitaliste.
    Symbolique vieillotte de l'escalier mais s'il fallait ça pour voir Ayako Wakao en contre-plongée et robe moulante, alors vive les escaliers !
  • Le Journal d'un vieux fou (1962)

    Fûten Rôjin nikki

    1 h 38 min. Sortie : . Comédie dramatique.

    Film de Keigo Kimura avec Sô Yamamura, Ayako Wakao, Keizô Kawasaki

    Presque un autre versant de son personnage de La Bête élégante, visage public de la femme vénale quand Le Journal d'un vieux fou serait celui de l'intime. Son insouciance dans sa façon de jouer la manipulatrice sans un air de calculatrice donne à ses personnages Tanizakien la nuance nécessaire. Dans ses rôles les plus troubles un intéressant vice naturel et enjoué se dégage d'elle.
    Malheureusement le parti ici de s'éloigner du point du vue du papy gâteux pour une fausse neutralité, en fait une empathie pour la belle-fille, ramollit l'histoire. On s'ennuie avec elle lorsque le vieux fou tripote son corps alors que le roman nous plongeait dans l'excitation d'un égoïste impotent. Sentiment déplaisant soit, mais plus fort et préférable à cette distance.
    Keigo Kimura n'est donc pas Masumura et cela se ressent dès la première utilisation de doublure peu crédible. Deux plans, le bas du corps ou la tête, soulignant la séparation bien distincte là où Masumura détourne l'attention de la substitution de l'actrice par de nombreux gros plans du corps érotisé.
  • Le Mari était là (1964)

    Otto ga mita 'Onna no kobako' yori

    1 h 33 min. Sortie : . Drame.

    Film de Yasuzō Masumura avec Ayako Wakao, Jirô Tamiya, Keizō Kawasaki

    Conjonction des deux obsessions du début des années 60 du cinéma de Masumura. D'une part l'homme qui s'écrase face à la grandeur de "l'entreprise". De l'autre l'épouse qui tente de s'affirmer tant bien que mal.

    Deux femmes ici.
    Wakao, l'épouse malmenée par un mari dévoué à son entreprise et prêt à la vendre pour garder son poste, cherche (en vain) son bonheur dans l'émancipation. À l'opposé, une prostituée, vendue depuis des années par son compagnon, s'attache tragiquement à celui-ci. Les deux sont impeccables, avec beaucoup de belles scènes dont une d'amour pour Wakao très sensuelle.
    L'actrice joue quasiment uniquement avec ses yeux expressifs, le reste du visage réservé. Bonne incarnation de la femme au foyer, mais ce qui la rend formidable c'est quand dans d'autres Masumura elle interprète ces deux facettes de madone et de putain, de calme mal assuré et de tragédienne expansive en une seule personne plus complexe.

    C'est le premier à autant pousser le côté sensuel, avec plusieurs plans de nus. Étonnant de voir que les doublures corps utilisées soient ventripotentes plutôt que des mannequins élancés.
  • Firefly Light (1958)

    Hotarubi

    2 h 03 min. Sortie : . Drame et romance.

    Film de Heinosuke Gosho avec Chikage Awashima, Junzaburô Ban, Ayako Wakao

    Escapade hors de la Daiei pour tourner à la Shochiku. Ce qui signifie probablement que Wakao est devenue un nom sur lequel il est rentable de miser, car pour écarter un acteur de son contrat d'exclusivité avec un studio il fallait généralement payer une somme conséquente.
    Un rôle dans la lignée des Musiciens de Gion pour l'actrice qui joue une jeune fille réservée et intimidable avant de dévoiler une véritable volonté de fer.
  • Le Fils de famille (1960)

    Bonchi

    1 h 45 min. Sortie : . Drame.

    Film de Kon Ichikawa avec Raizô Ichikawa, Tamao Nakamura, Mitsuko Kusabue

    À 27 ans, âge et moment charnière de sa carrière, elle est crédible en étudiante comme en femme fatale. Ce qui sert ce film se déroulant sur près de 20 ans et le rôle de toute jeune geisha charmeuse et vénale au visage poupin, puis de mère célibataire bien décidée à retourner à son amusant travail de jeunesse malgré l'argent soutiré avec ses yeux doux au fils du titre. L'éclairage du grand Kazuo Miyagawa qui l'aida déjà à sembler plus mûre dans La Rue de la honte y est sûrement pour quelque chose.

    2d rôle de concubine parmi d'autres donc mais avec les scènes les plus lumineuses d'un film terne probablement pour accompagner sa fraîcheur comparé aux autres personnages. Wakao apparaît en très jeune fille joyeuse et exhibant fièrement comme un enfant ses bijoux, puis en femme assurée et enfin en mère venant quémander humblement pendant la guerre avant de révéler son visage de jouisseuse dans une ultime scène où elle prend le bain avec d'autres concubines.
  • One Day at Summer's End (1968)

    Nureta futari

    1 h 22 min. Sortie : . Drame.

    Film de Yasuzô Masumura avec Ayako Wakao, Kinya Kitaôji, Etsushi Takahashi

    Une femme délaissée par son mari se jette dans les bras d'un jeune enragé. Un rôle dans lequel Wakao (35 ans) se fond avec aisance. En tout cas plus que dans ses derniers rôles de jeune fille ou de bourgeoise corsetée. Ce pourrait être l'évolution des jeunes femmes aux mœurs plus libres que Wakao interprétait à la fin des années 50.
    Ses habits font le moine. Elle change ses robes légères pour mettre un kimono et se coiffe avec le chignon traditionnel quand elle veut résister à la tentation, et se parfume et s'habille (pour les retirer assez vite) à l'occidentale pour séduire.

    Ici encore, la pression de l'opinion extérieure combat ce désir d'émancipation. Étonnamment ce n'est pas elle, trentenaire assurée, qui vacille mais le jeune homme finalement pas si rebelle et enragé. La pression se fait si forte que même l'ancienne servante et hôtesse de la bourgeoise lui fait la leçon, se permettant d'inverser le rapport de classe, persuadée de son bon droit moral.
    Beaucoup de belles scènes. La symbolique limitée de l'enfermement par le surcadrage est ici très dynamique et se multiplie/modifie au fur et à mesure de l'évolution d'une scène. Masumura oblige, l'alternance de plans entre l'actrice et sa doublure nue est astucieuse se servant de cheveux mouillés à essorer pour masquer le visage, de positionnement de vêtement... Et une parade nuptiale marquante où le motard fait des cercles en faisant vrombir son moteur autour de la femme prête à repartir avec son mari.
  • Démangeaisons (1962)

    Tadare

    1 h 28 min. Sortie : . Drame et romance.

    Film de Yasuzô Masumura avec Ayako Wakao, Jirô Tamiya, Yaeko Mizutani (2)

    Une fille pauvre (ancienne geisha ?) met le grappin sur un homme à bonne situation qui divorce pour elle. Seulement, elle devra se battre pour le conserver quand sa jeune cousine (nièce ? beaucoup de points d'interrogations car pas de sous-titres) frustrée se réfugie chez elle.

    Les combats pour la possession d'un mâle entre trois femmes qui sont toutes d'un autre temps correspondent bien à Masumura et ses personnages de tragédiennes en décalage, c'est surtout un écrin pour Wakao. L'actrice joue de la façon la plus classique que j'ai pu voir. Servie par des premiers plans où elle regarde au loin, vers un paradis qu'elle n'atteint pas, elle exprime longuement et ouvertement des sentiments et une palette de jeu (comme dit vulgairement) qu'habituellement elle intériorise. Forcément moins original mais adapté à un rôle plus franc.
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    Le Temple de l'Oie sauvage (1962)

    Gan no tera

    1 h 38 min. Sortie : . Romance et drame.

    Film de Yûzô Kawashima avec Ayako Wakao, Ganjirô Nakamura, Kuniichi Takami

    Quand elle n'est pas la manipulatrice accomplie façon personnage de Tanizaki, une version atténuée qui revient souvent est un mix entre la geisha et la femme au foyer (le fantasme croisé de la prostituée et de la Madone globalement). L'originalité ici est qu'elle joue la protégée d'un prêtre.
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    Niigata Bamboo Doll (1963)

    Echizen take-ningyo

    1 h 43 min. Sortie : . Drame et romance.

    Film de Kōzaburō Yoshimura avec Ayako Wakao, Junichiro Yamashita, Tamao Nakamura

    Wakao est dans un terrain qu'elle maîtrise, entre la geisha et l'épouse traditionnelle. Elle s'investie dans ce rôle et comme dit en préambule, chaque infime hésitation dans un geste en dit long et la voix porte toute l'émotion du monde dans d'infimes variations de ton.
    Le film n'est malheureusement pas à la hauteur. Drame sans surprise, la réalisation fluctue entre symbolisme lourdingue et une oralisation superflue qui souligne les symboles. C'est tout de même plaisant de la voir, au pic de sa beauté, éclairée par ce génie de Miyagawa.
  • Nuée d'oiseaux blancs (1969)

    Senba zuru

    1 h 36 min. Sortie : . Drame et romance.

    Film de Yasuzô Masumura avec Ayako Wakao, Machiko Kyô, Mikijiro Hira

    Ayako Wakao ressemble de façon troublante à la description du roman de la veuve tourmentée par sa sexualité libre, du "cou souple et délicat, la nuque longue" au "nez menu et la bouche petite en comparaison avec les yeux" jusqu'à la troublante "lèvre inférieure légèrement débordante, qui esquisse comme une moue quand elle parle". Son interprétation rappelle (en un peu moins réussie) celle de Confession d'une épouse, 7 ans plus tôt. Une femme amoureuse et tourmentée par l'idée de pêché, dont on doute de la sincérité.
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    Beauté coupable (1959)

    Bibô ni tsumi ari

    1 h 27 min. Sortie : . Drame et romance.

    Film de Yasuzō Masumura avec Ayako Wakao, Fujiko Yamamoto, Hiroshi Kawaguchi

    Fin années 50 et thématique de l'exode rural similaire à Jeune fille sous un ciel bleu (aussi de Masumura). Une opposition tradition et modernité (danse traditionnelle et contemporaine se suivent, abandon de la maison familiale, libération sexuelle etc) nuancée de questions sur la surproduction, surpopulation et mondialisation.
    Plutôt que la naïve bousculée par les mesquineries urbaines de Jeune fille sous un ciel bleu, Wakao incarne ici la femme contemporaine en diable. Les autres sont soit traditionnels, soit tiraillés entre-deux. Partie de la ferme familiale pour travailler comme hôtesse de l'air à Tokyo, sexuellement libérée, elle laisse derrière le jeune horticulteur à qui elle demandait beaucoup d'attention (tout en restant charmante et naturelle, le tournant femme-fatale vient plus tard).
  • La chambre des exécutions (1956)

    Shokei no heya

    1 h 36 min. Sortie : . Drame.

    Film de Kon Ichikawa avec Teruko Kishi, Seiji Miyaguchi, Keizô Kawasaki

    2d rôle, et le plus beau vu que le personnage de Hiroshi Kawaguchi est antipathique. Elle joue une étudiante intelligente. Incarnation trop parfaite pour le jeune homme frustré et agressif, qui pour se venger la drogue et la viole. Dans un final passant par toutes les émotions, ce sera au tour de l'étudiante de se venger de ce garçon qui en plus de l'avoir violée refuse de l'aimer.
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    La Femme du docteur Hanaoka (1967)

    Hanaoka Seishû no tsuma

    1 h 39 min. Sortie : . Drame et historique.

    Film de Yasuzō Masumura avec Raizô Ichikawa, Ayako Wakao, Hideko Takamine

    Après L'Ange rouge et bien que faisant des efforts pour dissocier son jeu en fonction de l'avancée de l'âge de son personnage, Wakao 33-34 ans peine à convaincre en jeune fille ce qui n'aide pas à rentrer dans le film.

    Alors que son jeu demandait l'ambiguïté de ses meilleures prestations chez Masumura, je regrette qu'elle n'ai pas été capable d'amener plus loin son personnage en compétition avec sa belle-mère dans un triangle amoureux pervers. Pareil pour la réalisation de Masumura (et le scénario de Shindo), malgré les promesses de bousculer le biopic pontifiant celui-ci retombe vite sur ses pieds pour suivre le chemin du mélo sacrificiel.

    La dynamique du duo s'enraille et la difficulté que j'ai à trouver leurs collaborations suivantes me laisse penser que ça ne s'est pas amélioré miraculeusement pour d'ultimes grands films.
  • La Vengeance d'un acteur (1963)

    Yukinojo Henge

    1 h 53 min. Sortie : . Drame.

    Film de Kon Ichikawa avec Kazuo Hasegawa, Fujiko Yamamoto, Ayako Wakao

    2d rôle de concubine du seigneur local (voire le shogun ? la mémoire me fait défaut) mais passionnément amoureuse d'un vieux danseur de kabuki efféminé. Lascive dans sa prison dorée, elle a quelques apparitions marquantes. En introduction, émue aux larmes au théâtre ; puis plus tard, surgissant couteau à la main dans la brume, prête à affronter la menace.
  • Testaments de femmes (1960)

    Jokyo

    1 h 40 min. Sortie : . Drame, romance et sketches.

    Film de Yasuzō Masumura, Kon Ichikawa et Kōzaburō Yoshimura avec Ayako Wakao, Chieko Murata (1), Hiroshi Kawaguchi

    Premier des trois sketchs, celui de de Masumura, en danseuse vénale adepte de la morsure vampirique. Peut-être le patient 0 de sa transformation.
  • Le Gars des vents froids (1960)

    Karakkaze yarô

    1 h 36 min. Sortie : . Drame et action.

    Film de Yasuzō Masumura avec Yukio Mishima, Ayako Wakao, Keizô Kawasaki

    Second rôle plutôt dans sa veine minimaliste fait de petits gestes signifiants et peu appuyés. C'est un de ses bons rôles, rien à dire dessus Mishima est le centre du spectacle et son mauvais jeu gâche un peu l'idée du scénario où le personnage de Wakao devrait prendre l'ascendant dans leur couple.
  • Bande-annonce

    L'Homme qui ne vécut que pour aimer (1961)

    Koshoku ichidai otoko

    1 h 32 min. Sortie : . Historique et comédie dramatique.

    Film de Yasuzō Masumura avec Raizô Ichikawa, Ayako Wakao, Tamao Nakamura

    Second rôle féminin parmi tant d'autres pour ce film centré sur un séducteur, sans conteste la meilleure par sa vigueur.
  • L'Oie sauvage (1966)

    Gan

    1 h 27 min. Sortie : .

    Film de Kazuo Ikehiro avec Ayako Wakao, Gaku Yamamoto, Eitarô Ozawa

    D'une décennie à l'autre le jeu d'acteur a beaucoup évolué (sous l'influence de Masumura au Japon).
    13 ans après une 1ère adaptation, cette version joue moins sur l'expressionnisme de la réalisation et plus sur un jeu très émotif en contraste avec celui plus réservé de Hideko Takamine en1953. Wakao au bord des larmes en introduction, puis craintive et dégoûtée au contact de son entreteneur. Elle le fait bien, mais c'est la période où je commence à la trouver un peu automatique dans ses gestes et expressions qui reviennent dès qu'elle n'est plus face à un bon réalisateur. Trop belle pour le rôle, il faut accepter que Wakao se résigne à prendre le plus minable des partis.

    Plus court de 20min le film cède au star-système, centré uniquement sur Wakao il ne raconte plus grand chose, sacrifiant la les scènes avec son propriétaire à peine entrevu. L'épouse légitime et les servantes sont très propres sur elles alors que le film de 53 en profitait pour faire des portraits de femmes populaires.
  • La Légende de Zatoichi : Zatoichi contre Yojimbo (1970)

    Zatōichi to Yōjinbō

    1 h 19 min. Sortie : . Drame, action et aventure.

    Film de Kihachi Okamoto avec Shintarô Katsu, Ayako Wakao, Osamu Takizawa

    Rôle banal de prostituée que Wakao interprète soigneusement au côté de Mifune.
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