Batifolages littéraires 2019-2020

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70 livres

par Kavarma

Petit défi entre amis, pour s'élever et s'imposer de lire plus qu'on n'eût fait autrement.
Troisième édition, objectif 70, du 01.09.2019 au 31.12.2020.

Contrainte : minimum 35 d'auteurs décédés.

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  • 1

    Anna Karénine (1877)

    Anna Karenina

    Sortie : 1877. Roman.

    Livre de Léon Tolstoï

    Le 14 septembre
    Imposé lors du défi précédent, je me décidai à commencer le nouveau en beauté, et je suis pas déçu. Merci à @Astrid . !

    « Un instant ! Tu parles d’aristocratie. Veux-tu me dire en quoi consiste celle de Vronski ou de n’importe quel autre et en quoi elle autorise le mépris que l’on a eu pour moi. Tu le considères comme un aristocrate. Je ne suis pas de cet avis. Un homme dont le père s’est poussé par de sales intrigues et dont la mère a eu je ne sais combien d’aventures... Non, merci. J’appelle aristocrates les gens qui, comme moi, peuvent se revendiquer de trois ou quatre générations d’honnêtes gens, instruits, cultivés (je ne parle pas des dons de l’esprit, c’est une autre affaire), qui, n’ayant jamais eu besoin de personne, ne se sont jamais abaissés devant qui que ce soit. Tels furent mon père et mon grand-père. Et je connais beaucoup de familles semblables. Tu fais cadeau de trente mille roubles à un Riabinine et tu trouves mesquin que je compte les arbres de mes bois ; mais tu te verras un jour confier quelque ferme du gouvernement et je ne sais quoi encore, ce que je n’obtiendrai jamais. Voilà pourquoi je ménage le bien que m’a laissé mon père et celui que je me suis acquis par mon travail... C’est nous qui sommes les aristocrates et non pas ceux qui vivent aux crochets des puissants de ce monde et qui se laissent acheter pour pas grand-chose. » Levine à Oblonski
  • 2

    Regain (1930)

    Sortie : 1930. Roman.

    Livre de Jean Giono

    Le 24 septembre
    « - Fille...
    C’est tant de choses qu’il y a à dire que mieux vaut dire : « Fille », puis rester là. Et tout ce qui est encore à dire, on le laisse dans le chaud du cœur où c’est sa place. »
  • 3

    Le Soleil et l'Acier (1968)

    Sun and Steel

    Sortie : 1968. Essai et autobiographie & mémoires.

    Livre de Yukio Mishima

    Le 23 octobre
    Mon premier Mishima, et probablement pas le plus facile. Extrêmement court, ce petit "essai" en forme de testament, empruntant beaucoup au bushidō des samouraïs, est pourtant assez obscur au début, mais en s'accrochant un peu on saisit ce qu'il veut nous dire. Le titre renvoie aux deux professeurs de l'homme, c'est-à-dire les éléments par lesquels il s'élève et se comprend. Il y a à la fois une philosophie de la vitalité et une esthétique de la mort ; ça peut sembler paradoxal mais il faut remarquer que ça n'est pas une esthétique morbide, et ça fait toute la différence. La mort est vue comme une épreuve, la dernière en fait que l'homme affrontera, et ce dernier se doit d'être au meilleur de sa potentialité pour offrir à la mort ce qu'elle mérite.
    Très intéressante vision, et qui m'ouvre à la future lecture de ses romans.

    « Le train-train de la vie bourgeoise ne comportait aucune force assez astreignante pour vous traîner sous la bruine glacée sans même un parapluie. »
  • 4

    Les Belles Endormies (1961)

    Nemureru Bijo

    Sortie : 1961. Roman.

    Livre de Yasunari Kawabata

    Le 25 octobre
    « L’univers le plus inhumain devient humain par la force de l’habitude. Mille dépravations sont cachées dans les ombres de ce monde. »
  • 5

    La Leçon (1951)

    Sortie : 1951. Théâtre.

    Livre de Eugène Ionesco

    Le 27 octobre
    Déjà lue au lycée et puis encore après, mais je pouvais pas résister.

    « - Vous savez bien compter ? Jusqu’à combien savez-vous compter ?
    - Je puis compter... à l’infini.
    - Cela n’est pas possible, mademoiselle.
    - Alors, mettons jusqu’à seize.
    - Cela suffit. Il faut savoir se limiter. »
  • 6

    Les Mamelles de Tirésias (1917)

    Sortie : juin 1917. Théâtre.

    Livre de Guillaume Apollinaire

    Le 27 octobre
    Bon. Je m'y attendais à vrai dire, mais cette pièce n'a aucun sens. Enfin si, on comprend où Apollinaire veut en venir (et ça me parle comme message), mais au niveau de la forme, c'est nul. Ce qui était voulu, je sais, mais vouloir faire une chose mauvaise pour pouvoir montrer une chose mauvaise, ça n'excuse rien. C'est ça le problème du surréalisme : ça revendique des trucs, de faire "table rase" des choses (même si la pièce est écrite en vers [libres, mais vers quand même]), ça bouleverse les codes mais ça ne propose rien à la place, et leur "révolution" ressemble à celle d'un étudiant attardé et hirsute, qui gueule pour gueuler. On se rend compte qu'il y a plus de sens (et de rire !) dans le théâtre de l'absurde que chez les surréalistes, c'est quand même le comble.
    Je m'y attendais, donc, mais espérais rire un bon coup, parce que mine de rien j'aime l'absurde, Ionesco et Beckett par exemple. Verdict : j'ai soufflé du nez une fois, peut-être.
  • 7

    Les Choses (1965)

    Sortie : 1965. Roman.

    Livre de Georges Perec

    Le 28 octobre
    « Où étaient les dangers ? Où étaient les menaces ? Des millions d’hommes, jadis, se sont battus, et même se battent encore, pour du pain. Jérôme et Sylvie ne croyaient guère que l’on pût se battre pour des divans Chesterfield. Mais c’eût été pourtant le mot d’ordre qui les aurait le plus facilement mobilisés. »
  • 8

    La Tour de Nesle (1832)

    Sortie : 1832. Théâtre.

    Livre de Alexandre Dumas

    Le 29 octobre
    Du drame, du sang, des histoires de coucheries royales, de l'inceste (ou peu s'en faut), des épées, un héros rusé, couillu et intelligent (enfin jusqu'à la dernière scène, dont le dénouement est un peu rodave...). C'est du théâtre, c'est Dumas, bref : tout ce qu'on aime.

    « Marguerite : Oui, tous mes crimes sont dans ma première faute !... Si la jeune fille n’avait pas manqué pour toi, malheureux, à ses devoirs, son premier crime, le plus horrible, n’aurait pas été commis ; pour qu’on ne me soupçonnât pas de la mort de mon père, j’ai perdu mes fils !... Poursuivie par le remords, je me suis réfugiée dans le crime !... j’ai voulu étouffer dans le sang et les plaisirs cette voix de la conscience qui me criait incessamment : "Malheur !..." Autour de moi, pas un mot pour me rappeler à la vertu, des bouches de courtisans qui me souriaient, qui me disaient que j’étais belle, que le monde était à moi, que je pouvais le bouleverser pour un moment de plaisir !... Pas de force pour lutter !... des passions, des remords... des nuits pleines de spectre si elles ne l’étaient de volupté !... »
    Acte V, neuvième tableau, scène 3.
  • 9

    Un homme qui dort

    Sortie : 1967. Roman.

    Livre de Georges Perec

    Le 2 novembre
    Un deuxième Perec pour la route, et c'est toujours aussi "malaisant", comme disent les Québécois. Ses romans me foutent un peu les foies, je les trouve angoissants, comme est angoissante l'idée de liberté pour le narrateur. Mise en valeur de la profondeur de l'asservissement mental des masses, puisque même "libérées" de certains "carcans", elles restent impuissantes ? Authentique cri d'effroi devant la potentialité quasi infinie de l'homme dit libre ? Aucune idée de l'intention de l'auteur, mais sa lecture remue.

    « Il faut être précis, logique. Agir avec méthode. A un moment donné, il faut à tout prix savoir s’arrêter, réfléchir, bien peser la situation. S’il y a un lac au milieu de ta tête, ce qui est non seulement vraisemblable, mais normal, encore qu’on ne puisse l’affirmer sans précautions, il te faudra un certain temps pour l’atteindre. Il n’y a pas de sentier, il n’y a jamais de sentier et, près des bords, il te faudra faire attention aux herbes, toujours dangereuses en cette époque de l’année. Il n’y aura pas de barques non plus, bien sûr, il n’y a presque jamais de barques, mais tu peux traverser à la nage. »
  • 10

    Les Poèmes de Fresnes (1945)

    Sortie : 1945. Poésie.

    Livre de Robert Brasillach

    Le 5 novembre
    Relecture dans le cadre du mémoire. J'avais d'abord lu Comme le temps passe, qui était déjà extrêmement poétique. Dans ses poèmes, Brasillach découvre le tragique. Sa condamnation à mort semble avoir opéré une alchimie en lui et lui a permis d'ajouter à son testament cette dimension poignante que l'on retrouve particulièrement dans ses "Psaumes" ou dans "Mon pays m'a fait mal".
    C'est bien sûr grand dommage qu'il ait été exécuté, quoique compréhensible (si l'on se place du point de vue des vainqueurs).

    « Pardonnez-nous, Seigneur, dans nos prisons captives
    De songer avant tout aux vieux trésors humains,
    Et de nous retourner toujours vers l’autre rive
    Et d’appeler hier plus encor que demain. »
    Psaume II
  • 11

    Du côté de chez Swann (1913)

    Sortie : . Roman.

    Livre de Marcel Proust

    Le 15 novembre
    « Elles pensaient qu’on doit mettre devant les enfants, et qu’ils font preuve de goût en aimant d’abord, les œuvres que, parvenu à la maturité, on admire définitivement. C’est sans doute qu’elles se figuraient les mérites esthétiques comme des objets matériels qu’un œil ouvert ne peut faire autrement que de percevoir, sans avoir eu besoin d’en mûrir lentement des équivalents dans son propre cœur. »
  • 12

    Les Cahiers de Malte Laurids Brigge

    Sortie : 1910. Roman.

    Livre de Rainer Maria Rilke

    Le 30 novembre
    C'est un étrange livre que celui-là. On dirait un Proust moins productif et plus mystique. Il y a beaucoup de belles phrases, même beaucoup de beaux paragraphes, mais au moins autant sont incompréhensibles : c'est sans doute le format des carnets qui veut ça (ou alors suis-je trop con ? une hypothèse aussi probable que la première). On sent néanmoins un grand écrivain qui se pose de grandes questions en dessous de tout ça, ce qui explique ma note, généreuse en regard de ma perplexité.

    « Ô quel heureux destin que d’être assis dans la salle d’une maison dont on a hérité au milieu de choses qui, toutes, sont calmes et sédentaires, et d’entendre dehors, dans le jardin léger et vert clair, les premières mésanges faire l’essai de leur voix, et au loin l’horloge du village. D’être assis à regarder une chaude traînée du soleil d’après-midi, et de savoir bien des choses sur des jeunes filles du passé, et d’être un poète. »
  • 13

    Modeste proposition pour empêcher les enfants des pauvres d'être à la charge de leurs parents ou de leur pays et pour les rendre (1729)

    A Modest Proposal : For Preventing the Children of Poor People in Ireland from Being a Burden to Their Parents or Country

    Sortie : 1729. Essai et culture & société.

    Livre de Jonathan Swift

    Le 7 décembre
    Les procédés rhétoriques d'ironie et de démonstration par l'absurde trouvent en ce texte une excellente pièce à conviction.
  • 14

    Foi et Morphine (1945)

    Осъдени Души (Osadeni Dushi)

    Sortie : 1945. Roman.

    Livre de Dimitre Dimov

    Le 8 décembre
    Très beau roman, où le romantisme épouse le naturalisme en un mariage érotico-morbide du plus bel effet, où l'amour et la maladie se rejoignent dans leur propre décomposition et leur folie. Et on n'oublie pas un certain souffle épique.

    « Son visage gardait dans la mort l’expression d’un homme qui savait pourquoi il avait vécu et péri, bien que le but de sa vie et de sa mort aurait pu être aussi bien réalité que mirage. »
  • 15

    Le Petit Prince (1943)

    Sortie : avril 1943. Roman et jeunesse.

    Livre de Antoine de Saint-Exupéry

    Le 9 décembre
    Je découvre enfin ce petit conte passée la vingtaine, rattrapant par là une (sérieuse ?) lacune de jeunesse. J'aurais pensé qu'il fallût le lire enfant pour l'apprécier pleinement : finalement ça passe bien. J'ai même carrément apprécié, mais impossible de dire pourquoi.

    « C’était un marchand de pilules perfectionnées qui apaisent la soif. On en avale une par semaine et l’on n’éprouve plus le besoin de boire.
    - Pourquoi vends-tu ça ? dit le petit prince.
    - C’est une grosse économie de temps, dit le marchand. Les experts ont fait des calculs. On épargne cinquante-trois minutes par semaine.
    - Et que fait-on de ces cinquante-trois minutes ?
    - On en fait ce que l’on veut...
    "Moi, se dit le petit prince, si j’avais cinquante-trois minutes à dépenser, je marcherais tout doucement vers une fontaine..." »
  • 16

    La Vie quotidienne des écrivains et des artistes sous l'Occupation,1940-1944 (1988)

    Sortie : 1988. Histoire.

    Livre de Gilles Ragache et Jean-Robert Ragache

    Le 13 décembre
    Lecture dans le cadre du mémoire. Relativement décousue, cette étude fait penser à une compilation d'anecdotes, mais ça n'enlève rien à la rigueur des auteurs. Je regrette que certaines figures n'apparaissent pas plus, comme Bardèche (2 occurences) ou Roger Nimier, qui n'apparaît pas du tout, Même Brasillach finalement, celui pour qui j'ai lu ce livre, n'est pas si présent que ça, à côté des Cocteau, Aragon, Sartre (et même Rebatet) qui prennent beaucoup de place.
    Ce que j'en tire : beaucoup de respect pour les personnes de Saint-Exupéry (la tête brûlée qui, ni kollabo ni résistante, ne pensait qu'à botter des culs), Sacha Guitry (parce que c'est l'homme qui balance des punchlines stylistiques quand il se fait arrêter en pompes croco et chemise à fleurs) et François Mauriac (qui a courageusement défendu Henri Béraud et Brasillach au moment de l'épuration où ça chauffait le plus).
  • 17

    Uranus

    Sortie : 1948. Roman.

    Livre de Marcel Aymé

    Le 17 décembre
    J'avais déjà vu le film il y a un bout de temps, mais il me semble que le roman est au moins aussi bon. Son objet : dévoiler l'hypocrisie, les faux-semblants, les "vitrines" dont parle si bien Watrin, de l'immédiat après-guerre. Je trouve Aymé bien courageux d'avoir publié ça en 1948, d'autant plus qu'on peut discerner une dénonciation à peine masquée des exécutions d'écrivains, et parmi eux Brasillach bien sûr (que Marcel Aymé a défendu, avec Mauriac, en étant à l'origine de la fameuse pétition pour qu'il soit gracié). Un roman politique donc, mais aussi psychologique. On retient surtout la grande figure de Léopold, poète martyr.

    « Cet hiver, quand je m’éveillais avant sept heures, il faisait encore nuit. [...] Le plus souvent, je m’amusais à regarder à l’intérieur de moi-même. Ça se présente comme une belle grande boutique d’une opulence incroyable, et qui regorge de trésors au point qu’on est ébloui. L’ordre est loin d’y être parfait. Il a beau y avoir abondance de placards, des tiroirs à n’en plus finir et des serviteurs zélés, bien souvent, ça fait un peu bric-à-brac. Mais il y a une chose qui est toujours soignée, ordonnée, ratissée, c’est la vitrine. C’est qu’il s’agit de plaire aux passants, de leur taper dans l’œil sans les humilier, sans les contrarier. En somme, la vitrine doit être comme les passants veulent qu’elle soit. Ça paraît très difficile et ça se fait sans effort, tout naturellement. Comme vous savez, le goût des passants n’est pas toujours excellent. A l’heure qu’il est, par exemple, les vitrines ne sont pas brillantes, mais ça ne durera pas toujours. Attendez un peu. Attendez seulement cinquante ans... »
    Watrin à Archambaud
  • 18

    Manifeste du parti communiste (1848)

    Manifest der Kommunistischen Partei

    Sortie : 1848. Essai et politique & économie.

    Livre de Karl Marx et Friedrich Engels

    Le 21 décembre
    On parle souvent du communisme sans trop connaître, et c'est toujours bon de revenir aux fondamentaux. Quant à moi, je trouve certaines analyses économiques et sociales intéressantes et pertinentes, mais la démocratie et l'abolition d'à peu près tout ce qui fait l'humain, moi je ne mange pas de ce pain-là.
  • 19

    Sur la question juive (1844)

    Zur Judenfrage

    Sortie : 1844. Essai et politique & économie.

    Livre de Karl Marx

    Le 22 décembre
  • 20

    Iphigénie (1674)

    Sortie : 1674. Théâtre.

    Livre de Jean Racine

    Le 23 décembre
    Je crois qu'aucune pièce de Racine n'est mauvaise : il faut tout lire.
  • 21

    En long, en large et en travers

    Sortie : 1958. Roman.

    Livre de San-Antonio et Frédéric Dard

    Le 25 décembre
    Voilà que pour Noël je m'offre la lecture d'un bon San-Antonio. Y a pas à chier : sous des dehors tonitruants, il cache un vrai artiste. C'est un plaisir de lire sa prose imagée, à l'argot facile et toujours bienvenu. Cela dit, ce style rocambolesque, qui, a priori, bouffonnise le tout, ne l'empêche pas d'être pertinent et de toucher juste. De la bonne littérature populo comme on n'en fait plus !

    « Ce délicat personnage ferme à demi les yeux. Il a l’air de regarder au fond de lui-même pour voir s’il y est. Mais il n’y est pas ! Ça, c’est le drame des cons ! Personne à l’intérieur : tout dans les poches, rien dans le cigare... Leur cerveau est parti sans laisser d’adresse. Moi je me sens bien en compagnie de ces gens-là. Je sais que s’ils n’ont pas de pensée, ils ont encore moins d’arrière-pensée, fatalement. Or, l’arrière-pensée, c’est le chancre de l’humanité.
    Le monde crève de ses arrière-pensées. »
  • 22

    Une banane dans l'oreille

    Sortie : 1977. Roman.

    Livre de San-Antonio

    Le 28 décembre
    Et un deuxième pour la route, aussi jubilatoire que le précédent, et sans doute que tous les autres, que j'ai hâte de découvrir. En plus de ses margoulinades stylistiques, San-Antonio nous offre dans ce petit opus une belle profession de foi de ce que c'est que de la bonne littérature populaire rondement menée :

    « Si je m’écoutais, comme j’écrirais autrement, mon bon pote. Mais tu ne pourrais plus me lire. J’irais dans l’hermétisme et tu me conchierais. Or je m’y refuse. Je veux bien vivre accessoirement avec ton mépris, mais pas avec ton incompréhension. Je préfère des déconnades qui te soient accessibles, à des chefs-d’œuvreries que tu devrais contourner comme un édifice sans ouvertures. »
  • 23

    Pas de pitié pour les neveux, Jeeves (1974)

    Aunts Aren't Gentlemen

    Sortie : octobre 1974. Roman.

    Livre de P. G. Wodehouse

    Le 30 décembre
    Emphase et euphémisme à la fois, du comique de situation baigné de flegme : voilà l'humour anglais, et c'est délicieux. Je découvre Wodehouse grâce à ce site, mais son style me fait penser au genre de chose que j'écrivais (avec moins de talent bien sûr) quand j'étais ado. Faisais-je de l'humour anglais sans le savoir ?

    « Hormis le fait que nous nous étions occasionnellement emprunté une tasse de sucre, et nous saluions en nous croisant dans l'escalier, nous n'avions jamais été très intimes. Il était, en effet, une figure éminente du syndicat étudiant - où, d'après ce que j'entendais dire, il faisait des discours gauchistes enflammés -, tandis que j'étais plutôt du genre qui se contente des beautés de l'existence... »
  • 24

    Au régal des vermines

    Sortie : 1985. Essai.

    Livre de Marc-Edouard Nabe

    Le 6 janvier
  • 25

    La Mouette (1896)

    Tchaïka

    Sortie : 1896. Théâtre.

    Livre de Anton Tchékhov

    Le 8 janvier
    Première pièce de Tchekhov, un peu déçu par rapport à son aura. La mise en abyme du théâtre et la recherche d'une vocation artistique par Kostia (ce Kostia-là serait-il inspiré par celui de Tolstoï, bien que ne finissant pas de la même manière ?) sont des thèmes intéressants, mais globalement la pièce me laisse "sur ma faim", comme on dit. Heureusement, ça se lit vite. Et puis le symbole de la mouette est très évanescent, à peine exploité même. Ou alors je suis trop obtus ? A voir avec une relecture prochaine, mais en tout cas, la fin sauve un peu le tout.

    « Je sais maintenant, je comprends, Kostia, que dans notre métier, artistes ou écrivains, peu importe, l’essentiel n’est ni la gloire ni l’éclat, tout ce dont je rêvais ; l’essentiel, c’est de savoir endurer. Apprends à porter ta croix et garde la croyance. J’ai la foi, et je souffre moins, et quand je pense à ma vocation, la vie ne me fait plus peur. »
    Nina Zaretchnaia, Acte IV
  • 26

    Les Exploits d'un jeune Don Juan (1911)

    Sortie : 1911. Roman.

    Livre de Guillaume Apollinaire

    Le 8 février
    Des passages aux descriptions ou situations franchement comiques. En réalité je trouve que c'est le caractère ironique, hyperbolique même, qui rend assez plaisante la lecture de cette nouvelle : il s'agit d'une initiation (effrénée) aux plaisirs de la chair, mais poussée à l'extrême. C'est par l'exagération qu'Apollinaire rend son histoire légère et burlesque, et c'est ce qui le distingue de l'infâme Histoire de l'oeil de Bataille.
  • 27

    Alcools (1913)

    Sortie : 1913. Poésie.

    Livre de Guillaume Apollinaire

    Le 10 février
    Meilleure que dans mon souvenir de lycée, sa poésie est quand même trop éloignée de moi pour que ça me touche vraiment. Cela dit, son génie est palpable. Ci-dessous un de mes poèmes préférés du recueil : « Clair de lune ».

    « Lune mellifluente aux lèvres des déments
    Les vergers et les bourgs cette nuit sont gourmands
    Les astres assez bien figurent les abeilles
    De ce miel lumineux qui dégoutte des treilles
    Car voici que tout doux et leur tombant du ciel
    Chaque rayon de lune est un rayon de miel
    Or caché je conçois la très douce aventure
    J’ai peur du dard de feu de cette abeille Arcture
    Qui posa dans mes mains des rayons décevants
    Et prit son miel lunaire à la rose des vents »
  • 28

    L'homme difficile (1921)

    Der Schwierige

    Sortie : 1921. Théâtre.

    Livre de Hugo von Hofmannsthal

    Le 15 février
    Belle pièce, où le silence est à la fois l'arme du malentendu et celle du salut individuel.

    « Hans Karl Bühl : A force de discours, tout finit par arriver, dans ce monde. Quand même, il est un peu ridicule d’imaginer qu’on puisse exercer Dieu sait quelle grande influence rien que par des propos bien tournés, dans une vie où tout dépend en fin de compte de quelque chose d’ultime qui se tient au-delà des mots. Les discours se fondent sur une surestimation indécente de soi-même.
    Hélène : Si les gens savaient combien ils sont peu importants, plus personne n’ouvrirait la bouche. »
    Acte II, scène 14.
  • 29

    Le Berger de l'Avent (1936)

    Advent

    Sortie : 1936. Nouvelle.

    Livre de Gunnar Gunnarsson

    Le 17 février
    Le berger comme parabole du Christ, ça s'est bien sûr déjà vu, mais ce petit conte a une puissance poétique à lui. On y retrouve tout ce qui est bien chez Giono : la nature et son déchaînement, le bon sens, la générosité, la mentalité paysannes, un homme seul face à une mission qu'il s'est lui-même donnée, comme pour défier le destin.

    « Les gens qui marchent dans la nuit sont étrangement perdus l’un pour l’autre. Mais dans la montagne, le sentiment d’isolement prend un tour différent. Tant qu’on entend d’autres voix que la sienne, tant qu’on sent, près de soi, une respiration, le vide profond de l’univers, au ciel et sur la terre, ne vous étreint pas tout à fait de ce froid glacial, à la racine des cheveux. »
  • 30

    Michael Kohlhaas (1810)

    Michael Kohlhaas : Aus einer alten Chronik

    Sortie : 1810. Roman.

    Livre de Heinrich Von Kleist

    Le 23 février
    Court roman, lecture assez ardue. La première partie et la fin sont très intéressantes, la deuxième partie un peu moins, je crois que c'est surtout une question de rythme. Après le film, place au livre, et à sa lecture on constate que la figure de Kohlhaas est très bien interprétée par Mikkelsen ; l'ambiance austère, la personnalité rigide du protagoniste, la question du sens de la justice : on retrouve tout ça sous la plume un peu sèche de Kleist - il faudrait voir dans ses autres ouvrages ce qu'il en est. Mais comme dans le film, le livre souffre de ce problème de rythme (à mon sens), lorsque l'action s'essouffle et que Kohlhaas rend les armes.
    Une seule phrase m'a vraiment tapé dans l'oeil, et elle est mise dans la bouche du Prince-Électeur de Saxe :

    « Folie, tu gouvernes le monde et tu as pour siège une belle bouche de femme ! »