Nous rencontrons des problèmes techniques sur la partie musique du site. Nous faisons de notre possible pour corriger le souci au plus vite.

Anna Karénine
8.1
Anna Karénine

livre de Léon Tolstoï (1878)

Ce que l'on retient de cette grande fresque, c'est la destinée croisée des deux personnages principaux, tous deux en quête de quelque chose de grand, de quelque chose qui les dépasse, quoique ladite quête ait un aboutissement différent. Levine le tourmenté, qui goûte fort l'Arbeitskur - mot sublime ! - parvient par là-même à s'élever spirituellement ; et aussi après avoir potassé tous les livres imaginables pour répondre aux grandes questions qu'il se pose sur son existence et sur Dieu (sans succès, puisque l'on ne parvient pas à ces connaissances par la raison, comme il le dit dans le roman, mais par l'acte, par la mise en mouvement, la mise en action, de son être).


Anna, qui ne se préoccupait que d'amour - et donc de sa "panse", pour utiliser l'analogie formulée par Levine à la fin du livre -, c'est à dire de ses appétits, finit dévastée, parce que droguée, oisive, figurante de sa propre vie. Au final, elle se jette sous un train, ironie de l'histoire quand on comprend que c'est par stagnation, flottement, par immobilisme qu'elle commet cet acte, le premier et le dernier qu'elle commit réellement dans sa vie. Je trouve qu'il y a d'ailleurs une résonance de cette notion chez le héros du Feu follet de Drieu la Rochelle, héros qui, consciemment dans son cas, envisage le suicide comme un acte, le pistolet comme un objet qui paradoxalement le relie à la terre.


S'opère alors une dichotomie essentielle entre d'un côté une femme qui s'anéantit par oisiveté, échouant à la transcendance, et d'un autre côté un homme qui s'épanouit dans l'action, trouvant une excitation spirituelle dans le (pas si) simple fauchage des foins, dans la sueur de son front. Sublime personnage, pétri d'amour, tiraillé de doute, empli de coeur, et dont le point d'orgue de l'évolution est l'établissement dans une situation normale, ou du moins dans une vie pleinement assumée ; en un mot comme en cent : épanouie ; c'est à dire dans une vie la plus proche possible de celle du peuple qu'il aime, côtoie, et admire, entre autres pour cette raison-là.


Je n'ai lu que ce livre de Tolstoï, mais il suffit à le faire entrer dans mon panthéon d'écrivains personnels. J'ajoute que les pas si nombreuses digressions apparentes que sont les scènes de chasse, et surtout les scènes de travaux agricoles, sont délicieuses, contrairement à ce que j'ai pu lire dans certaines critiques, parce qu'elles apportent un véritable assaisonnement réaliste au récit et aux personnages, et donc à notre immersion.

Créée

le 24 sept. 2019

Critique lue 1.9K fois

27 j'aime

20 commentaires

Kavarma

Écrit par

Critique lue 1.9K fois

27
20

D'autres avis sur Anna Karénine

Anna Karénine
Kavarma
10

Eloge de l'acte

Ce que l'on retient de cette grande fresque, c'est la destinée croisée des deux personnages principaux, tous deux en quête de quelque chose de grand, de quelque chose qui les dépasse, quoique ladite...

le 24 sept. 2019

27 j'aime

20

Anna Karénine
SanFelice
10

Tolstoï, c'est la vie

Le titre du roman Anna Karénine (deuxième des trois gros pavés littéraires de Tolstoï, quatre même si on compte son Journal, qui est sans doute son œuvre la plus importante) est trompeur. Il pourrait...

le 26 févr. 2021

23 j'aime

6

Anna Karénine
Aptiguy
4

Les histoires d'amour finissent mal... en général

Je dois d'abord m'excuser platement ici de me permettre de critiquer un géant de la littérature comme Tolstoi, je conçois que je dois manquer cruellement de sensibilité pour n'avoir su être conquis...

le 16 oct. 2014

22 j'aime

2

Du même critique

Regain
Kavarma
8

A la gloire de la vie

[Avis très général concernant la trilogie complète de Pan, à savoir : Colline, Un de Baumugnes, et le ci-présent Regain.] L'écriture de Giono, parfois absconse, peut rebuter. J'en ai fait...

le 2 oct. 2019

24 j'aime

13

Les Choses
Kavarma
8

Les choses toi-même !

Jérôme et Sylvie, c'est un peu comme les champignons : ça vit, mais on sait pas trop comment ça se fait. Pourtant ils sont pourvus d'un corps, comme nous, d'une tête, comme nous, de bras et de...

le 28 oct. 2019

20 j'aime

18

La Place
Kavarma
5

Finalement, c'est bien ou pas ?

Les critiques portées à ce genre de livres sur les excès d'intellectualisme, de branlage de cerveau, de nombrilisme exacerbé, j'en avais pris connaissance. Que le style allait être mauvais, c'était...

le 20 mai 2020

20 j'aime

15