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  • Meijo - Les Sentiers des astres, tome 3 (2018)

    Sortie : . Roman et fantasy.

    Livre de Stefan Platteau

    Shakti bis, non les Sentiers des Astres III, même s'il se passe pas mal de choses du côté de notre troupe en vadrouille dans le Vyanthryr tandis que le récit imbriqué demeure somme toute assez maigre, redondant et délayé, pas toujours des plus cohérents ; notamment bébé Kunti qui y est à peu près transparente, alors que le récit insiste sur leur extrême pauvreté, un bébé devrait empirer la donne ! Un thème manqué.

    Meijo est un récit prenant avec son noyau de persos attachants dans un monde toujours aussi flou sans pour autant perdre de sa force attractive. Rebelote avec une écriture qui file, néanmoins si fragile, comme prête à s'affaisser et qu'il serait temps, après trois tomes, d'affermir. Beaucoup trop de répétitions, remâchant les mêmes adjectifs familiers et les mêmes astuces (tout le monde vomit, les odeurs s'empilent) qui coupent la lecture si l'on commence à prêter attention à ce manque d'amplitude. Une fois de plus pour moi ces dissonances de registre, un entredeux entre un style de belle facture et une gouaille bien troussée — utilisée par tous les personnages sans distinction — et que Platteau ne parvient pas à équilibrer et à rendre évident, nécessaire et non plus artificiel, tamponné "new fantasy française".
    C'est peut-être à ça que l'on reconnait un style accompli, lorsque le moindre mot semble celui adéquat et paraît unique, inventé carrément pour sa phrase.

    En bref, les défauts sont toujours ceux de Manesh et semblent accompagner Platteau sur la durée.. heureusement, le cycle possède assez de qualité, d'entrain et de charmes (et d'effrois) pour être plaisir de lecture hivernal, attente renouvelée.
    Le récit de la courtisane est-il clôt ?

    « Là-bas, dans les profondeurs de la galerie, les fines silhouettes d’une fresque argentée tremblotaient toujours dans les ténèbres, levant leurs hanaps et leurs fourquines en de vibrantes agapes, sans jamais achever leur geste : comme si elles étaient coincées dans un instant furtif, condamnées à rejouer pour l’éternité la même infime esquisse de mouvement. Et puis l’une d’elles a traversé le couloir d’un pas ample, et un rai de soleil a fait reluire la peau d’ivoire de ses bras. L’espace d’un moment, celle-là m’a paru bien réelle. Un visage triangulaire, coiffé d’une haute tiare dorée, s’est tourné brièvement vers nous, avant de disparaître dans les ombres, traînant derrière lui les pans de sa longue robe brodée.
    J’ai secoué la tête pour dissiper cette illusion. »

    [+ extrait en commentaire]
  • The Art of Prey (2017)

    Sortie : . Beau livre et jeu vidéo.

    Livre de Bethesda Softworks

    Quand bien même l'équipe ayant officié sur Prey est différente, l'on y retrouve cette facette d'élégance racée, ces reflets designs de Dishonored 2. Même encore plus ! la patte Art Déco rétro-futuriste (autrement dit BioShock in space) ne les fait que pousser le bouchon sur cette pente : bois vernis, cuir et autres dorures de cuivre arachnéennes. Le too much est parfois de la partie et le contraste avec le revers de la médaille de la station pas toujours assez marqué.

    Les images ont moins de caractères. En vérité, ils font plus... américains, plus gros jeu AAA. Une simple réactualisation, certes équilibrée, élégante, des pionniers de 2007. Moins de charme, moins de plaisir en soi.
  • The Art of Dishonored 2 (2016)

    Sortie : . Beau livre et jeu vidéo.

    Livre de Bethesda Softworks

    Bye bye le Dunwall du premier opus et bonjour à Serkonos,"Joyau du Sud" et à sa capitale Karnaca. C'est ici un véritable L'Art de... avec force de concepts, d'artworks et de croquis et non une encyclopédie sur l'univers du monde comme l'étaient les Archives de Dunwall.

    L'ambiance Havane/île équatoriale à l'architecture coloniale présentée dans ces travaux est moins marquée dans le jeu, presque gommée à dire vrai. Ils auraient pourtant pu pousser plus loin dans la poisseur exotique, arbres bizarres carnivores, insectes sanguinolents et autres joyeusetés à même de tenir la dragée haute à la pestilence de Dunwall. Pareillement, ils auraient aller beaucoup plus loin dans l'ensablement progressive d'un bout de ville.
    N'en demeure pas moins, Antonov n'étant plus de la partie, les baleiniers disparus, quelque chose dans l'ADN de la DA s'est affiné, s'est effilée (asséché ?). Les concepts ont un quelque chose de racé, de pointu jusqu'à en devenir quasi polygonal, tirant vers l'abstraction. Pour une fois, pas besoin de texte laudateur pour voir que les artistes s'ont aller puiser un peu partout et se sont fait plaisir avec l'architecture et le mobilier. C'est un étrange équilibre entre le mastoc et la grâce qui fait, dans ces formes, dans ces couleurs et ces textures, le régal des rétines.

    Dans les noms qui ressortent : Aimé Jalon ; Sergy Kolesov ; Julien Authelet ; le fameux Piotr Jablonski et ses atmosphères pas si éloignées de Zdzisław Beksiński.


    Il est si dommage que le jeu final La Mort de l'Oustider — gros add-on en vérité — soit resté à Serkonos et ne soit pas allé explorer les autres îles : la pluie boueuse de Morley lors de son insurrection, le froid polaire encore plus au nord... plutôt les comptoirs orientalisant de l'île Pandyssia, sauvage, ancienne, peuplée probablement d'horreurs anciennes, d'hommes fous, où la poigne de l'Outsider aurait pu être encore plus marquée, marquante ! Du Condrad en germination.
  • Les Œuvres de miséricorde (2012)

    Sortie : . Récit.

    Livre de Mathieu Riboulet

    Il y a ce mécanisme narratif qui reprend la tresse Thanos-Thanatos vieille comme le monde : L'amour est fort comme la mort, etc. etc. Riboulet mélange Histoire, récit autobiographique, fiction innervée de Caravage. Mais dans ce parallèle entre pénétration Allemande et pénétrations d'amants y avait-il réellement, pour lui, une urgence intenable ? Sans doute ; elle ne transpire pas. Un texte quelque peu atone, pas saisi, ni stupéfiant malgré ses grands effets.


    « D’où cet air de rébus qui traverse la toile, cette façon si fière, souveraine, de gagner ses œuvres en ayant l’air de jouer, alors qu’un mystère profond s’agite sous nos yeux et danse, un tourbillon qui perd quand il nous a happés et nous envoie au ciel entre les bras des anges, nous priant d’y rester maintenant que nous y sommes, nous à qui il a tant coûté d’y parvenir. Il n’y a guère que lui pour avoir peint les anges comme il peignait les hommes, les saints comme il peignait les hommes, les bourreaux comme il peignait les hommes, il n’y a guère que lui pour avoir peint tant d’hommes dont tout laisse à penser qu’on serait bien au ciel avec eux pour voler, avec eux pour aimer. Je sais grâce à lui que les anges sont des hommes, de Berlin ou de Naples, de l’âpre terre calcaire ou des bords du Rhin, des hommes à qui confier ce dont Dieu ne veut plus, notre peine et ce poids constant sur nos épaules.»
  • Sur les chemins noirs (2016)

    Sortie : . Récit.

    Livre de Sylvain Tesson

    Tesson est là à chaque page et il faut se le coltiner avec ses opinions, ses idées vagues qui ne sont que des variations infinies sur le doublet Appel à la nature et du c'était mieux avant. Est-il parti pour seulement maugréer ? Si lui marche, dit s'émerveiller, le lecteur, ne fait que survoler à toute berzingue pendant qu'on le bassine avec des réflexions aussi plates que binaires collées sur beaucoup de fantasmes (Par exemple : « l’âge de la pierre, l’âge du fer, l’âge du bronze s’étaient succédé, puis les âges antiques et féodaux. Ces temps-là étaient des temps immobiles. » : l'âge du fer succède à l'âge du bronze soit dit en passant — ça situe sa supposée érudition. Surtout, l'époque était déjà marquée par les échanges, les flux, les apports, les vols et les emprunts ; on en a les artefacts, on en retrace les routes, on en dresse l'onomastique, c'est-à-dire l'opposé du sédentarisme antédiluvien et pur (évidemment) qu'il fantasme à longueur de temps).

    Malgré les apparences, l'inverse précis de Giono qu'il cite au début. Tout voyage et toutes rencontres seront refusés sciemment, les gens passent au lieu, lâchent deux phrases, ses amis arrivent et repartent sans avoir été présents, oubliés, puisqu'il s'agit de se prendre en autoportrait, longuement, sous toutes les coutures et ressoudures avec de petits aphorismes, de ces idées aussi basiques qu'automatiques. Ha avant c'était bien mieux, n'est-ce pas ? (mais je suis bien content d'avoir pu profiter de tous les soins modernes à maintes reprises) ; y a plus d'saisons ma bonn' dame, ça c'est sûr ! Tesson ne fait qu'en fin de compte comme la moitié d'Instagram qui prennent des selfies devant des "spots" dans la nature. Non vraiment je n'ai aimé ni ce qu'il racontait ni comment il le racontait.
  • Giono, furioso (2019)

    Sortie : septembre 2019. Essai.

    Livre de Emmanuelle Lambert

    « Dans ma bibliothèque, on trouve, au premier rang, au moins deux poètes autodidactes et merveilleux façonnés par leurs lectures grandioses. Leur langue est une chose si personnelle qu'on ne peut les rapprocher d'aucun de leurs contemporains.Littérairement, Ils sont sans famille.
    il y a vous, Giono, et votre cadet de quinze ans, Jean Genet. »

    « Et toujours ce demi-sourire, derrière les lèvres pincées. Tendez l'oreille, vous l'écouterez nous : "Vous en voulez, de l'écrivain ? En voici." Oui, on ne le dit pas, mais on dirait bien qu'il se fout de nous.
    Son air faussement aimable me confirme dans mon tempérament méfiant. Il me semble en effet que la première disposition à avoir, lorsqu'on s'attaque à l'œuvre d'un écrivain, est de tenir l'écrivain lui-même à bonne distance. Surtout s'il sourit comme ça.»

    Le partage et la jubilation au-delà des malentendus, du grand petit quiproquo Giono. Découvrir un autre Jean pour ceux qui en seraient restés au Hussard ou à Regain, voire aux cigales ; retrouver pour les intimes de ses romans leur violence, refaire leur part d'ombre, de feu et d'éclairs ; leur arrière-goût d'égoïsme quand même la bonté, toujours féroce, devient cannibale. Cet essai ne dépassant par les 200 pages et face à un artiste aussi protéiforme, si fuyant derrière les faux-semblants, cela est forcément partiel, partial, biaisé, béant.

    « Il ne célèbre pas la vie comme le ferait un joyeux drille ou un bon vivant. Plutôt, il le fait comme un mort vivant ou un mort de faim.»

    Il faut cependant passer outre le dispositif éculé et périmé d'une Emmanuelle Lambert se mettant en scène écrivant ce livre pour l'exposition du MUCEM dans un style répétitif sinon faiblard ainsi que des réflexions, une fois éloignées de Giono même, à l'avenant. Opposer Giono aux livres de développement personnel, par exemple, paraît assez peu pertinent, carrément hors-sujet et surtout très facile : n'osait-elle donc pas citer de vrais vendeurs de blockbusters contemporains ?
  • Les Questions dangereuses (2019)

    Sortie : . Nouvelle.

    Livre de Lionel Davoust

    Une pochade qui parodie les Trois Mousquetaires en reprenant de façon légère et frivole les tics du feuilletoniste le plus célèbre du XIXe avec en surplus une touche de Lovecraft qui fait tâche... (puisque touche que l'on retrouve de plus en plus un peu partout, gratuite, facile, frivole aussi) Hommage ? Certainement pas au premier puisque dans le long entretien qui accompagne la nouvelle et presque aussi longue qu'elle, l'on apprendra que Davoust déteste Dumas et n'a jamais réussi à venir à bout du roman séminal. On découvrira aussi, qu'à rebours de son texte, il a un humour bien lourdingue, beaucoup trop démonstratif, très « forums » : toujours la parenthèse pour bien montrer que l'on est drôle, que là on a fait une blague, ha tiens une référence pop ! vous avez vu ? ou qu'attention l'on ne se prend pas trop au sérieux après avoir bien dit des choses tout à fait pertinentes, cela ferait mauvais genre.
    Davoust y évoque l'idée de continuer cet univers en allant voir du côté des Orients et de leurs rapports particuliers aux langues et aux énigmes. Pourquoi pas ?
  • Les Noms et Visages de héros (1963)

    The Names and Faces of Heroe

    Sortie : 1963. Recueil de nouvelles.

    Livre de Reynolds Price

    Tout le monde convoque William Faulkner pour évoquer Reynolds Price, peut-être à raison géographique ou d'une certaine densité stylistique, dans leur façon de se faire œil, pas du tout pour des descriptions réalistes sans fin, mais car ce qu'ils montrent et ce qu'ils ne montrent pas, jouant de zoom, de close-up, petits bouts de lorgnettes à travers lesquelles les franges deviennent floues, jouent un rôle essentiel dans leur écriture. En ressortir la tête enflée de tout un kaléidoscope à milles branches. C'est pourtant et toutefois une influence que Price aura toujours vaillamment refusée.

    C'est, de mon côté, bien plus sous les ramures de John Steinbeck et de sa vallée de Salinas que je tournerais la main et m'attendrais à trouver ces fruits, d'avantage que sous la treille de muscat du petit bonhomme d'Oxford, Mississippi. Indulgence et mélancolie définissent ces six nouvelles plus ou moins longues, très lentes, en contre-temps, sans cris, ni fureur, ni chute. Or, qui dit mélancolie — l'acide dont on se pourlèche les babines, non l'atrabile froide, saturnienne, forclose — dit enfance, celle, trouble et troublée, sans fard, et l'on sait à quel point c'est un jeu d'équilibriste prompt à faire tomber dans la niaiserie ou la nostalgie caduque netflixienne.

    A peine quelques livres traduits par Coindreau dans les années 60 sur toute l'œuvre d'une vie. Encore un qu'il faudra bien qu'un jour un éditeur aille repêcher, retraduire, pour nous permettre de le découvrir.
  • Choléra (1923)

    Sortie : 1923. Roman.

    Livre de Joseph Delteil

    Êtes-vous doux ?
    Pour son deuxième roman, Delteil ne se dépareille pas de sa tendresse échevelée, de ses métaphores fauves, mais à l'imagier coloré et fantasque, à la sueur qui suinte, il ajoute une poignée d'absurde.
    Différents et si semblables peuvent être deux romans successifs d'un même auteur. Le premier servait d'amorce et d'annonce, faisant promesses et le second ne déçoit pas tant qu'il fait pas de côté. En vérité, nous n'étions pas dans le même alignement, nous méprenant sur la trajectoire en cours, donc à venir ; l'on aura eu tort de lui demander des comptes, nous avions fait l'erreur de s'octroyer des attentes. Pour parler plus clairement, Choléra va un peu trop se complaire dans ce qui a pu tant plaire aux Surréalistes et d'un certain bric-à-brac qui a très mal vieilli — la référence à Crevel, ami dans la vie et voisin, presque jumeau, de ce livre, n'est pas anodine même si l'un m'apparaît bien plus sincère, enlevé, vivant —, Corsaire Sanglot et ses itinéraires ne sont pas très loin non plus, cela annonce Hardellet qui voulait tant choquer 'la dactylo', les caprices de petit bourgeois de Barnabooth, bref, perd de son XIXe siècle racé, effilé, qui m'avait tant charmé. C'est tradition française du début du siècle dernier que de faire un livre où 2, 3, 1001 amantes défilent, se mélangent, s'amalgament et d'insérer par-dessus la jambe une nano-pièce de théâtre. Omettant le sabre, le rouge n'y est plus que celui de la tomate.


    « Un jour dans une plate-bande du jardin, Choléra était en train de fabriquer de ses mains une Asie en terre glaise avec des fleuves de celluloïd, des villes en peau d'orange et des collines en pommes de terre. Puis, elle arrondit un peu le monde, et pissa autour pour faire l'océan. Enfin, après le coup d'œil du maître, elle planta dans la glaise, entre l'Inde et la Chine, une haute carotte rouge.
    Je voulus faire le malin, et je lui dis :
    — Est-ce un obélisque ?
    Elle. me regarda avec pitié, et me dit d'un air féroce :
    — Mais non, imbécile, c'est le Gaurisankar ! »
  • Enfantillages (2019)

    Sortie : . Essai et récit.

    Livre de Pierre Bergounioux

    J'ai enfin ma réponse à ma question de cette manie d'écriture, sa saturation de publications ; ici encore une sur l'enfance, les insectes, les roches entourant Brive. Alors que j'imaginais Pierre Bergounioux comme un grand timide, fermé, froid, l'un de ces taiseux fameux des profondeurs de nos vieux pays, c'est en réalité un grand bavard, prompt au dialogue, facile à la blague pince sans rire (lettrée) ; généreux donc quand bien même "La Passion d'écrire" de Sylvie Blum donnait l'impression d'un auteur intransigeant, prêt à tout jeter au feu et à sabrer dans le gras. Bien évidemment, il parle exactement comme il écrit, ou vice versa.

    « Le monde est une entité terne, à dominante bise, peuplé de gens lents, qui empruntent à la grisaille ambiante. Ce qu'ils font est dépourvu d'intérêt, d'attrait, leurs propos à l'avenant et je ne me vois pas, le moment venu, quand j'aurai vieilli, grandi, les imiter. Mais j'ai le temps. J'aviserai lorsqu'il sera venu, s'il vient jamais. »
  • L'Arrière-pays (1971)

    Sortie : 1971. Essai et poésie.

    Livre de Yves Bonnefoy

    Peu d'accointances en apparences avec Bonnefoy : froid, austère, hautain-Plotin, rigide plus que rigoureux, mathématicien empêché qui ourle et repasse l'abstrait jusqu'à ce que mes doigts n'aient aucune prise sur le poli éburnéen. Et pourtant, je pourrais tout comme le narrateur de l'Arrière-pays « m'obstiner longtemps à chercher à suivre, dans les écaillements d'une fresque, sous laquelle en paraissent d’autres [...] », au risque de sentir un peu plus loin « une brusque lassitude » puisque je sens bien que derrière ou en-dessous, sous les coques d'ivoire et les bandelettes, il y a proximité, si ce n'est fraternité.


    « Partout où le regard pouvait suivre le ras du ciel dans les pierres, un prince a fait courir la muraille, qui, de ce fait, ne retient pas ce qu'il possédait, mais le visible. Un lieu et l'évidence ont été identifiés l'un à l'autre, l'ici et l'ailleurs ne s'opposent plus, et je ne puis douter que ce fut là l'ambition première puisque, n'embrassant que des pierres, de maigres arbres, quelques maisons, un fond de torrent, ce n'est pas la profusion vide des essences que ce trait de couleur légère cerne, comme l'enclos japonais, mais la présence, le fait du sol, dans son recourbement sur soi qui produit un lieu. »

    « L’obsession du point de partage entre deux régions, deux influx, m’a marqué dès l’enfance et à jamais. Et certes, parce qu’il s’agissait d’un espace mythique plus que terrestre, à l’articulation d’une transcendance. »

    « Et chaque fois que je perçois cet orgueil, soit triomphant dans la facilité de la pierre, soit combattu et comme courbé dans les voûtements du pisé après des lieues et des lieues de pierrailles et de sel ; partout où l'on a voulu un surcroît de mur, orner une façade, surélever des terrasses, y paraître, faire entendre au soleil levant, ou couchant une musique de la dissolution du moi illusoire mais sur des assises de roc, et dans l'architecture qui est la permanence vécue, en tous ces lieux affirmés, oui, je me sens chez moi, à l'instant même où j'aspire à l'insitué qui les nie. »
  • Le Siècle des Lumières (1962)

    El siglo de las luces

    Sortie : 1962. Roman.

    Livre de Alejo Carpentier

    Dès le prologue Alejo Carpentier lance une grande phrase broussailleuse, dense de volutes hérissées de rinceaux d'une densité abrupte, presque épineuse. Des gouttelettes qui se condensent en cumulus enflent leur panse prêt à déverser leurs hallebardes, tandis que nous sommes aux franges de la Révolution, tandis que les incendies de la Métropole ne sont qu'un brasillement diffracté et différé à l'horizon, un'glimpse' attrapé subrepticement par le Grand Couteau. Aventuriers de la mer, de la mort, des odeurs et des horreurs : je pense à Audiberti et à son Abraxas d'avantage qu'à Conrad (celui de Nostromo) même si l'on retrouve ces personnages aux prises avec leur Destin tout autant qu'avec lianes et lagunes ; à Gary et ses personnages cosmopolites voyageurs qui se délitent à travers mondes au-delà des continents. Glissant dira : « nous voici au carrefour des Cultures, à un autre partage des eaux, face à une nouvelle mesure de la connaissance et de la vie. » Carpentier lance donc un souffle à mille doigts qui tâtonnent dans ses voyages faussement 'xotiques, tâte l'épaisseur de l'Histoire, la pince, la plie, la rapproche de nous. Ne vous laissez pas hypnotiser par les fantômes de fumées odorantes ou trop éblouir par les plumes et les madras, tous ces clichés qui pourraient vous venir à l'esprit, non, puisque Carpentier se place, par l'entremise d'épigraphes, directement sous la houlette de Goya, figure tutélaire des Horreurs de la guerre s'il en est ! ces célèbres masses de noir comme taillées dans l'ocre et la boue, presque burlesques, font contrepoids plus que nécessaire aux accents lyriques tant de Carpentier que de ses personnages. Or si Goya a lui aussi commencé par de jolies et mignonnes petites scènes d'escarpolettes et de joues dodues, sa carrière prend le tournant qu'on lui connait. On pourrait sans doute faire un rapprochement entre cette évolution et celle de la Révolution, de toute révolution. Tout y est.

    « "Je rêvais à une révolution si différente ! » murmura Esteban. « Et qui t’obligeait à croire à ce qui n’existait pas ?" lui demanda Victor. »

    « Et le plus bizarre était que, malgré un soleil aveuglant, qui rehaussait les couleurs exotiques du tableau, ce monde bariolé, pittoresque en apparence, était un monde triste, écrasé, où tout semblait se diluer dans des ombres d’eau-forte.»

    [+ longs extraits en commentaires]
  • Vermeer ou l'Action de voir (2017)

    Sortie : . Essai et peinture & sculpture.

    Livre de Pierre Le Coz et Pierre-Éric Laroche

    Mystères ? Énigmes ? Secrets... combien de livres ou de documentaires avec ces mots pour attirer le chaland ? Comme si c'était la seule façon de pouvoir apprécier l'Histoire, l'art, les archéologies, ressassant les mêmes trois toiles jusqu'à la saturation. Ramener tout ça à des énigmes Picsou magazine, quel dommage. Retournez le tableau à l'envers pour lire la solution ! Je n'aime les énigmes que sans réponses, les mystères lorsque multiples et contradictoires, les secrets en plein jour.
    Le Coz et Laroche ne glissent pas dans ces chemins épineux, insolubles, habituels (à qui écrit-elle ? qui lui a écrit ? Qui regarde-t-elle ? Qui pour lui offrir cette perle ? Qui ? qui ? Qui ? ces 'énigmes' en reviennent toujours à une banalement prosaïque histoire d'identification) mais se proposent de coller au plus près du tableau, décortiquant les compositions, la structure, le chemin de la lumière et la construction pour en éclairer tout le génie, la brillance, la subtilité ; autrement dit parvenir à éclairer les tableaux du Sphinx de Delphes par la seule force de l'œil, à les comprendre sans pour autant le saisir par le cou et en ôter tout mystère à grands renforts de fausses révélations. En fin de compte, sa démarche n'est pas si éloignée de cette "stratégie de l'énigme" que Bonnefoy utilisait pour parler de Piero della Francesca : « Mais ne faut-il pas remarquer qu’un avantage résulte de ce suspens de la signification ? Moins sa raison d’être est comprise et plus une figure retient l’esprit à ses aspects simplement visuels, ce qui, au plan du tableau, incite à la perception de rapports de forme et couleur pris cette fois en eux-mêmes. ».


    « La question qui se pose à l'artiste est la suivante : comment créer de l'action dans des univers confinés où rien ne se passe ? Il n'y a pas de réponse à cette question, si ce n'est : en transformant une non-action en action, en faisant comme s'il se passait quelque chose. [...] Celui qui regarde son tableau, Vermeer le veut dans le même état d'esprit, la même extase que la joueuse de luth qui regarde par la fenêtre. Chaque toile agit comme un piège visuel : elle a besoin de nous, de notre regard sur elle pour être achevée. »
  • Trompe-la-mort (2019)

    Sortie : . Récit.

    Livre de Lionel Ruffel

    Un fil parfaitement visible relie de manière lâche certaines des dernières lectures (et à venir). Ici, Lionel Ruffel cite une phrase de Georges Perec et revient sur les toponymes citant au passage Lampedusa... puis ça cause fuite, hybridations. Purs hasards ou cohérence a posteriori de lecteur, c'est comme l'on voudra.

    Je me dois de plaider coupable. Ce décor de squat tagué, cette ambiance de Grand Soir, ce ton faussement badin à la va-comme-j'te-pisse de blogger qui interpelle son lecteur, le prenant pour un demeuré, improvisant — préparer ? quelle horreur ! — un humour qui tombe à plat, la teinte générale, ça ne me parle absolument pas. 0 fantasme de ce côté là de ma part et aucune envie d'y plonger. (ce fut d'ailleurs l'un de mes grands traumatismes d'enfance : la contingence et l'arbitraire de l'Humanité quand on a 10 ans, face aux insectes, aux dinosaures, aux volcans, aux galaxies. Quel malheur de devoir être dans un pays précis à une époque donnée et tout ce que ça comporte d'éphémère, de terre à terre, de limité. L'apolitisme dans sa forme la plus flasque ; la plus lâche sans doute. C'est un vide avec quelques fragments venus avec le moule par défaut et quelques sursauts, comme un grelot.)
    Souvenirs de Macé et de ses cabanes, chez le même éditeur, elle aussi supposée professeur et très proche dans la façon de mélanger les genres, d'injecter ses idéaux — dans un sens comme dans l'autre, précisons-le bien — dans les vaisseaux de l'essai littéraire jusqu'à que la part des choses ne soit plus possible. Surtout, aussi, dans cette appétence et cette attirance pour le complotisme que je perçois. Je ne doute pas que c'est exactement ce qu'ils veulent écrire et ce que d'autres veulent lire.
  • Espèces d'espaces (1974)

    Sortie : 1974. Essai et récit.

    Livre de Georges Perec

    Dans la nouvelle « Le Fakir », Odilon Redon imaginait un ermite aménageant son espace de vie et donnant la taille de ses meubles en fonction de leur d'utilisation dans une journée. Il fallait donc imaginer un très petit lavabo mais un divan grand comme la moitié de l'appartement. Idée géniale parfaitement pérequienne !


    « L’espace commence ainsi, avec seulement des mots, des signes tracés sur la page blanche. Décrire l’espace : le nommer, le tracer, comme ces faiseurs de portulans qui saturaient les côtes de noms de ports, de noms de caps, de noms de criques, jusqu’à ce que la terre finisse par ne plus être séparée de la mer que par un ruban continu de texte. L’aleph, ce lieu borgésien où le monde entier est simultanément visible, est-il autre chose qu’un alphabet ? »

    « J’ai pensé au vieux Prince Bolkonski qui, lorsque le sort de son fils l’inquiète, cherche en vain pendant toute la nuit, de chambre en chambre, un flambeau à la main, suivi de son serviteur Tikhone portant des couvertures de fourrure, le lit où il trouvera enfin le sommeil. J’ai pensé à un roman de science-fiction dans lequel la notion même d’habitat aurait disparu ; j’ai pensé à une autre nouvelle de Borgès (L’Immortel) dans laquelle des hommes que la nécessité de vivre et de mourir n’habite plus ont construit des palais en ruine et des escaliers inutilisables ; j’ai pensé à des gravures d’Escher et à des tableaux de Magritte ; j’ai pensé à une gigantesque boîte de Skinner : une chambre entièrement tendue de noir, un unique bouton sur un des murs : en appuyant sur le bouton, on fait apparaître, pendant un bref instant, quelque chose comme une croix de Malte grise, sur fond blanc… ; j’ai pensé aux grandes Pyramides et aux intérieurs d’église de Saenredam ; j’ai pensé à quelque chose de japonais ; j’ai pensé au vague souvenir que j’avais d’un texte d’Heissenbüttel dans lequel le narrateur découvre une pièce sans portes ni fenêtres ; j’ai pensé à des rêves que j’avais faits sur ce même thème, découvrant dans mon propre appartement une pièce que je ne connaissais pas…»
  • Nouvelles et contes fantastiques (2011)

    Sortie : mars 2011. Conte et recueil de nouvelles.

    Livre de Odilon Redon

    Des textes qui n'avaient pas été inclus dans « A moi-même ». Forcément les mots d'Odilon n'ont pas et ne peuvent pas avoir la profondeur de ses célèbres noirs. Surtout, ils ne peuvent atteindre l'éclat irisant de ses couleurs, ni le poudroiement presque douloureux de son pastel (Pour cela, il faudrait des mots de poussière, de toile d'araignées, s'abolir presque mallarméemment dans la ponctuation et le blanc dans une phrase pulvérulente--_.. . ) Des mots un peu pâteux, presque lourds, qui pèsent, très fin-de-siècle façon Auguste de Villiers de L'Isle-Adam maladroit. On y retrouve toutefois le double profil de son œuvre graphique : histoires de cauchemars un peu fantastiques, l'ironie mordante (1870 très Conte de lundi de Daudet père sur le même thème) et l'aspiration romantique, puérile sans doute un peu, mais touchante, à l'Absolu et à l'Amour. Il vaut donc mieux relire son journal ou replonger dans ses dessins.

    « Les villes comme celle que ce Fakir habitait étaient d'une proportion telle que la nature exilée n'y paraissait plus. C'est à peine si quelques jardins factices créés en son enclos pour le repos et la promenade donnaient le change à ceux qui le désirent. De loin en loin, en tous quartiers, de grands emplacements étaient ornés de beaux arbres, même des cascades factices y faisaient entre leurs bruits monotones et réguliers. Le Fakir s'y promenait souvent ; au seuil même de sa demeure, on le voyait toujours seul, sous les ormes, promenant ses désirs et ses songes. »
  • L'Éveil des eaux dormantes - Les Aventuriers de la mer, tome 6 (1999)

    Mad Ship (3)

    Sortie : 1999. Roman.

    Livre de Robin Hobb

    {3/3}
    Long second tome qui baigne dans un faux rythme et se déroule au sein d'un univers ramené à de riquiqui dimensions, qui ne sait plus suggérer ses vastitudes et leurs mystères ; se cognant très vite à ses limites. Pour une saga parlant de navigation, de pirates et de l'infini de l'horizon quel dommage de se croire dans un bassin de lavoir ! Tout se goupille à qui mieux mieux ? Les personnages semblent dorénavant guidés par un haut destin déjà décidé par Sâ dans les azurs de saphir afin que tout finisse bien et non plus histoire écrite au jour le jour, raturée par leurs choix, souvent les plus mauvais possibles, et les événements précipités aux forceps par les choix des autres.


    « Les fils argentés de ses souvenirs étaient secs, et longs, et raides, et durs. Quand Shriver saisit sa portion dans ses mâchoires, elle fut étonnée de la sentir s’amollir et fondre. Alors qu’elle avalait, les souvenirs naquirent en elle, avec clarté. Comme si d’une eau trouble elle était passée dans une onde limpide. Des images éteintes d’une autre époque lui apparurent et se mirent à rayonner de couleurs et de détails. Elle baissa les paupières, extasiée, et rêva de vent sous ses ailes. »

    « "C’était le temps du changement. Nous avions remonté le fleuve loin en amont, là où le limon de la mémoire était épais et beau. Nous avons confectionné nos cocons, en nous enrobant de fil tissé de mémoire. Nos parents nous ont baignés du limon des souvenirs, nous ont donné nos noms et leurs souvenirs. Ils veillaient sur nous, nos vieux amis. Ils ont fêté le temps du changement sous le bleu du firmament. Ils se sont réjouis quand nous avons quitté le fleuve pour nous vautrer sur les berges ensoleillées, afin de laisser la lumière et la chaleur sécher nos cocons tandis que nous nous métamorphosions. Ils nous ont enveloppés, couche après couche, de souvenirs et de limon. C’était une saison de joie. Nos parents emplissaient le ciel de leurs couleurs et de leurs chants. Nous devions nous reposer durant la période froide pour nous réveiller et émerger quand les jours se réchaufferaient et s’allongeraient."»
  • Prisons d'eau et de bois - Les Aventuriers de la mer, tome 5 (1999)

    Mad Ship (2)

    Sortie : 1999. Roman.

    Livre de Robin Hobb

    {2/3}
    En plus il y a ces triangles amoureux... On se moquait de FitzEmo mais Althea, Brashen, Etta, Grag, Vivacia même ne sont pas en reste ! Cela fait ton sur ton ; rabote encore une fois le peu qui dépassait de nos gentils pions brinquebalés entre vents et marées.

    « De loin, le massacre était un spectacle plein de mouvement et de couleurs, un drame fastueux et haletant. Un homme tomba du gréement du Grincheux. Il heurta un espar, s’empêtra brièvement dedans et s’écrasa sur le pont. Hiémain grimaça au bruit du choc mais Vivacia ne cilla même pas. Son attention était fixée sur le gaillard d’avant où Averi se battait avec Sorcor. Le capitaine dardait sa lame fine et miroitante comme une aiguille d’argent sur le pirate plus massif. Sorcor para le coup avec sa dague dans la main gauche et riposta avec son épée dans la main droite. La mort dansait entre eux. Les yeux de Vivacia brillaient. »
  • Brumes et Tempêtes - Les Aventuriers de la mer, tome 4 (1999)

    Mad Ship (1)

    Sortie : 1999. Roman et aventures.

    Livre de Robin Hobb

    {Automne déjà bien entamé, hiver qui approche à grandes enjambées, il est temps de revenir aux gros pavés SF&F. Je garde le découpage en tomes par commodité.}{1/3}

    Autant je m'étais accroché à Fitz et avais aimé le suivre tourner en rond au sein des murs épais et grossier de Castelcerf, autant je ne parviens pas à embarquer de façon pleine et entière avec Althéa, Hiémain, Kennit et les autres. Hobb navigue toujours autant entre des récifs-clichés. Prise dans des tourbillons manichéens (ha le Gouverneur pervers et incompétent... Hobb ne sait pas ne pas créer de personnages purement repoussoirs... Alma caricature de Sansa de GoT dans le tome 1). Toujours traîne la patte mais ce qui faisait le charme immersif et languissant d'un quotidien à ras du sol, à suivre au poil de loup près devient ici des ronds de jambes en passant d'un point de vue à l'autre comme dans n'importe quelle série quelconque. Découpage classique, trop centré sur l'intrigue.... ; sans doute manque-t-il les passages à vides tant honnis, c'est-à-dire de quoi s'immerger, descriptions de la vie sur un bateau, croquis d'atmosphères, ambiances mieux marquées des villes. Hobb perd de sa singularité.

    Quant à la part fantastique elle est encore moins énigmatique, intrigante, intéressante que dans l'Assassin... ce qui se profile côté serpents, fûts de bois magique et fusions en tout genre, ne m'augure rien de bon.
  • Gros-Câlin (1974)

    Sortie : 1974. Roman.

    Livre de Romain Gary (Émile Ajar)

    Recevoir une œuvre c'est comme ce jeu pour enfants dans lequel il s'agit de mettre un cube dans un carré, une boule dans un rond, vous voyez le genre. Il y a surtout cette pléthore de pièces trop petites qui nous traversent ; les pièces qui s'ajustent parfaitement à nos trous et ne s'en délogeront plus (facile, confortable, parfois trop : c'est aussi nous boucher) ; ces pièces trop grandes ou irrégulières qui ne veulent pas, aux arêtes qui heurtent. Nous ne somme pas plastique pourtant. Malléables, il faut faire un peu de place. Si certaines pièces ont une forme trop éloignée et ne pourront jamais glisser, Gary est de celle qui est juste un poil trop ronde pour mes trous pointus. Il faut jouer, tourner, l'orienter un peu vers le haut. Je m'arrondis.

    Je me dis quelques fois que s'il ne s'était pas suicidé Gary aurait finit par écrire les Furtifs. Ne rigolez pas et regardons bien, tout y était déjà : la polyphonie, plus encore le polystyle (et la polis), même si pas encore réunis dans un seul livre ; le goût du Français et des jeux de mots tout en haut du toboggan du calembour, la gouaille qui aurait finit par donner des diacritiques aphones. Il s'agit souvent de se couler chez l'un comme chez l'autre : pas pour rien que ma comparaison, plus haut, m'est venue. N'oublions pas cet humanisme transi incarné dans des fables et des personnages 'bigger than life' sur le tranchant de la caricature. Enfin le mièvre, qui a saisi Damasio papa aussi rapidement qu'un poisson dans une poêle à frire. Après tout, dans Tulipe Gary ne semblait pas rejeter l'idée d'imaginer des futurs, pas toujours roses. Ou il suffit de lire le résumé de Charge d'Âmes, totalement oublié : « Ce "carburant avancé" n'est rien d'autre que les âmes, saisies par des "capteurs" et mises dans des piles. Comment réagissez-vous quand vous apprenez que [...] votre vieux voisin, un ancien résistant, est maintenant dans le moteur de votre Citroën ? »

    Le personnage de Gros-Câlin finit par s'enrouler, se faire des nœud, gober la souris et la vie.

    « Mieux que des fantômes, les furtifs seraient un phénomène d’autosuggestion. Dans les méandres paranoïaques d’une société d’hypercontrôle, Lorca et les autres se sont figuré les furtifs comme une projection de leur désir, de notre impossible capacité à nous défaire des regards, des computations et autres notations de la vie. » dit un lecteur des Furtifs.

    Le python, un furtif ?

    [extraits en commentaires]
  • Écalgrain (2017)

    Sortie : . Poésie.

    Livre de Emeric de Monteynard

    Pourquoi m'entête-je donc à aller lire de la poésie comme ça ? Celle que je trouve inutile, à peine bonne pour l'auteur à se caresser la bedaine d'avoir pu échapper à l'auto-édition. J'entends quand celle-ci coûtait plusieurs milliers de francs, puisqu'aujourd'hui il suffit de quelques clics et pouf on peut créer sa fiche sur SensCritique. (ajouter un statut, sa propre note, des propositions de partenariat avec le site)
    C'est toujours la même rengaine : je feuillette en librairie ou en bibliothèque, je survole quelque extrait sur Babelio et j'accroche. Et j'oublie toujours que ça ne fonctionne que comme ça, comme un épisode des Anges Pleureurs : dans le blink. Et comme tout cliché, comme tout prêt à penser, à écrire, à poétiser, ça ne tient pas la distance.

    Je connais la région comme ma poche et pourtant ces vagues vers de terre ne m'évoquent rien tant c'est fade, tant c'est de l'impersonnel facilement pissé dans le vent. Comme générés par une petite routine. Il y avait des générateurs à titres de livres, à synopsis de film, pourquoi pas de Guillevic ?


    « Pense à peindre ces chasses

    Sous des haies

    De ronces

    Où se tissent

    Des murs de mûres

    Et de pierres sèches. »
  • Richard Texier (2007)

    Sortie : . Essai et peinture & sculpture.

    Livre de Jean-Marie Laclavetine

    Richard Texier peintre-plasticien français. Le bric-à-brac en microcosmes similaires aux boites de Joseph Cornell, objets trouvés, mots découpés et les textures espagnoles de Tapies. Dans ce petit catalogue d'une petite exposition quelconque de province, des tableaux de la série Chaosmos. Cornell aussi aimait les vieilles gravures du ciel où les constellations ressemblent à des statues figées dans leurs principes actifs. Des cieux que l'on aimerait rejoindre. Cela n'a rien d'original. Cela ne pisse pas loin comme on dit, mais ça se tient, en sa propre cohérence maintenue de ses références évidentes // surréalisme, Miro, Cornell // et de ses propres qualités plastiques — plaisir de regarder, farfouiller de la cornée. Libre à chacun d'ajouter ce qui manque, ce qu'il veut, ce qu'il connaît ou ignore.

    « Toute notre expérience de la peinture comporte en fait une considérable partie verbale. Nous ne voyons jamais les tableaux seuls, notre vision n’est jamais pure vision. » disait Butor.
  • Êtes-vous fous ? (1929)

    Sortie : 1929. Roman.

    Livre de René Crevel

    5,5

    Il y en a(vait) plusieurs des comme ça sur SC dont je suis incapable de paner ce qu'ils baragouinent, jets acides ou longues tartines... « c'est pas faux ! » Dans le romantisme à piétiner (à petits petons), je préfère toujours Laforgue, dans les hallucinations pleines de femmes je préfère plutôt Desnos, dans l'angoisse entr'aperçue, je garde encore Artaud. Je dois admettre que je n'ai jamais été un grand doux-dingue du parapluie greffé à la machine à coudre. Assurément, je demeure insensible à la pompette-rie du champagne glacé dadaïste ; pas même gueule de bois, ça me refile juste la migraine.
    Le plus gros défaut d'E-vf? est de vouloir absolument raconter des trucs bidules-chouettes, personnages affreux, plus bariolés que hauts en couleurs, pseudo-intrigues bordéliques à qui mieux mieux mais peu intéressantes une fois dépliées. Les instituts, sanatorium en tous genres, cliniques sexuelles quand la machine doit faire irruption dans le charnel, à chaque fois que j'en croise, ça me fait bailler. Crevel est à son mieux lorsqu'il devient simili-agressif, petit roquet qui aboie.


    « Ses yeux ? des étoiles qui s’éteignent, deux feux follets rentrés à l’écurie. Avec des transparences de souvenirs, d’acides raclures de ciel et déchets d’astres, il essaie, quand même de se recomposer un visage : son visage continué par un cou ; son cou… et ainsi de suite, mais les morceaux de lui-même se joignent mal, ne semblent plus faits les uns pour les autres.
    De sa chair, de ses volontés, ne demeurent que lambeaux de brouillard, tronçons de torticolis. »

    « Et surtout regrette ce gouffre lyrique dont pas une sonde n’eût touché le sol. Tu as peur des saisons et des mains nues. Ta jeunesse, toute d’os et de mâchoires, tu l’as reniée. Tu portes des gants de laine et des algues douces, mais traîtresses, tapissent tes heures. Tu n’es guère profond, et, cependant, tu ne plongeras point en toi-même, car ton pied tâtonnant ne saurait trouver, pour donner contre, l’ultime rocher. Pourquoi, d’ailleurs, voudrais-tu revenir à la surface, toi qui cueillis non des perles, mais d’anecdotiques coquillages.
    Tu t’accroches à des histoires. Tu étreins des mots, tu te réjouis d’éprouver la moindre palpitation des faits. Tu ressembles à un homme qui s’étranglerait rien que pour la joie de sentir la vie pantelante sous sa peau du cou. »
  • La Mort grotesque chez Jean Giono (2000)

    Sortie : . Essai et littérature & linguistique.

    Livre de Béatrice Bonhomme

    « Dès lors tout se mêle dans l'univers gionien, rien n'est fermé ni fini, les attitudes des vivants ressemblent fort à celles des morts, Janet mort regarde toujours le calendrier des postes et les membres des morts continuent à être parcourus en tout sens par le tumulte des muscles et des os qui semblent en révolte comme des rats dans un sac. »

    L'essentielle qualité de cet essai est de replonger dans l'œuvre elle-même, sous un éclairage qui n'est pas vraiment nouveau puisque ces thèmes apparaissent à tout lecteur un tant soi peu attentif, mais sous la lampe frontale à miroirs du médecin qui en redonne la juste mesure, c'est-à-dire une moelle épinière de l'œuvre manosquine. Cet essai s'adresse à l'amateur aguerri, et il vaut mieux connaître déjà, puis se souvenir des romans, Bonhomme ne prenant pas de pincettes, tout de go dans les extraits sortis ruisselant de leur bain. Soit dit en passant, elle touche assez peu aux essais, chroniques, articles et semble oublier le théâtre ; l'influence de certains peintures, Bruegel.

    In fine, la part de Bonhomme reste des plus minimes. Elle donne à voir, rassemble, paraphrase plus qu'elle n'analyse et quand elle s'y essaie cela reste superficiel, redondant, mal structuré et scolaire. Sur la forme itou, cela fait corrigé de cours : elle abuse du gras, italique, surlignage jusqu'à en devenir peu lisible. Autre hic, toutes les citations sont données avec la tomaison/pagination de la Pléiade mais sans la mention du roman dont elles sont tirées... Typographie aux fraises avec les susdits surlignages qui commencent trop tôt ou s'arrêtent trop tard, mordant la parenthèse, des doubles espaces quand il n'en faudrait pas, caractères collés, des mauvais tirets à tire-larigot...


    « Ainsi les viscères, les boyaux, peuvent devenir d'extraordinaires océans, le foie est semblable à un océan où la sonde ne touche jamais le fond et conduits à des Malabars, des Amériques, de somptueuses navigations dans des espaces tendus d'un double azur ; la seule vraie carte anatomique c'est une carte de géographie avec des Indes orientales en vrai. C'est ce territoire intérieur où nul ne peut être traqué, où, pour les grands amoureux de la liberté, la liberté est seule possible.
    Le cœur vient de l'océan violet, du foie et de ses abîmes émergent les meilleures raisons du monde, sans oublier le boyau culier qui donne de l'espace et du lyrisme. Le corps ouvert est ainsi promu à une autre dignité, et s'élargit aux dimensions d'un espace autre. »
  • À ce stade de la nuit (2014)

    Sortie : . Essai.

    Livre de Maylis de Kérangal

    Lampedusa prétexte à la divague nocturne. Kerangal renoue avec son esthétique de la topographie ; dans RlV le corps s'ouvrait, grand carré de bœuf écartelé, carte tatouée étendant ses nerfs partout. Dans ce texte, Kerangal inverse la vapeur : à partir de simples toponymes, puis cartes, elle (tente d') étendre des vies anonymes. Il faut imaginer un globe terrestre dérivant des vieilles infographies représentant le WEB avec ses fils d'argent et d'or sillonnant le globe.

    Ces images me viennent avant lecture de ces extraits : « Elle aussi est traversée de traces en pointillé gras ou maigre, courants océaniques de surface provoqués par les vents, ou déplacements en profondeur activés selon la température, la densité, la salinité de la mer, mouvements qui tous reconstruisent une topographie. »

    ou bien :
    « j’ai visualisé les parcours innombrables qui s’entrecroisaient à la surface de la terre, ce maillage choral déployé sur tous les continents, instaurant des identités mouvantes comme des flux, et un rapport au monde conçu non plus en termes de possession mais en termes de mouvement, de déplacement, de trajectoire, autrement dit en termes d’expérience. J’ai divagué sur un chant qui décrirait, énumérerait, ramasserait toutes les songlines en une seule forme, ce chant du monde. »

    et encore :
    « Je me dis parfois qu’écrire c’est instaurer un paysage. Les îles, et plus encore les îles désertes, sont pour cela des matériaux de haute volée, leur statut géologique amorçant déjà une écriture, portant un récit. Essaimées sur la mer, les îles surgissent comme des creusets à fictions, ou des aimants dispersés sur l’imaginaire. Elles émergent soudain, formes finies au milieu de l’infini, formes dont on peut saisir les contours et que l’on peut tenir dans un seul geste, comme on tient un caillou dans son poing, comme on cadre une image dans l’objectif de l’appareil photo, c’est un espace clair qui impose ses contours, créant aussitôt un dedans et un dehors : les îles sont comme des idées. Désertes, elles fascinent. Opèrent comme des réserves, captent les histoires et abritent les hommes depuis la création du premier poème. »

    Indices d'un style déjà reconnaissable entre milles ou preuve d'un texte prévisible qui roule les clichés ?
  • Acadie (2017)

    Sortie : . Science-fiction.

    Livre de Dave Hutchinson

    C'est bien l'humour caustique, jusqu'au côté Ian M. Banks dans les noms des vaisseaux, et la verve sarcastique de son personnage principal, qui donnent son sel à un récit au premier abord somme-toute classique et (en apparence) sans grand relief. Bien que directement cité, il aurait fallu, à mon goût, aller un peu plus loin dans la boscherie (ainsi que l'aspect kafkaïen, lui aussi explicitement évoqué) pour réellement faire contraste avec l'aspect potache des Écrivains cosplayeurs et saisir toute l'horreur du pot-aux-roses. A l'instar des Meurtres de Molly Southbourne, l'horreur se cache dans nos replis, plus que dans les Grands Anciens du Grand Ailleurs Vide. L'histoire reste en tête, continue de faire tourner ses engrenages, malgré ce final remâché : indice d'une nouvelle réussie.

    Acadie pourrait marcher comme un diptyque avec les doubles astéroïdes de Greg Egan. [beaucoup des UHL pourraient ainsi se coupler l'un à l'autre, face visible et face cachée]
  • Les Vanilliers (1938)

    Sortie : 1938. Roman.

    Livre de Georges Limbour

    Limbour écrit sur du papier coton à la pipette. L'encre, sympathique évidemment, goutte à goutte, s'y dissout en corolles, petites irisations tout de suite bues, veinules, capillaires qui vont distiller la quintessence — les parfums, les rêves, la violence, le stupre. Comme si un corps avec son foie, ses reins, sa ceinture de vésicules et sa bandoulière d'organes au court bouillon faisaient office de distillerie la plus fine. [Quelques jours plus tard je retrouverai avec les plus grandes délices cette métaphore chez Giono. CQFD !] L'ironie, la tendresse, les franges du fantastique toujours bordées, je commence à m'inscrire dans un coin de ciel une petite constellation d'écrivains plus ou moins oubliés (des ensablés comme les appelle Hervé Bel) qui, même à la fin du début du XXe siècle osaient rêver, à rebours et dans les rebonds : Deltheil, Limbour, Audiberti, Richaud, d'autres sur le bout de la langue, ceux à découvrir. Je crois bien que j'utiliserais l'Odilon Redon des pastel pour les illustrer.
  • Tout l'art de Star Wars : Les derniers Jedi (2017)

    The Art of Star Wars: The Last Jedi

    Sortie : décembre 2017. Beau livre et cinéma & télévision.

    Livre de Phil Szostak

    Si la direction artistique des Dernier Jedi me semble, face à son résultat qu'est le film, ratée, elle m'apparaît plus intéressante et peut-être plus pérenne que celle du septième opus car moins proprette, moins confortable, presque un peu trash, brouillonnée. Si l'on reste dans le respect du passé, la reprise de motifs et le faux retour aux source qu'est Ralph McQuarrie, il ne s'agit plus de tomber dans l'iconisation à outrance virant idolâtrie écervelée. Ni d'ailleurs au simple iconoclasme dilettante comme tente de le faire le scénario. L'équipe de SWVIII tente des choses, propose quelques nouveautés ; bien entendu, la moitié d'un pur mauvais goût mal venu empiré dans la sauce des pixels CGI (toute la planète-casino, les divers animaux, les grosses scènes d'action), et l'autre moitié qui pourrait bien plus marquer les esprits que la soupe claire du VII.

    Comme trop souvent, les concept art mis au rebus, c'est-à-dire les premières ébauches, brouillons griffonnés sur un coin de tablette qui n'ont pas été gardé, semblent toujours plus intéressants que les résultats gardés. Force du SI... ?
  • Les Saisons et les Jours (1933)

    Lamb in His Bosom

    Sortie : 1933. Roman.

    Livre de Caroline Miller

    Les traducteurs devraient travailler sur des séries. Assurément, ils adorent les titres qui suivent certaines formules, évoquant tout de go d'autres ouvrages. "A Childhood : The Biography of a Place" de Harry Crews a été arbitrairement traduit « Des Mules et des Hommes ». "Lamb in his Bosom", prix Pulitzer 1934, est ici transformé en « Les Saisons et les Jours ».

    Titre artificiel toutefois pertinent. Caroline Miller délivre un livre naturaliste qui s'attache aux plus infimes, aux plus menus détails, charmants ou terribles, de la vie paysanne en Géorgie vers la mi-XIXe siècle à l'orée de la guerre de Sécession. Une vision proche et précise jusqu'à en devenir non pas froide mais dans un style qui n'aurait pas la chaleur ni la promiscuité que l'on pourrait en attendre — Steinbeck féminin, sorte de version étasunienne de Colette ? Miller reste à distance malgré toute l'empathie qu'elle a pour ses personnages, pleurant et souffrant pour eux. Malgré, voire plutôt à cause de, l'enquête qu'elle a pu conduire, elle survole presque en ukiyo-e, en vue cavalière. Mêmement, malgré la débauche de plantes, fleurs, recettes sur le pouce, aucunes papilles, aucune narine ne s'activent.

    Peut-être manque-t-il un éclat d'ironie dans l'œil face à ces personnages pétris malgré tout de Bible, baignant dans une moraline protestante mêlé à de rances superstitions et de gros bouts de racisme. A lire Caroline Miller, et à se renseigner sur sa vie, on la comprend proche de sa Cean, qui se répète que le plus grand bonheur possible pour une femme serait de savonner le plancher tout en pondant de la marmaille pour son mari... ces personnages parlent et pensent comme de grands enfants... Beaucoup de sentimentalisme, de religiosité, de dolorisme.
    Le bat blesse également du côté narration. Non pas par son absence, il se passe bien des choses mais au faux rythme, étrange chaloupement d’ellipses, d'accélérations, de glissements. Bref, mi-figure et mi-raisin.

    [Outre, il y a ces livres, que connait tout lecteur, où l'on s'englue... à lire lentement, page à page, quand la lecture devient une sorte de traînée de bave d'escargot. Le plus souvent il ne s'agit pas du livre en lui-même, ni de sa qualité ni de sa propre appréciation... simplement un alignement des astres malencontreux tout ce qu'il peut y avoir d'extrinsèque et faire irruption pour teinter bon gré mal gré.]

    [+ extraits en commentaires]

    //A explorer : les Pulitzer avoisinants, similaires. T.S Stribling, Thornton_Wilder.//
  • L'Histoire des arts (2000)

    Sortie : . Poésie.

    Livre de Daniel Kay

    La poésie qu'un français sur trois, vieil homme à la retraite ou professeur durant des congés de pâques, doit écrire et laisser moisir dans ses fonds de tiroirs. De ceux qui ont trop lu Guillevic et sa volonté de saisir le piqué du quotidien. Ou du Prévert qui n'ose pas lorsque les mots tentent de jouer entre eux. La promesse facile de peintre fait que je tombe dans le panneau. Inoffensif et quelconque. Poésie homéopathique baignant dans une vétuste imagerie de bibelots de mamies et d'angelots qui n'ont même pas cette prime violence apocalyptique et prophylactique de Dyttas la croisadeuse, vétuste imagerie associée systématiquement, avec morgue et comme sous contrainte avec un élément moderne par poème, pour tenter... je ne sais... quelque friction, coups de silex, étincelle ? 0 feu. Je préférerais encore la poésie qui parlerait de Facebook, Snapchat, Instagram, etc. C'est au moins de son temps.


    « Il est enfin venu l'Avril
    infaillible se coller à la chair des
    filles (ô vergers !) le bonheur en
    bandoulière, des promesses plein les
    poches : à coups d'annonce à
    coups de bluff : vienne la transe dans les prés et la rafle lumineuse et les corps éreintés
    à bout de souffles (sylphes)
    le printemps en cavale »

    « Cessez donc de regarder les anges se battre
    dans les champs, à la porte des Citadelles,
    sous le
    feu des projecteurs : croupes d'anges
    bercées de près, (ou combien même)
    relatées
    sur tous les tons de la parole verticale
    diffusée à l'aube des salutations dans
    le petit dimanche solaire
    encombré d'effigies. »