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  • Journal d'un chat assassin

    Diary of a Killer Cat

    Sortie : 1997. Roman.

    Livre de Anne Fine

    Achachin !
  • La Main gauche

    Sortie : 1889. Recueil de nouvelles.

    Livre de Guy de Maupassant

    « Il vociférait comme un prophète antique, dune voie furieuse, sous le ciel étoilé, criant, avec une rage de désespéré, la honte glorifiée de toutes les maîtresses des vieux monarques, la honte respectée de toutes les vierges qui acceptent de vieux époux, la honte tolérée de toutes les jeunes femmes qui cueillent, souriantes, de vieux baisers. »
  • La Main coupée (1946)

    Sortie : 1946. Autobiographie & mémoires.

    Livre de Blaise Cendrars

    Avec Cendrars comme avec Calet la guerre paraît horrible mais semble surtout affaire de copains. Où le plaisir peut se cacher bon gré mal gré. C'est trouver un liseré d'argent dans le gaz moutarde pour paraphraser les Anglo-saxons. Non pas histoire d'aveuglement ou de minimisation mais absence totale de misérabilisme, pas l’ombre d’un apitoiement. Là est le pouvoir de certains auteurs et de leur verve, c'est-à-dire de leur regard, de leur nez. Appelons cette chose par pure praticité : l'ironie. La plus légère possible, la seule valable, l'unique valide qui ne se réfugie pas dans les froidures de l'esprit pour virer au cynisme mais celle qui se confond avec la tendresse, l'humanité et son socle la lucidité.
    C'est que comme chez le dit Calet il ne s'agit pas simplement de dénoncer la boucherie évidente, de juste réifier à un grand troupeau mené à l'abattoir ces peuples sacrifiés mais de montrer des gens hauts en couleurs et larges en âme, surtout d'en dresser des portraits à leur hauteur !


    « En pleine bataille, alors que nous poursuivions les Allemands que nous avions délogés du boyau des Marquises, où ils s’étaient désespérément accrochés, et que nous faisions un bond en avant, Angéli est tombé la tête la première dans des feuillées. Après le baroud nous revînmes à trois sur nos pas voir s’il avait réussi à s’en dépêtrer tout seul car nous n’avions pas eu le temps de lui porter secours dans le feu de l’action. Cela avait été un éclat de rire quand nous l’avions vu basculer dans le trou puant ; maintenant nous restions là, horrifiés. Angéli était mort asphyxié, la tête dans du caca allemand, les jambes au ciel. Une tinette débordante. Un ciel vide. Deux jambes écartées en forme de « V ». Un détail. Un mort de plus parmi des milliers et des dizaines de milliers d’autres, tous plus ou moins grotesques. Ce n’est pas possible. Je l’ai déjà dit. Dieu est absent des champs de bataille. Il se tient peinard. Il se cache. C’est une honte.) »
  • Clients casse-couilles (2020)

    Sortie : . Autobiographie & mémoires et culture & société.

    Livre de Cynthia Renoux

    Si Delerm est un boomer, voici la version milléniale.

    Des « anecdotes » pas même cocasses encore moins rocambolesques à l'inverse de je ne sais plus quel très bon blog (qui a aussi fini publié) qui avait le mérite de présenter des situations ubuesques ou incongrues, peu imaginables pour le commun des mortels traités avec une certaine verve. Renoux est brute de décoffrage et sans emballage, minimum syndical, donc sans humour, sans recul. Pire, cela vire à la leçon, à la condescendance. (Wow ! madame a un bac ES et une licence en langues ? elle a certainement mouché la cliente hautaine !)
    Il ne s'agit pas d'attendre un ouvrage de sociologie. Mais l'anecdote est un art consommé qui, s'il est maîtrisé, procure plaisir aussi facile que fugace. Le piment tient donc en grande partie à sa façon d'être racontée : mise en place, montée ni trop rapide ni trop lente qui laisse entrevoir la suite, chute paradoxalement attendue et surprenante et pourquoi pas explications adventices. Delerm lui y ajoute au moins un petit tour de son cru. Une préparation confuse ou trop rapide et la fin tombera à plat, l'historiette finira en queue de poisson. Comme dans notre cas présent. En tout cas l'anecdote ne me semble pas pouvoir tourner à l'aigreur et baigner dans l'attendu.
    L'impression que le lecteur garde alors est que même les clients pourraient écrire ce livre à force de les voir et de les entendre aussi tous ces gros lourdauds.
  • Et vous avez eu beau temps ? (2018)

    Sortie : . Roman.

    Livre de Philippe Delerm

    'C'est tellement ça !'
    Oui oui les petites phrases du quotidien, l'hypocrisie au jour le jour, ces piques aussi importantes que bénignes. Delerm a fondé, non pas son œuvre, il a écrit des romans après tout, paraît-il, mais sa renommée sur cette dissection du menu pourtant omniprésent <omnipressant> de nos vies quelconques. Décortiquer, disséquer, scruter au microscope, tout ça. Étrange comme toutes les recensions finissent par se ressembler... Au demeurant, j'ai une certaine attirance pour ce projet qui ne peut qu'aller s'épaississant, se fonder sur l'accumulation de petits faits, de grands riens. Qui sait ? Peut-être aura-t-on un jour Delerm en Pléiade, nouveau Saint-Simon, La Bruyère de notre époque ? Instantanés d'une fin de XXe siècle. Déjà fanés. Enfin... des vies des petits occidentaux qui s'en sont sortis pas trop mal par atavisme, par rapport à d'autres. Un peu comme la leçon de vie de Soul : cela ne marche que pour un % étroit de la population. Encore donc cette ambiance de petit prof de province de la fin des années 90 (n'est-ce pas dans une telle bibliothèque que je l'ai déniché ?). Bien fait, Delerm maîtrise assurément sa propre forme et son propre ton, ses delêrmes. Reste reste que ça ne pisse pas très loin. Nous sommes dans la chronique radio.


    « Ah ! comme il est perfide, le « N’oubliez pas ! » de l’omniscient. Parfois, c’est une prise de hauteur à double détente, presque un truisme – « N’oubliez pas que l’Angleterre est une île ! » – mais dont il fait son miel avec une dramaturgie de la finesse qui contraint à réviser le stéréotype. Ah oui, dans sa bouche la phrase veut dire bien plus qu’elle ne dit ! Il a ce don de voir de si haut que les maximes à ras de terre se gonflent à l’hélium et montent au ciel de la subtilité. »
  • À la belle étoile (1944)

    Sortie : 1944. Récit.

    Livre de Joseph Delteil

    Peut-on tomber amoureux d'un écrivain ? Je le crois. Et j'ai mille amants. À chaque lecture, pouf pouf, c'est coup de foudre. (Et je titrerai l'un de mes livres « Universel dans ce petit canton nocturne »). Pourtant, pourtant, c'est ici comme chez Pagnier la même imagerie du Jésus et de la tendre Marie cachée dans les draps du ciel. Plus tard, il écrira sur Jeanne d'Arc, François d'Assise, refondera les Évangiles. C'est d'un panthéisme chrétien ou l'inverse exalté déjà lu cent fois au début du XXe siècle (il s'en fâchera d'avec les Surréalistes, honni de Breton). Delteil décrit donc le chant du monde du côté des pyrénéennes, les poitrines à relâcher sous les amandiers, les montagnes dressées, les collines où errent les pâtres et leurs troupeaux. Alors à quoi la différence, l'acceptation dans un cas et le refus dans le précédent ? Je ne sais et cela tient doute à un rien, à un tour dans la langue, un chantourné des plus doux qui se love dans mes côtes, le plaisir de sentir, ressentir, une simple raffinerie dans le mot.


    « Le passage du jour à la nuit est plein des mélancolies du Vendredi-Saint. Un dieu agonise : la lumière. Pièce à pièce, voici s'abîmer l'édifice de clarté, germer le palais du scintillement. Comme ces préludes vont loin dans les moelles de notre pauvre corps ! Un oiseau de proie tout aiguisé d'un dernier soleil rase le sol. L’inapaisable besoin dans ses serres étincelle. Le dessin de ses ailes est le dessin du couperet. »

    « Les fillettes les mieux perdues avaient poussé des cris délivreurs. Étincelantes d’effroi et de puberté, elles se reculaient, froissant les feuilles de leurs robes froissées, une main tremblante sur l'épaule de leurs galants. Ceux-ci déjà se levaient, un à un, farauds et théâtraux sous ces olives en herbe. Heureux de faire montre de quelque pauvre courage d’un sou, et malgré tout pris au piège de l’aventure des nuits. L'un d’eux coupait déjà un bâton à la haie, qu’il brandit tout à coup haut dans le ciel avec retentissement. Nous faisions cercle autour de l’arbre inspiré, fascinés et à demi conquis par notre propre émoi. L'homme a soif de secret et de sortilèges; il se complaît parmi les mirages; mirage lui-même, toujours le pas des fées au no man's land du ciel lui fit lever les yeux hors de l’entendement.
    Dans la fourche de l'olivier, la blanche ampoule luisait tendrement. Nous ne bougions mie. Les deux instincts de la religiosité et de la chasse se contre-battaient dans nos artères et jusque dans nos gourdins. »
  • Les Vies simultanées (1994)

    Sortie : . Poésie.

    Livre de Dominique Pagnier

    Francis Jammes sans la caresse de la versification et le sépia de l'éloignement temporel. Ha douce France, tendre pays, etc. Cette poésie du petit Jésus (qui n'est pas exactement cette imagerie laïcisée, reprise et reprisée par d'autres écrivains attirés surtout par les sacrifices, les autels à torsades, les grands coups d'ailes blanches, à laquelle je reste très sensible : pure esthétique), de la gentille Marie, des halos des lampes îlots de clarté dans les campagnes assombries au crépuscule. Une certaine esthétique rassurante, confortable, bien connue, déjà imagée. En parallèle, des morceaux plus personnels, évoquant des pères revenus de la guerre, une famille, l'enfance dans l'Est, à demi-mots plus tendus : trop brumeux.


    « Au réveil, les chambres sont conçues d’air, de feuilles et de branches pour que soit gardée le plus longtemps possible l’odeur de rousse laissée par la féerie du dimanche, et dans les cours des fermes violettes, encombrées d’outils de la mélancolie, vaquent les veuves, la hanche luxée par l'ouvrage nocturne de l'ange.

    Sous la glace du seau repose la tête de la hache mise à gonfler par l’homme l’autre été ; le visage du vieux magicien borgne des forges nordiques s’y montre terrorisant le bétail libre tandis qu'ailleurs le Kraken s’ébranle imperceptiblement avec des bruits ferreux de gare de triage. »
  • Fête Nationale et autres poèmes

    Sortie : . Poésie.

    Livre de Laurent Tailhade

    Des petits poèmes cinlants, piquants mais qui s'avaporent immédiatement ; satire aux noms oubliés. ars brevis, vita longa. Des Mon Chéri, un peu écoeurant, pas les meilleurs. Fallait-il réellement aller le repecher ?
    Deuxième facture plus classique, façon Symbolisme et Parnasse tardif sans perdre de sa pique, de l'auto-dérision qui fait défaut à tant de poèmes, anciens et modernes. Acéré, chantourné, vénéneux, tuberculeux, glaires d'or (les histoires de suc siéent à merveille à la poésie : analogie de l'alchimie, de l'étincelle dans l'homoncule mal dégrossi).

    « Wagner, chimiste qu’exténue
    Le grimoire du nécromant,
    Distille, au fond de sa cornue,
    La salamandre et l’excrément,
    Et le crapaud que, doctement,
    Assaisonne la verte oseille.
    Pour que soit clos, en un moment,
    L’homuncule dans la bouteille.

    Catarrheux, il étreint la Nue.
    Fi de la Belle-au-Bois-Dormant !
    Fi de la galloyse charnue,
    Du mignon et de la jument !
    Gaûtama ! le renoncement
    Absolu que Ton Doigt conseille
    Préside à cet accouchement :
    L’homuncule dans la bouteille.

    Plus de vérole saugrenue !
    Plus d’argent-vif ou d’orpiment !
    Hélène, avec sa beauté nue,
    Intoxique le jeune Amant.
    … vous donc tout simplement,
    Au coin du feu, sous une treille ;
    Puis décantez modestement
    L’homuncule dans la bouteille

    Envoi

    Fleur des gitons, Prince Charmant,
    Nonpareille est cette merveille
    Offerte à votre étonnement :
    L’homuncule dans la bouteille. »



    « Croutelevés et marmiteux
    De Nevers, de Chartre ou de Tulle,
    Spatalocinèdes piteux
    Couverts de gale et de pustule,
    Ce bourgeois qui récapitule,
    -Étant ladre mais folichon, -
    Le quantum de votre sportule,
    C’est de la viande de cochon.

    Philistins gâteux, ce sont eux,
    Les miteux, que chacun gratule,
    Malgré leurs gestes comateux,
    Leur ventre et leurs doigts en spatule!
    Gazons ceci de quelque tulle:
    Ô Pétrone! faut un bouchon
    Quotidien dans leur fistule.
    C’est de la viande de cochon.

    Tous, notaires galipoteux,
    Monteurs de coups et de pendule,
    Dentistes, avoués quinteux,
    Tous, le jobard et l’incrédule,
    Violent, moyennant cédule
    Et tous, pour ne payer Fanchon,
    Citent les Devoirs de Marc-Tulle:
    C’est de la viande de cochon.


    Envoi.

    Roimez, le singe de Catulle,
    Paul Gébor et madame Chon,
    Nana-Saïb et sa mentule,
    C’est de la viande de cochon. »
  • Quoat-Quoat (1948)

    Sortie : 1948. Théâtre.

    Livre de Jacques Audiberti

    Q-Q n'est pas la toute première pièce d'Audiberti mais sa première pièce jouée sur des planches. Ce qui change totalement la donne, nous sommes d'accord.

    Théâtre métaphysique... plus qu'absurde, malgré le coq à l'âne et le vin des âmes fortes. Quelques années plus tard Ionesco atteindra la renommée mondiale, ainsi que les Sartre et les Camus avec leur théâtre programmatique mais ce théâtre d'Audi' a les paupières encore lourdes des sels du siècle précédent. Peut-être est-ce pour ça ce personnage qui préfère choisir la mort - le néant - à la souffrance de voir les écailles tomber de ses yeux. Décillé.
  • Au bout des comédies

    Sortie : . Roman.

    Livre de Michel Jullien

    Jullien est de ces auteurs virguleteux et tirailleurs adeptes de la densification à outrance. Nous ne sommes jamais, avec lui, dans la légèreté. Jullien est donc de ces auteurs que l'on soupçonnera, semble-t-il systématiquement et immédiatement, de se servir (cela serait-il tricherie ?) un dictionnaire de synonymes. Comme si posséder et utiliser à loisir un large panel de mots et si pouvoir voltiger d'un champ à l'autre étaient chose impossible, interdite, licencieuse... Cette suspicion automatique en dit long sur le lecteur, d'avantage que sur l’auteur, soit dit entre parenthèses...

    Dans Compagnies tactiles, Jullien prenait les proèmes de Ponge pour venir souffler dedans, les gonfler, les étaler de toute sa verve synonymique et répétitive, perdant dès lors cette concision et cette précision tant dites, ou plutôt cette fausse simplicité touchant l'évidence dans la bride. Idem ici mais ce seraient les Vies imaginaires de Schwob que Jullien viendrait boursoufler et diluer, aspirant toute leur vie et leur rapidité qui en faisait le suc.

    Or cela me va à demi, pour un temps. Auto-caricature de l'auteur autant que de son public. L'on s'enferme à la fin, et il serait tant de sortir des sentiers que l'on s'est soi-même délimités.

    Portraits à la loupe fendus, hagiographies au microscope en ses aberrations chromatiques : poussière d'or et couronne de cendre, les doigts tartinés d'encre et barbouillés de sang. Rien de bien neuf sous le soleil scrutateur.

    La phrase dense, diluée - incrémentant les adjectifs - aspirant la vie. Phrase qui ne se soulève jamais, ne trompette pas, ne sonne pas même faux car ne sonnant que trop rarement. Jullien, amateur de typographie, de gravure, de calligraphie, de géologie, toute cette tactilité : est-il seulement sensible et attentif à la part orale de l'écriture ?
  • Si je t'oublie Jérusalem (1939)

    If I Forget Thee, Jerusalem

    Roman.

    Livre de William Faulkner

    Il fallait bien s'y résoudre. Ho je n'ai pas pour autant tout lu, il me reste bien Monnaie de singe et le monolithique Parabole, le pêle-mêle des nouvelles, quelques essais et poésies de jeunesse. Cela était pourtant la dernière œuvre majeure du sudiste qu'il me restait. Repoussé pour garder l'explosion finale (j'ai aussi le Hussard prêt à être dégainé de ma besace au confinement saison 3) mais aussi car excentré, loin de ce comté que je ne sais toujours pas prononcer, ni même écrire, de tête mais fini par dompter.

    Peut-être le style est-il aussi un peu à part, peut-être l'histoire de Charlotte, par son intensité, son caractère tragique, annoncé, fait-elle pâlir celle du forçat et son camaïeu de marron et ses carcasses atroces dont le potentiel mythologique n'est jamais totalement atteint.

    Ma porte de sortie, au moins ses gonds qui crissent, annoncent le claquement ; mais peut-être la meilleure porte d'entrée pour qui voudrait découvrir Faulkner.

    Dans un article, François Pitavy traducteur ayant révisé celle de Coindreau parvient à saisir ce qui fait toute la spécificité de la phrase faulkner : « Cette rhétorique du suspens dans une phrase longue, parfois immense, non menée à une résolution syntaxique, recourant de plus à la dénégation, a un autre effet — suspendre les défenses logiques du lecteur pour mieux libérer son imaginaire, ce qui tend à favoriser la connotation aux dépens de la dénotation : elle lui fait perdre pied, comme le flot du Mississippi ou de la passion emporte les protagonistes et balaie leurs défenses. Perdre pied pour mieux fantasmer : comme libérés d’une syntaxe qui les assujettit, les mots se rechargent alors de toute leur force originelle. Telle est en un sens l’ambition mallarméenne. N’est-ce pas là aussi que s’origine l’extraordinaire puissance du verbe faulknérien — la force de son envoûtement, très exactement sa puissance de séduction ? »
  • L'Enfance attribuée (1995)

    We Were Out of Mind with Joy

    Sortie : 1995.

    Livre de David Marusek

    6,5

    Publié en 1995, pourtant c'est un monde post-cyberpunk des plus prophétiques que Marusek nous dépeint (par petites touches et non tunnels d'exposition), n'ayant qu'à pousser les curseurs de la pulpe des doigts : nano-technologies pour nous disséquer, nous démonter, nous remonter jusqu'à la moindre cellule [ha les fantasme des vaccins à puce 5G par Billou !] ; IA pour nous accompagner, nous connaître dans une surveillance totale mais consentie ; les réseaux pour nous exhiber où chaque publication se comptera en millions de vues devant de véritables guillotines virtuelles.

    Tout dérape pour le protagoniste et cela ne viendra pas forcément d'où on l'attend. Le titre, tant VF que VO, un quelque peu trompeur sur la marchandise, nous laisse attendre une histoire différente.

    Nous pourrions résumer cette novella à un bon gros bad buzz soudain, gratuit, virulent et à une cancellation totale ; un White Christmas [Black Mirror] poussée à l'extrême.



    « De plus en plus, ma propre vie me faisait l'effet d'un roman russe, lu voilà bien longtemps. Je pouvais m'en rappeler les grandes lignes, mais les noms des personnages m'échappaient. »


    « — C’est exactement ce que la Milice voulait savoir. Alors ils vous ont désassemblé.

    — Quoi ? Comment ?

    — N’importe lequel de ces constats leur conférait l’autorité légitime. Ils n’ont pas eu la patience de vous sonder gentiment et en douceur, alors ils vous ont inoculé assez de nano-agents pour remplir une piscine.

    — Quoi ? Complètement ?

    — Toutes vos fonctions biologiques ont été interrompues. Vous avez été légalement mort pendant trois minutes.

    Il me fallut un moment pour comprendre ses propos.

    « Et qu’ont-ils découvert ?

    — Rien, que dalle, nada, concèda le chef de la sécurité. Votre scanner cellulaire s’est révélé normal. Ils n’ont même pas pu obtenir de la sangsue qui vous a arrêté, ou d’une autre, qu’elle reproduise les rapports initiaux.

    — Donc la sangsue était défectueuse ?

    — Nous les avons forcés à reconnaître que ce pouvait être le cas.

    — Ils m’ont donc réassemblé, laissé partir, et voilà ? »
  • L'Autre Hémisphère du temps

    Sortie : 1995. Essai.

    Livre de Gérard Macé

    « Depuis j'ai lu comme on navigue : d'abord à l'estime, puis avec un crayon comme au-dessus des cartes marines. Avec les compagnons d'Ulysse j'ai attendu que le vent tourne ou revienne, j'ai affronté des fortunes de mer, j'ai vu des rivières charriant de l'or et des continents qui changeaient de forme. J'ai vu disparaître sur terre le royaume du prêtre Jean et celui de la reine de Saba, pendant qu'à la surface des eaux s'évanouissaient les sirènes. »

    Que disais-je déjà à propos des portulans, de l'astrolabe, du défrichement des ailleurs ? La Géographie (toujours un peu fantasque, presque fantastique — c'est aussi une histoire de dessin et de plume ces réticules, ces flèches cardinales, ces volutes de fleuves, ces boucles de remous ; il y a le même plaisir qu'à suivre les rinceaux d'une feuille d'acanthe) comme assise à une rêverie qui, aussi soluble et sèche soit-elle, reste tant et tant attachée, ancrée à quelque méridien, à une pincée de dates et de noms appris par cœur.

    « Le Portugal qui fut maître du monde, mais un monde où toutes les terres n'étaient pas émergées, ressemble aujourd'hui à une maison de repos entourée d'un vaste jardin où se côtoient les plantes des deux hémisphères, le chou et le cactus, l'hortensia et le palmier ; où les senteurs sont celles d'un vent venu de loin, comme ces graines qui ont trouvé là, dans la fraîcheur des sous-bois, une humidité propice à une seconde vie.

    En plein été, les tons froids de la verdure et du ciel bleu ont les vertus d'un linge mouillé sur un front malade. Comme dans ces églises où la moitié supérieure ensoleillée par l'or est un cerveau en proie au délire, calmé par le décor bleu et blanc des azulejos, au-dessous de ce qui ressemble à une ligne de flottaison.

    Dans ce décor on peut s'abandonner à la tristesse au goût saumâtre, non pas celle de la solitude ou de l'exil éclairée par trop de soleils noirs, mais celle de la saudade et de son trop-plein, tout simplement la vie qui s'écoule »
  • Abimagique (2007)

    Sortie : 2007. Nouvelle.

    Livre de Lucius Shepard

    Quelque chose du Gnosticisme et de son mauvais Démiurge là-dedans. Dans quoi est-il allé se fourrer les pieds ? On ne saura pas vraiment, fine résille de possibilités se superposant en palimpseste, et c'est tant mieux. À part ça, ne suis guère fan de ce type de narration très maline pleine de petites phrases percutantes et de références de la pop-culture. C'est que je vois, derrière, au Fond, le labeur de l'auteur.
  • Dans les coulisses de Alien (2019)

    The Making of Alien

    Sortie : . Beau livre et cinéma & télévision.

    Livre de J.W. Rinzler

    On a toujours plus ou moins statué sur le fait que, condamné, Ridley Scott avait été peu essentiel au succès d'Alien, simple catalyseur, chef d'orchestre au mieux, pour les Giger, les Giraud, les Foss et les O'Bannon ; ce que ses derniers films viendraient prouver avec éclat.

    Pourtant dans ce pavé truffé de citations et de documents c'est Scott tient la barre droite, ne lâche rien, force pour obtenir ce qu'il estime meilleur, fait montre d'un sens du détail acharné, tout ce qui a bel et bien aidé à faire d'Alien ce qu'il est devenu, c'est-à-dire plus qu'une simple histoire de monstre gluant dans un vaisseau spatial. Peut-être un peu malgré-lui, n'en doutons pas, admettons, à cause du budget fondant, du manque de temps, des producteurs venant réfréner ses goûts parfois grandiloquents.

    C'est dès lors O'Bannon qui apparaît sous son plus mauvais jour et en devient même carrément antipathique. Son script originel, outre l'idée du chestbuster, paraît bien kitsch, telle une sorte de caricature de série B (ces dialogues...) avec beaucoup de Prometheus dedans : vieux tropes, symbolisme lourdingue et tout aussi ringards sont ses concepts inutilisés de tentacules, méduses, poulpes de l'espace.
    O'Bannon sera donc amer, parasite sur le tournage, ayant étrangement l'oreille attentive et complaisante de Scott. O'Bannon vexé que l'on vienne tailler et affiner son script, que l'on sabre dans ses mauvaises idées, aigri face aux bonnes idées qu'il n'aime pas, pourtant devenues mythiques. Et à la fin, tenant mordicus que c'est son histoire — reprise à toutes les autres histoires du même acabit — fait une quenelle grosse comme l'Alien phase IV aux autres scénaristes pour s'en attribuer la paternité...
  • Nos mères

    Sortie : . Roman.

    Livre de Antoine Wauters

    Nature morte au citron (ce jaune Verdier), aux dattes, à la calcédoine et au quartz. Citron pressé, sec, l'écorce racornie est amère et la pulpe est acide. Un pays très similaire au Liban. Un pays du bassin méditerranéen à la guerre lointaine pour ce petit village de montagne, malgré tout si proche quand les bombes s'approchent. Un cri, une longue litanie, un peu d'humour, des accents quasi-fantastiques. Un pays calcifié de poussière et de soleil qui refuse aux cadavres le droit même de pourrir en tout tranquillité, juste se dessécher comme du caramel fondu : « Le soleil rayonnait sur cette pourriture, Comme afin de la cuire à point » ; puis la seconde partie, nature morte aux champignons, à l'herbe mouillée, au granit. Construction désaxée, trifide.


    « On possède son cadavre.
    On le nourrit de noisettes au sucre et de sésame en nougat. Le soir, on le fait s'allonger, boire et fumer dans la roche très tendre qui nous sert de lit de camp, avant de le laisser se rendormir tout contre nous emmailloté tel un bébé.
    Et ainsi repose-t-il au plus sur endroit, à l'abri des regards, dit Charbel. A l'abri de la pourriture surtout, ajoutons-nous. »

    « Notre tête tourne, oui tourne, quelque chose de terrible, Et nos yeux, on les a recouverts d'une fine pellicule crème, on en a fait des os broyés, de la neige carbonique, des copeaux de bois vert ou Dieu sait quoi encore, on n'y voit rien du tout dans cette cage d'escaliers. Sauf qu'à présent le voilà, planté devant nous comme une écharde dans un drap blanc roulé sur lui, grand-père, avec ses os qui saillent de partout pire que des lames de rasoir et on pleure et ça, ça, c'est pour de vrai.
    Elles non, elles ne pleurent plus. À la place, elles gobent une nouvelle poignée de ces pilules qui font glisser leurs yeux derrière des masques durs, de quartz et de topaze, armures et boucliers avec lesquels elles arpentent la maison, comme des fantômes, en oubliant jusqu'au nom de leur père et l'existence de leur enfant.
    Et elles se couchent alors de tout leur long sur la terrasse et nous laissent seuls, une fois encore. Seuls, avant que nous ne perdions connaissance. Seuls, avec un nouveau cadavre dans les bras. »
  • Chasse royale III (Rois du monde, 4) (2019)

    Sortie : . Roman et fantasy.

    Livre de Jean-Philippe Jaworski

    Cela lasse à la longue ces combats sans fin, ces combats à 1 contre 100, ces combats de la dernière chance où les lances traversent le bouclier à un poil de cheveux de la gorge, ces armures scénaristiques. Le charme de J.P. Jaworski, tant dans cette saga celte que dans son Vieux Royaume, me semble résider ailleurs.


    « Il nous faut un moment pour regagner les marais de la Nicra. Dans ce pays familier aux courbes douces, où la vue porte loin si l’on marche à découvert, nous trottons avec la circonspection du renard, louvoyant de breuils en bosquets pour rester inaperçus. Quand enfin nous nous glissons dans les joncheraies bruissantes qui couvrent les étangs, l’amertume me serre le cœur. J’ai élu pour repaire un îlot dans le méandre d’un bras mort ; quiconque ignore le gué envahi de roseaux qui y conduit risque de se fourvoyer dans des vasières. Ce refuge, voilé par la végétation, abrite encore une vieille cabane de pêcheur qui s’affaisse doucement sous le poids des saisons. Il s’agissait naguère d’une des cachettes où je retrouvais Caturigia. Y avoir logé les fils de Cigetoutos et ma jeune grand-mère me donne le sentiment de profaner mes propres secrets. »
  • L'Exil et le Royaume (1957)

    Sortie : 1957. Recueil de nouvelles.

    Livre de Albert Camus

    L'engoncement de tout un chacun. Chercher à s'en décoquiller, à faire éclater la châtaigne qui nous rend hérisson — ne parlons pas de joug, de chaînes cela est trop fort ? La bête qui criait moi au centre du Monde. Des âmes, des cœurs et des paysages pour les accompagner, les entourer, les auréoler, se contaminant l'un l'autre par radiosité.


    « La hauteur vraiment extraordinaire des plafonds, et l'exiguïté des pièces, faisaient de cet appartement un étrange assemblage de parallélépipèdes presque entièrement vitrés, tout en portes et en fenêtres, où les meubles ne pouvaient trouver d'appui et où les êtres, perdus dans la lumière blanche et violente, semblaient flotter comme des ludions dans un aquarium vertical. De plus, toutes les fenêtres donnaient sur la cour, c'est-à-dire, à peu de distance, sur d'autres fenêtres du même style derrière lesquelles on apercevait presque aussitôt le haut dessin de nouvelles fenêtres donnant sur une deuxième cour. "C'est le cabinet des glaces", disait Jonas ravi. »

    « L'homme regardait le fleuve, en contrebas, signalé seulement par un large mouvement d'obscurité, piqué d'écailles brillantes. Une nuit plus dense et plus figée, loin, de l'autre côté, devait être la rive. En regardant bien, cependant, on apercevait sur cette rive immobile une flamme jaunâtre, comme un quinquet dans le lointain. Le colosse se retourna vers la voiture et hocha la tête. Le chauffeur éteignit ses phares, les alluma, puis les fit clignoter régulièrement. Sur le talus, l'homme apparaissait, disparaissait, plus grand et plus massif à chaque résurrection. Soudain, de l'autre côté du fleuve, au bout d'un bras invisible, une lanterne s'éleva plusieurs fois dans l'air. Sur un dernier signe du guetteur, le chauffeur éteignit définitivement ses phares. La voiture et l'homme disparurent dans la nuit. Les phares éteints, le fleuve était presque visible ou, du moins, quelques uns de ses longs muscles liquides qui brillaient par intervalles. De chaque côté de la route, les masses sombres de la forêt se dessinaient sur le ciel et semblaient toutes proches. La petite pluie qui avait détrempé la piste, une heure auparavant, flottait encore dans l'air tiède, alourdissait le silence et l'immobilité de cette grande clairière au milieu de la forêt vierge. Dans le ciel noir tremblait des étoiles embuées. »
  • Éloge de la folie (1511)

    Stultitiae laus

    Sortie : 1511. Essai.

    Livre de Érasme

    Le contre-poids à la Nef des fous. L'un rigide, sec, admonesteur, réfrénant toute pente, plus proche d'un sermon aux accents savonarolesques ; l'autre truffé d'humour, pétillant d'intelligence, de clairvoyance, d'auto-dérision.
  • Tarnac

    Sortie : . Roman.

    Livre de Richard Millet

  • Par-delà le visible

    Sortie : . Essai.

    Livre de Carlo Rovelli

    Bords, réseaux, pullulement, mousse, probabilités et information.

    Peu client de cette histoire de la pensée se dressant comme juge du Jugement dernier, distribuant les bons et mauvais points, ceux ayant eu "raison" (qu'importe si par hasard, par apparence, faisant fi du reste), les génies visionnaires, et les autres relégués peu ou prou à la ténèbre, à l'obscur. Comme en mythologie comparée le rapprochement me paraît surtout dans l'arbitraire d'un regard et partant pas si pertinent. Du moins pas autant que Rovelli veut le ressasser.
    Sur le reste, je suis bien entendu trop peu compétent pour juger et la vulgarisation de Rovelli me semble parfois pêcher par souci de clarté ou de simplicité. Perdre pied n'est-il pas le propre de ces sujets ? Au mieux puis-je décider ce qui m'attire le plus — esthétiquement — les boucles ou la corde ?


    « La matière est répartie en cent milliards de galaxies, chacune comprenant cent milliards d’étoiles, et elle est constituée de champs quantiques, qui se manifestent sous forme de particules, comme les électrons ou les photons, ou bien d’ondes, telles les ondes électromagnétiques qui nous apportent les images de la télévision et la lumière du Soleil et des autres étoiles.

    Ces champs quantiques décrivent les atomes, la lumière et tout le contenu de l’Univers. Ce sont des objets bizarres : chacune des particules dont ils sont composés n’apparaît que quand elle interagit avec autre chose, se localisant en un point, tandis que quand elle est seule, elle s’ouvre en un "nuage de probabilités". Le monde est un grouillement de faits quantiques élémentaires, plongés dans la mer d’un grand espace dynamique houleux.»
  • Quand je tourne mes films (2016)

    Eiga wo torinagara kangaeta koto

    Sortie : 2016. Autobiographie & mémoires.

    Livre de Hirokazu Kore-eda

    400 pages d'intelligence, de vivacité, de profondeur, d'humour et d'humilité non feinte. Kore-Eda revient sur l'importance de la télévision et du documentaire, dans sa pratique du cinéma et dans son ADN de réalisateur. Ce qui, je trouve, se voit dans la plupart de ses films.

    La politique, plutôt le politique, joue un rôle non indéniable et peut-être moins visible, ou plutôt sous des atours chatoyants, dans ses films les plus connus. J'en viens alors à penser qu'il serait le réalisateur idéal pour une adaptation de L'Homme qui mit fin à l'Histoire de Ken Liu !
  • Écrits sur l'art

    Sortie : juin 2001. Aphorismes & pensées et peinture & sculpture.

    Livre de Jean-Auguste-Dominique Ingres

    Ces écrits ne sont pas comme pour d'autres artistes, peintres mais aussi hommes de lettres, une suite réfléchie et mise à l'écrit sciemment dans le but d'être lue mais un recueil de ses nombreux cahiers personnels, de diverses lettres et de paroles prononcées reprises par ses élèves et réunis de façon posthume dès la fin du XIXe siècle. Il faut garder cela à l'esprit : aphorismes et affirmations péremptoires. Quelques phrases viennent lézarder l'image figée d'Ingres.

    Aime-t-on encore Ingres ? Il n'est plus du goût de notre temps. Peintre de longue carrière, haute figure nationale pourtant balayée par les courants suivants. Raphaël ci et Raphaël ça ! (ok je suis d'accord) et Titien. Les Anciens, les Antiques. Fustigeant la nouvelle génération qui ne sait plus peindre, invoquant la justice du Temps qui le replacera à sa juste valeur (ou pas). Ok Boomer a-t-on envie de lui dire.

    Aime-je Ingres ? Mon goût est balancier : je ne suis certes pas insensible à son hiératisme, à la fameuse pureté de sa ligne claire, mais ses tableaux me restent tableaux : ni plaisir brut de la matière elle-même ni scène prenant vie pour venir happer. Néanmoins à force d’impressionnismes, de romantismes pâteux, de tous les autres -ismes et abstractions en tout genre, l'œil redemande parfois de ce figement linéaire, de revenir à David, Ingres, Flandrin, quelques vieux Allemands, de ces linéaments à glacis pour se rincer (puis vite retourner à la vie).
  • Le Savon (1967)

    Sortie : 1967. Poésie.

    Livre de Francis Ponge

    « Il y a beaucoup à dire à propos du savon. Exactement tout ce qu’il raconte de lui-même jusqu’à la disparition complète, épuisement du sujet. Voilà l’objet même qui me convient.»

    A dire, à voir, Ponge nous montre, fait mousser les mots et les images. Ses dossiers ont toujours eu l'air de petites bulles pléthoriques comme il dit. Où les répétitions, variantes, variations, sont bienvenues. Il le dit lui-même : comme en musique. Tenter de tout lire d'une traite alors, pour garder en mémoires ces rubans.


    « Il n’est dans la nature, rien de comparable au savon. Point de galet (palet), de pierre aussi glissante, et dont la réaction entre vos doigts, si vous avez réussi à l’y maintenir en l’agaçant avec la dose d’eau convenable, soit une bave aussi volumineuse et nacrée, consiste en tant de grappes de pléthoriques bulles.
    Les raisins creux, les raisins parfumés du savon.
    Agglomérations.
    Il gobe l’air, gobe l’eau tout autour de vos doigts.
    Bien qu’il repose d’abord, inerte et amorphe dans une soucoupe, le pouvoir est aux mains du savon de rendre consentantes, complaisantes les nôtres à se servir de l’eau, à abuser de l’eau dans ses moindres détails.
    Et nous glissons ainsi des mots aux significations, avec une ivresse lucide, ou plutôt une effervescence, une irisée quoique lucide ébullition à froid, d’où nous sortons d’ailleurs les mains plus pures qu’avant le commencement de cet exercice. »
  • La Face cachée des fesses (2010)

    Sortie : . Beau livre, culture & société et peinture & sculpture.

    Livre de Edward Lucie-Smith, Alina Reyes et Xavier Girard

    Des intervenants, c'est-à-dire des journalistes, critiques, artistes, des écrit-sur-tout, lâchent des miettes d'évidences ou de généralisations simplifiées et qui ne se refuseront jamais deux-trois blaguounettes.

    Si l'on ne pouvait attendre un ouvrage de sociologie sur un sujet qui doit être passionnant bien traité, l'iconographie n'est pas si étonnante que cela non plus, des statues préhistoriques évidentes aux publicités modernes (ou des années 90's) et toute la suite occultée.
  • Merveilleux scientifique (2020)

    Sortie : . Beau livre, culture & société et science-fiction.

    Livre de Jean-Luc Boutel

    Déso pas déso mais 0/10 du point de vue éditorial. Déjà, rappelons qu'à peu près tout ce que fait les Moutons est dorénavant systématiquement propulsé par un Ulule.... Admettons, la passion, le partage, les soucis financiers.

    Mais je ne peux m'empêcher de rire sous cape en voyant le terme 'beau-livre' brandi sur la quatrième de couverture pour ce fascicule souple d'à peine 100 pages que l'on s'attendrait plutôt à trouver chez les marchands de journaux chaque semaine. (surtout lorsque, comme moi, l'on est friand de catalogues d'expositions, de Mazenod et d'Hazan) À côté zéro annexes, pas l'ombre d'une bibliographie, d'une chronologie, de biographies, de portraits. Même les deux expositions citées dans cette même quatrième de couverture ne sont ni nommées ni datées... Un texte rapide, brouillon qui ne sait pas où se placer ni sur quel pied danser, (d'un coup pouf le je apparaît), engoncé entre des images qui paraissent disséminées au petit bonheur la chance, sans construction.

    Mais le sujet est pourtant si intéressant...
  • Domitien (1959)

    Sortie : 1959. Théâtre.

    Livre de Jean Giono

    7/10 pour Domition ; 6/10 pour Joseph à Dothan

    Le théâtre de Giono peut, lui aussi, facilement et aisément (faussement) se diviser en deux grands segments contrastés. Joie délicieuse du dialogue, de la gouaille légère qui coule hors du gosier que l'on croyait rêche, qui chatouille l'oreille. Puis le politique déguisé sous les oripeaux du vieux romanesque. Tout aussi délicieux.

    Dommage qu'il n'ait pu suivre son idée de gouaille pour les frères assassins de Joseph, on y perd la fleur de ses dialogues.


    « LÉVI
    On parle beaucoup de vérité au moment de mourir.

    JOSEPH
    Qui peut m'empêcher de rêver d'étoiles ?

    LÉVI
    Ce puits. Ce puits t’empêchera de rêver d'étoiles. »

    {Aller lire Caligula, pointer les différentes, l'opposition ? Les accointances ?}
  • Détails vus au Louvre (2009)

    Sortie : 2009. Beau livre et peinture & sculpture.

    Livre de Nadeije Laneyrie-Dagen

    Disons la phrase habituelle : je n'ai rien appris. Clairement ce n'était pas le but de cette lecture. C'est un ouvrage grand public, le genre à même de plaire à celui qui dit aimer mais n'avoir pas le temps (car ne le se faisant pas). Tout de même, cela fait un petit quelque chose de retrouver ces tableaux vu mille fois dans des salles arpentées mille fois. Surtout, à l'ère des images hautes-qualités zoomables à souhait et à satiété jusqu'à saturation, le choix imposé de détails permet un regard neuf sur ces œuvres. Ce qui assurément me manque de plus en plus. À la longue, l'amateur frôle le glaucome (la taie sur l'œil de sa culture, de ses connaissances, de son souvenir, de ses auteurs) et dans l'infobésité visuelle, face à cet horizon grand ouvert à tous les vents, ne sait plus où donner de la tête.

    Trois bémols qui semblent aller à l'encontre de la promesse du livre : les tableaux choisis restent les grandes stars du Louvre ; les détails restent très narratifs et non joie pure de la matière dans son épaisseur et ses coups de pinceaux ; le texte aussi court soit-il est des plus neuneus. Il faudrait donc refaire un second volume avec les « trésors cachés », les petits tableaux mal aimés cachés dans les salles sous les toits jamais visitées — parfois de grands peintres — et de plus gros détails, au plus près de la peau.
  • Terreur de la peinture, peinture de la terreur (2015)

    Sortie : 2015. Essai et littérature & linguistique.

    Livre de Paul Audi

    Certes.

    « Que nous soyons de l’étoffe sur laquelle naissent les rêves, nul n’en doute, assurément, mais que tous ces rêves virent au cauchemar, il faut l’art pour nous le rappeler. Et cela pour une raison, une seule, qui est double comme notre duplicité :  "le trop de désir et le si peu de justice".

    Dixit Michon. Fini d’errer, nourris du vin des cavernes et du biscuit de la route: nous avons trouvé là Xe lieu ef la formule. Celle-ci tient en dix mots. Le trop de désir et le si peu de justice. À répéter, ad libitum… Et cependant, voilà que d’un Tiepolo à l’autre, la route aura été déviée, la roue des mondes aura tourné, et cela sans que l’on ne regarde jamais à la dépense, et sans non plus que l’on ne redouble d’épards envers la vie, ce sort qui nous est fait. Et comme il se doit, nous ne cessons, sans multiplier les tours et les détours, de revenir à la même place et à l’état mirifique de fantômes. Or dans cette position que voit-on? Que le temps des grandes chasses, celles des gibiers idolâtrés et redoutés, divins et tyranniques, s’éternise. Et que tout est fait pour qu’à tout moment se forge la scène du crime.

    L'Histoire a beau être un jeu à somme nulle, il n’en demeure pas moins que pour Michon, le tour est joué. Il s’est joué en l’espace d’un immense petit livre. Une fois la boucle bouclée, une fois la pierre du sépulcre roulée en sens inverse, l’écrivain pouvait bien s’autoriser à lâcher la plume en attendant le retour de la grâce. Je veux dire: en attendant son retour en grâce auprès de cette Grâce dont il fut le premier à dire qu’elle agrandit l’esprit. Si la littérature existe pour consumer nos certitudes, il ne fait aucun doute que sur ce plan au moins, Michon n’a pas démérité. »
  • La Nuit sexuelle

    Sortie : . Beau livre.

    Livre de Pascal Quignard

    Le verbiage quignardeux me laisse de marbre et de glace ainsi qu'un arrière-goût d'amertume poussiéreuse. Étant donnée la complaisance des critiques pour son œuvre depuis 20 ans, je dois passer à côté de quelque chose... (même si ces critiques tendent à reprend à leur compte la quignardise. peut-être est-ce un beau miroir flatteur ?) Limite si ses phrases les plus simples et les plus percutantes ne finissent pas par perdre tout sens pour moi. Je n'y comprends rien, je lis un sabir. Mais Quignard n'est pas muet pour autant, loquace il est. B(i)a(i)sant à qui mieux-mieux ses vérités obscurcies et ses simili-évidences para-psychanalytiques sur un méli-mélo poussiéreux et guindé de Bible, toujours citée en latin, la bonne mythologie gréco-romaine. Nous n'irons jamais puiser ailleurs.