Journal de Bord 2017 - Films

Avatar Jurassic Liste de

375 films

par Jurassic

Comme l'an passé (http://www.senscritique.com/liste/Journal_de_Bord_2016_Films/1143740), la liste est annotée. Toutefois, je ne promets pas d'être aussi régulier, études (et mollasserie aigüe) obligent.

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  • L'Opérateur (1928)

    The Cameraman

    1 h 15 min. Sortie : . Comédie, romance, drame et muet.

    Film de Buster Keaton et Edward Sedgwick avec Buster Keaton, Marceline Day, Harold Goodwin

    ◄ Vu le 1er Janvier ►

    Histoire de récupérer du réveillon la veille et démarrer l'année en douceur, rien de mieux qu'un Buster Keaton de bon matin ! Court mais blindé d'idées, un concept simple mais vecteur de mille possibilités tant narratives que visuelles, que Keaton exploite à bloc, avec la même science du rythme et du découpage qui a fait la légende de ses plus grandes œuvres, voilà qui a de quoi remettre d'aplomb ! La ville reste un immense terrain de jeu pour Keaton, et l'intrépide cascadeur n'hésite pas à se mettre en danger à l'image de cette scène où le bougre court après un bus et se jette sur le garde-boue de la roue, ou à moindre mesure le plongeon peu académique à la piscine où ces folles montées et descentes des escaliers filmées en un travelling vertical anthologique. Mais le plaisir de la cascade n'est évidemment rien pour le cinéaste face à la poésie que celle-ci peut lui offrir, par cette déclaration d'amour à l'outil cinématographique même, les gaffes du personnage le conduisant à filmer des images magnifiques comme celle d'un paquebot massif flottant dans les rues de New York ou l'immortalisation par la caméra de la jolie romance liant Sally, la belle au grand cœur, et ce gentil nigaud qu'on adore tant. Intemporel et rafraichissant, me voilà paré pour attaquer sereinement la nouvelle année !

    [8/10]
  • Father and Son (1981)

    Foo ji ching

    1 h 33 min. Sortie : . Drame.

    Film de Allen Fong avec Shi Lei (1), Zhu Hong (1), Yung Wai-Man (1)

    ◄ Vu le 1er Janvier ►

    Allen Fong jouit d'une belle réputation auprès des amoureux du cinéma indépendant de Hong Kong, il s'agit ici de son tout premier film, multi-récompensé aux cérémonies et festivals locaux, et œuvre phare de la Nouvelle Vague hongkongaise. C'est amusant que j'ai vu "Father and Son" après "Le Caméraman" car il partage avec le Buster Keaton le même type de mise en abyme, le cinéaste qui discute de son art à travers ses personnages. Il y a une belle scène où un frère et une sœur projettent l'ombre d'un dessin esquissé sur un papier transparent à l'aide d'une bougie, sur un mur, et chacun propose sa propre représentation de leur paternel. D'une, l'allégorie est évidente, et de deux, l'idée de la bougie cadre avec la mise en scène très artisanale à laquelle s'adonne Allen Fong, caméra épaule filmant dans un style proche du documentaire la vie d'une famille pauvre de Hong Kong. L'entreprise ne manque pas d'idées et touche par sa sincérité mais pêche, je trouve, par un récit et des personnages aux développement trop triviaux. Les thématiques que brasse le film, la tradition contre la modernité, les obligations familiales contre les ambitions personnelles etc. sont intéressantes mais traitées sans valeur ajoutée, sans génie. C'est un beau film toutefois, que je conseillerais aux amateurs.

    [7/10]
  • La Rue rouge (1945)

    Scarlet Street

    1 h 42 min. Sortie : . Drame et thriller.

    Film de Fritz Lang avec Edward G. Robinson, Joan Bennett, Dan Duryea

    ◄ Vu le 1er Janvier ►

    Pour "La Rue Rouge", Lang réengage la même équipe (gagnante) que celle de son frère siamois "La Femme au Portrait". Tourné dans le même studio, avec le même chef opérateur et le même trio d'acteurs principaux, le film poursuit sa réflexion sur le crime et la culpabilité en s'interrogeant cette fois sur les raisons qui peuvent pousser un homme droit dans ses bottes à l'assassinat. Si Edward G. Robinson tuait uniquement pour se défendre après un quart d'heure du premier film et était ainsi déresponsabilisé aux yeux du spectateur, Lang s'attarde cette fois plus longuement sur les prémices du crime, sur la relation trouble qui le lie à Joan Bennett, et cette dernière à Dan Duryea, et étudie par ce biais jusqu'où peuvent mener les jeux de manipulations, comment le dupeur devient dupé et vice-versa. La mise en scène est superbe, le tout est scénographié avec le soin chirurgical habituel du cinéaste, et la direction d'acteurs est bien sûr au poil, mais j'ai été légèrement moins captivé, je trouve que cet opus gagne en profondeur psychologique ce qu'il perd en singularité. J'ai l'impression d'avoir déjà vu ça ailleurs disons, Lang ne transcende pas particulièrement son sujet. Mais comme seconde face d'une même pièce, "La Rue Rouge" est un complément intéressant à "La Femme au portrait" (et quoi qu'il en soit un film de qualité).

    [7/10]
  • Au Gré du courant (1956)

    Nagareru

    1 h 57 min. Sortie : . Drame.

    Film de Mikio Naruse avec Kinuyo Tanaka, Isuzu Yamada, Hideko Takamine

    ◄ Vu le 2 Janvier ►

    Je remarque qu'avec Mikio Naruse, je suis presque systématiquement dans les choux toute la première demi-heure. Les expositions sont longues, mettent en jeu des dizaines de personnages nouant entre eux des relations assez vagues que l'on éclaircira plus tard, des lieux variés sur lesquels on donne peu de détails... Je me doute que c'est un problème culturel, mais les noms japonais, je ne les retiens pas, et je suis incapable de distinguer une maison de geishas d'une maison "normale" par exemple. Pour faire simple, mon labeur a doublé ici, la première heure m'a complètement largué. Mais j'ai aimé, même si je serais bien incapable d'expliquer précisément pourquoi, je ne devais pas être dans un bon jour. En fait, ce qui a retenu mon attention, ce sont ces grandes actrices, Tanaka, Takamine, Yamada, Sugimura, Okada, qui insufflent une personnalité riche à leurs personnages, elles vivent, et même si je le répète, il m'aurait fallu dessiner un petit arbre en parallèle pour tout saisir, j'ai cru en ces personnages, et chacune des conversations entre Oharu et ses maîtresses sont de véritables petits bijoux d'écriture tant on se lie d'affection et on apprend à connaître cette servante alors que l'on ne sait finalement rien de son passé. Mais on vit avec elle tout simplement. J'aime énormément la fin également, où le déclin de la maison de geishas se fait plus criant que jamais, au son des chants de deux geishas inusables et de la machine à coudre de Hideko Takamine, bien consciente qu'une page doit être tournée et qu'il lui faut maintenant prendre en charge seule l'avenir de sa famille.

    [8/10]
  • Bande-annonce

    César et Rosalie (1972)

    1 h 50 min. Sortie : . Drame et romance.

    Film de Claude Sautet avec Yves Montand, Romy Schneider, Sami Frey

    ◄ Vu le 5 Janvier ►

    Je suis fasciné par la capacité de Sautet à filmer la vie, le réel et le vrai alors même qu'absolument tout est calculé, et d'une précision technique aussi implacable qu'elle nous est éclatante. Ce timing parfait, ce jeu d'acteur chargé de délicates variations, ces petits moments de pause en forme d'interlude où seule avec les images se fait entendre la belle musique de Philippe Sarde, ces longues focales permanentes, zones de flou et points gracieux, ces obsessions plastiques (observer seul en silence à travers une vitre, mêler à l'environnement scénique des éléments naturels en mouvement (la pluie, la fumée de cigarette, le vent... le décor est toujours animé, l'atmosphère mouvante), faire scintiller la mer etc...) témoignent d'une maîtrise quasi-dictatoriale du metteur en scène sur son film, mais n'atténuent pourtant jamais une seconde la vérité des personnages. Subtilement mélancolique, "César et Rosalie" m'a surpris par sa richesse tonale, mais aussi par le triangle amoureux qui en évite soigneusement absolument tous les travers habituels, à commencer par la relation entre un grand Yves Montand et un étonnant Sami Frey, deux hommes jaloux l'un de l'autre mais qui s'apprécient et ne cherchent aucunement à se nuire, seulement à rester auprès de la femme qu'ils aiment. Romy Schneider est radieuse, comme toujours. C'est un cinéma on ne peut plus complet.

    [8,5/10]
  • Bande-annonce

    Les Nuits blanches (1957)

    Le Notti bianche

    1 h 47 min. Sortie : . Drame et romance.

    Film de Luchino Visconti avec Maria Schell, Marcello Mastroianni, Jean Marais

    ◄ Vu le 6 Janvier ►

    S'il y a bien une chose que j'aime par dessus tout dans le mélodrame, c'est son irréalisme, la magie qui en émane, la pureté absolue des sentiments des personnages. Le courage d'oser en faire un petit peu trop, c'est très souvent ce que je recherche au cinéma. Je ne sais pas si "Les Nuits Blanches" est un mélodrame à proprement parler, mais il correspond en tout cas à tout ce que je viens de dire, c'est un film véritablement magique, impossible et pourtant beau à tout point de vue. Le quartier de la vieille Livourne reconstitué en studio est superbe, le petit pont, les canaux, la ville au loin d'où étincelle la lumière des lampadaires en arrière-plan peint, tout est là pour nous plonger dans une atmosphère onirique enchanteresse, sujette à l'épanchement de toute la vaillance picturale que l'on aime chez Visconti, qui compose avec son génial directeur de la photographie Giuseppe Rotunno un très beau clair obscur. À ce sujet, le film porte bien son titre. Maria Schell est lumineuse en ingénue, Mastroianni exaltant en amoureux transi, et s'il ne signe pas sa meilleure partition, Nino Rota ne manque pas de grossir un peu plus le pouvoir émotionnel des "Nuits Blanches". Une belle réussite.

    [8/10]
  • Bande-annonce

    Le Vent (1928)

    The Wind

    1 h 35 min. Sortie : . Muet et comédie dramatique.

    Film de Victor Sjöström avec Lillian Gish, Lars Hanson, Montagu Love

    ◄ Vu le 7 Janvier ►

    J'aime beaucoup mais il y a une chose qui m'ennuie, qui me pose souvent problème avec le cinéma muet et qui est extérieure au film, c'est la musique, enregistrée bien sûr des années après sa sortie au cinéma, sans le concours du metteur en scène. Ici, elle ne colle que rarement aux images, c'est du meublage atmosphérique qui tend à assommer plus qu'autre chose. Je ne sais jamais quoi faire, couper le son ou essayer d'en faire abstraction ? Pour voir, j'ai tenté les deux, je suis finalement revenu à la musique pour le final afin que l'émotion soit plus "intense" mais très franchement, je pense qu'à l'avenir, je me renseignerai, et si aucune piste musicale n'a été définitivement adoptée par le monde cinéphile, je le regarderai sans un son. Parce qu'après tout, les images sont sublimes et suffisamment puissantes pour prendre en haleine son spectateur. Lillian Gish le disait elle même "I thought the novel perfect for a motion picture as it was pure motion". Le vent, c'est de la cinématographie pure, c'est une puissance mystérieuse, invisible, increvable qui s'empare de tout l'espace, balaye la terre et souille les esprits, sans le moindre effort. On ne peut lui résister, il ne s'arrête jamais et met tout en branle. Ainsi, impossible de s'ennuyer devant un film qui ne cesse de bouger, d'obséder, de cumuler les idées géniales (le cheval, la folie progressive de Letty) et des trucages très impressionnants de surcroît. Seule la fin précipitée m'a déçu mais on en connaît les raisons.

    [8,5/10]
  • Bande-annonce

    Rêves (1990)

    Yume

    1 h 57 min. Sortie : . Sketches, drame et fantastique.

    Film de Akira Kurosawa avec Akira Terao, Mitsuko Baishô, Toshie Negishi

    ◄ Vu le 7 Janvier ►

    On ne le répètera jamais assez mais Coppola, Lucas, Scorsese, Spielberg, cette génération de jeune cinéastes américains admirateurs du cinéma de Kurosawa qui le sortent de la dépression, lui confient d'importants budgets dont il peut disposer comme il l'entend, c'est incroyable, c'est un miracle, encore plus quand l'auteur en question livre une œuvre aussi aboutie qu'un "Kagemusha" sans mettre à mal son intégrité artistique et son identité japonaise (bien que ce point-ci fasse débat), ça me sidère. "Rêves" est moins bon, il n'affiche pas les mêmes ambitions, Kurosawa nous propose simplement une virée reposante et étonnante dans son imaginaire à travers huit courts skectches, pratiquement tous incomplets, inachevés mais créatifs. L'ensemble est inégal mais élaboré et construit avec soin, le héros prenant de l'âge à chaque épisode, il affronte d'abord des étrangetés sur un ton léger, puis le film s'aggrave, se fait plus sérieux et dénonce les dommages du nucléaire, avant de conclure sur l'espoir d'un retour à la vie en harmonie avec la nature. Le propos est assez naïf, probablement trop, mais il n'est pas difficile de se laisser porter par les ambiances colorées d'un maître en pleine possession de ses moyens artistiques du haut de ses quatre-vingts ans.

    [7/10]
  • Bande-annonce

    L'Aveu (1970)

    2 h 19 min. Sortie : . Drame, historique et thriller.

    Film de Costa-Gavras avec Yves Montand, Simone Signoret, Gabriele Ferzetti

    ◄ Vu le 8 Janvier ►

    Je pourrais rapprocher mon rapport à "L'Aveu" avec celui que j'entretiens avec "JFK", soit deux films militants, très engagés, très forts, documentés, soignés autant sur le plan de la mise en scène, de l'écriture que de l'interprétation... Mais deux films aussi légèrement handicapés (à mes yeux) par un entassement d'informations qui pousse le metteur en scène à accélérer le rythme de son accusation, à aligner pièce sur pièce l'une après l'autre tout en tâchant de "distraire" son spectateur par un montage énergique et nerveux, des effets de style qu'on pourrait dire typés Nouvelle Vague (du rembobinage, du jump-cut...), une narration non-linéaire, beaucoup d'idées formelles qui vont de pair avec l'état de fatigue et d''angoisse dans lequel se noie le personnage d'Yves Montand (formidable comme d'habitude). Le pari est réussi, "L'Aveu" ne m'a jamais perdu dans son discours et je n'ai pas eu le sentiment d'une étude vulgarisée des dérives communistes au sein de son propre système. Costa-Gavras use habilement de ses procédés de mise en scène pour transmettre ses idées politiques dans un film à la fois populaire et pertinent sur le fond, mais c'est cette manière de rechercher sans arrêt l'indignation de son public, de faire monter en lui le sentiment d'injustice par une réalisation un poil épaisse qui me gêne. Je ne mets pas en doute la véracité des faits, je suis seulement plus partagé quant à la manière de les mettre en scène. J'aurais aimé un film plus sobre, et plus subtil en fin de compte.

    [7,5/10]
  • La Lettre écarlate (1926)

    The Scarlet Letter

    1 h 20 min. Sortie : . Muet et drame.

    Film de Victor Sjöström avec Lillian Gish, Lars Hanson, Henry B. Walthall

    ◄ Vu le 12 Janvier ►

    J'aime beaucoup me replonger de temps en temps dans le cinéma muet. J'ai beaucoup de lacunes concernant cette période-ci, donc j'ai la chance pour l'instant, de n'avoir presque jamais été déçu. Chaque fois, c'est une nouvelle leçon de narration par l'image qu'on m'enseigne, une piqure de rappel pour se souvenir que la plus classique des histoires peut émouvoir si le cadre est là, si le metteur en scène y déploie tous ses talents de conteur. À charge contre le puritanisme, "La Lettre Écarlate" ne lésine pas sur les moyens et construit sa tragédie avec application, fort de puissants symboles visuels appuyés par une esthétique lorgnant à plus d'une reprise l'école expressionniste (d'ailleurs, la comparaison est sans doute trop facile mais la lettre écarlate du titre pourrait avoir préfiguré "M le Maudit"), malgré l'ambiance globalement bucolique de l'ensemble. Romanesque, le film de Victor Sjöström l'est assurément, et il doit beaucoup à l'interprétation toujours juste de Lillian Gish, donnant tout le tonus et la réserve nécessaire à son personnage de femme sacrifiée, humiliée par un système archaïque et hypocrite.

    [8/10]
  • Ariane (1957)

    Love in the Afternoon

    2 h 10 min. Sortie : . Comédie romantique.

    Film de Billy Wilder avec Gary Cooper, Audrey Hepburn, Maurice Chevalier

    ◄ Vu le 13 Janvier ►

    Une très charmante comédie romantique, à mon avis un petit peu mineure, mais qui compense la légèreté et la gentillesse de l'ensemble par des petites touches subversives disséminées ici et là. C'est le sujet bien sûr qui fait le sel de l'œuvre, quelque peu malaisant, qui se prive de tout jugement moral définitif sur ses personnages. On ne tire finalement aucun enseignement de cette aventure amoureuse entre une jeune fille sans expérience d'à peine plus de vingt ans et un Don Juan vieillissant, Wilder met en scène une sorte de conte de fées moderne très candide, mais pas irresponsable, les dommages de l'attitude libertine du personnage de Gary Cooper étant régulièrement rappelés à celui d'Audrey Hepburn. Le ton se veut jovial, enjoué, détaché presque mais il n'exclue pas une certaine gravité aux moments les plus "douteux", par le beau personnage de Maurice Chevalier par exemple. Le scénario est pondéré, parfois très drôle, parfois un peu plus lourd (le comique de répétition fonctionne jusqu'à une certaine limite, même si je chipote un peu), mais "Ariane" est attachant, plaisant et comme d'habitude chez l'auteur, raffiné et élégant.

    [7/10]
  • Les Vingt-quatre prunelles (1954)

    Nijûshi no hitomi

    2 h 36 min. Sortie : . Drame.

    Film de Keisuke Kinoshita avec Hideko Takamine, Hideki Goko, Itsuo Watanabe

    ◄ Vu le 14 Janvier ►

    Un petit peu déçu. De belles idées, une sincérité touchante mais trop mièvre, trop tire-larme. Par contre, on peut saluer l'ambition de retracer vingt années de remue-ménage politique au Japon en ne quittant un seul instant le cadre de cette petite île coupée du monde et du progrès. Kinoshita veut être sobre, veut être simple, et si finalement, il ne l'est qu'à moitié, on regarde ses personnages évoluer, grandir, partir, nous revenir avec un petit pincement au cœur tant on se familiarise et s'on attache vite à ce petit village côtier. Le film se révèle parfois astucieux, comme cette scène de l'appel, inutilement longue pense-t-on mais décisive lors du dernier acte où les souvenirs de ces enfants spontanés et peu disciplinés remontent à la surface, à la vue de cette nouvelle génération d'écoliers endoctrinés aux comportements préfabriqués. Cependant, Kinoshita manque de subtilité, s'appuie trop sur sa musique et il se dégage de son film une mélancolie un petit peu forcée. Même le scénario paraît inachevé, quelques personnages importants sont curieusement laissés au second plan (le mari d'Hideko Takamine en particulier), et j'ai été assez frustré que chaque ellipse (et il y en a beaucoup) soit suivie d'un texte explicatif qui fait le point sur la situation des personnages. J'aurais préféré découvrir ces choses-ci dans la diégèse. Mais c'est une jolie histoire qui n'ennuie pas sur ses deux heures et demi.

    7/10
  • Une histoire simple (1978)

    1 h 47 min. Sortie : . Drame et comédie dramatique.

    Film de Claude Sautet avec Romy Schneider, Claude Brasseur, Bruno Cremer

    ◄ Vu le 15 Janvier ►

    Titre mensonger ou non ? Une histoire simple comme celle-ci, je n'aimerais pas en vivre tous les jours ! Mais point de dramatisation factice ici, tel un "Vincent, François, Paul et les autres..." au féminin, Sautet filme Romy Schneider et les femmes qui naviguent autour d'elle avec toute la pudeur et la finesse nécessaire au bon déroulement d'un récit riche en petits épisodes de vie, certains anecdotiques, d'autres déchirants, tous baignés dans une même dynamique de glissement d'un point à l'autre, à vitesses variables, irréversible. C'est le portrait d'une femme quadragénaire qui ne sait plus exactement comment mener sa vie, partagée entre un homme qui l'aime mais qu'elle n'aime plus et un homme qu'elle aime mais qui ne l'aime pas suffisamment. Elle cherche dans le même temps à comprendre et régler les problèmes des autres, et Sautet en profite pour disséquer à son tour quelques tares de sa société contemporaine, la valeur de l'homme au travail, évaluée sur la base de la rentabilité, et comment elles influent sur les destinées humaines. Pour la plupart, tragiquement. Mais Romy Schneider ne s'abandonne pas au désespoir, fait preuve d'une maturité et d'un calme olympiens face aux épreuve qui lui font face, et prend sa vie en main. Une femme qui fait la part des choses, qui reste simple dans les moments compliqués.

    [7,5/10]
  • Bande-annonce

    Le Pigeon (1958)

    I Soliti ignoti

    1 h 46 min. Sortie : . Comédie et policier.

    Film de Mario Monicelli avec Vittorio Gassman, Renato Salvatori, Memmo Carotenuto

    ◄ Vu le 15 Janvier ►

    Je crois que c'est ma toute première comédie à l'italienne, je dois manquer de recul. Non pas que je n'ai pas aimé, mais j'ai du mal à y percevoir une originalité fondamentale, les raisons de son statut de chef d'œuvre essentiel du cinéma italien. Je vois bien dans "Le Pigeon" la filiation qui l'unit au néoréalisme, et comment Monicelli arrive habilement à s'en émanciper, à progresser sur un terrain plus difficile, plus glissant, et j'aime beaucoup aussi la manière dont il rend compte l'état d'une société de classes, la manière dont il portraiture divers personnages de milieux pauvres, bons à rien et pathétiques à bien des égards sans verser dans le pathos. Aucune scène n'est ouvertement dramatique, l'émotion intervient subtilement, inopinément dans l'action (notamment en ce qui concerne la très jolie amourette entre Nicoletta et Peppe). C'est attachant, et chaque ressort comique raconte quelque chose sur l'Italie, comme le bébé de Mastroianni ou Carmelina (jeune Claudia Cardinale manquant encore un petit peu d'assurance même si son rôle le justifie), surcouvée par son frère. En faisant le bilan, je n'en retiens que du bon finalement, mais la mise en scène manque d'identité je trouve. À revoir un jour.

    [7,5/10]
  • Juliette des esprits (1965)

    Giulietta degli spiriti

    2 h 19 min. Sortie : . Comédie dramatique.

    Film de Federico Fellini avec Mario Pisu, Jose Luis de Villalonga, Valeska Gert

    ◄ Vu le 19 Janvier ►

    Un point de non-retour dans la carrière de Fellini me semble-t-il, après sa parenthèse "Huit et Demi", qui s'est finalement révélée être un petit plus que ça. J'essaierai de lire plus à son sujet dans les mois qui viennent, les trajectoires qu'a pris sa carrière sont passionnantes en tout point, et "Juliette des esprits" m'a bien l'air d'être une étape importante dans la radicalisation de son cinéma. Sur un canevas classique et simple, une femme quadragénaire se sachant trompée dévorée par la peur d'être délaissée par son mari, Fellini construit un film où s'entrechoquent rêves et réalité, fantasmes et concret, et fait voyager son public dans un monde fantasmagorique dont lui seul a le secret où se côtoient vulgarité et élégance, mi-satirique, mi-tendre qui pourrait peut-être renvoyer au travail de Jacques Tati pour son côté chronique dans la vie d'une famille bourgeoise moyenne (et sa palette de couleurs). C'est un film bouillonnant d'idées et génialement impudique, qui dès ses premières secondes et ces visages cachés dans l'ombre, dérange autant qu'il fascine. Le visage de femme-enfant / garçon manqué de Giulietta Masina n'en finit pas d'étonner, alors même si je préfère le Fellini plus sentimental, moins délirant, c'est un film qui ne s'oublie pas.

    [7/10]
  • Bande-annonce

    Diamants sur canapé (1961)

    Breakfast at Tiffany's

    1 h 55 min. Sortie : . Comédie romantique et drame.

    Film de Blake Edwards avec Audrey Hepburn, George Peppard, Buddy Ebsen

    ◄ Vu le 21 Janvier ►

    Un pur film d'artisan, de la manufacture hollywoodienne comme on en fait plus, fabriquée avec talent, par des artistes appliqués et impliqués. C'est chic, c'est glamour, raffiné, sophistiqué, bref c'est toute cette noblesse d'âme d'une certaine industrie du cinéma de divertissement hollywoodien qui semble s'être évaporée aujourd'hui. À la fin du film, je me suis dit que le film était un petit peu léger, qu'il se conformait trop à une mécanique narrative typiquement américaine (sans trop en dévoiler, le passé de Miss Golightly qui resurgit, les passages dramatiques obligés pour moraliser les personnages, la romance évidemment un poil convenue, Mickey Rooney grimé en japonais dans un rôle assez navrant de caricature), mais ce serait renier dans mon cas l'efficacité totale d'un récit tout compte fait plus subtil qu'il n'en a l'air et sachant conserver ce qu'il faut de mystère sur ses personnages, le charme fou d'Audrey Hepburn sans qui le film n'aurait jamais été le même, la science des cadrages de Blake Edwards ainsi que son adresse à jongler d'un registre à un autre (le burlesque en particulier, genre de prédilection de l'auteur je crois, dont il assaisonne sporadiquement son film). Le final sous la pluie est vraiment beau, attendu mais inoubliable et ça faisait bien longtemps que je n'avais plus écouté la bande originale d'un film juste après vision de celui-ci.

    [7,5/10]
  • Faux Mouvement (1975)

    Falsche Bewegung

    1 h 43 min. Sortie : 1975. Road movie et comédie dramatique.

    Film de Wim Wenders avec Hans-Christian Blech, Nastassja Nakszynski, Peter Kern

    ◄ Vu le 22 Janvier ►

    Proposition originale mais assez éloignée de ce que je peux aimer chez Wenders. Le cinéaste situe "Faux Mouvement" dans la continuité de son film précédent "Alice dans les Villes", en prolongeant l'errance existentielle de son acteur fétiche Rüdiger Vogler, et par là-même celle de toute une Allemagne encore en reconstruction qui n'a pas fini de panser les plaies laissées par l'avènement du nazisme. Il est question d'un ancien athlète olympique qui culpabilise d'on ne sait exactement quoi qui serait arrivé aux Jeux Olympiques de 36, d'écrivains qui se rêveraient poètes et analystes politiques, de rencontres d'âmes perdues de tout âge en quête d'un sens à leur existence. Ce sont des personnages à la fois fuyards et aventuriers, dans la plus pure tradition des héros wendersiens. Mais je confesse que toutes ces palabres nébuleuses poético-philosophiques ont tendance à me laisser de marbre, et si j'entends bien quel message Wenders désire transmettre à son public, je préfère quand la crise identitaire de ses personnages s'exprime par les non-dits, les regards, de longs silences introspectifs que des théories abstraites sur "la solitude qui n'existe pas car manifestation d'artifices extérieurs....".

    [6/10]
  • Bande-annonce

    Maria's Lovers (1984)

    1 h 40 min. Sortie : . Comédie dramatique.

    Film de Andreï Kontchalovski avec Keith Carradine, Anita Morris, Bud Cort

    ◄ Vu le 22 Janvier ►

    Revoir il y a quelques heures la magnifique trombine juvénile de Nastassja Kinski m'a donné envie de rattraper l'un de ses films les plus appréciés (sur le site du moins). Je m'attendais à mieux, c'est un film bien trop simpliste, qui traite à première vue d'un sujet audacieux et intéressant (même si très à la mode en ce début de la décennie 80), le retour au pays d'un prisonnier de guerre américain qui se marie avec une amie de jeunesse dont il a toujours été amoureux, mais dont il est incapable de lui faire un enfant, sans doute à cause du traumatisme de la guerre. Le couple est en crise, se sépare, se retrouve etc... Prometteur sur le papier, mais Konchalovski écrit son scénario sans réelle passion, empile les clichés du mélodrame hollywoodien sans y insuffler d'audaces particulières, les personnages ont une propension incroyable à partir en vrille après à peine deux secondes d'installation dramatique, les développements psychologiques sont simplifiés à l'extrême, au point que les quelques nuances apportées à l'écriture des personnages sont presque incompréhensibles (Maria attirée aussi vite par Keith Carradine, libido ou non, c'est très brusque). John Savage surjoue, Carradine cabotine, il n'y a que Nastassja Kinski qui séduit, et je retiendrai une belle scène avec un papy Robert Mitchum qui revoit en elle un possible amour du temps jadis qui ne sera pas explicité.

    [5/10]
  • Bande-annonce

    Sabrina (1954)

    1 h 53 min. Sortie : . Comédie romantique.

    Film de Billy Wilder avec Humphrey Bogart, Audrey Hepburn, William Holden

    Séances de cinéma (1 salle)
    ◄ Vu le 27 Janvier ►

    À peu de choses près, je pourrais écrire le même commentaire que pour "Ariane". On a deux films jumeaux qui m'ont l'air taillés pour Audrey Hepburn, écrits pour elle, mis en scène pour elle, je ne vois aucune autre actrice qui aurait pu tenir le rôle tant il correspond point par point à l'image que l'on se fait de l'icone britannique. Relecture moderne des contes de fées typés "Cendrillon", "Sabrina" ambitionne de s'en distinguer en travaillant l'intrigue romantique autour d'un triangle amoureux qui trouble quelque peu les rêves de jeune fille de l'héroïne. Qui choisir entre le séducteur charismatique William Holden et un Humphrey Bogart froid, vieillissant, et au regard plus mélancolique que jamais ? Peu de surprises, on se doute très bien vers où tout cela va nous mener et "Sabrina" souffre d'un sérieux ventre mou passée la première heure, nouveauté pour ma part chez Billy Wilder qui m'avait jusque là toujours habitué à un rythme plus soutenu. On ne va pas se le cacher, les personnages ne sont pas aussi savoureux que d'habitude, l'humour moins fin, mais Wilder reste Wilder, le film est bien tenu, et Hepburn demeure l'une des actrices les plus mignonnes du monde.

    [7/10]
  • Bande-annonce

    La La Land (2017)

    2 h 08 min. Sortie : . Comédie musicale, comédie dramatique et romance.

    Film de Damien Chazelle avec Ryan Gosling, Emma Stone, John Legend

    ◄ Vu le 28 Janvier ►

    Il faut laisser le film mûrir et voir quel tournant va prendre la carrière de Chazelle après sa consécration annoncée aux Oscars. On entend tellement de tout, d'agressif, dans le bon comme dans le mauvais sens, qu'on ne peut pas accueillir "La La Land" en toute innocence. Encore plus en période de grave disette côté cinéma populaire américain où il est bon ton de jouer la carte de la nostalgie en se référant (copiant ?) sans vergogne à un cinéma classique "daté" plutôt que de regarder vers l'avenir. Là est tout le propos du film de Damien Chazelle, exprimé logiquement à travers le pianiste nostalgique du jazz d'antan qu'incarne Ryan Gosling, très vite confronté à la problématique de la modernité, doit-il suivre les mouvances musicales contemporaines ou composer à l'ancienne, vivre dans le passé et perpétuer l'héritage de ses idoles ? Chazelle reste curieusement assez ambigu sur ce sujet, la trajectoire de Sebastian après qu'il ait quitté son groupe n'étant pas précisément décrite. Non pas que cela me dérange que le film évite d'être trop catégorique, mais à titre personnel, je suis un peu déçu que la question de la survie du jazz ne soit pas développée plus en profondeur, on s'en tient aux poncifs (la jeunesse ne fait plus l'effort d'écouter, d'expérimenter, de sortir de son petit confort etc...). La forme du film n'aide pas non plus à trancher, elle est moderne, d'une énergie bouillonnante inespérée, mais si gavée d'influences que son hardiesse est toujours toute relative (le final en citation complète des "Parapluies de Cherbourg", les spectres de "Chantons sous la Pluie", des "Demoiselles de Rochefort", du "Coup de Cœur" de Coppola qui planent au-dessus de chaque élan de mise en scène). Il serait toutefois malhonnête à mon avis, de réduire le film à ses influences mais elles sont si omniprésentes qu'au bout d'un moment, elles desservent le film plus qu'elles ne l'élèvent, toutes aussi porteuses de sens soient-elles. La générosité de Chazelle tend à transformer le film en un gros fourre-tout. Mais il y a des scènes magiques, un romantisme rêveur qui nous manquait beaucoup, et beaucoup trop d'idées de cinéma pour que l'on ose passer à côté de sa découverte en salles.

    [7/10]
  • Bande-annonce

    Le Solitaire (1981)

    Thief

    2 h 02 min. Sortie : . Action, policier, drame et thriller.

    Film de Michael Mann avec James Caan, Tuesday Weld, Willie Nelson

    ◄ Vu le 28 Janvier ►

    Comme j'aime faire les choses dans l'ordre, je termine la filmographie de Michael Mann par son premier film. Mais du coup, je ne peux que prendre davantage conscience de la teneur programmatique de "Thief", moins dense et abouti que les chef d'œuvres qui suivront, mais essentiel à leur conception, dans leurs recherches plastiques d'abord, avec cette esthétique de la nuit qui m'a d'ailleurs l'air de préfigurer bien plus que la simple œuvre de Mann (le prologue m'a immédiatement fait penser à "Blade Runner"), des motifs visuels qui reviendront sans cesse plus tard comme ces personnages songeurs face à la mer, fenêtre ouverte sur un monde d'évasion, ces deux héros assis face à face dans un bar-restaurant filmés de profil, les longues focales abstractisantes... Mais c'est aussi les débuts tonitruants du grand héros mannien, loup solitaire très bien interprété par James Caan, bosseur minutieux, méticuleux, qui ne laisse rien au hasard, et planifie sa vie dans les moindres détails, poussant le vice jusqu'à réaliser une chronologie de sa vie en un petit collage d'images. Une existence vide de sens, qu'on ne peut abandonner sans tirer un trait définitif sur tout ce que l'on a construit jusqu'alors. Film fataliste et pessimiste, passionnant mis en lien avec la suite de la carrière de Mann.

    [7/10]
  • Bande-annonce

    La Nef des fous (1965)

    Ship of Fools

    2 h 29 min. Sortie : . Drame.

    Film de Stanley Kramer avec Lee Marvin, Oskar Werner, Elizabeth Ashley

    ◄ Vu le 29 Janvier ►

    Un film qui avait plutôt fait sensation à son époque, mais qui m'a l'air aujourd'hui, comme son réalisateur, assez oublié. Bien qu'on lorgne parfois le théâtre filmé, "La Nef des fous" a pourtant du mérite, à commencer par son concept, un huis-clos très dialogué, sans action, composant avec une dizaine de personnages, difficile à tenir sur une telle durée ! La mise en scène est sobre, seuls quelques plans épars joliment photographiés se démarquent (deux scènes de baiser particulièrement), ce n'est pas un cinéma d'esthète mais bien une œuvre très écrite où le réalisateur s'efface derrière ses personnages, se met entièrement à leur service. Le casting international en impose, Vivien Leigh dans un dernier rôle très dur et intime, Signoret, Oskar Werner, Lee Marvin... Du beau monde, qui donne parfaitement corps à cette riche galerie de personnages venant de tous horizons, français, allemands, américains, vieux, jeunes, nains, athlètes. Idéal pour mettre en scène une chronique sociale aux résonnances universelles, qui utilise la montée du nazisme en Allemagne comme toile de fond pour toucher à des sujets profondément humains, l'amour éphémère, la vieillesse, le regret, l'inaction. Le film se suit très bien, on s'intéresse à tout le monde, le film émeut sans artifices. Vraiment un belle découverte qu'il faudrait davantage mettre en avant.

    [8/10]
  • Jeanne d'Arc au bûcher (1954)

    Giovanna d'Arco al rogo

    1 h 20 min. Sortie : .

    Film de Roberto Rossellini avec Ingrid Bergman, Tullio Carminati et Augusto Romani

    ◄ Vu le 31 Janvier ►

    Très spécial, je pense pouvoir dire sans trop de doutes que je n'ai jamais vu quelque chose comme ça auparavant. Ce n'est ni une pièce filmée ni une "simple" adaptation de l'oratorio de Paul Claudel et Arthur Honegger, on dirait un étrange hybride, une mise en scène d'opéra mais réfléchie comme un film, avec un montage et des effets spéciaux qui paraissent faire fi de soixante années d'évolution du Cinématographe. Je lis des comparaisons avec Méliès et elles me semblent tout à fait justifiées. C'est un spectacle, un tour de magie, une illusion qu'on ne sait pas comment appréhender. Le système a ses limites, la première demi-heure est très redondante sur le plan visuel et l'exposition traîne trop en longueur pour une histoire que l'on connaît tous. Je commençais à décrocher mais "Jeanne d'Arc au Bûcher" prend de l'ampleur une fois que le personnage de Jeanne en prend le contrôle et devient le moteur des "péripéties" (si on peut les appeler ainsi), laissant à Ingrid Bergman la liberté de s'épanouir pleinement dans un rôle à sa mesure. L'actrice domine le film de bout en bout et apporte une émotion plus que bénéfique à un film peut-être trop conceptuel et théorique.

    [6,5/10]
  • Bande-annonce

    Le Vieux Fusil (1975)

    1 h 43 min. Sortie : . Drame, thriller et guerre.

    Film de Robert Enrico avec Philippe Noiret, Romy Schneider, Jean Bouise

    ◄ Vu le 3 Février ►

    On peut faire une pléthore de reproches au "Vieux Fusil". Robert Enrico n'est pas un grand cinéaste, son film s'embourbe assez vite dans les travers attendus du drame historique sur fond de Seconde Guerre Mondiale. Se servir de l'horreur pour produire du spectacle (aussi peu enjaillant soit-il), terrifier, consterner son spectateur et mettre toute cette énergie au service d'une histoire de vengeance cathartique, c'est depuis des lustres ce qu'il y a de plus ambigu moralement dans ce type de cinéma. La mise en scène du dernier assassinat par exemple, c'est obscène, grossier, c'est trop horrible, trop sérieux pour en finir comme ça. Cependant, ces propos sont à modérer, Enrico a l'intelligence de ne pas dresser une quelconque apologie de la vengeance. Les actes de Philippe Noiret ne sont pas jugés, il cherche seulement au fil de son parcours, à comprendre, fouille au fond de lui-même, dans ses souvenirs, comment il a pu en arriver là, ce que représentait son amour pour Clara, pour ses enfants. Enrico et son équipe ont un sujet fort entre les mains, ils le travaillent consciencieusement, on ne peut que louer l'effort esthétique, la fluidité de la narration et le souffle de l'œuvre. Je conçois largement qu'on puisse trouver le film vulgaire, détestable, mais pas qu'on y soit indifférent. Moi-même, j'ai eu des doutes mais j'aime le film finalement, pour Philippe Noiret et Romy Schneider, pour sa puissance fédératrice, pour ce soin technique précieux que le cinéma populaire français s'attachait à conserver jadis.

    [7,5/10]
  • Bande-annonce

    Garde à vue (1981)

    1 h 26 min. Sortie : . Policier, drame et thriller.

    Film de Claude Miller avec Lino Ventura, Michel Serrault, Romy Schneider

    ◄ Vu le 4 Février ►

    Gros morceau de polar français, costaud à tous point de vue. Totalement scotché par le découpage, et les subtiles trouvailles de Claude Miller pour activer chaque plan. Le huis-clos imposant une scénographie réglée au millimètre sous peine de lasser son public, Miller met en scène son face-à-face avec une grande précision dans la mise en scène, utilisant à merveille les différentes strates du plan, le dehors nocturne et pluvieux, Ventura derrière son bureau, Serrault devant, Guy Marchand au fond de la pièce sur sa machine à écrire, tout est bien en place pour signifier par un angle judicieusement choisi l'importance de tel ou tel personnage au sein de la scène, qui mène la danse, qui se soumet... L'affrontement psychologique entre l'inspecteur Gallien et Martinaud, servis par deux immenses comédiens, en est particulièrement intense, d'autant plus que les dialogues signés Michel Audiard sont excellents, caractérisent un personnage en deux mots d'apparence anodine, et imposent un rythme riche en variations, par cet humour noir grinçant, ces personnages ténébreux qui dévoilent peu à peu de nouvelles facettes de leur personnalité. Le travail sur le son est aussi à noter, notamment lors des séquences oniriques où seule sonne la voix grave et calme de Lino Ventura, alimentant un peu plus le malaise ambiant. Le retournement final est un peu poussif mais à part ça, rien à redire.

    [8/10]
  • Bande-annonce

    Drôle de frimousse (1957)

    Funny Face

    1 h 43 min. Sortie : . Comédie, comédie musicale et romance.

    Film de Stanley Donen avec Audrey Hepburn, Fred Astaire, Kay Thompson

    ◄ Vu le 4 Février ►

    Comédie musicale de carte postale pour ceux qui rêvent de la vie parisienne, satire un peu caricaturale du monde de la mode et des milieux intellectuels locaux, romance fleur bleue pas mal immature soyons honnête, mais le tout est enjoué, dynamique, pétaradant de couleurs, débordant de jolies images et d'intéressantes idées de cinéma propres à la fougue expérimentatrice de Stanley Donen (toute la séquence d'arrivée à Paris, les split-screen, les photos prises par Dick Avery passées au crible d'une dizaine de filtres...)... et ce cachet unique que possédait la comédie musicale de ces années-là m'enchante à chaque fois. Je ne résiste pas aux scènes chantées, la première danse d'Audrey Hepburn et Fred Astaire (géniaux) dans la chambre noire, la seconde plus "moderne" d'Audrey dans la bar souterrain, la dernière dans le jardin à côté de l'église avec des colombes partout... On se régale, il faut se laisser porter et ne pas chercher à trop creuser. Un pur divertissement qu'on pourrait dire sans prise de tête en somme.

    [7/10]
  • Minnie et Moskowitz (Ainsi va l'amour) (1971)

    Minnie and Moskowitz

    1 h 54 min. Sortie : . Comédie, drame et romance.

    Film de John Cassavetes avec Gena Rowlands, Seymour Cassel, Val Avery

    Séances de cinéma (2 salles)
    ◄ Vu le 5 Février ►

    Comme l'impression fâcheuse d'être passé à côté du film. Je parcours quelques textes et ce que je lis à propos de "Minnie et Moskowitz" correspond très peu à mon ressenti. "Feel-good movie", "comédie romantique à la sauce Cassavetes"... Pour ma part, c'est un film dont je n'ai vraisemblablement pas saisi les intentions. J'ai été gêné tout du long, les éclats de joie des personnages m'ont toujours semblé faux, comme une manière de masquer leur tristesse profonde, les moments où Minnie cède aux avances de Seymour Moskowitz, je les ai perçus de sa part comme un abandon au désespoir, à l'idée qu'elle ne pourra plus jamais retrouver l'amour... [SPOILERS] Le dîner au restaurant avec les deux belles-mères, le mariage qui s'ensuit, l'ellipse de quelques années donnant à voir le couple et ses enfants...[SPOILERS] tout est tellement précipité, j'ai pris ça pour de la folie pure. Ce qui m'a l'air d'être une grave erreur d'interprétation après lecture des critiques internet, qui verraient davantage le film comme une variation autour d'un "Tout ce que le Ciel Permet" par exemple, qui exalterait l'amour vrai plus fort que les conventions sociales, les hiérarchies sociétales etc... J'ai malgré tout apprécié son humour, sa tendresse, ce couple mal assorti qui s'attire et se repousse. Mais nulle euphorie, nulle allégresse en ce qui me concerne, seulement un gros embarras.

    [7/10]
  • Sur les ailes de la danse (1936)

    Swing Time

    1 h 43 min. Sortie : . Comédie musicale.

    Film de George Stevens avec Fred Astaire, Ginger Rogers, Victor Moore

    ◄ Vu le 7 Février ►

    Le scénario est assez convenu, ressassant les clichés de la comédie romantique et du vaudeville sans en faire quelque chose de spécialement intéressant. C'est l'application d'une formule en fait, mais une formule efficace, qui fonctionne sur l'instant. L'atout charme du métrage, c'est évidemment le couple de légende Ginger Rogers / Fred Astaire, classieux, alchimique, immédiatement attachant. Les numéros dansés sont bons, mais "Sur les ailes de la danse" accuse un peu de son âge. Tout aussi bons danseurs Astaire et Rogers soient-ils, je trouve que la mise en scène manque de fantaisie (à l'exception d'une séquence), j'aurais aimé retenir un décor, un visuel, un mouvement de caméra ou autre, plutôt que la simple chorégraphie que je ne suis de toute manière, pas à même de juger à sa juste valeur. J'ai apprécié, mais pour un film qu'on dit emblématique de la comédie musicale des années 30, je m'attendais à mieux.

    [7/10]
  • Bande-annonce

    Le Château du dragon (1946)

    Dragonwyck

    1 h 43 min. Sortie : . Drame, thriller et romance.

    Film de Joseph L. Mankiewicz avec Gene Tierney, Walter Huston, Vincent Price

    ◄ Vu le 9 Février ►

    Beau début de carrière pour Mankiewicz, quoiqu'encore un peu tâtonnant. Le postulat aurait pu laisser craindre un film à suspense assez conventionnel, mais le cinéaste distille habilement une grande quantité d'ambiances de manière à sortir doucement mais surement son film des sentiers balisés du genre. Il accouche d'un film de l'entre-deux, romantique mais quelque peu désabusé, baroque à la lisière du fantastique mais ne franchissant jamais franchement la barrière du rationnel. L'ambiguïté est partout, c'est ici que l'on reconnaît les germes de l'œuvre future de Mankiewicz, qui s'amuse déjà à déconstruire puis reconstruire en plusieurs temps les rêveries romanesques d'une sensible Gene Tierney. Je retiens peu de véritables fulgurances, certains détails de scénario sont assez étranges (une certaine précipitation des événements (justifiée ou non), la découverte d'une nouvelle facette du personnage joué par Vincent Price, qui sort un peu de nulle part), on voit que son réalisateur se cherche encore, mais la rigueur est là, les idées aussi... Un film qui ne me restera pas longtemps en mémoire, mais pas négligeable au sein de la riche carrière de son auteur.

    [7/10]
  • Bande-annonce

    Ginger et Fred (1986)

    Ginger e Fred

    2 h. Sortie : . Comédie dramatique.

    Film de Federico Fellini avec Giulietta Masina, Marcello Mastroianni, Franco Fabrizi

    Séances de cinéma (1 salle)
    ◄ Vu le 10 Février ►

    Le début est douteux, Fellini n'a jamais été un subtil alors imaginez un film entier à charge contre les dérives de la société de consommation contemporaine, permises par la domination croissante et oppressive de la télévision sur la culture, les arts, la réflexion et libertés d'action individuelles... alors même que se jouait en plein tournage un procès opposant Federico à Berlusconi sur les coupures publicitaires durant la diffusion des films à la télévision ! Le génial cinéaste italien n'y va pas par quatre chemins et tacle la vulgarité télévisuelle avec toute l'irrévérence (et la lourdeur ?) qu'on lui connaît, à grand renfort de discours énervés d'un Mastroianni plus que jamais miroir du cinéaste, et d'images puissamment évocatrices (cf le gigantesque pied de porc dans la ville qui pourrait renvoyer à la statue du Christ de "La Dolce Vita"). Mais le projet de Fellini va fort heureusement au-delà du pamphlet, et contrebalance la lourdeur pachydermique de son propos par la beauté des personnages qu'incarnent les deux icônes felliniennes par excellence, immenses Giulietta Masina et Marcello Mastroianni, deux personnages drôles, tendres et nostalgiques, dont la pureté des sentiments passe à travers l'artificialité ambiante, et amène au moins une longue séquence anthologique, la fameux numéro de claquettes et sa coupure de courant salvatrice.

    [8/10]