Mes Lectures 2019

Avatar -Alive- Liste de

34 livres

par -Alive-

A priori, l’année 2019 devrait être moins chargée en lecture que les années précédentes. Pas sûr que j’atteigne le même nombre de livres. Mais bon, on s’en fout. L’important c’est pas la quantité, mais la qualité non ?

Mes Lectures 2015 https://www.senscritique.com/liste/Mes_Lectures_2015/1058092
Mes Lectures 2016 https://www.senscritique.com/liste/Mes_Lectures_2016/1165375
Mes Lectures 2017 https://www.senscritique.com/liste/Mes_Lectures_2017/1573645
Mes Lectures 2018 https://www.senscritique.com/liste/Mes_Lectures_2018/1990038
Mes Lectures 2019
Mes Lectures 2020 https://www.senscritique.com/liste/Mes_Lectures_2020/2657897

Trier par : Tri par défaut
  • Tri par défaut
  • Date de sortie
  • Derniers ajouts
  • Note de l'auteur de la liste
  • Notes de mes éclaireurs
  • Note globale
  • Ordre alphabétique
  • Popularité
Croissant
  • Croissant
  • Décroissant
  • 1
  • 2
  • 1

    Sérotonine (2019)

    Sortie : . Roman.

    Livre de Michel Houellebecq

    C’est assez fou quand même de se ruer sur chaque Houellebecq qui sort, comme si on avait besoin de notre dose de vérité, quand bien même on ressort toujours un peu déprimé de ses bouquins. C’est quand même qu’on trouve chez lui quelque chose d’essentiel. L’impression qu’il est le seul aujourd’hui à dire les choses, aussi simples soient-elles. Que finalement, tous les autres auteurs actuels ne forment qu’un brouhaha sympathique, et que lui, Houellebecq, joue vraiment son rôle d’écrivain, bref je m’égare.

    Sur Sérotonine, je ne dirai rien de plus que ce qui a été dit. Oui, ça opère une sorte de retour vers Extension. Oui, c’est plus prenant, moins fatigué que Soumission. Est-ce que c’est moins profond du coup ? Non, je ne pense pas. En fait chez Houellebecq, il y a toujours des thèmes récurrents : la dépression, la solitude, le libéralisme sexuel, toussa toussa, et il y a aussi une volonté d’explorer des nouvelles sphères. Les plus belles pages du roman à mon sens sont celles qui portent sur la lutte des paysans. Le livre entier se vit comm une traversée de la France, un regard sur notre pays.

    Ce qui est trompeur c’est que les héros de Houellebecq sont toujours à côté des questions sociales, ils les regardent depuis l’extérieur, et font même tout pour les contourner. Et pourtant cet “à côté” est déjà beaucoup. Car il permet à l’écrivain regarder le monde, de l’analyser.

    Un jour on lira Houellebecq comme on lit aujourd’hui Balzac et Zola. Derrière son cynisme et sa provoc de façade, il photographie la France d’aujourd’hui. Mais c’est même plus qu’une photographie, c’est une vraie analyse, extrêmement lucide de ce qu’est notre monde. Houellebecq nous révèle que le discours ambiant, médiatique, le discours de consommation, et les idéologies qui les habillent, ne sont qu’un triste ergotage, et qu’il faut nécessairement s’en dépouiller pour comprendre un peu mieux notre situation.

    347 pages
  • 2

    Pour une juste cause (1952)

    Sortie : 1952. Roman.

    Livre de Vassili Grossman

    Je déteste abandonner un livre. J’en ai lu la moitié, soit 500 pages, et je n’arrive toujours pas à entrer dedans. Et pour arriver à ces 500 pages, j’ai forcé comme pas possible, luttant sans arrêt pour y trouver un intérêt, mais impossible, le truc me tombe des mains. J’ai l’impression de redevenir un collégien entrain d’ingurgiter un livre de force. Grossmann a beau s’étaler dans la présentation de personnages, il a beau raconter des destins, il n’en ressort absolument rien. On reste constamment en surface des choses. Et pourtant certains passages veulent créer quelque chose, mais à mon sens ils n’y parviennent pas. On se retrouve en face d’un lyrisme un peu forcé dans lequel ne reste qu’un regard tendre sur l’URSS. La guerre en second plan, le soviétisme comme décor, et des destins vraiment pas intéressants pour combler tout ça, voilà ce que je retiens du livre.

    Je me sens lâche d’abandonner un livre. Il va vite falloir que j’enchaîne avec autre chose. En tout cas, ce sera pas avec Vie et Destin.
  • 3

    Rien ne s'oppose à la nuit

    Sortie : août 2011. Roman.

    Livre de Delphine de Vigan

    Je trouve la démarche de De Vigan très digne. Parce qu’elle s’attaque à un sujet délicat qui concerne sa famille, elle évite tout sensationnalisme. Ce livre a dû remuer pas mal de choses dans la sphère familiale et je ne doute pas que son écriture ait été périlleuse. Le problème, c’est qu’à la sortie, on obtient un livre jamais passionnant. Puisque De Vigan mesure sans arrêt sa plume, se justifie tous les deux chapitres, fait attention à ne froisser personne, elle expire tout le romanesque de son sujet et écrit un texte honorable, mais pas un texte flamboyant. Et le seul lectorat réellement conquis à mon avis, doit être celui qui trouve un écho personnel dans ce témoignage.

    Donc est-ce que c’est un grand livre ? Non. Est-ce que de Vigan est une grande dame ? Oui, elle le prouve ici. Paradoxalement, c’est sûrement le livre le plus important de sa carrière.
    Et je trouve encore plus audacieux de sa part d’avoir enchaîné avec un livre qui est à la fois une suite et l’exact opposé de ce texte. Un grand écart ahurissant qu’il fallait oser, au risque de perdre ses fidèles lecteurs.

    400 pages en poche
  • 4

    Parlez-moi d'amour

    What We Talk About When We Talk About Love

    Sortie : 1981. Recueil de nouvelles.

    Livre de Raymond Carver

    Raymond Carver, c’est plutôt étrange. Tout se déroule derrière les lignes. Un sentiment poisseux qui contamine les personnages, sans jamais que le problème soit évident. On entre dans les foyers américains, et on en ressort un peu abattu. Il y a quelque chose de pourri dans le monde de Carver. Reste que certaines nouvelles sont vraiment anecdotiques, ou du moins elles me sont restées hermétiques, et je n’ai pas saisi leur intérêt. Je sais pas trop comment noter ça.

    183 pages
  • 5

    Un Américain à New-York et à Paris

    Sortie : 1956. Essai et culture et société.

    Livre de John Steinbeck

    Bon...évidemment, il ne faut pas se fier à ma note. J'ai pour John Steinbeck un amour inconditionnel. Pas sûr qu'un autre mette la même note que moi à ce recueil de texte. Des articles commandés par le Figaro Littéraire, rédigés alors que Steinbeck séjournait à Paris. Une quinzaine de textes adressés aux français. Et rien à jeter. Tout est frais, tout se savoure, c'est plein d'humour, c'est intelligent, c'est totalement inoffensif et inutile, mais c'est tellement plaisant à lire. Il y a quand même un texte dans lequel John nous explique comment le chewing-gum de son fils a pris vie pour traumatiser sa famille (OK!). J'ai grignoté ça au soleil, à la pause, ou chez moi sur mon transat. Je me marrais tout seul devant mon bouquin (une vieille édition mangée par le temps). Donc sachez-le : oui, Steinbeck c'est les grandes fresques américaines dramatiques, mais c'est encore plus de petits écrits croustillants, pleins de sagesse et de dérision.

    154 pages
  • 6

    À pleine voix

    Sortie : . Poésie.

    Livre de Vladimir Maïakovski

    Pas fan du style de Maïakovski. Parfois ça me parle, mais bien souvent ça me gonfle. Trop tapageur, trop bruyant, et trop long aussi. Des poèmes grondés comme s’ils sortaient de la bouche d’un Lénine à qui on aurait donné le talent des mots. On sent l’époque, on sent le contexte politique derrière la poésie. D’ailleurs il y parle de lui, de ses amours déchus, auxquels il mêle la Révolution, la guerre, les hommes, la souffrance d’être poète, etc. C’est assurément le poète du soviétisme, et c’est intéressant pour ça, mais ça me fatigue vite et j’ai du mal à y revenir.
  • 7

    Vente à la criée du lot 49 (1966)

    The Crying of Lot 49

    Sortie : 1966. Roman.

    Livre de Thomas Pynchon

    J’avais raté le coche avec Pynchon il y a quelques années, et il me fallait y revenir. Je suis allé vers son livre le plus court, pensant que ce serait plus simple. Mais Pynchon n'a pas besoin de beaucoup de pages pour vous perdre. J’ai accepté de m’embarquer dans cette histoire, en étant concentré au maximum - une seconde d'inattention et c’est foutu. Finalement, j’en ressors comme si je m’étais noyé dans un énorme torrent sémiologique. Perdu entre les fulgurances humoristiques et les connexions miraculeuses. C’est une enquête comme une errance, où les égarements révèlent des bonnes voies par des hasards chanceux. Les rencontres qui rythment le livre sont des mondes, avec leurs codes, leur science, leurs abîmes. Pynchon est dingue. Sa prose est unique. On doit s’y accrocher ne serait-ce que pour capter le moment où la métaphore s’arrête et le récit reprend. Ne pas louper les rebonds, les départ de digressions, les ruptures. Ne pas louper non plus les éléments de réponses, noyés au milieu de ce bouillon érudit. Ce bouquin, c’est un labyrinthe en poche.

    213 pages
  • 8

    Un tournant de la vie (2018)

    Sortie : . Roman.

    Livre de Christine Angot

    Ca me fait penser à Guillaume Dustan, un piètre activiste et piètre écrivain que j’avais lu il y a quelques années. Angot écrit tout aussi mal. Ce qu’elle raconte n’a que peu d’intérêt. Elle raconte sa vie amoureuse, partagée entre son ex et son mec en maquillant les noms pour donner un semblant de fiction. Franchement, ça ressemble au carnet intime d’une ado de 15 ans. Peut-être qu’elle essaie de créer un style, une recherche d’authenticité, un truc ultra plat, une sorte de réalisme dans les dialogues indigents. J’essaie de trouver des raisons hein ! Il doit bien y en avoir. On peut pas écrire autant de platitudes sans motif. Puis j’ai rien contre les styles “plats”. J’adore Houellebecq par exemple. Mais Angot c’est pas Houellebecq. Elle n’a rien à dire. Elle n’a même rien à raconter la pauvre. En fait le problème c’est qu’elle a l’air d’avoir une vision de la littérature, un projet dirons-nous. Elle veut de la réalité brute. Elle a expliqué ça des années durant sur les plateaux télé. Et une fois que t’ouvres son livre, tu comprends que ça ne peut rien donner de bon. C’est surtout du vide. Ce qu’elle appelle de l’authenticité, c’est sa manière à elle de ne pas s’emmerder avec le style.

    Pendant longtemps les écrivains ont voulu éjecter le romanesque. Aujourd’hui on a des écrivains qui veulent éjecter la littérature. Donc on se retrouve avec des bouquins totalement vides, et qui brandissent ce vide comme une revendication artistique.

    181 pages
  • 9

    Un roi sans divertissement (1947)

    Sortie : 1947. Roman.

    Livre de Jean Giono

    Il est bizarre ce livre. Giono refuse au lecteur toute implication sérieuse. Le texte se construit à distance des événements. C’est l’histoire d’un village secoué par des drames, et l’histoire d’un homme qui va s’y confronter et prendre les choses en main, mais le lecteur est toujours tenu à l’écart de cet homme et desdits-drames. Si bien que lorsqu’on croit s'approcher du sujet, qu’on pense obtenir des réponses, on épaissit encore plus le mystère. Les trois quarts du livre racontent ça : comment les personnages vont essayer de comprendre ce qu’il s’est passé et tenter de glaner des informations. C’est une proposition littéraire qui ne me gêne pas. Je pense par exemple à Duras qui fait ça très bien, à Camus aussi, et à plein d’autres encore. On en ressort toujours avec un sentiment de malaise ou de beauté indicible. Chez Giono non. Par contre, il y a un “style” vraiment à part. Je ne sais pas quoi en penser à vrai dire. Giono semble ne jamais dissocier les gens des choses naturelles. Les arbres, les clairières, les collines, ont autant d’importance et de place dans la narration que les gens. C’est difficile à exprimer, il faut le lire pour comprendre.

    243 pages
  • 10

    Mémoires sauvés du vent (1982)

    So the Wind Won't Blow It Away

    Sortie : 1982. Roman.

    Livre de Richard Brautigan

    Brautigan c'est juste génial. Lisez-en. D'ailleurs, j'ai envie de partager l'incipit :

    « J'ignorais, cet après-midi là, que la terre attendît de se changer à nouveau en tombe quelques brèves journées plus tard. Dommage que je n'aie pu arrêter la balle dans sa course et la remettre dans le canon de la 22 long rifle pour qu'elle en reparcoure en sens inverse la spirale, réintègre le chargeur et se resolidarise avec la douille, se conduise enfin comme si on ne l'avait jamais tirée ni même chargée dans la carabine. Je voudrais bien que cette balle rejoigne dans sa boîte ses quarante-neuf autres frères et sœurs de balles, que la boîte soit de nouveau en sécurité sur l'étagère de l'armurerie, et m'être contenté de passer devant la boutique en cet après-midi pluvieux de février sans jamais y pénétrer.»

    163 pages
  • 11

    Paname Underground (2017)

    Sortie : . Récit.

    Livre de Johann Zarca

    Ça fait du bien de lire en autofiction autre chose que des écrivains qui racontent leur vie d’écrivain. Je ne connaissais pas Zarca. Apparemment le mec tient un blog, et il aurait gagné le prix de Flore. Bel exploit pour un larcar comme lui, surtout avec une littérature comme la sienne : témoignage authentique du Paris underground, voyage depuis la cité aux endroits les plus souterrains de la capitale. Ce qui est surprenant, c’est que Zarca ne s’arrête pas au style, pur argot de la rue, ni au témoignage laconique de son quotidien (ce que faisait un Dustan, et ce qui faisait de Dustan un mauvais écrivain) mais qu’il nous embarque dans un récit vraiment plaisant. De la bonne (auto) fiction, parce que d’abord bien racontée, bien écrite, mais ensuite parce que le mec est vraiment un baroudeur des milieux les plus craignos de Paris, un type assez hallucinant. Franchement, c’est à lire.

    247 pages
  • 12

    Paris-Brest

    Sortie : . Roman.

    Livre de Tanguy Viel

    Je sens que je vais aimer Viel comme j’aime Echenoz. Sans chercher dans sa littérature autre chose qu’une malice, qu’une inventivité distrayante, de petits livres qui s’amusent à détourner des codes (ici on est entre le polar et le roman familial), qui font plus état de trouvailles stylistiques que de messages profonds. Viel a un style très appuyé, peu naturel, un style à lui, qui peut agacer le lecteur ou l’amuser. Moi il m’a amusé.

    190 pages
  • 13

    Le Zéro et l'Infini (1940)

    Darkness at Noon

    Sortie : 1940. Roman.

    Livre de Arthur Koestler

    Comme tous les grands romans politiques, le livre de Koestler est un essai maquillé en roman. Un essai irrécusable et salutaire. Personnellement, il ne m'a rien appris de nouveau. Tout le monde sait aujourd'hui la fourberie et la manipulation dont a fait preuve le totalitarisme stalinien. En revanche, le bouquin m'a fait poser mille questions sur le sujet. Koestler va plus loin que la simple analyse du totalitarisme. Il interroge le bien fondé et la réalité d'une révolution communiste. Comme dans le banquier anarchiste de Pessoa, la question se pose de la possibilité d'un idéal communiste. Une révolution est-elle possible et perdurable sans trahir les idées de base ? Le communisme est-il condamné à rester un idéal ? Et je ne crois pas que Koestler vise ici cet idéal. Aucun amalgame chez lui. Le livre ne parle que d'une chose, des rouages politiques du stalinisme.

    318 pages
  • 14

    L'Homme-dé

    The Dice Man

    Sortie : 1971. Roman.

    Livre de Luke Rhinehart

    Non non je n'ai pas joué ma note au dé. J'ai juste détesté le bouquin, et j'en suis vraiment déçu croyez-moi. Le truc c'est que je m'attendais à autre chose. Je m'attendais à un truc intelligent, un truc redoutable, "subversif" disait la quatrième de couverture. Ouais bof. C'est surtout BEAUCOUP TROP DE CUL. Franchement, c'est quasiment que des scènes de cul où le mec trompe sa femme, baise des jeunes, baise des mecs, tente des nouvelles baises. Et puis je croyais pas dire ça un jour, mais c'est la première fois que je ressens une culture du viol. Berk, je déteste le terme, mais là bordel, c'est vraiment ça quoi. Une apologie du viol enrobée d'humour. Comme si se défaire des habitudes et bousculer nos vies, c'était d'abord commencer par violer tout ce qui bouge. J'ai pas été choqué. J'ai surtout été fatigué de voir que le mec ne voyait la vie qu'à travers la lorgnette du sexe. C'est pas intelligent, c'est juste ampoulé et bêtement sarcastique. C'est pas une philosophie de la déraison mais un appel au viol et à la violence.

    Il suffit de voir comment le mec prend plus de plaisir à violer une jeune catho, qu'à jouer au catho lorsque le dé le lui demande. Le mec se dit fidèle à son dé, mais ne lui soumet que des actes sexuels auxquels il aspire au fond de lui. Bref, là où certains ont vu une oeuvre réellement subversive, j'y ai vu le livre d'un capricieux qui vomissait mille théories fumeuses pour donner des excuses à ses fantasmes lubriques.
    Déçu :(

    520 pages
  • 15

    Les Braises

    A gyertyák csonkig égnek

    Sortie : 1942. Roman.

    Livre de Sándor Márai

    C’était bien. Peut être trop bien pour moi. Face à ce genre de livre, je ne suis jamais sûr de saisir toute la pensée de l’auteur. Sorte de dialogue confessions écrit comme un interrogatoire, ou plutôt comme la scène finale d’une bonne detective story. Mais très vite le fond dépasse la forme. Cette histoire, c’est surtout un prétexte pour Márai de se laisser aller à un examen de l’amitié, la confiance, les regrets, la vengeance. C’est aussi une manière plus indirecte de raconter un temps révolu, à travers deux vieillards et un manoir coupé du monde et de l’époque. Décrire une Europe oubliée derrière les précipitations meurtrières et idéologiques du 20ème siècle. Un peu ce que faisait Thomas Mann à sa manière, dans Les Buddenbrook - sans la 2nd Guerre en fond bien sûr - mais avec l’idée de montrer que les temps changent.

    219 pages
  • 16

    L'Homme dont toutes les dents étaient exactement semblables

    Sortie : 2000. Roman.

    Livre de Philip K. Dick

    On a tendance à enfermer K.Dick dans la science fiction précisément parce que ses éditeur eux-mêmes ne lui permettaient pas d’en sortir. Pourtant, si on veut mieux comprendre son oeuvre, il me semble essentiel d’aller vers ses ouvrages mainstreams. Y perd-t-on beaucoup ? Dick n’est-il bon qu’en SF ? J’avais tendance à penser que oui - je n’avais lu qu’un seul de ses romans mainstreams, plutôt décevant. Mais avec celui-ci, je retrouve l’écrivain que j’aime. Pas un chef d’oeuvre certes, mais un livre intéressant, qui prend d’abord le temps de fouiller ses personnages. On y suit deux couples un peu tordus et d’autres protagonistes dans un village rural de la Californie d’après guerre. Un panel de caractères jamais figés dans l’esprit du lecteur, sans cesse redéfinis par la multiplicité des regards. Les points de vue se croisent et se recroisent. Si bien que l’intrigue se construit grâce à ce manège. L’histoire, elle, a quelque chose de cocasse et de cruel en même temps. Finalement, échafaudée comme ses bons romans de SF, mais la SF en moins.

    444 pages
  • 17

    La Vengeance du wombat (1987)

    Wombat Revenge

    Sortie : 1987. Recueil de nouvelles.

    Livre de Kenneth Cook

    Il y a deux Kenneth Cook. Celui aux histoires drôles, et celui aux histoires drôles qui virent à l’horreur. Dans les deux cas, on trouve toujours chez lui un humour qui repose sur les mêmes bases : le penchant des Australiens pour l’alcool, et l’incapacité du héros à dire non, si bien qu’il finit toujours par être embarqué dans les pires situations. Ces nouvelles sont des histoires drôles, sans horreur, mais avec un peu de salissures quand même. J’aime beaucoup.

    207 pages
  • 18

    Méridien de sang (1985)

    Blood Meridian

    Sortie : avril 1985. Roman.

    Livre de Cormac McCarthy

    C'est au-dessus de tout, pour des tas de raisons. C'est pas juste la langue de McCarthy, à la fois lyrique et sèche. C'est pas juste la violence. C'est un tout. Par un certain angle, Méridien de Sang me fait penser à Apocalypse Now. Ses personnages s'enfoncent dans le désert comme les soldats du film s'enfoncent dans la jungle. Puis il y a les violences qui à un certain moment dépassent un point de non-retour, et enfin le personnage du juge, figure quasi démoniaque, mais jamais complètement exagérée. Méridien de Sang serait une sorte de Apocalypse Now sans la vernis Hollywoodien. C'est plus violent, plus profond, plus spirituel. Puis j'aime la voix de McCarthy, parce qu'elle est descriptive et rien d'autre. Elle emmène le lecteur à travers le désert sans lui dire explicitement les choses, ne serait-ce que le but de ce voyage sanglant et le pourquoi du comment. Mais tout se devine dans les actions. Le lecteur en vient à dépister les changements de situations comme les personnages dépistent les Apaches. La plume de McCarthy fait corps avec son récit. Et bien sûr, on pourra ne pas aimer, car c'est 95% d'errance. Beaucoup de désert, et de marche, de crépuscule, de sang et de désert encore. Et c'est grandiose.

    463 pages
  • 19

    Connan le Cimmérien - Conan : L'Intégrale, tome 1

    The Coming of Conan the Cimmerian

    Sortie : . Recueil de nouvelles et fantasy.

    Livre de Robert E. Howard

    La fantasy et moi ça fait deux. C’est un genre que j’ai toujours contourné. Pourquoi je me suis lancé dans la lecture de Conan alors ? Moi-même je l’ignore. Sûrement une envie soudaine de me plonger dans une littérature geek, de varier un peu mes lectures. Et donc il faut être averti : Conan c’est Conan. Ya pas de surprises. C’est vraiment très “pulp” pour le coup. C’est des gros monstres, des sorciers machiavéliques, des meufs qui se retrouvent à poil (vraiment hein, et parfois sans raison). Les enjeux et le style se réduisent à peu de choses : Conan est toujours “rapide comme une panthère”, il fait des “moulinets avec son épée”, et il s’en sort toujours un peu de la même manière, pris d’un accès de furie à éclater la gueule de ses ennemis. Mais si la plume d’Howard est limitée, bien que très plaisante pour poser des décors, son imagination, elle, ne l’est pas. Et c’est surtout ça que j’ai kiffé dans ces histoires. Elles sont cools. Les monstres sont chelous, les situations intéressantes, le rythme bien géré. Elles sont aussi vachement variées. Conan y est roi victime d’un complot, puis voleur préparant une opération périlleuse, pirate explorateur, âme solitaire perdue dans le désert, etc. Howard a pensé son personnage de sorte à lui faire vivre plusieurs aventures, pour pouvoir changer d’univers et de genre quand il en avait envie, tout en conservant une cohérence dans le monde qu’il bâtissait autour de lui.

    852 pages, version poche des éditions Bragelonne
  • 20

    Cadres noirs

    Sortie : février 2010. Roman.

    Livre de Pierre Lemaitre

    Bon...rien d'autre qu'un thriller de plus. Un roman de plage.

    Le souci dans ce bouquin, c'est que la critique sociale opérée par Lemaitre ne fonctionne pas, parce qu'elle se prostitue au thriller. Lemaitre veut aborder un sujet vrai, celui du chômage et du monde du travail, mais se sent obligé d'exagérer la violence de cette réalité, en inventant une histoire invraisemblable qui finit par se perdre dans du n'importe quoi. J'appelle ça la méthode Michael Moore : en tartiner des tonnes pour épaissir la critique. Le résultat est toujours le même : ça sonne faux et c'est écœurant.

    Déjà, le postulat de base est complètement pété. L’événement premier du roman (l'entretien d'embauche) est totalement irréaliste. Jamais une telle chose ne serait possible. À partir de là, impossible pour moi de croire à cette histoire.

    Tout est bidon : les situations rocambolesques, les retournements de situation, les décisions des personnages, leurs rapports de force. C'est tout ce que je déteste dans les thrillers. On sent juste l'écrivain qui veut nous surprendre, qui en fait des caisses. Et vas-y que je surligne chaque action marquante, que je répète les faits, et que j'imagine des personnages tous droit sorti d'une production hollywoodienne. Comment voulez-vous obtenir une critique sociale efficace avec de telles méthodes ?

    C'est si sensationnaliste, que ça en devient mal écrit. En fait le style est indécis. Lemaitre tente plein de de trucs, probablement parce qu'il s'ennuie de son écriture et cherche à accrocher le lecteur à tout prix. Du coup on se retrouve devant un collage maladroit qui se perd dans les hyperboles et dans les changements de rythme. On y trouve des phrases du genre : "Je suis surexcité. L’adrénaline cavale dans mes veines à la vitesse d'un cheval au galop". Mon Dieu...

    Bref c'est naze, mais au moins ça m'aura vacciné contre Pierre Lemaitre.

    442 pages
  • 21

    L'Invention de la solitude (1982)

    The Invention of Solitude

    Sortie : 1982. Roman.

    Livre de Paul Auster

    On va pas se mentir, Auster c’est un peu l’écrivain à la posture intello. Un vrai post-moderniste. Une écriture un peu froide, des thèmes immobiles : l’identité, le hasard, le deuil, le père. On le sent davantage influencé par Camus, Beckett, ou Kafka que par la production littéraire de son pays. J’ignore d’ailleurs s’il est à rapprocher d’écrivains comme DeLillo ou Ballard, que je n’ai pas encore lus (mais ça se fera). Malgré ça, et peut être aussi pour ça, il me fascine un peu. J’avais adoré ses étranges délires de la Trilogie New Yorkaise. Ici, c’est autre chose, autrement plus nébuleux. Le livre se scinde en deux parties. On démarre sur une biographie lacunaire de son père (Portrait d’un homme invisible), puis on débouche sur une seconde partie (Le Livre de la Mémoire) désorganisée au possible, dans laquelle se mêlent considérations sur la mémoire et le temps, pluie de références en tout genre (bibliques, juives, contes, cinéma etc.), et bouts d'autobiographies à la troisième personne….bordel, on se croirait chez Barthes !). Ce qui fait que ce livre m’a fasciné autant qu’il m’a emmerdé. C’est un livre froid et chiant, mais c’est un livre qui a l’air de contenir en puissance tout ce qu’Auster va écrire par la suite. Parce que mine de rien, il balance un tas de choses, mais c’est en vrac et rien n’est mené à terme. Ce sera sûrement le rôle de ses romans de recoller les morceaux.

    295 pages
  • 22

    Le Royaume (2014)

    Sortie : . Roman.

    Livre de Emmanuel Carrère

    Il y a deux conditions à réunir pour aimer ce livre : aimer Carrère et s’intéresser réellement au sujet qu’il aborde. Les seuls passionnés de religion pesteront en voyant que Carrère parle énormément de lui. Et les fans qui chercheront ici un texte aussi direct que Limonov ou l’Adversaire, vont vite s’emmerder en voyant s’étaler 600 pages d'observations sur le christianisme. Ce livre ne parlera donc pas à grand monde. À moi il m’a parlé. Il m’a tellement parlé que j’ai ressorti mes Bibles (Ancien et Nouveau Testaments), relu des épisodes de la vie du Christ, et lu des épîtres, puis constaté avec effroi que je n’avais jamais lu l’Apocalypse de Jean.
    Alors oui on rencontrera quelques digressions inutiles, et encore plus d’analogies qui nous feront lever les yeux au ciel - nous parler d’une vidéo porno authentique pour retomber sur l’authenticité de Luc, c’est fort de café. Mais bon, c’est Carrère, on connaît ses tics, ils ne sont pas nouveaux, et d’un certain côté ce sont ces prises de libertés qui le distinguent des autres écrivains.

    Reste que le bouquin m’a passionné. Je trouve que Carrère fait le meilleur choix, celui d’observer tout ce petit monde (Jésus, Paul, Jacques, Jean, etc) en passant par Luc, en se postant derrière son épaule. Il met une distance assez astucieuse pour approcher ces hommes en athée curieux. Mettre de la distance pour créer de la proximité, c’est contradictoire mais ça fonctionne. Ça permet d’observer cette histoire d’un point de vue politique. Ça permet aussi de raconter l’histoire de l’écriture de la Bible, et de comprendre que le Nouveau Testament se présente comme un énorme dossier sur l’affaire Jésus dans lequel se côtoient des écrits dispersés, hétéroclites, rédigés sur des années par des personnes même pas forcément d’accord entre elles. Carrère aura réussi à me replonger dans le sujet, à réveiller ma passion, et c’est tout à son honneur.

    630 pages
  • 23

    Extermination des cloportes

    Sortie : . Roman.

    Livre de Philippe Ségur

    Emprunté ce bouquin à la bibliothèque de ma commune. Attiré par le titre il faut l’avouer, qui ne cache rien de plus qu’une comédie sympathique, mais inoffensive. L’histoire d’un couple complètement teubé qui se fait avoir par tout le monde, qui ne comprend rien à rien, avec une ribambelle de personnages gentiment débiles. La critique parle de “rêveurs malchanceux”. Moi je décrirais plus ça comme deux cons qui enchaînent les bourdes. J’avoue le truc m’a fait sourire. C’était fort sympa. Mais je sais que je l’oublierai. Ya rien d’assez tenace dans cette littérature pour m’y retenir.
    Malgré ça, si vous cherchez un truc amusant à caser entre deux lectures prises de tête, c’est à recommander.

    283 pages
  • 24

    Rester vivant : méthode

    Sortie : . Essai.

    Livre de Michel Houellebecq

    À lire comme un manifeste poétique. Mais avec le recul des années, avec la construction de son personnage médiatique et de son oeuvre littéraire, on peut lire ce texte comme l'annonce de ce qu'il va être. Il faut le prendre au mot : une méthode pour rester vivant lorsqu’on est écrivain. Pour lutter contre la tentation du suicide d’abord, et transférer son malheur dans l’écriture. Puis une méthode pour ne pas se laisser déborder par la polémique ou le bruit médiatique, et rester dans le vrai.

    22 pages
  • 25

    La Poursuite du bonheur (1991)

    Sortie : 1991. Poésie.

    Livre de Michel Houellebecq

    "La présence subtile, interstitielle de Dieu
    A disparu.
    Nous flottons maintenant dans un espace désert
    Et nos corps sont à nu.

    Flottant dans la froideur d'un parking de banlieue
    En face du centre commercial
    Nous orientons nos torses par des mouvements souples
    Vers les couples du samedi matin
    Chargés d'enfants, chargés d'efforts,
    Et leurs enfants se disputent en hurlant des images de Goldorak."

    Tout Houellebecq est là, non ? Tous ceux qui n'aiment pas trop le romancier devraient aller jeter un œil à sa poésie.

    74 pages
  • 26

    La Gauche identitaire

    Sortie : . Essai.

    Livre de Mark Lilla

    «Les jeunes gens de gauche sont moins enclins de nos jours à relier leurs engagements à un ensemble d'idées politiques. Ils sont beaucoup plus enclins à dire qu'ils sont engagés politiquement en tant que X, concernés par les autres X, et les problèmes touchant la Xititude. Ils peuvent à la rigueur avoir de la sympathie pour les Y et les Z, et reconnaître le besoin stratégique de bâtir des alliances avec ces derniers. Mais puisque l'identité est fluide et multidimensionnelle, chaque facette mérite d'être reconnue, toute alliance ne sera jamais plus qu'une union de convenance. Plus la gauche universitaire devient obsédée par l'identité personnelle, moins elle est est encline à prendre part à un débat politique sensé.»

    J'ai pris cet extrait parce qu'à mon sens il contient presque tout le propos du livre. La première intention de Mark Lilla est de comprendre comment la gauche identitaire a pu naître. C'est la partie la plus intéressante de son livre. Selon lui, le terreau ultra-libéral proposé durant l'ère Reganienne a favorisé la naissance d'une gauche portée sur l'individu et non plus sur la classe. Une gauche qui a grandi dans un environnement dominé par une pensée libérale et individualiste, qui séduisait chaque américain. Bref, sous Reagan un changement s'est opéré aux Etats-Unis qui fût la victoire du libéralisme à l'intérieur même des modes de pensée. Et cette gauche identitaire a poussé là-dessus. Tout ça est passionnant et constitue déjà un bel argument contre elle, mais là où je suis déçu c'est que Lilla ne l'attaque pas tellement. Il ne l'analyse pas plus que ça, et son intention première est de faire gagner sa gauche à lui, ou du moins LA gauche (et donc toutes les gauches). Et pour gagner les elections, il faut revenir à des considérations communes. Lui il s'en fout que les idées de Gauche Identitaire soient dangereuses - moi je les trouve dangereuses, et je veux les combattre - lui il veut juste avertir ces identitaires que leur stratégie est mauvaise s'ils veulent gagner le combat des urnes, il veut les avertir que la politique ne se construit pas uniquement sur du militantisme. Finalement c'est un propos modéré, mais que ces tarés d'identitaires n'entendront même pas. J'aurais voulu un propos plus radical. Pour moi la gauche identitaire est un fléau, aussi dangereux que l'a été à une autre époque le marxisme. Mais un fléau libéral.

    151 pages
  • 27

    Dans la forêt (1996)

    Into the Forest

    Sortie : 1996. Roman.

    Livre de Jean Hegland

    Je n’ai pas trouvé cette lecture désagréable, mais elle ne m'a pas happé comme elle aurait dû. Objectivement, c'est un bon livre, et je ne risque à rien à le recommander, mais je ne me vois pas lui mettre une meilleure note. Il faut quand même noter son approche singulière. Une histoire de fin du monde qui évacue d’emblée tout ce qu’on attend d’un tel pitch pour devenir le récit de deux sœurs recluses dans leur forêt, nous narrant leurs souvenirs, leurs regrets, et leur quotidien. Ya une bonne idée dans ce roman, celle d’observer deux gamines insouciantes et sur-protégées être soudainement livrées à elles-mêmes. J’aime aussi l’idée qu’en vivant en marge de la civilisation, elles ont évité la catastrophe, mais qu’elles doivent désormais apprendre à vivre sans rien d’autre que la nature. Mais si tout cela est raconté d’une belle plume, j’ai quand même trouvé que ça manquait de quelque chose, que passé son concept initial il n’avait plus tellement à offrir. Même si l’auteure nous sort quelques événements surprises de son chapeau, et une belle fin, cela ne suffit pas à faire de lui le chef d'oeuvre qu'on dit. Parfois aussi j'ai frôlé l'ennuie, mais surtout au début. En fait, le roman gagne en sens et en qualité dans les 100 dernières pages.

    300 pages
  • 28

    Histoires vraies (1938)

    Sortie : 1938. Recueil de nouvelles.

    Livre de Blaise Cendrars

    Il parait qu’Henry Miller admirait Cendrars, et inversement, et qu’ils étaient de bons amis. En lisant ces histoires, je retrouve un peu une approche Millerienne. Je pense que les deux auteurs partagent beaucoup de choses : leur amour des gens, leur vie mouvementée, leur goût pour le voyage, et leur façon de coucher tout ça sur le papier, sans dissocier le vrai du faux. Cendrars est le type de mec à traîner avec tout le monde, à vadrouiller partout, et à croiser tellement de gens, qu’il ressort de ces rencontres une matière narrative directement exploitable. Ces histoires, ce sont des histoires rapportées, donc probablement transformées, arrondies par un long bouche à oreille, puis enjolivées par la plume de Cendrars. Le truc c'est qu'on sent qu'il a du talent le petit, mais ici il est peut être trop peu exploité, ou disons exploité pour des récits qu'on lit avec plaisir, mais qu'on oublie vite par la suite. Car le cœur de ces histoires on s’en fout, elles ne sont là que pour témoigner du regard de l’écrivain sur le monde. On est quand même heureux de les lire parce qu’on est heureux d’écouter le type qui les raconte.

    246 pages
  • 29

    Tchekhov

    Sortie : février 2008. Biographie.

    Livre de Virgil Tanase

    Voilà un moment que je lorgnais cette collection de folio biographie, et plus précisément les deux ouvrages de Tanase sur Dostoïevski et Tchekhov. Ce n’est évidemment pas un grand exercice littéraire. Comme on pouvait s’y attendre, c’est plein de détails encombrants : dates, missives, citation de documents, etc. Comme si Virgil Tanase se sentait obligé de faire ressurgir ces sources pour nous montrer l’envers de son travail de fouille. Du coup on suit chaque mouvement de Tchekhov et les épisodes s’enchaînent de façon factuelle, sans qu’à aucun moment une vision plus personnelle en ressorte. Bref, de la biographie très scolaire. Tant pis, ça m’aura au moins permis d’approcher le bonhomme. Là encore, ça valide toutes les idées que je m’étais faites d’après mes lectures. Tchekhov n’était pas un idéologue. Il était un moujik, un homme du peuple. Il était parfois progressiste, parfois non. Il se différenciait d’absolument tous les autres. Très loin de Dosto, différent de Tolstoï dont il était l’ami pourtant. Camarade de Gorki, de Bounine, de Kouprine. C’était aussi un homme bien entouré, qui a vécu dans le mouvement des gens, et ça on le ressent dans ses pièces de théâtre. Et enfin, c’était un homme qui se refusait d’être écrivain, qui ne voyait pas son propre talent, et qui pourtant a bouleversé l’art du théâtre (avec l’aide de Stanislavski) en écrivant des pièces sans intrigues, sans lignes morales, mais avec des personnages forts qui baignent dans les non-dits et les sous-entendus. Tchekhov, clairement, c’est un génie du dialogue. Vous devez le lire, impérativement.

    380 pages
  • 30

    Hymnes à la haine

    The Hate Verses

    Sortie : 1916. Poésie.

    Livre de Dorothy Parker

    Dix-neuf poèmes contre les femmes, les hommes, les artistes, les étudiants, les éditeurs, le théâtre, la société, etc. Tout le monde y passe. Et puisque tout le monde y passe, on se doute bien qu’il n’y a rien de vraiment politique, rien de vraiment sérieux dans ces accusations. C’est de la misanthropie pour la forme. C’est méchant mais c’est surtout beaucoup d’ironie, à moitié sincère. Et c’est donc un festival d’insultes ingénieuses. Dorothy Parker est la reine du bon mot sarcastique. Tout cela fait que je devrais normalement adorer ce recueil. Après tout, c’est un concentré de sa verve. Le problème c’est que les poèmes sont tous construits sur la même structure, si bien que la redondance est inévitable. Résultat : je préfère ses recueils de nouvelles. Ils sont plus variés et plus inventifs.

    Petit extrait du premier poème.

    « Je hais les femmes : elles me portent sur les nerfs.
    Il y a les femmes d’intérieur…
    Ce sont les pires.
    Chaque instant est ficelé de Bonheur,
    Elles respirent avec méthode
    Et pour l’éternité se hâtent à grand pas vers la maison
    Où il faut surveiller le dîner.
    Il y a aussi les douces
    Qui disent avec un tendre sourire « l’argent ne fait pas le bonheur »
    Et ne cessent de me faire admirer leur robe
    En me confiant : « je l’ai faite moi-même »
    Et vont épluchant les pages féminines des magazines
    Toujours à essayer de nouvelles recettes
    Ah, que je les hais, ces sortes de femmes ! »

    107 pages
  • 1
  • 2