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Sam Peckinpah - Commentaires

Avatar Thaddeus Liste de

12 films

par Thaddeus

Cinéaste du pathétique, de la dégradation, de l’entropie et de l’autodestruction, dont la hargne sauvage et désespérée s’est exprimée en autant de lamentos consacrant l’irréversible déclin du classicisme, Peckinpah est sans conteste un réalisateur important de son époque. Il arrive que son nihilisme exacerbé freine mon enthousiasme, mais lorsqu’il ne se livre pas à ces penchants excessifs son cinéma atteint une indéniable grandeur.

Mon top :

1. La horde sauvage (1969)
2. Pat Garrett et Billy le kid (1973)
3. Junior Bonner (1972)
4. Coups de feu dans la Sierra (1962)
5. Un nommé Cable Hogue (1970)

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  • Coups de feu dans la sierra (1962)

    Ride the High Country

    1 h 34 min. Sortie : . Western.

    Film de Sam Peckinpah avec Randolph Scott, Joel McCrea, Mariette Hartley

    Dès ce deuxième film, Peckinpah pose les jalons essentiels de ce qu’il ne cessera de chanter dans les westerns suivants. L’ultime chevauchée de deux shérifs anachroniques y sonne le glas de la mythologique classique, l’interminable agonie de l’homme de l’Ouest, révélant la fin d’une époque légendaire qui cède le pas à l’ère industrielle et aux frontières définies. Filmée dans des teintes automnales, dépouillée de faux pittoresque malgré la présence d’éléments caractéristiques du genre, cette œuvre triste et nostalgique dévoile une singulière sensibilité romantique, et révèle la vieillesse désenchantée de deux héros qui ne reconnaissent plus le monde qui les entoure. Le final, scellant in extremis une amitié retrouvée, au-delà des trahisons passagères, est particulièrement beau.
  • Bande-annonce

    Major Dundee (1965)

    2 h 03 min. Sortie : . Western.

    Film de Sam Peckinpah avec Charlton Heston, Richard Harris, Jim Hutton

    Nordiste brutal, militaire dans l’âme, désobéissant pour la plus grande gloire de l’uniforme et la sienne propre, Dundee domine avec ses forces et ses faiblesses et détruit tout, car il est venu apporter le glaive. Le film n’est pas un message mais une histoire racontée par cet homme. Hélas, s’il a pour circonstance atténuante de s’être fait charcuter par ses producteurs, s’il se déroule et développe ses enjeux avec une efficacité éprouvée, il manque d’assez loin les ambitions qu’il affiche tant dans sa portée politique que dans sa dimension humaine. Peckinpah avait sans doute en tête une fresque brutale et démythificatrice sur la naissance sanglante d’un pays, mais les concessions flagrantes à la logique commerciale l’ont réduite à une œuvre pâle et boiteuse, à peine plus distrayante qu’un western de série.
  • Bande-annonce

    La Horde sauvage (1969)

    The Wild Bunch

    2 h 25 min. Sortie : . Western.

    Film de Sam Peckinpah avec William Holden, Ernest Borgnine, Robert Ryan

    Ce film me semble autrement plus riche et accompli. Ici il n’y a pas de héros immaculés, pas de supériorité morale : juste des hommes cupides agissant par intérêt, et une brutalité qui n’épargne ni les femmes ni les enfants. Peckinpah s’attaque véritablement à la vision mythologique de l’Ouest et à son exaltation romantique, à travers la quête intimiste de héros vieillissants, en décalage affectif et économique avec le siècle qui s’annonce, perdus dans leurs illusions mais tâchant malgré tout de trouver un sens à leur vie. Épique et méditatif, c’est une sorte de chant nostalgique et funèbre en forme de dernier baroud, ramassé dans une esthétique de soleil et de poussière, de sang et de boue, et dont la stylisation de l’action et de la violence demeure, aujourd’hui encore, saisissante.
    Top 10 Année 1969 : http://lc.cx/2iy
  • Bande-annonce

    Un nommé Cable Hogue (1970)

    The Ballad of Cable Hogue

    2 h. Sortie : . Comédie et western.

    Film de Sam Peckinpah avec Jason Robards, Stella Stevens, David Warner

    Rarement Peckinpah aura porté une telle tendresse à ses personnages. Offrant un contre-pied salutaire à la fureur nihiliste et désespérée de son inspiration habituelle, ce film méconnu décline quelque chose comme une nouvelle version des "Mouches" de Sartre, avec une pincée de Keystone cops. Brave et sympathique prospecteur ayant trouvé tardivement sa fortune, Cable Hogue sirote son bonheur au milieu du désert, reçoit les visites de la ville comme autant de spectres du passé, partage l’amour d’une jolie prostituée, se lie avec un prédicateur lubrique mais pas mauvais bougre, fraternise enfin avec un ennemi en qui il se reconnaît. Le western naturaliste, gorgé de truculence et d’ironie, revêt ainsi les couleurs d’un lamento humoristique dont la grandeur se nourrit d’humilité et de sensibilité.
  • Bande-annonce

    Les Chiens de paille (1971)

    Straw Dogs

    1 h 53 min. Sortie : . Drame et thriller.

    Film de Sam Peckinpah avec Dustin Hoffman, Susan George, Peter Vaughan

    Séances de cinéma (1 salle)
    Étape sans doute assez emblématique dans la longue interrogation du cinéma américain sur la violence, ses origines, ses manifestations. Instaurant une tension constante qui ne cesse de grimper jusqu’au déchaînement cathartique final, Peckinpah adopte le point de vue clinique d’un anthropologue sur les pulsions sauvages tapies en chaque individu, y compris le plus civilisé. L’étude in vitro des effets de l’impératif territorial cher à Robert Ardrey dispense un trouble froid et dérangeant, malheureusement flingué presque intégralement par une scène de viol dégueulasse où l’héroïne finit par trouver son plaisir. Car en bon miso-macho, Sam nous rappelle cette vérité : les femmes sont toutes des salopes en puissance qui n’aiment rien tant que se soumettre et se faire prendre de force. Impardonnable.
  • Junior Bonner, le dernier bagarreur (1972)

    Junior Bonner

    1 h 40 min. Sortie : . Comédie dramatique.

    Film de Sam Peckinpah avec Steve McQueen, Robert Preston, Ida Lupino

    Sans changer d’optique ni de thématique, le réalisateur ponctuellement apaisé arrache son héros à l’attraction nostalgique du passé et à la contemplation complice de la mort. Traînant la patte de prime en prime, de bain de foule en bain de foule, son Jr Bonner est une rodeoman errant, de bref passage dans sa famille, qui affirme tranquillement sa victoire sur le conformisme et l’argent. Avec le talent rare qui consiste à voir les choses à hauteur d’homme, Peckinpah relit à sa manière les "Misfits" de Huston en en troquant l’amertume par un jeu nonchalant de discrétion et de mutisme. La force et la subtilité des liens qui unissent les personnages, la chaleur humaine, la bonté, l’humour qui émanent de cette chronique de l’intégrité contribuent à en faire l’un des ses films les plus beaux et émouvants.
  • Bande-annonce

    Guet-apens (1972)

    The Getaway

    2 h 03 min. Sortie : . Action, policier et thriller.

    Film de Sam Peckinpah avec Steve McQueen, Ali MacGraw, Ben Johnson

    La société urbaine américaine en ce début des années 70 est celle d’une mobilité extrême, ses institutions et ses lieux de vie (pénitenciers, bars, usines) gangrenés par le règne de la force et l’argent. La corruption est présente à tous les échelons, l’État de droit absent : sur ce constat désabusé Peckinpah construit un polar nerveux parsemée de déflagrations brutales. Le couple lui-même n’y échappe pas : malmené, fragile, en proie une violence interne et à la suspicion permanente, il lui faudra littéralement être enseveli sous les détritus pour retrouver une solidité nouvelle. Voilà toute l’amère beauté d’un film d’action mené tambour battant, qui bafoue allègrement la morale traditionnelle du film noir. Dans le genre, c’est du costaud.
  • Bande-annonce

    Pat Garrett et Billy le Kid (1973)

    Pat Garrett & Billy the Kid

    2 h 02 min. Sortie : . Drame, historique et western.

    Film de Sam Peckinpah avec James Coburn, Kris Kristofferson, Richard Jaeckel

    L’auteur retrouve la veine et l’inspiration de "La Horde Sauvage" pour un nouveau western crépusculaire qui accentue la tonalité mélancolique de son propos. Il ne s’intéresse ici ni à l’aménagement ni au défrichement du territoire, mais à la démolition du passé, de l’amitié et du champ libre de l’Ouest, à la mort violente d’une façon de vivre devenue anachronique – ce faisant, il met comme un point final à l’histoire du genre. L’odyssée de ses deux héros, légendes confrontées à l’inexorabilité de leur destin et à l’achèvement d’une époque, s’inscrit dans une forme de flamboyance presque éteinte, synchrone avec leurs états d’âme d’êtres comme consumés par la proximité de la mort et la conscience désespérée de leur finitude. La bande originale de Dylan parachève ce film beau comme un requiem.
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    Apportez-moi la tête d'Alfredo Garcia (1974)

    Bring Me The Head of Alfredo Garcia

    1 h 52 min. Sortie : . Thriller et policier.

    Film de Sam Peckinpah avec Warren Oates, Isela Vega, Robert Webber

    Séances de cinéma (1 salle)
    Dans le paysage cramé d’un Mexique dépotoir, Peckinpah pousse jusqu’au bout du dégoût sa conception d’un monde en décomposition, gangrené par la prolifération corruptrice et destructrice des pires franges de l’idéologie américaine. Plus violent et nihiliste que jamais, son cinéma se fait ici le reflet d’un pays de plus en plus exécré, vis-à-vis duquel il règle ses comptes dans le sarcasme et la dérision. La balade romantique se transforme vite en une quête macabre, sordide, paranoïaque, ponctuée de péripéties tragiques et de surprises sanglantes, qui met le spectateur dans une position constamment dérangeante. Furieux, délirant, volontairement sale et déglingué, le polar prend, pour son looser pitoyable de héros, les allures d’une véritable descente aux enfers. Efficace mais un peu trop radical pour moi.
  • Tueur d'élite (1975)

    The Killer Elite

    2 h 02 min. Sortie : . Action et thriller.

    Film de Sam Peckinpah avec James Caan, Robert Duvall, Arthur Hill

    C’est un Pechinpah fourbu, épuisé par ses luttes avec la production et miné par ses aspirations suicidaires, qui est aux manettes de ce suspense d’espionnage exécuté avec une étonnante indifférence. Sorti la même année que "Les Trois Jours du Condor", qui dénonçait de manière autrement plus vigoureuse et convaincante les agissements des services de renseignement américains, le film souffre d’un sens narratif émoussé et n’offre qu’une poignée de fragments inspirés, même s’il prolonge la problématique chère à l’auteur : le lent rétablissement, à force de volonté, d’un homme blessé dans un combat douteux, le jeu ambigu de la trahison et de la loyauté, la paranoïa d’un pays agressé de l’extérieur, la fascination pour la technique et les armes à feu, cette dernière amenant à un ninja fight final digne d’une série Z.
  • Bande-annonce

    Croix de fer (1977)

    Cross of Iron

    2 h 12 min. Sortie : . Action, drame et guerre.

    Film de Sam Peckinpah avec James Coburn, Maximilian Schell, James Mason

    C’est un peu la transposition des barouds suicidaires des hordes sauvages sur le front russe pendant la Seconde guerre mondiale, en plus d’être l’un des plus virulents pamphlets antimilitaristes jamais réalisés. Un groupe de soldats y évolue dans un univers en totale décomposition, véritable antichambre de l’enfer ; le conflit est montré jusqu’à l’écœurement dans toute sa hideuse réalité, dénué de tout héroïsme, de toute justification morale. Accumulant les effets et les outrances, Peckinpah autopsie ainsi à sa manière le phénomène guerrier : un fusil à la main ou une balle entre les deux yeux, sans religion ni système philosophique, les hommes ne sont que des victimes humbles et velléitaires. Voilà comment l’âpreté nihiliste de l’auteur confère à cette odyssée une amertume noire et cynique.
  • Bande-annonce

    Le Convoi (1978)

    Convoy

    1 h 45 min. Sortie : . Action et comédie dramatique.

    Film de Sam Peckinpah avec Kris Kristofferson, Ali MacGraw, Ernest Borgnine

    On peut faire avec Peckinpah le tour de l’Ouest de quatre-vingts manières, en suivant le rythme de la route. Au volant de son quinze tonnes, Duck a l’arrogance du roi détrôné et l’assurance de Billy le Kid : sans racines ni territoire, libre comme le vent. Mais sa sagesse d’anarchiste qui ne veut pas d’emmerdes se voit contrariée par un flic aux méthodes fascistes s’étant juré de le coffrer. Leur course-poursuite, menée tambour battant, décontractée comme une comédie pittoresque, réserve toujours une place au clin d’œil, à la complicité du spectateur, même quand elle développe une réflexion musclée sur la collusion politique des pouvoirs. Et le film, joyeux, roboratif, de s’interdire toute nostalgie, tout pathétique complaisant, tout folklore du loser pour exprimer pleinement sa verve, sa fraîcheur et son énergie.