fictions augmentées
La plupart du temps, les séries (ou en général, n'importe quelle oeuvre de fiction) créent une sorte de petit monde auto-abrité. Qu'elles optent pour une optique (pseudo)réaliste, ou totalement imaginaire, elles se glissent dans nos vies comme de potentielles existences alternatives. Un éminent chercheur littéraire dont j'ai oublié le nom expliquait à ce sujet que les histoires prenaient place dans nos vies telle toutes ces vies qu'on aurait pu vouloir vivre mais que nous ne vivrons jamais puisque nous n'en avons qu'une. Il y a quelque chose de thérapeutique et d'assez sein dans la consommation de fictions, finalement. Cependant, il y a aussi des dangers, qui plus des séries et fictions elles-mêmes découlent des fragilités des individus. On est nombreux, propices à sombrer dans les trips geek, nerd, otaku, nolife... etc. Des fois on gère, des fois moins. Et il y a toujours des moments où on est sur la limite entre a) nous et des fictions qui nous accompagnent ou b) nous et des fictions qui nous permettent de nous extraire de la vie. Les fictions de genre, que ce soit la SF, la fantasy ou le fantastique (etc, etc) sont peut-être celles qui potentiellement nous éloignent le plus de la réalité. Parfois, l'évasion, ça a du bon. Parfois... ça fait flipper et ça fait des dégâts.
La plupart des séries d'aventure ou d'évasion (on va résumer par "évasion, les genres ci-dessus aussi) sont concentrées dans leur propre univers. Elles nous y emmènent, nous font rêver un moment, puis hop, nous laisse sur notre canapé, de retour à la vraie vie. Mais en gros jamais, elles ne se soucient vraiment de ce qu'il advient de nous, une fois de retour dans notre canapé. Presque jamais. Puisqu'une fois en passant, une ou deux séries, ingénieuse dans la forme, comme dans le fond, font la différence. C'est de celles-là que je veux parler. En vrai, pour l'instant, j'en ai croisé peu, voire juste deux, plus quelques films, et puis une BD.
Dernièrement, j'ai revu Neon Genesis Evangelion. Et j'ai halluciné. Je me souvenait bien du trip que c'était, complètement barré sur la fin, mais à l'époque du premier visionnage, je n'avais pas saisi l'ampleur du truc. J'avais zappé alors le vrai message, tout bête mais tellement important : tu ne dois pas fuir. Pas fuir la réalité, pas fuir la vie, pas fuir toi-même. Je suis resté sans voix, sur le final qui crie : "félicitation". Félicitation d'exister et d'être en vie. Et si tu repenses à la série entière, tu te rends compte que tout son propos est là : Hideaki Anno n'a finalement qu'une préoccupation, se soucier de son public, et de s'assurer, qu'une fois sorti de la série, il sera vivant.
Il y a très très peu de séries qui se soucient à ce point de leur spectateur. Celles qui le font, bien souvent, le font pour de faux, avec des messages consensuels sur l'amitié, la solidarité, etc. Parce que c'est Disney ou la télévision publique. Mais c'est très rare de sentir que vraiment vraiment, le réalisateur veut t'accompagner, veut te soutenir dans les épreuves de la vie. Avec Evangelion, je vois Buffy, qui redouble d'ingéniosité du début à la fin, dans ce truc de grandir, avec des métaphore et des sujets non seulement important, mais bien traités. Il ne s'agit pas de parler de la mort ou de l'homosexualité, par exemple, pour vraiment accompagner ton spectateur. Il faut le faire bien. Il faut le faire de façon à ce que ça sorte de la fiction.
Et quand dans Buffy, il est dit clairement : "les choses changent, on ne s'y attend pas toujours, on n'en a pas envie, mais les choses changent", et ce alors que les évènements de la série contrent les attentes de bases du spectateur, celles qui nous rassureraient, ça te laisse dans un inconfort prégnant. Je veux dire, ça te le fait rentrer dans la tête bien. Que ce soit pour Buffy ou Evangelion, le coeur du propos est évidemment celui-ci : tu n'échapperas pas à la vie. Et, je ne sais pas précisément comment, mais c'est débordant de cette volonté de transmettre ce message. C'est pour ça que ces séries tu peux pas les considérer comme n'importe quelle autre. C'est pour ça qu'on peut que aimer leurs créateurs. Avec une sorte de sentiment d'amitié, plus que comme des fans idiots, finalement.
Il y a quelques films qui se soucient plus ou moins de ça, peut-être pas aussi fortement mais tout de mêmes (cf. ma liste "Des histoires sur les histoires avec des histoires dans l'histoire"). Il y a aussi l'incroyable fumetti Rat-man de Leo Ortolani qui respire ce même truc. Avec des tas de métaphores que ne rechignerait pas Joss Whedon (et j'en reparlerait un jour mieux). Ces fictions, je les appelle "fictions augmentées", en réponse à ce terme de merde inventé par je sais pas quel connard, la "réalité augmentée". Mon cul. Merci donc à Hideaki, Joss, Leo et les autres, de se soucier de nous. Pour de bon. C'est trop rare.
Buffy contre les vampires (1997)
Buffy, the Vampire Slayer
45 min. Date de première diffusion : 3 avril 1998 (France). 7 saisons. Fantastique, Comédie, Épouvante-horreur
colville a mis 10/10, l'a mis dans ses coups de cœur, l'a mis en envie et a écrit une critique.
Neon Genesis Evangelion (1995)
Shinseiki Evangelion
25 min. Date de première diffusion : 1998 (France). 1 saison. Action, Animation, Drame
Anime (mangas) TV Tokyo
colville a mis 10/10.




