Films (2026)
71 films
créée il y a 4 mois · modifiée il y a 1 jourMektoub My Love - Canto due (2025)
2 h 19 min. Sortie : 3 décembre 2025. Drame
Film de Abdellatif Kechiche
Paul_ a mis 9/10.
Annotation :
1er janvier
Au cinéma — revu.
Le meilleur de 2025 pour commencer 2026.
Quand même, quel curieux destin que celui de Jessica Pennington, ex-actrice porno, diamant noir de ce film et maintenant gérante d'un restaurant dans l'Idaho.
Et merci à l'équipe de monteurs d'avoir trouvé ce film parmi mille heures de rushes, comme le sculpteur qui trouve une statue dans un bloc de marbre : https://www.critikat.com/panorama/entretien/canto-due-a-ete-monte-a-partir-dune-multitude-de-possibilites
Le Mépris (1963)
1 h 43 min. Sortie : 20 décembre 1963 (France). Drame, Romance
Film de Jean-Luc Godard
Paul_ a mis 10/10.
Annotation :
3 janvier
Au cinéma — revu.
Chef-d'œuvre âpre et théorique, toujours à la limite de l'imposture. L'histoire d'un film qui se fait et d'un couple qui se défait. La meilleure adaptation de l'Odyssée, et Nolan n'y changera rien. La mythologie de Bardot bien sûr et celle d'un couple où les personnages qui l'entourent sont comme des allégories. Le « mépris », c'est Paul, celui au sujet duquel on se méprend, et il faut voir la subtilité psychologique de ce malentendu. L'exposition polyglotte avec le fameux instant de bascule est merveilleuse, j'avais oublié la durée de la scène de l'appartement ensuite. Tout cela est extrêmement dense, intelligent et drôle, Godard a glissé des facéties partout, BB qui passe sous une échelle, le livre Frappez sans entrer qui dissimule son cul, etc. Le film est d'une grande beauté plastique, Bardot est bien sûr filmée sous toutes les coutures pour les producteurs dans une mise en abyme amusante, mais la nature de Capri et les architectures de la villa Malaparte et des studios romains de Cinecittà qui ressemblent à un paysage en ruine lui offrent un écrin sublime. La musique de Delerue enfin, absolument terrassante, est pour beaucoup dans la sensualité élégiaque du film.
Et très intéressant de voir le film après Canto Due, avec lequel il partage la polyglossie, la décapotable rouge du producteur et cette femme qu'on se dispute et qu'on aliène.
Le Parti des choses (1964)
10 min. Sortie : 1964 (France). Cinéma
Court-métrage documentaire de Jacques Rozier
Paul_ a mis 6/10.
Annotation :
3 janvier
Un titre quasi-pongien, parce que Rozier rapporte une anecdote de tournage qui voit la marée emporter la caméra sur la plage, obligeant Godard à retourner la scène sur un bateau, s'adaptant aux éléments comme Homère qui œuvrait en accord avec la nature.
Paparazzi (1964)
22 min. Sortie : 23 septembre 1964. Cinéma
Court-métrage documentaire de Jacques Rozier
Paul_ a mis 7/10.
Annotation :
3 janvier
Sur « la fille la plus photographiée du monde ». La prise ratée à cause des badauds qui épient le tournage depuis une barque, très drôle. Et la manière dont Rozier choisit de quitter Capri pour s'intéresser à la condition de ces deux pauvres paparazzi est assez émouvante.
Apocalypse Now Final Cut (2019)
3 h 03 min. Sortie : 21 août 2019 (France). Guerre
Film de Francis Ford Coppola
Paul_ a mis 9/10.
Annotation :
4 janvier
Au cinéma — revu.
Cinéma total. La rencontre idéale entre le film de guerre et une époque psychédélique (j'avais oublié tous ces synthés du papa Carmine). Un film qui commence par « The End » et qui se termine par « The End ». Et plus que jamais un documentaire sur son propre tournage, pour reprendre la phrase de Rivette, avec des Brando et Duvall immenses, dans des rôles respectifs presque à l'opposé de ceux du Parrain, si bien qu'on croirait voir des acteurs différents, et Sheen dans un registre plus sobre mais également habité, dont je me rends compte à quel point son visage, jusqu'à The West Wing, m'a toujours inspiré une profonde affection. Et les fondus enchaînés pour rendre la lente descente du fleuve, scandés par des rencontres qui disent toutes les formes que prend l'horreur, dont cette étape dans la plantation française, scorie sans doute de ce Final Cut, avec une Aurore Clément dont je pensais bien qu'elle me disait quelque chose, mais qui est bien meilleure chez Akerman. Et T. S. Eliot, et le montage alterné final comme dans Le Parrain. Comment est-ce possible de faire un film pareil ?
Edmond (2019)
1 h 50 min. Sortie : 9 janvier 2019. Comédie dramatique, Historique, Romance
Film de Alexis Michalik
Paul_ a mis 3/10.
Annotation :
6 janvier
Revu.
Le film est efficace avec des moments bien calibrés et drôles, mais il est aussi vulgaire. À ce stade ce n'est pas de la romance, c'est de la beauferie. Michalik viole l'Histoire pour un coup d'un soir. Je lui en veux de devoir systématiquement expliquer à mes élèves que non, Edmond n'a probablement pas trompé sa femme pour trouver l'inspiration pour sa pièce et non, le fils de Coquelin ne s'est pas fait pomper dans sa loge juste avant la première pour devenir subitement bon acteur.
Solaris (1972)
Solyaris
2 h 47 min. Sortie : 27 février 1974 (France). Drame, Science-fiction
Film de Andreï Tarkovski
Paul_ a mis 9/10.
Annotation :
7 janvier
Au cinéma.
J'ai toujours eu un peu de mal avec Tarkovski dont j'ai vu la plupart des films il y a dix ans. Découvrir Solaris sur grand écran aujourd'hui me donne l'impression d'avoir enfin accès au génie russe. La réponse à 2001 est peut-être moins techniquement spectaculaire mais c'est une odyssée de l'intime, une élégie bouleversante et une histoire d'amour qui abolit le temps comme dans La Jetée et Je t'aime, je t'aime, une fable sur notre peur non pas de l'oubli mais de ne pas oublier, non pas de mourir mais d'être immortel. L'attention que porte Tarkovski à l'organique, au matériel passe par des images simples et marquantes : des plantes aquatiques, deux gilets identiques sur une chaise, la neige d'un tableau de Brueghel, un bougeoir qui vient illuminer un lustre dans cette incroyable scène de lévitation qui m'a donné des frissons, portée par la sublime mélodie de Bach (Bach qui me foudroie avec quelques notes comme dans Les Fraises sauvages), jusqu'au retour sur Terre avec le lac gelé où j'étais à fond avec le personnage et sa mélancolie. C'est dans cette matérialité que s'incarne le souvenir, et donc l'humanité, et tous ces signes de l'humain acquièrent une forte charge émotionnelle dans ce huis clos spatial auquel on croit vraiment. À cet égard la filiation avec Interstellar est évidente : outre les cosmonautes devenus fous qui rappellent Matt Damon, on retrouve les orgues angoissantes, plus sourdes ici que chez Zimmer, l'apologie de l'amour comme critère du genre humain et même le fils plus âgé que la mère dans sa vision enfiévrée. Sans doute plus fragile que les autres films de Tarkovski (pour ce rapport au genre de la SF qui mettait le cinéaste lui-même mal à l'aise, d'ailleurs il ne s'est pas risqué aux maquettes comme Kubrick), Solaris est peut-être plus accessible, plus immédiatement attachant. Je suis sorti de la salle, il y avait de la neige et des gouttes d'eau qui faisaient des clapotis comme dans le film, c'était merveilleux.
Et aussi, comme je n'ai vu personne en parler, est-ce qu'il n'y a pas une ressemblance entre Natalia Bondartchouk dans le film et La Belle Ferronière ?
https://m.media-amazon.com/images/M/MV5BODRhZDBiYTQtOGUyOS00MGNmLWI5NjMtMmQ1N2YyZTJlYTJkXkEyXkFqcGc@._V1_.jpg
https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/4/4d/La_Belle_Ferroni%C3%A8re_-_Google_Arts.jpg/960px-La_Belle_Ferroni%C3%A8re_-_Google_Arts.jpg
Sachant que Tarko était fan de Léonard...
Le Faucon maltais (1941)
The Maltese Falcon
1 h 40 min. Sortie : 31 juillet 1946 (France). Film noir
Film de John Huston
Paul_ a mis 6/10.
Annotation :
8 janvier
Le premier film de Huston et le pionnier du film noir, qui raconte l'histoire d'un privé à San Francisco embarqué dans une obscure affaire de statuette volée. Tout le monde ment en permanence sauf le film : Bogart y est vraiment « wild and unpredictable » dans un rôle nerveux, cynique et violent que je ne lui connaissais pas, loin de ses personnages habituels de gentleman. Les seconds rôles sont savoureux, Peter Lorre et le truculent Sydney Greenstreet qui paraît-il inspira Jabba le Hutt, à l'exception de Mary Astor qui incarne une femme fatale bien fade. L'intrigue surtout est aussi nébuleuse que dans Le Grand Sommeil, avec une mise en scène moins inspirée, même si le MacGuffin de la statuette, « the stuff that dreams are made of », est vaguement fascinant.
Le Sud (1983)
El Sur
1 h 34 min. Sortie : 20 janvier 1988 (France). Drame
Film de Victor Erice
Paul_ a mis 8/10.
Annotation :
10 janvier
Au cinéma.
Un excellent film à hauteur d'enfant, qui rappelle par certains aspects Fanny et Alexandre. La jeune Estrella a une relation presque amoureuse avec son père, lequel cache des secrets, comme dans L'Ombre d'un doute dont l'affiche est explicitement citée dans le film. Agustín semble en effet rongé par la mélancolie, hanté par une femme ou bien par la guerre d'Espagne... La mise en scène de Erice, tout en douceur, joue sur la lumière et l'obscurité comme le ferait un peintre. Le Sud du titre, tel un « nom de pays » chez Proust, fonctionne comme un gigantesque hors-champ qui cristallise les fantasmes et représente peut-être la vie d'adulte à laquelle Estrella va progressivement parvenir dans ce beau récit d'apprentissage.
Conversation secrète (1974)
The Conversation
1 h 53 min. Sortie : juin 1974 (France). Drame, Thriller
Film de Francis Ford Coppola
Paul_ a mis 8/10.
Annotation :
11 janvier
Au cinéma — revu.
Coppola se fait plaisir entre les deux Parrain avec un projet moins spectaculaire qui n'en est pas moins un chef-d'œuvre discret. Si le film est presque malaimable au début, c'est qu'il prend le temps de dérouler un scénario génial, où chaque scène d'abord opaque sera éclairée par une scène ultérieure, à commencer par l'introduction séminale que le montage à la fois visuel et sonore du film recomposera avec patience. Le film est comme un trait d'union entre Blow-Up et Blow Out et Gene Hackman incarne un écouteur écouté à la paranoïa contagieuse et très vite vertigineuse. Petit à petit le documentaire se transforme en dystopie et dans le contexte des seventies encore marqué par l'assassinat de Kennedy et le Watergate, Coppola livre une œuvre visionnaire qui annonce la société de surveillance. J'ai eu un peu de mal à m'attacher à ce personnage de Harry Caul mais c'est un film passionnant, une sorte de néo-noir qui dialogue aussi très bien avec le cinéma d'Hitchcock.
Les Bruits de Recife (2012)
O Som ao Redor
2 h 11 min. Sortie : 26 février 2014 (France). Drame, Thriller
Film de Kleber Mendonça Filho
Paul_ a mis 8/10.
Annotation :
12 janvier
Au cinéma.
C'est bien ce que je pensais : le premier film de Mendonça Filho est encore délesté des affèteries du style et du genre ainsi que de la charge du discours social et politique qui viendront un peu gâter la beauté de ses prochains films. La chronique sans drame, comme dans la vie, de ce quartier de la classe moyenne de Recife paraît dès lors plus authentique. Ce n'est ni une telenovela malgré la photographie crue qui fait ressortir le soleil brésilien, ni véritablement un film choral malgré tous ses personnages car le récit est tentaculaire, sans véritable centre, et grouille de vie comme le font entendre tous les bruits promis par le titre. Les nuances entre les classes sociales ne sont jamais surlignées et le seul événement du scénario n'en est pas vraiment un, puisque les membres de la société de sécurité privée qui débarquent dans le quartier se retrouvent presque aussi désœuvrés qu'un Giovanni Drogo dans Le Désert des Tartares. Car la violence qu'on craint et qui motive cette surveillance est soit limitée à de la petite délinquance, soit reléguée dans un hors-champ, en tout cas fantasmée par les habitants, surtout quand on constate la quiétude de leur vivre-ensemble. Il est alors amusant de voir comment une musique angoissante, le mauvais rêve d'une jeune fille ou une pancarte interdisant la baignade pour cause de requins deviennent comme de lointains souvenirs du genre, et presque des éléments parodiques des films à venir de Filho. Sa mise en scène, déjà sensuelle sans forcer, pleine de micro-idées étranges et stimulantes, n'a pas besoin de grands effets pour dire le caractère transitoire des choses et la beauté d'un monde où les habitations ne durent pas beaucoup plus longtemps que les relations amoureuses.
Le Parrain - 2e Partie (1974)
The Godfather: Part II
3 h 20 min. Sortie : 27 août 1975 (France). Gangster, Drame
Film de Francis Ford Coppola
Paul_ a mis 9/10.
Annotation :
13 janvier
Au cinéma — revu.
Toujours aussi magistral, bien que plus cérébral et moins émouvant que le premier. Comme avec Canto Due, le film me passionne moins en soi que par les jeux d'échos qu'il installe avec son précédesseur. Il faut voir par exemple le motif amusant de ces oranges de mauvais augure, jusque dans cette scène géniale à Cuba où l'on se partage littéralement les parts d'un gâteau... orange. L'intrigue est plus retorse et politique, le récit plus ample, hiératique, shakespearien. Michael est coincé dans son rôle, il est embarqué dans le cycle infernal de la vengeance et il devient une figure du tyran au sens large, de César à Macron, en passant par Walter White. C'est aussi un film sur le capitalisme, sur la modernité qui écrase tout et chasse comme un songe cette époque encore dorée du début de siècle, où la fraîcheur de De Niro fait du bien pour relancer un récit froid comme la mort. Et la musique de Nino Rota, toujours sublime mais ici encore plus passionnante dans sa manière d'aggraver les motifs. Enfin la tragédie des Corleone annonce celle des Skywalker de l'ami Lucas, et l'entrecroisement du présent et du passé ainsi que le découpage assez clair en chapitres font déjà penser à la narration des séries.
Le vent nous emportera (1999)
Bad ma ra khahad bord
1 h 58 min. Sortie : 24 novembre 1999 (France). Drame
Film de Abbas Kiarostami
Paul_ a mis 8/10.
Annotation :
15 janvier
Au cinéma.
Le film le plus âpre et le plus hermétique de Kiarostami. Un personnage antipathique, mythomane, qui est comme un double (maléfique) du réalisateur, attend la mort d'une vieille dame dans un village pour tourner un documentaire sur les rites funéraires. Mais on ne le comprend pas tout de suite, et on le suit d'abord dans ses allers-retours incessants pour capter du réseau dans les hauteurs du village. Passée cette première heure sinueuse, il y a comme un déclic, on sort de notre léthargie et on profite de l'inscription très forte dans le paysage ainsi que du jeu stimulant sur le hors-champ. Comme son personnage qui cherche à dévoiler, parfois littéralement, Kiarostami joue avec la censure. Son film, bourré de références à l'islam et à la poésie mystique, ressemble finalement à une injonction à profiter de la vie au lieu d'attendre la mort (comme le rappelle le poème d'Omar Khayyam que j'ai reconnu non sans fierté !).
Muriel ou le temps d'un retour (1963)
1 h 56 min. Sortie : 2 octobre 1963. Drame
Film de Alain Resnais
Paul_ a mis 6/10.
Annotation :
16 janvier
Au cinéma.
Encore un film où le hors-champ est central, ici pour évoquer le traumatisme de la guerre d'Algérie, dès cette Muriel du titre que l'on ne verra jamais. Comme dans Marienbad ou Je t'aime, je t'aime, le montage de Resnais est très dynamique, mais l'aléatoire des moments de vie qu'il mélange ici me paraît moins justifié que lorsqu'il s'agit de recomposer des souvenirs. Le film est peut-être passionnant intellectuellement mais j'ai eu beaucoup de mal avec sa forme morose, certes voulue, les tons bruns et gris (j'aurais préféré un film en noir et blanc comme le promettait l'affiche), ce déprimant appartement d'antiquaire dans cette déprimante ville de Boulogne-sur-Mer, Jean-Pierre Kerien qui me semble sans charisme, même Delphine Seyrig que je ne suis pas loin de trouver ridicule — je me moque de leur histoire d'amour. Resnais frise souvent avec le kitsch et en l'occurrence on colle pas mal aux clichés du film d'auteur avec des acteurs-pantins, des répliques sans queue ni tête et une post-synchronisation dévastatrice.
Father Mother Sister Brother (2025)
1 h 50 min. Sortie : 7 janvier 2026 (France). Comédie dramatique, Sketches
Film de Jim Jarmusch
Paul_ a mis 5/10.
Annotation :
17 janvier
Au cinéma.
L'exercice de style est un peu paresseux et sans doute en partie raté (la dernière histoire), mais dans la lignée de Paterson qui traitait déjà des petits riens du quotidien, le film travaille un sentiment assez fragile, la mélancolie sourde qui naît du devoir parfois ingrat de continuer à voir nos parents avant qu'ils ne nous quittent. L'écriture n'est pas tout à fait au rendez-vous, on a du mal à croire que les liens soient aussi ténus (les personnages semblent parfois découvrir en même temps que nous des informations essentielles sur leurs parents) et il y a le parti pris d'une gêne systématique qui paraît assez fabriquée, en particulier dans le deuxième segment où la composition glacée n'est pas loin d'être caricaturale. Jarmusch s'en sort grâce au charisme de ses acteurs et à sa direction artistique toujours coquette, avec cette contrainte ludique de répéter des motifs : des skaters, des vêtements appareillés, une Rolex ou l'art de trinquer avec des boissons inhabituelles. Et marrant de voir le bon vieux Jim parcourir un quartier où l'on a sévi (le PCC !). Et Françoise Lebrun forever.
Bonjour (1959)
Ohayô
1 h 30 min. Sortie : 12 mai 1959 (Japon). Comédie
Film de Yasujirō Ozu
Paul_ a mis 8/10.
Annotation :
18 janvier
Au cinéma.
Isamu, gamin le plus mignon du cinéma ? À partir de deux enfants de la banlieue de Tokyo qui entament une grève de la parole pour obtenir une télévision, Ozu tisse un film stimulant sur les modes de communication (du silence jusqu'aux commérages entre voisines en passant par les pets) et la convention du langage. La télé, l'apprentissage de l'anglais, le personnage de retraité et le fait que le film lui-même soit en couleur disent aussi la marche implacable de la modernité.
Twixt (2011)
1 h 28 min. Sortie : 11 avril 2012 (France). Épouvante-Horreur, Thriller
Film de Francis Ford Coppola
Paul_ a mis 4/10.
Annotation :
18 janvier
Au cinéma.
Est-ce que ce film bénéficierait du même engouement (certes de niche, mais quand même) s'il n'était pas signé Coppola ? Je veux bien que le maître cherche à se renouveler mais ici il me semble se vautrer dans tous les clichés du genre : l'écrivain alcoolique de seconde zone, la maison hantée, le satanisme et le pasteur pédophile. La forme surtout n'a aucune cohérence esthétique, entre une photographie jaunasse et un noir et blanc cheap à la Sin City. Je sauve les visions fantomatique de Poe à la limite qui intervient ici comme un Virgile chez Dante. Mais il est très difficile de se dire que c'est le même homme qui a fait Le Parrain, Apocalypse Now ou Conversation secrète...
Hamnet (2025)
2 h 05 min. Sortie : 21 janvier 2026 (France). Biopic, Drame, Historique
Film de Chloé Zhao
Paul_ a mis 3/10.
Annotation :
22 janvier
Au cinéma.
Dieu que c'était éprouvant. Pot-pourri du pire de notre époque : le film de deuil doloriste, les performances outrées et grotesques, la musique tire-larmes, les intérieurs et les cadres serrés qui étouffent, le pseudo-mysticisme à base de plans de feuilles mouillées, le numérique laid, la critique anachronique du patriarcat anéantie par l'adulation de l'homme démiurge, le sainte-beuvisme qui simplifie honteusement l'œuvre. Pas un plan qui dure, pas une idée de mise en scène. Faux film indépendant et féministe, vrai blockbuster pour faire pleurer les masses.
L'Inconnu du Nord-Express (1951)
Strangers on a Train
1 h 41 min. Sortie : 9 janvier 1952 (France). Thriller
Film de Alfred Hitchcock
Paul_ a mis 8/10.
Annotation :
23 janvier
Encore un délicieux Hitchcock en noir et blanc des années 40-50, période qui commence à devenir ma « manière » préférée du maître. Dans un train, un homme étrange aux allures de Mitchum dans La Nuit du chasseur ou simplement de Méphistophélès propose un « criss-cross murder » à un champion de tennis. Et Hitchcock encore une fois de faire un film qui tient par la force interne de son style, en Flaubert du cinéma qu'il est : il faut voir ce suspense, au sens de suspendre un moment, jouissif parce qu'absurde scénaristiquement, du montage alterné match de tennis/tentative de récupérer un briquet dans une bouche d'égout. Et évidemment le film est encore passionnant par les jeux d'écho qu'il tisse avec le reste de l'œuvre : la psychanalyse bien sûr avec Œdipe, l'homosexualité latente, le « faux coupable » manipulé par un vieux garçon psychopathe très Norman Bates, le côté Jekyll and Mr Hyde déjà dans L'Ombre d'un doute, le briquet-fétiche qui annonce les allumettes de La Mort aux trousses, le sosie d'une femme déjà morte comme dans Vertigo... Et les escaliers, et les ombres, et les décadrages. Et bien sûr la scène culte du meurtre vu depuis les lunettes, autre fétiche. Et peut-être le caméo le plus drôle d'Alfred qui a l'air bien embarrassé avec sa contrebasse !
Outsiders (1983)
The Outsiders
1 h 31 min. Sortie : 7 septembre 1983 (France). Drame
Film de Francis Ford Coppola
Paul_ a mis 7/10.
Annotation :
25 janvier
Au cinéma.
Après l'accident industriel qu'est Coup de cœur, Coppola reprend les codes du film de bandes des années 1960 (de La Fureur de vivre à Grease en passant par West Side Story) pour composer une tragédie musicale où les éclats de violence font ressortir une poésie naïve. L'hybridité du film est assez passionnante théoriquement puisque celui-ci va faire dialoguer deux formes en une, le classicisme hollywoodien avec cette photo flamboyante simili-Technicolor et des expérimentations stylistiques comme les prises de vues renversantes ou l'usage de la demi-bonnette. C'est ce dernier aspect qui fait que le film ne tombe pas dans la citation ou la fétichisation vaines, Coppola ne se contente pas d'un pastiche mais tisse une réflexion sur la masculinité fragile et les déterminismes dans une Amérique policée. Il y a aussi cette merveilleuse scène de confinement dans une église désaffectée où l'on sent vraiment l'ennui des personnages qui finissent par se lire Gone with the Wind. Il est assez étonnant de constater la motivation de Coppola à traiter le même sujet dans la foulée et toujours à Tulsa avec Rusty James où il va pousser l'avant-gardisme, comme un peintre qui repasserait sur la même toile. Et ce film qui révèle toute une brochette d'acteurs débutants (Matt Dillon, Tom Cruise mais aussi Emilio Estevez, Patrick Swayze et Rob Lowe que je n'avais pas reconnus) ouvre la porte à de nouvelles générations de cinéastes de la jeunesse américaine : Clark, Araki ou Korine.
The Dark Knight - Le Chevalier noir (2008)
The Dark Knight
2 h 32 min. Sortie : 13 août 2008 (France). Action, Policier, Thriller
Film de Christopher Nolan
Paul_ a mis 6/10.
Annotation :
26 janvier
Revu.
La violence brute, claire, minérale de Heat ; les gadgets de Mission Impossible (avec cette horrible confrontation finale dans l'immeuble) ; le golden boy Bale qui porte aussi bien les chemises et la morgue que dans American Psycho. Il y a toujours ce malaise politique bienvenu et cet effet de sidération causé par le machiavélisme du Joker, mais la caméra qui tournoie sans raison dans la moitié des scènes, les péripéties qui finissent par se répéter et ce scénario qui va finalement aussi vite que le montage (c'est-à-dire trop) m'ont épuisé.
Coup de cœur (1982)
One from the Heart
1 h 47 min. Sortie : 29 septembre 1982 (France). Drame, Romance
Film de Francis Ford Coppola
Paul_ a mis 6/10.
Annotation :
1er février
Au cinéma.
Avec les recettes de ses chefs-d'œuvres des années 1970, Coppola entend révolutionner le cinéma et monte des studios de toutes pièces pour son nouveau film. En dirigeant depuis son fameux camion régie The Silver Fish (que visitera Godard), il rêve d'un montage direct et veut surtout travailler les décors avec Dean Tavoularis et la lumière avec Vittorio Sttoraro, déjà là tous les deux sur Apocalypse Now. Le scénario simplet de cette sorte de comédie de remariage musicale ainsi que les acteurs sans charisme (mise à part Nastassja Kinski) passent donc au second plan pour laisser la part belle à des images flamboyantes qui offrent une idée visuelle par plan (dont celle-ci, magnifique, reprise par Villeneuve dans Blade Runner 2049 : https://blog.shotdeck.com/wp-content/uploads/2023/05/inf_1.png). Les personnages déambulent sous les néons et à travers des volutes de jazz, Coppola compte sur la magie du cinéma mais la magie ne prend pas vraiment, on dirait un Minnelli désincarné et d'ailleurs Frederic Forrest est comme un Gene Kelly qui aurait fané. Plus je découvre le Coppola des années 1980, plus j'ai l'impression qu'en étant dans une recherche esthétique à tout prix, il en a perdu sa puissance classique de raconter des histoires. Le film reste fascinant pour le tournant qu'il représente dans l'histoire du cinéma : échec calamiteux qui signe la ruine du réalisateur et enterre son fantasme du live cinema, il met fin au Nouvel Hollywood et prépare l'arrivée de la vidéo et d'un certain maniérisme du cinéma américain. Daney a tout dit à la sortie du film : « Il n'arrive plus rien aux humains, c'est à l'image que tout arrive. »
Mad Max - Fury Road (2015)
2 h. Sortie : 14 mai 2015 (France). Action, Aventure, Science-fiction
Film de George Miller
Paul_ a mis 6/10.
Annotation :
2 février
Au cinéma — revu.
Les élèves ont adoré, évidemment.
Le Mage du Kremlin (2025)
The Wizard Of The Kremlin
2 h 25 min. Sortie : 21 janvier 2026. Drame, Historique, Thriller
Film de Olivier Assayas
Paul_ a mis 4/10.
Annotation :
3 février
Au cinéma.
Il n'y pas une once de cinéma là-dedans, Assayas aurait pu faire un docufiction Arte. Même si sur la forme ça ressemble plus à une production Netflix avec ses plans de drone sur des villas et ses intertitres immondes sur fond de grosse basse. À cet égard les quelques images d'archives insérées sont comme un aveu d'échec et c'est terrible de constater que le plan le plus fort du film est une archive en russe d'une femme qui pleure son fils mort à bord du sous-marin Koursk. Parce que sinon on a le droit aux sempiternelles scènes de discussion autour d'une table avec des dialogues didactiques au possible remplies de sentences machiavéliennes. Ça se laisse regarder parce que l'histoire est passionnante en soi et Assayas a finalement le mérite de ne même pas essayer de faire de mise en scène pour suivre imperturbablement le fil de sa voix-off littéraire et absolument téléologique. On nous épargne aussi heureusement les règlements de comptes caractéristiques sur un montage cut à la Scorsese que je craignais plus nombreuses. En fait Assayas assume de ne pas faire de cinéma, ce qui le rend aussi cynique que son personnage.
La Reconquista (2016)
1 h 48 min. Sortie : 28 janvier 2026 (France). Drame
Film de Jonás Trueba
Paul_ a mis 6/10.
Annotation :
4 février
Au cinéma.
Trueba et moi ça n'a pas l'air de marcher vraiment. J'ai trouvé la forme de cette histoire de retrouvailles amoureuses assez rigide, avec beaucoup de plans distanciés qui m'ont empêché de m'attacher vraiment aux personnages. Et à vrai dire je ne trouve pas les acteurs très beaux... On dirait de l'anti-Kechiche, de l'anti-Rohmer aussi puisque le film n'est pas très précis sur la parole, Trueba compte beaucoup sur la seule force de sa mise en scène épurée, par exemple en répétant plusieurs chansons folk un peu cheap sans lâcher des yeux son duo, mais cela ne prend pas sur moi. Le titre est aussi un peu mensonger, il n'y a pas vraiment de reconquête, c'est gagné d'avance, dès le premier plan où l'on voit bien que les sentiments des deux personnages étaient seulement en sommeil après toutes ces années. Il y a quand même de belles idées dans ce scénario qui prend le temps de se déplier pour offrir quelques moments de grâce, un retour en scooter au petit matin qui rappelle Moretti, une chanson d'amour ou une lettre dont on comprend le poids rétrospectivement à la faveur d'un flashback, mais l'idée me plaît souvent plus théoriquement que sensuellement. À son crédit, le film travaille tout de même un sentiment de désorientation assez rare à travers un découpage singulier, on ne sait jamais trop où on est dans le film et on a l'impression que chaque plan pourrait être le dernier.
Le Seigneur des anneaux - La Communauté de l'anneau (2001)
The Lord of the Rings: The Fellowship of the Ring
2 h 58 min. Sortie : 19 décembre 2001. Aventure, Fantasy
Film de Peter Jackson
Paul_ a mis 7/10.
Annotation :
7 février
Revu.
Je voulais découvrir la version longue. Elle n'apporte pas grand-chose, au contraire elle enfonce le clou sur Boromir alors que les scènes déjà existantes autour de son personnage n'étaient déjà pas mes préférées, même adolescent. Sinon mes souvenirs du film sont restés intacts, les tropes du récit initiatique qui fonctionnent à merveille (avec des parallèles à faire de l'Odyssée jusqu'à Harry Potter), le souffle épique porté par le respect de l'univers, le casting, les décors et surtout la musique d'Howard Shore. Même si certains effets numériques ont mal vieilli, il y a une vraie générosité visuelle dans ce style presque expressionniste (les Nazgûl) qui provoque toujours l'enthousiasme.
Dreams (2025)
1 h 38 min. Sortie : 28 janvier 2026 (France). Drame, Romance
Film de Michel Franco
Paul_ a mis 6/10.
Annotation :
9 février
Au cinéma.
Le film instille très vite un malaise en accumulant les signes du film d'angoisse : intérieurs design et feutrés, silences assourdissants, lumière crue, jeu glacé de Jessica Chastain. Le défilé des robes, voitures, appartements et portes (comme dans Memory) suggère une violence sourde et symbolique dans cette histoire d'amour impossible entre une riche héritière californienne et un jeune danseur mexicain clandestin. Franco refuse l'introspection psychologique pour privilégier le travail d'une mise en scène sobre mais subtile. Sur le papier ses films m'ont toujours l'air casse-gueule mais mises à part quelques scènes démonstratives, il y a des choses assez intéressantes, le fuis-moi je te suis, les scènes de sexe qui figurent déjà le ressentiment, le renversement final de la séquestration, etc. On peut reprocher au film d'être à la fois trop cruel et allégorique mais c'est une proposition forte.
The Mastermind (2025)
1 h 50 min. Sortie : 4 février 2026 (France). Drame, Policier
Film de Kelly Reichardt
Paul_ a mis 5/10.
Annotation :
10 février
Au cinéma.
Je me suis beaucoup ennuyé, j'ai trouvé le traitement ironique du genre et la lenteur de la mise en scène assez fabriqués. Le début était pourtant prometteur avec deux scènes stimulantes dans le musée et du burlesque vaguement amusant, mais à partir de la cavale le film me paraît absolument creux. Un peu comme dans Showing Up, le personnage est antipathique au possible, c'est fait exprès mais l'identification est impossible pour moi. Le rapport avec le Vietnam m'a semblé assez vain : il y a des petits fils de riches qui piquent des toiles pendant que des prolos sont au front ? Le réel finit toujours par vous rattraper ? Mouais... À l'image de cette lumière automnale un peu coquette, attention à ce que Kelly Reichardt n'emprunte pas une pente arty et faussement intello.
Casablanca (1942)
1 h 42 min. Sortie : 23 mai 1947 (France). Drame, Romance, Guerre
Film de Michael Curtiz
Paul_ a mis 9/10.
Annotation :
12 février
Revu (+1).
Allez, je le remonte à 9. Film de propagande, oui, mais un petit miracle. Quasi huis clos, lieu de transit pris en sandwich entre deux gigantesques hors-champs, le premier étant le paradis perdu de Paris (montré dans un flashback peut-être évitable) et le second celui du rêve américain sur lequel on ne se fait pas non plus trop d'illusions. Le smoking blanc de Bogart, les gros plans sur le visage embué de larmes d'Ingrid, « As Time Goes By » de Sam et les variations autour, la lettre de rupture effacée par la pluie, les dialogues délicieusement spirituels... Il ne m'en faut pas plus. C'est vraiment un film proustien, pas seulement pour cet air qu'on se passe comme une madeleine mais aussi pour ce nom de pays, Casablanca qui concentre toute une charge poétique et mélancolique. Et puis les tragédies du renoncement sont toujours les plus belles, et Rick ressemble un peu à Titus qui sacrifie Bérénice pour Rome. Aussi, comme dans To Be or Not to Be sorti la même année, je suis toujours surpris de l'acuité du regard politique aussi tôt dans la guerre et de la férocité de la satire. Quand on voit ce que propose le cinéma américain aujourd'hui, ce film rend fichtrement nostalgique... Hollywood à son meilleur.
Aucun autre choix (2025)
Eojjeolsugaeobsda
2 h 19 min. Sortie : 11 février 2026 (France). Thriller, Comédie dramatique, Policier
Film de Park Chan-Wook
Paul_ a mis 4/10.
Annotation :
14 février
Au cinéma.
En adaptant après Costa-Gavras le roman américain Le Couperet, Park Chan-Wook tire une farce sociale macabre qui est forcément dans le ton d'un certain cinéma coréen, dans la lignée de Parasite. Mais le film, en plus d'utiliser uniquement le social comme une toile de fond, est un mauvais thriller qui souffre exactement des mêmes défauts que son précédent Decision to Leave : poussif, trop long, plein d'effets visuels assez vains. Il y a une photographie saturée, des split screens, des surimpressions, plein de mouvements d'appareil mais jamais vraiment de mise en scène réfléchie.

































