Films vus en 2026
Liste des films vus en salle avec quelques annotations.
Qui brille au combat (2025)
1 h 40 min. Sortie : 31 décembre 2025. Drame
Film de Joséphine Japy
Patrick Braganti a mis 4/10.
Annotation :
Pour évoquer le lourd handicap de sa sœur cadette, Joséphine Japy recourt à la fiction en faisant jouer par des comédiens les membres de sa famille mis à rude épreuve pour gérer les crises, l'absence de communication orale, la culpabilité et la pose d'un diagnostic qui demeure incertain. Le film se passe à l'époque où Marion (le double de la réalisatrice) passe son bac et est aussi confrontée à son existence d'adolescence. La coexistence des deux univers fonctionne de manière artificielle en optant pour une dramatisation largement présente dans le scénario. Néanmoins, Qui brille au combat parvient à saisir l'épuisement et la résignation qui gagnent, les tensions qui se multiplient, fragilisant et renforçant pareillement les liens.
Le Temps des moissons (2024)
Sheng xi zhi di
2 h 15 min. Sortie : 24 décembre 2025 (France). Drame
Film de Huo Meng
Patrick Braganti a mis 7/10.
Annotation :
Nous sommes dans le Nord de la Chine en 1991 au sein d'une communauté paysanne que rejoint un jeune garçon de 10 ans retrouvant une partie de sa famille, tandis que ses parents sont partis tenter leur chance dans le sud du pays.
L'accent est mis sur la vie quotidienne et souvent collective, rythmée par le travail aux champs et tous les événements, joyeux ou tristes, vécus par la famille et tous les habitants du village, tentés par les mirages de la mécanisation et les lumières de la ville.
La mise en scène est fluide, les personnages nombreux et bien campés et la photographie soignée qui magnifie les paysages baignés de solaire où pétrifiés dans la brume.
Magellan (2025)
Magalhães
2 h 43 min. Sortie : 31 décembre 2025 (France). Biopic, Drame, Historique
Film de Lav Diaz
Patrick Braganti a mis 7/10.
Annotation :
Le cinéaste philippin est d'abord un grand formaliste et son nouvel opus qui retrace la trajectoire du navigateur Magellan n'échappe pas à la règle. Le plaisir est visuel, que ce soit sur les flots des océans ou sur les terres découvertes, soumises dans la violence et la folie à la colonisation et à la christianisation. Hormis de chahuter la figure de l'aventurier des mers infatué de son autorité et de son pouvoir, Lav Diaz délivre un geste politique fort en interrogeant les rapports Nord - Sud (un sujet qui n'a jamais autant été d'actualité). Même si certains enjeux qui se jouent à bord des navires entre rivalités et complots nous échappent par instants, la magie est au rendez-vous dans une mise en scène inspirée et envoûtante.
Laurent dans le vent (2025)
1 h 52 min. Sortie : 31 décembre 2025. Comédie dramatique
Film de Anton Balekdjian, Léo Couture et Mattéo Eustachon
Patrick Braganti a mis 7/10.
Annotation :
La première scène ressemble à un atterrissage et c'est exactement l'image qui convient, tant Laurent, 29 ans sans emploi et sans argent, parait parachuté dans cette station de ski encore désertée, occupée par quelques solitaires et précaires.
Perdu dans sa vie, rêvant juste d'aimer et d'être aimé, Laurent (impeccablement interprété par Baptiste Perusat, plein de grâce et d'humour) incarne quelqu'un qui se sent à la fin de son existence et tente de lui redonner un nouveau souffle.
Ode à la liberté et aux marges, le nouvel opus du trio qui réalisa le solaire Mourir à Ibiza est à la fois une douce fantaisie où on se prête souvent à sourire et une œuvre politique qui s'enracine dans un lieu en auscultant la structure des relations humaines qui tisse Laurent avec un photographe venu de Marseille, un éleveur à la recherche de sa chèvre, une vieille femme qui attend la mort, une herboriste vivant en autarcie avec son fils.
Léger et profond, drôle et émouvant, Laurent dans le vent s'avère une puissante et inspirée défense des fragiles et des décalés, formant sans même le savoir une authentique communauté d'âmes et de cœurs.
Ma frère (2025)
1 h 52 min. Sortie : 7 janvier 2026. Comédie dramatique
Film de Lise Akoka et Romane Gueret
Patrick Braganti a mis 6/10.
Annotation :
Avis mitigé et en demi-teintes. Ma frère ne manque pas de qualités de mise en scène et de direction d'acteurs, mais il se repose trop sur l'énergie et la vitalité des enfants en négligeant un récit qui s'essouffle rapidement, préférant se concentrer sur les ennuis familiaux ou sentimentaux des monitrices, ce qui fait alors des enfants des sortes de faire-valoir, des ressorts efficaces à la comédie et au rire. De plus, le film surfe sur tous les thèmes de l'époque, des problèmes de poids des jeunes à la non-binarité d'un.e mono et finit par prôner de manière angélique et consensuelle le vivre ensemble et le collectif.
Les Lumières de New York (2024)
Lucky Lu
1 h 44 min. Sortie : 7 janvier 2026 (France). Drame
Film de Lloyd Lee Choi
Patrick Braganti a mis 8/10.
Annotation :
Dans un New York hivernal, loin des cartes postales, Lu attend l'arrivée de sa femme et de sa petite fille qu'il n'a pas vues depuis 5 ans. Survivant comme coursier, utilisant ses dernières économies à la location d'un appartement, Lu lutte en permanence avec résignation et sans agressivité. Dans un laps de temps réduit, les ennuis s'accumulent mais le ton n'est pas ici au misérabilisme, mais à celui du mouvement permanent, de l'expression d'une solidarité parfois inattendue et de la possibilité d'un espoir et de jours meilleurs.
Filmé en argentique en longs plans fixes qui se tiennent souvent à distance des personnages, Les Lumières de New York s'avère touchant et sensible, offrant de beaux moments d'émotion, optant pour la sobriété et la dignité.
Les Échos du passé (2025)
In die Sonne schauen
2 h 34 min. Sortie : 7 janvier 2026 (France). Drame
Film de Mascha Schilinski
Patrick Braganti a mis 6/10.
Annotation :
Récit confus où on peine à distinguer les époques et les jeunes héroïnes, cherchant en vain des détails et des clefs pour s'y retrouver, tandis qu'on se perd pareillement en conjectures sur le sens à lui donner : réminiscences, impression du déjà-vu, malédiction d'un lieu ? Le projet est ambitieux et singulier, mais n'évite pas hélas les écueils d'un formalisme tapageur aux afféteries de mise en scène trop visibles. La narration finit ainsi par s'essouffler, faisant de plus en plus la part belle aux voix off (sans qu'on sache vraiment à qui elles appartiennent) qui professent des maximes plutôt creuses et passe-partout. Les inspirations semblent ici aller de Sofia Coppola (Virgin Suicides) à Bergman ou Haneken, voire Malick pour ce qui est des prises de vue des éléments naturels (rivière et champ de blé).
Father Mother Sister Brother (2025)
1 h 50 min. Sortie : 7 janvier 2026 (France). Comédie dramatique, Sketches
Film de Jim Jarmusch
Patrick Braganti a mis 7/10.
Annotation :
Découpé en trois fragments et se déroulant sur trois territoires (les Etats-Unis, l'Irlande et la France), le dernier film de Jim Jarmusch se penche sur les relations compliquées entre parents et enfants. Un père qui se construit un personnage devant son fils et sa fille, une mère austère et rigide qui reçoit ses deux filles et deux jumeaux dévastés par la mort accidentelle de leurs parents. Fuite, distance ou rupture quand les aînés encore en vie ne répondent pas aux désirs et attentes de leur progéniture, manque et sentiment de vide quand ils disparaissent.
Comme toujours chez le réalisateur, la mise en scène se caractérise par une grande élégance et une fluidité qu'on sent en particulier dans les trajets en voiture qui ouvrent et clôturent les trois séquences. Celles-ci totalement indépendantes sont toutefois reliées par quelques points communs comme autant d'indices ludiques dans un jeu de pistes existentiel et sensible qui parlera au cœur de chaque spectateur.
Palestine 36 (2025)
2 h. Sortie : 14 janvier 2026 (France). Drame, Historique
Film de Annemarie Jacir
Patrick Braganti a mis 6/10.
Annotation :
Palestine 36 vaut davantage pour son rappel historique que pour sa valeur purement cinématographique. Le récit en effet s'éparpille autour de personnages qui restent traités en superficie. La deuxième heure s'anime davantage et montre avec efficacité l'engrenage de la violence et de la haine qui tourne maintenant depuis bientôt 90 ans. On sent bien sûr le parti pris de la réalisation et un penchant à la dramatisation comme si la situation en elle-même ne suffisait pas.
L'Affaire Bojarski (2025)
2 h 08 min. Sortie : 14 janvier 2026. Drame, Biopic
Film de Jean-Paul Salomé
Patrick Braganti a mis 6/10.
Annotation :
Classique et plutôt académique, mais tout à fait plaisant à regarder, notamment grâce à la qualité de l'interprétation (Reda Kateb en tête) et l'intérêt intrinsèque d'une histoire de contrefaçon qui dépasse largement son auteur, en faisant une sorte de figure artistique maudite et complexe, assoiffée de revanche sociale et de reconnaissance créatrice. Plus que la longue quête obsessionnelle du faux-monnayeur, ce sont l'ambivalence et les zones d'ombre de Bojarski qui retiennent davantage l'attention.
Furcy, né libre (2025)
1 h 48 min. Sortie : 14 janvier 2026. Drame, Historique
Film de Abd al Malik
Patrick Braganti a mis 6/10.
Annotation :
L'artiste pluridisciplinaire fait le job comme réalisateur d'un long-métrage à la narration linéaire et conventionnelle qui a toutefois le mérite de nous éclairer sur l'esclavagisme pratiqué dans les colonies lointaines de la France. Le parcours douloureux de Furcy pour faire reconnaître son état d'homme libre devient le déclencheur de luttes entre conservateurs (les propriétaires des plantations de canne) et progressistes (une partie des magistrats) œuvrant à l'abolition.
Entre La Réunion et Paris, le cinéaste déploie une mise en scène engagée portée par un casting prestigieux mis au service de dialogues ciselés - notamment lors des séquences de procès.
Eleonora Duse (2025)
Duse
2 h 05 min. Sortie : 14 janvier 2026 (France). Biopic, Drame, Historique
Film de Pietro Marcello
Patrick Braganti a mis 6/10.
Annotation :
Crépusculaire et fantomatique, l'évocation des dernières années de la tragédienne italienne (vue comme une alter ego de Sarah Bernhardt) prend donc des allures d'un théâtre d'ombres dans lequel les visages sont filmés au plus près et les paysages (la lagune vénitienne, les vues du train qui convoie le soldat inconnu de la Première Guerre mondiale) souvent brumeux ou flous. La mise en scène est extrêmement léchée et esthétique, et la comédienne Valeria Bruni-Tedeschi donne la pleine puissance de son talent. On y croise les figures de D'Annunzio et de Mussolini, prouvant ainsi l'impact et l'influence de Eleanora Duse.
Jusqu'à l'aube (2024)
Yoake no subete
1 h 59 min. Sortie : 14 janvier 2026 (France). Drame
Film de Sho Miyake
Patrick Braganti a mis 5/10.
Annotation :
Bienveillant et angélique au point d'en devenir lénifiant et terne, en dépit d'une métaphore répétée et signifiante sur le ciel et les étoiles. Ces deux inadaptés sociaux du fait de leur syndrome respectif sont certes attachants, mais pas trop lisses et restent ainsi en surface d'un scénario qui multiplient les moments de communion - à l'image de la petite entreprise où tous les employés ont l'air de nager dans le bonheur.
Imperial Princess (2024)
48 min. Sortie : 21 janvier 2026. Drame
Moyen-métrage de Virgil Vernier
Patrick Braganti a mis 5/10.
Annotation :
Virgil Vernier poursuit sa voie documentaire et opte cette fois pour un moyen-métrage autour d'un personnage unique : Iulia jeune russe qui vit seule à Monaco depuis que son père dépossédé de ses biens (appartement, yacht) est reparti à Moscou. On la voit peu à l'écran, mais on entend sa voix off qui narre de manière détachée et clinique, triste et fantomatique, sa vie de plus en plus recluse et apeurée dans la Principauté monégasque qui apparaît ici particulièrement laide et glauque, royaume du mauvais goût affiché par les nouveaux riches passionnés par le Grand Prix automobile. Une impression de vide et de désarroi qui confine au mal-être plane tout au long des 48 minutes mortifères.
Tout va bien (2026)
1 h 26 min. Sortie : 7 janvier 2026. Société
Documentaire de Thomas Ellis
Patrick Braganti a mis 6/10.
Annotation :
Cinq adolescents qui ont traversé les déserts et les mers au péril de leur vie se retrouvent à Marseille pour envisager une nouvelle existence dans laquelle tout est à reconstruire. Apprendre de nouveaux usages, maîtriser la langue française, se former à un métier et, par-dessus tout, se libérer d'un passé traumatisant qu'ils évoquent avec pudeur et difficulté. Plein d'énergie et d'espérance, Tout va bien suit ses protagonistes au quotidien, appréhendant leurs joies et leurs craintes, les moments heureux et festifs comme les instants de doute et de tension (une conversation téléphonique d'une jeune africaine qui réclame sa liberté et refuse l'idée d'un mariage envisagé à des milliers de kilomètres). Le documentaire manque probablement de plus de structure. On s'y perd un peu dans ces trajectoires où le libre arbitre semble toujours en conflit avec les décisions des adultes.
Le Retour du projectionniste (2023)
The Return of the Projectionist
1 h 27 min. Sortie : 21 janvier 2026. Société
Documentaire de Orkhan Aghazadeh
Patrick Braganti a mis 6/10.
Annotation :
Inspiré de personnages réels rencontrés par le réalisateur qui travaillait alors sur son projet de fin d'études, Le Retour du projectionniste met ainsi en scène Samid, un vieil homme qui fut jadis celui qui montrait des films dans tous les villages de cette région reculée et montagneuse proche de l'Iran et de l'Azerbaïdjan, et Ayaz, passionnée de cinéma et de techniques.
Une chronique chaleureuse mais nullement mièvre ou angélique, puisqu'il y est aussi question, au-delà même de l'ode au cinéma qu'elle constitue, d'échecs, de malentendus et de chagrins.
Reliés par leur ambition artistique et leur singularité qui les met en marge de la société villageoise, Samid et Ayaz véhiculent aussi les notions d'échange, d'entraide et enfin de transmission.
Simple et sans fioritures, émouvant et attachant.
Hamnet (2025)
2 h 05 min. Sortie : 21 janvier 2026 (France). Biopic, Drame, Historique
Film de Chloé Zhao
Patrick Braganti a mis 4/10.
Annotation :
Dès les premières scènes, on se dit que quelque chose ne fonctionne pas dans l'anachronisme latent d'une rencontre, d'un coup de foudre, d'un mariage et d'une vie de famille. Le malaise se renforce à l'ébauche d'une femme Agnès dépeinte comme à la fois sorcière et fée (du logis) en charge de l'éducation et de la tenue de maison, tandis que son époux part pour Londres tenter sa chance comme auteur de pièces et directeur de troupe.
L'auteur en question (dont le nom ne sera prononcé qu'une fois) c'est William Shakespeare himself. Le dramaturge apparaît ici comme ambitieux et égoïste, trouvant l'inspiration dans le drame familial de la mort d'un enfant - son seul fils prénommé Hamnet.
Nullement biopic, davantage le récit de la création d'une pièce majeure de l'art dramatique, tentative d'imaginer à travers la figure de l'épouse la vie privée de l'auteur (de laquelle on ne sait quasiment rien au demeurant).
Divisé en trois parties (le bonheur, le drame et la catharsis en quelque sorte), Hamnet fait le pari d'une mise en scène élégiaque et sensorielle et tire aussi le meilleur profit de ses deux acteurs stars. Jouant d'une émotion facile et tire-larmes, le long-métrage sonne souvent faux et artificiel - la dernière séquence de la représentation agrégeant ainsi tous les défauts inhérents d'un projet dont, in fine, on ne saisit pas ni l'intérêt ni la pertinence (autrement dit, on s'en fiche un peu de la vie privée de l'auteur de Hamlet).
Le Mage du Kremlin (2025)
2 h 25 min. Sortie : 21 janvier 2026. Drame, Historique, Thriller
Film de Olivier Assayas
Patrick Braganti a mis 6/10.
Annotation :
Documenté et dense, le nouveau (très) long-métrage d'Olivier Assayas peut d'abord se voir comme une leçon copieuse d'histoire contemporaine et géopolitique. On assiste de plus en plus tétanisés et effrayés à la mise en place d'un pouvoir autoritaire longuement pensé et théorisé par un homme de l'ombre intelligent et cynique qui va construire en quelque sorte le parcours du nouveau tsar russe nommé Vladimir Poutine.
Le scénario coécrit avec l'écrivain français Emmanuel Carrère est donc roboratif au risque de l'indigestion du spectateur dont l'attention est requise en permanence. Reste l'obstacle de la langue anglaise, faute de pouvoir tourner en langue russe avec des acteurs autochtones, imprimant à l'ensemble une dimension très américaine (casting, moyens de la mise en scène).
Le Mage du Kremlin va surtout intéresser, sinon passionner, les amateurs de politique, qui y trouveront tous les ingrédients d'une situation qui s'est par la suite largement confirmée et étendue.
Grand Ciel (2025)
1 h 32 min. Sortie : 21 janvier 2026. Drame, Thriller
Film de Akihiro Hata
Patrick Braganti a mis 6/10.
Annotation :
Un premier film signé d'un réalisateur japonais installé en France depuis une vingtaine d'années qui mêle réalisme sociale et allégorie fantastique. Le mélange détonant donne parfois l'impression d'éparpillement et de superficialité, voulant traiter de beaucoup de sujets : la précarité au travail, les magouilles des entreprises (du bâtiment), le désir de promotion et les moyens pour y parvenir. On regrette que le cinéaste n'ait pas opté pour l'option plus radicale du lieu unique qui aurait été ce chantier gigantesque et anxiogène, au lieu de s'attarder sur la vie privée de Vincent devenant ainsi le protagoniste du récit. Reste au spectateur à se faire sa propre compréhension de Grand Ciel qui finit tout de même par s'effilocher.
Amour Apocalypse (2025)
Peak Everything
1 h 40 min. Sortie : 21 janvier 2026 (France). Comédie romantique
Film de Anne Émond
Patrick Braganti a mis 5/10.
Annotation :
Affichant volontiers un ton décalé, Amour Apocalypse ne tient pourtant pas ses promesses puisqu'il rejoint rapidement les codes habituels de la comédie romantique programmatique et prévisible. La réalisatrice continue ce processus normatif en délivrant le discours écologique attendu doublé d'une doxa de développement personnel particulièrement irritante du fait même de l'absence de distance ou d'ironie - en tout cas un point de vue qu'on ne perçoit pas. Rarement drôle et pariant sur le charme de l'accent et des expressions canadiens, Amour Apocalypse ennuie plus qu'il ne séduit.
Christy and His Brother (2025)
Christy
1 h 35 min. Sortie : 21 janvier 2026 (France). Drame
Film de Brendan Canty
Patrick Braganti a mis 6/10.
Annotation :
Les projets venus d'outre-Manche à portée sociale sont rarement ratés et une fois encore, celui-ci venu d'Irlande séduit par la qualité de sa mise en scène, l'écriture des personnages et surtout la qualité de l'interprétation. Sans pathos ni lourdeur, Christy and His Brother sonne juste et distille une émotion véritable en suivant un parcours de rédemption.
La Vie après Siham (2025)
1 h 20 min. Sortie : 28 janvier 2026. Portrait
Documentaire de Namir Abdel Messeeh
Patrick Braganti a mis 7/10.
Annotation :
Comment le projet de faire un nouveau film avec sa mère va devenir pour le réalisateur d'origine égyptienne Namir Abdel Messeeh un processus de mémoire et de deuil, lui permettant de se rapprocher de son père et de ses origines dans un village de Haute-Egypte.
Quand le recours au cinéma et à la caméra devient une forme d'exutoire, La Vie après Siham prend les allures d'un documentaire multiforme où se mêlent des extraits des propres films de l'auteur, des archives personnelles et des extraits de films égyptiens du patrimoine romanesque qui illustrent le récit avec également l'ajout de cartons reproduisant les dialogues comme un clin d'œil au cinéma muet.
Documentaire tendre et mélancolique d'un homme récemment orphelin qui surmonte sa douleur et son chagrin en interrogeant le sens de la perte et le sort des souvenirs. Poignant et universel.
La Reconquista (2016)
1 h 48 min. Sortie : 28 janvier 2026 (France). Drame
Film de Jonás Trueba
Patrick Braganti a mis 9/10.
Annotation :
Il aura fallu attendre dix années pour découvrir enfin en France un des premiers films de Jonas Trueba et on mesure à quel point le cinéaste espagnol est un grand auteur qui a construit depuis une œuvre ample et structurée où la parole et les mots font office d'action à l'instar d'une de ses influences majeures : Eric Rohmer.
Deux trentenaires se retrouvent l'espace d'une nuit d'hiver à Madrid et vont se rappeler leur histoire d'amour d'il y a quinze ans. Les mots qu'ils soient écrits ou échangés en direct ont donc ici une importance de premier rang. Le titre est trompeur car il ne s'agit pas ici d'une comédie de la reconquête (ou du remariage, comme on en connaît tant), mais plutôt de renouer avec sa propre mémoire et de mesurer en conséquence le passage du temps, l'érosion des promesses et des engagements.
Mise en scène fluide et aérienne lorsque le réalisateur suit son héros en moto dans les rues madrilènes d'une aube froide et bleutée. Moments de grâce et de suspension temporelle lors d'une halte dans un bar où se produit un chanteur folk basque (le père de la jeune femme) et lors d'une seconde pause dans une sorte de Dancing où, cette fois, c'est le jeune homme qui semble se libérer et se réconcilier avec son propre corps.
Divisé en deux parties, La Reconquista fait écho en profondeur dans le cœur de chaque spectateur et touche ainsi à l'universel. Film merveilleux et subtil de bout en bout, d'ores et déjà un coup de cœur pour cette année qui commence. Du très grand art.
Baise-en-ville (2025)
1 h 37 min. Sortie : 28 janvier 2026. Comédie
Film de Martin Jauvat
Patrick Braganti a mis 6/10.
Annotation :
Une gentille comédie régressive aux couleurs pop et pastel qui souffre cependant d'un manque de rythme et de spontanéité. Tout ne fonctionne pas bien, surtout dans la première partie - au final, le personnage joué par Emmanuelle Bercot est assez exaspérant. La dimension sociologique, sinon politique, n'est pas à négliger. La banlieue de la Seine-et-Marne, parsemée de pavillons et enclavée par la faiblesse de l'offre des transports en commun semble bien loin de Paris. Le scénario est somme toute assez mince. On sent l'application à l'écriture des dialogues qui tombent parfois à plat et provoquent quelques sourires.
Avec plus de moyens, Martin Jauvat perd la fraîcheur et la surprise de son premier long-métrage et prend aussi le risque de s'enfermer dans une catégorie et un style.
La Grazia (2025)
2 h 11 min. Sortie : 28 janvier 2026 (France). Drame
Film de Paolo Sorrentino
Patrick Braganti a mis 5/10.
Annotation :
Une fois encore le cinéma du réalisateur italien apparaît boursouflé et assez vain. On peine à saisir où il veut en venir, louvoyant entre farce et satire, empreinte nationale d'un homme d'Etat d'abord préoccupé par ses traumas privés. L'ensemble mis en scène avec moyens et efficacité est émaillé de scènes totalement gratuites (un ballet, un chien mécanique dans les rues de Rome, des représentations à l'Opéra,...). Tout ceci finit par paraître long et peu captivant. La solitude du Président italien, la difficulté à prendre une décision majeure échappent peu à peu au fil narratif qui se dénoue et s'effiloche.
Promis le ciel (2025)
1 h 33 min. Sortie : 28 janvier 2026. Drame
Film de Erige Sehiri
Patrick Braganti a mis 5/10.
Annotation :
Sujet grave et complexe traité par le prisme de trois figures de femmes dont le destin de cristallise en Tunisie. Néanmoins Promis le ciel génère une certaine gêne face à la caractérisation des personnages dans une démarche esthétique presque saugrenue. Alors qu'on éprouve des difficultés à croire aux parcours des trois migrantes, le récit opte pour une dramatisation qui n'offre dès lors aucune échappatoire. On comprend que cette extrémité du continent africain vécue comme la dernière étape avant l'Europe est d'abord une voie sans issue, un cul-de-sac transformé en prison dont il est impossible de s'extraire, sinon au prix de compromissions et de renoncements cruels.
Dreams (2025)
1 h 38 min. Sortie : 28 janvier 2026 (France). Drame, Romance
Film de Michel Franco
Patrick Braganti a mis 4/10.
Annotation :
Le mexicain Michel Franco poursuit un cinéma (qui a au moins sa cohérence) de détestation du genre humain, mettant en scène des personnages souvent abjects et mus par leurs seuls intérêts. L'histoire d'amour (?) entre Jennifer, la jeune femme riche et désœuvrée, et Fernando, le danseur ambitieux se déplie sur le fond de la thématique de l'immigration clandestine. L'ensemble, froid et théorique, scrute la richesse ostentatoire et oisive d'une famille influente de San Francisco et se transforme en images glacées tenant aussi bien du défilé de mode (les tenues luxueuses de Jessica Chastain) que d'un reportage sur les résidences des happy few américains. Le dernier fragment qui se traîne en longueur produit durablement la gêne et le malaise. Au final, les gagnants sont toujours les mêmes mais nous n'avions certes pas besoin de Michel Franco pour le savoir.
Le Gâteau du Président (2025)
Mamlaket Al-Qasab
1 h 45 min. Sortie : 4 février 2026 (France). Drame
Film de Hasan Hadi
Patrick Braganti a mis 6/10.
Annotation :
Largement inspiré de la vie personnelle du réalisateur, Le Gâteau du Président tient à la fois du conte, du récit initiatique et du portrait d'un pays, l'Irak, sous le régime de Saddam Hussein dans les années 90. Un projet d'autant plus méritoire du fait de la modestie de ses moyens, du recours à des acteurs non-professionnels. Situé dans les marais mésopotamiens considérés comme le berceau de la civilisation, le long-métrage suit la trajectoire de deux enfants sans pathos ni enjolivement et ne se transforme jamais en film à message ou œuvre ouvertement engagée, préférant le parti pris de l'émotion au niveau des personnages qui combattent et luttent dans un pays rongé par la misère et la famine.
À pied d'œuvre (2025)
1 h 32 min. Sortie : 4 février 2026. Drame
Film de Valérie Donzelli
Patrick Braganti a mis 7/10.
Annotation :
Un héros en quête d'absolu qui ne veut pas tricher se confronte à la précarité grandissante de son existence et à l'incompréhension de ses proches. Inspiré de l'histoire vraie de Franck Courtès, photographe à succès qui arrêta sa carrière pour devenir écrivain, A pied d'œuvre consigne les différentes étapes de l'isolement social et économique de Paul, incarné avec retenue et subtilité par Bastien Bouillon - qui sort enfin de ses rôles habituels. Souvent nocturne, composé d'une succession de scènes rapides qui mêlent rencontres fortuites et activités multiples (jardinage, bricolage, transport), le dernier opus de Valérie Donzelli fait également état d'une société individualiste où l'autre devient une quantité négligeable, sinon invisible.
The Mastermind (2025)
1 h 50 min. Sortie : 4 février 2026 (France). Drame, Policier
Film de Kelly Reichardt
Patrick Braganti a mis 7/10.
Annotation :
On se doutait bien que la réalisatrice américaine n'allait pas livrer une vision balisée et conventionnelle du film de braquage. Le rythme lent indique en effet le décalage du tempo et la deuxième partie prend les allures d'un road-movie désespéré, prouvant une fois encore l'appétence de Kelly Reichardt pour les personnages en marge. La marginalité de cet apprenti braqueur flanqué de deux bras cassés ne doit pas occulter son égoïsme qui le conduit à ne s'occuper que de ses intérêts. L'action se situe dans les années 70 et les informations diffusées à la radio ou à la télé sur la guerre au Vietnam ne semblent guère émouvoir notre héros. La mise en scène qui épouse les tons beiges et marrons du cinéma de l'époque dénote une maîtrise exceptionnelle que la bande-son signée Rob Mazurek habille d'une élégance singulière et inattendue.
































