
La Bibliothèque du Crétin
« Chez nous, en France, nous dit J. J. Scaliger, tous les hommes sont libres d’écrire, mais peu en sont capables, jusqu’à présent le savoir était servi par des savants au jugement sain, mais à présent les sciences les plus nobles sont salies par des pisse-copie vils et sans culture qui écrivent par vaine gloire, par nécessité, pour obtenir de l’argent ou pour flatter et enjôler quelque grand homme qu’ils parasitent ; ils produisent des niaiseries, des déchets et des sottises. Parmi tant de milliers d’auteurs, vous aurez du mal à en trouver dont la lecture fera de vous quelqu’un d’un peu meilleur ; tout au contraire elle vous infectera alors qu’elle devrait contribuer à vous perfectionner.
'Celui qui lit ces choses,
Qu’apprend-il sinon des billevesées et des bagatelles ?' »
(Robert Burton, The Anatomy of Melancholy, 1652, traduit de l'anglais par Bernard Hoepffner, Anatomie de la mélancolie, éditions José Corti, 2000)
(http://editionsultima.blogspot.com/2009/11/il-arrive-frequemment-quun-grand-livre.html)
Je conserve - peut-être n'est-ce que provisoire - dans un recoin de bibliothèque, certains de ces livres les plus accablants de bêtise qu'il se puisse concevoir.
https://www.senscritique.com/livre/Contre_la_litterature_facile/11856046
Je n'ai lu aucun de ces livres. Évidemment, j'en serais bien incapable.
https://www.senscritique.com/livre/la_nausee/419027
Ce ne sont pas même de ces "bons mauvais livres" dont Orwell recommandait la lecture occasionnelle.
Ils sont à mes yeux, en quelque sorte, des pièces à conviction.
J'escompte quelque peu, néanmoins, de pouvoir tirer bénéfice de la présente liste. (Nous verrons.)
Et d'abord, certainement, une réponse à telle question, d'une certaine importance, tout de même :
https://www.senscritique.com/livre/qu_est_ce_que_l_art/21801380
https://www.senscritique.com/livre/qu_est_ce_que_la_litterature/406377
https://www.senscritique.com/livre/qu_est_ce_que_la_critique/16166616
https://www.senscritique.com/livre/qu_est_ce_que_tout_cela_veut_dire/10472403
https://www.senscritique.com/morceau/dumb_all_over/6893760
https://www.youtube.com/watch?v=RqanBHi6AD0
https://www.senscritique.com/morceau/born_again_cretin/4752816
https://www.youtube.com/watch?v=CKyo-oZKu_4
https://www.senscritique.com/morceau/mass_production/1271829
https://www.youtube.com/watch?v=JqhI1w1CwlQ
Voir aussi la liste de Steka :
https://www.senscritique.com/liste/rebut_de_la_pensee_mediatique/143741
La bibliothèque d'adrien solis (on pense à un répertoire des bibliothèques les plus navrantes) :
https://www.senscritique.com/liste/mes_livres/1590231
Celle de DreivilOlivierD :
https:/www.senscritique.com/liste/ma_bibliotheque/1287681
Celle de Brice B :
https://www.senscritique.com/liste/ma_bibliotheque/39144
La liste de SensCritique :
https://www.senscritique.com/liste/tous_les_grands_prix_du_roman_de_l_academie_francaise/649366
Et peut-être :
https://www.senscritique.com/livre/la_predominance_du_cretin/74436484
https://www.senscritique.com/livre/la_gloire_de_la_betise/128303425
Nous remercions les éditions Albin Michel, Belfond, François Bourin, Fayard, Flammarion, Gallimard, Grasset, Robert Laffont, Héloïse d'Ormesson, Lattès, Odile Jacob, Plon, du Seuil, Stock, XO, auxquelles nous devons la matière ayant servi à alimenter cette liste. Et nous les félicitons.
Le Livre du crétin (1912)
Sortie : 12 septembre 2000 (France). Roman
livre de Franz Jung
Annotation :
Ce livre n'appartient pas à cette bibliothèque, il n'a d'autre rapport avec la présente liste que d'en avoir inspiré le titre. Puisqu'existe un tel livre, pourquoi pas toute une Bibliothèque du crétin ?
Le crétin se découvre parfois avant que le livre ait été ouvert, dès son titre. Nous donnerons quelques exemples. Assez souvent c'est, pensons-nous, dès l'incipit. Nous vérifierons. Ou bien au détours d'une page prise au hasard. Idem.
Il arrive que nous-même, piètre lecteur, soyons le crétin. Quelque bonne âme, peut-être, voudra bien nous en faire la démonstration...
Figures de proue (2008)
Sortie : 2008 (France). Essai
livre de Claude Allègre
Annotation :
Incipit : « Pourquoi Nehru ? Pourquoi ne pas avoir choisi comme figure tutélaire de l'Inde moderne celui qui fut la principale et certainement la plus médiatique figure de la lutte pour l'indépendance de l'Inde, que l'Occident a sanctifiée, qui reste une référence universelle, le Mahatma Gandhi ? L'apôtre de la non-violence, le défenseur des opprimés et des intouchables, l'exemple de l'ascèse et de l'honnêteté en politique, mais aussi du courage et de la volonté de fer tournée vers un but annoncé.
Certes, Gandhi a été un personnage historique admirable et hors du commun et même plus, un exemple de vie qui touche à la sainteté. Il reste pour moi une référence morale indépassable. »
[Sur Gandhi, le crétin moyen auquel il s'adresse en sait autant que Claude Allègre. Mais peut-être ignorait-il, en revanche, que la 'référence morale indépassable' de Claude Allègre n'était pas Carlos (non, pas le bandit) mais le Mahatma Gandhi.]
Premier arrêt après la mort (2017)
Sortie : 8 mars 2017. Roman, Policier
livre de Jacques Attali
Annotation :
Incipit : « En ces jours terriblement sombres pour le monde et dérisoirement joyeux pour la France, le premier meurtre, si horrible et spectaculaire fût-il, passa tout à fait inaperçu.
Ce lundi 16 juillet 2018, un peu avant 6 heures du matin, Marie Lefurt, jeune infirmière à peine diplômée, venue prendre son tour de garde au Centre hospitalier général de Longjumeau, claqua, furieuse, la portière de la petite voiture de sport conduite par son compagnon, un interne au service de pédiatrie de l'hôpital Bichat - dispute d'amoureux, pensa-t-il, rupture définitive, décida-t-elle.
Pressant le pas devant l'abribus situé devant le 53, rue du Président-François-Mitterrand, juste devant l'hôpital, elle sursauta d'horreur : un corps nu, à demi calciné, lui faisait face, placé debout contre une des parois vitrées de l'abribus ; un corps d'homme, sans tête, ni mains, ni pieds ; les bras en croix attachés, comme les chevilles, par des fils électriques ; une feuille de papier violet coincée au niveau du poignet droit par un des fils. Elle hurla, faillit s'évanouir, se précipita à l'intérieur de l'hôpital et réveilla le vigile, à l'accueil, qui appela la police. »
Extrait : « La nouvelle filtra immédiatement. À 3 h 30, des agences et des réseaux sociaux annoncèrent la découverte, par un célèbre avocat américain et sa compagne, une musicienne plus célèbre encore, d'un quatrième « crucifié à l'abribus », comme on les désignait à présent.
Les premiers commentaire portèrent la marque d'une grande inquiétude : qu'est-ce que tout cela cachait ? Un criminel en série ? » (p. 92)
[Devant l'abribus devant le 53 devant l'hôpital : Attali est un Grand Styliste.]
Un roman français (2009)
Sortie : août 2009. Roman
livre de Frédéric Beigbeder
Annotation :
Exergue : « « Comme un printemps les jeunes enfants croissent / Puis viennent en été / L'hiver les prend et plus ils n'apparoissent / Cela qu'ils ont été » Pierre de Ronsard, 'Ode à Anthoine de Chasteigner, 1550. »
Incipit : « Je venais d'apprendre que mon frère était promu chevalier de la Légion d'honneur, quand ma garde à vue commença. Les policiers ne me passèrent pas tout de suite les menottes dans le dos ; ils le firent seulement plus tard, lors de mon transfert à l'Hôtel-Dieu, puis quand je fus déféré au Dépôt sur l'île de la Cité, le lendemain soir. Le président de la République venait d'écrire une lettre charmante à mon frère aîné, le félicitant pour sa contribution au dynamisme de l'économie française : « Vous êtes un exemple du capitalisme que nous voulons : un capitalisme d'entrepreneurs et non un capitalisme de spéculateurs. » Le 28 janvier 2008, des fonctionnaires en uniforme bleu, revolver et matraque à la ceinture, me déshabillaient entièrement pour me fouiller, confisquaient mon téléphone, ma montre, ma carte de crédit, mon argent, mes clés, mon passeport, mon permis de conduire, ma ceinture et mon écharpe, prélevaient ma salive et mes empreintes digitales, me soulevaient les couilles pour voir si je cachais quelque chose dans mon trou du cul, me photographiaient de face, de profil, de trois quarts, tenant entre les mains un carton anthropométrique, avant de me reconduire dans une cage de deux mètres carrés aux murs couverts de graffitis, de sang séché et de morve. »
Extrait pris au hasard : « Quand je sortirai, je feuilletterai les albums de photos de ma mère, comme Annie Ernaux dans 'Les Années'. Ces images jaunies prouvent que ma vie a tout de même commencé quelque part. Sur une photographie prise dans le jardin de la Villa Patrakénéa de Guéthary, mon frère et moi sommes vêtus à l'identique : cols roulés rayés bleus et blancs (sic) à boutons dans le cou, bermuda gris, Kickers aux pieds (sic), achetées chez Western House rue des Canettes. Quand on passe toute son enfance habillé avec les mêmes vêtements que son frère, on passe ensuite (sic) tout son âge adulte à tenter de s'en différencier. » (p. 136)
Ibiza a beaucoup changé (2026)
Sortie : 1 avril 2026. Nouvelle
livre de Frédéric Beigbeder
Annotation :
Exergue : « « Seigneur Dieu, j'ai aimé la confiture de fraise / Et la sombre douceur du corps féminin. / Comme aussi la vodka glacée, les harengs à l'huile, / Les parfums : la cannelle et les clous de girofle. / Quel prophète puis-je donc faire ? Pourquoi l'esprit / Aurait à visiter quelqu'un de pareil ? / Tant d'autres à bon droit furent élus, / Dignes de confiance. / Mais moi, qui me croirait ? Car ils ont vu / Comme je me jette sur la nourriture, vide les verres, / Et regarde avidement le cou de la serveuse. / En défaut et conscient de l'être. Désireux de grandeur, sachant la reconnaître où qu'elle soit, / Et pourtant d'une vue pas tout à fait claire, / Je savais ce qui reste pour les moindres comme moi : / Le festin des brefs espoirs, L'assemblée des fiers, / Le tournoi des bossus : / La littérature. » - Czeslaw Milosz, 'Kroniki', 1987 »
Incipit : « FWXCDFXCAldr»cxvgetfycvjqqbcrtucvqwhfjkgf [...]
[Note de bas de page :] De mémoire, il semble que le premier chapitre (sic pour paragraphe) ait été tapé avec les fesses de mon personnage principal sur le clavier de mon ordinateur portable. (Note de l'auteur.) »
Extrait : « Il se précipita dans l'escalier pour gravir les marches (sic) quatre à quatre. Le vrombissement augmentait. Parvenu au sixième étage, il reconnut enfin le morceau : 'Disco Inferno' des Trammps. Des bouteilles de Philtre vides jonchaient les marches. L'électricité du sixième étage provenait d'un groupe électrogène qui pétaradait en haut de l'escalier. Il croisa un groupe de blondes en robe lamée d'or qui portaient un homme déguisé en montre molle. La fête occupait tout l'étage ; environ trois cents personnes dansaient les unes contre les autres. Debout sur un lit à baldaquin, le disc-jockey jetait des pilules dans les bouches ouvertes. Dans une salle de bains, Octave retrouva ses amis Esther, Lolita, Bertrand, Éric, Jean-René, Arnaud, Marc, Patrick et Amélie avachisdans des fauteuils rouges autour d'une baignoire de marbre blanc remplie de bouteilles et de glaçons. » (pp. 93-4)
https://www.senscritique.com/livre/Chroniques/44882897
Dara
Sortie : 27 août 1986 (France). Roman
livre de Patrick Besson
Annotation :
En principe je tiens pour un crétin tout auteur ayant mérité (1985) le Grand Prix du roman de l'Académie française. Besson figure dans le dictionnaire de Garcin, ce qui tend à confirmer l'a priori. On vérifiera tout de même.
« Le Grand prix du roman est l'un des prix les plus prestigieux de l'Académie française », nous dit senscritique. Et de les rencenser. Une belle brochette comme on peut voir :
https://www.senscritique.com/liste/tous_les_grands_prix_du_roman_de_l_academie_francaise/649366
Gala
Sortie : 23 juin 1993 (France).
livre de Dominique Bona
Annotation :
Voir le résumé (quatrième de couverture).
Quant à Mme Bona, elle n'a aucune inquiétude à se faire : il ne viendra à l'idée de personne, jamais, de prétendre s'inspirer de sa vie pour se livrer à de stupides élucubrations.
Les Voleurs de beauté
Sortie : 1997 (France). Roman
livre de Pascal Bruckner
Annotation :
Exergue : « « Un soir, j'ai assis la Beauté sur mes genoux. - Et je l'ai trouvée amère. - Et je l'ai injuriée. » Arthur Rimbaud, 'Une saison en enfer'. »
Incipit : « Je venais d'allumer le plafonnier et de constater, dans le miroir de courtoisie, l'apparition d'une ride au coin de mon œil gauche quand la voiture a dérapé. Hélène a écrasé le frein, contrebraqué. Les chaînes ne mordaient plus. J'ai poussé un cri, le véhicule s'est mis en travers de la route, s'est enlisé dans une congère. Il était 7 heures du soir, il faisait nuit, la neige tombait en abondance. »
Extrait pris au hasard : « Enfin j'allai à la cuisine, étonné comme hier par son immensité. Casseroles, poêles, cocottes reluisaient, une série de plats en cuivre était clouée au mur par ordre décroissant. » (P. 121)
Comédie des apparences (1994)
Sortie : septembre 1994 (France). Roman
livre de Jean-Denis Bredin
Annotation :
« Papa rentre dîner entre huit heures et demie et neuf heures, jamais plus tôt, jamais plus tard. Papa est cadre supérieur, très supérieur, dans une des meilleures banques d'affaires de la place. Il passe sa vie à travailler, il assume d'importantes responsabilités, mais il se presse pour rentrer car Maman veut qu'il soit présent pour dîner, au moins trois fois par semaine. Sa présence est nécessaire pour l'équilibre d'Alexandre, et mieux vaudrait ne pas avoir eu de fils que se révéler incapable de l'assumer. Maman est psychologue, psychologue dans un hôpital de banlieue, à mi-temps car on ne peut être psychologue à plein temps et s'occuper sérieusement de son enfant. Papa s'appelle Serge Lournier, Maman est née Judith Desforges. »
« Victoire fut si laborieuse qu'elle connut une promotion. Elle fut embauchée pour garder des enfants. Pendant près de dix ans, elle se consacra à ce nouveau métier, et l'on sut bientôt, dans le quartier, que personne ne gardait les enfants aussi bien qu'elle. Elle en gardait le jour, elle en gardait la nuit. Le jour, elle ne les quittait pas du regard, la nuit, elle refusait de dormir pour les surveiller à tout instant. Elle plaisait aux parents, et aussi aux enfants, car elle savait les faire jouer, et les embrasser, pas plus qu'il ne faut. Il est vrai qu'elle ne savait pas les faire rire. Victoire n'était pas drôle, mais ceci ne comptait pas. Elle accomplissait bien sa tâche et elle gagnait sa vie. Des enfants, elle en garda trente ou quarante, et certains plusieurs années, des tout-petits et des plus grands. »
C'est Mozart qu'on assassine
Sortie : 1966 (France). Roman
livre de Gilbert Cesbron
Annotation :
Exergue : « Je me penchai sur ce front lisse, sur cette douce moue des lèvres, et je me dis : « ... voici Mozart enfant, voici une belle promesse de vie... Protégé, entouré, cultivé, que ne saurait-il devenir !... » Mais il n'est point de jardinier pour les hommes... Mozart est condamné. Saint-Exupéry »
Incipit : « Il arrêta sa voiture dans une rue écartée et s'assura avec une apparente nonchalance que personne ne l'avait suivi. Le rétroviseur lui renvoya une image qui le fit tressaillir : des yeux hagards, un visage presque cruel, un sourire de renard ; c'était le masque du plaisir et il en éprouva une courte honte. »
Extrait : « « La graine est plantée », songe le vieil homme et il se retient d'embrasser Martin. Puis il enchaîne sur d'autres arbres fameux, sur une mare où, figure-toi qu'un jour d'hiver, un sanglier... une grotte où sept maquisards... une source qui, au Moyen Age... Héros, bandits, chevaux, tanks, biches, foudre : histoires et légendes pénètrent en cataracte, en carnaval, dans la petite tête ronde.
M. Lapresle s'arrête brusquement et, d'un ton anxieux :
- Est-ce que tu retiendras tout ça ?
- Mais je reviendrai avec toi, grand-père, tu me rediras...
- Oui. Donne-moi la main. Retire ton gant : il ne fait pas froid et je veux sentir ta main.
C'est une mystérieuse transfusion de vie qui s'opère de la petite main presque brûlante à la grande que déserte le sang. »
L'Alchimiste (1988)
O alquimista
Sortie : 1994 (France). Roman
livre de Paulo Coelho
Annotation :
Exergue : « Comme ils étaient en chemin, ils entrèrent en un certain bourg. Et une femme nommée Marthe le reçut dans sa maison.
Cette femme avait une sœur, nommée Marie, qui s'assit aux pieds du Seigneur et qui écouta ses enseignements.
Marthe allait de tous côtés, occupée à divers travaux. Alors elle s'approcha de Jésus et dit :
- Seigneur ! Ne considères-tu point que ma sœur me laisse servir toute seule ? Dis-lui donc qu'elle vienne m'aider.
Et le Seigneur répondit :
- Marthe ! Marthe ! Tu te mets en peine et tu t'embarrasses de plusieurs choses. Marie, quant à elle, a choisi la meilleure part, qui ne lui sera point ôtée.
Luc, X, 38-42 »
Incipit : « L'Alchimiste prit en main un livre qu'avait apporté quelqu'un de la caravane. Le volume n'avait pas de couverture, mais il put cependant identifier l'auteur : Oscar Wilde. En feuilletant les pages, il tomba sur une histoire qui parlait de Narcisse.
L'Alchimiste connaissait la légende de Narcisse, ce beau jeune homme qui allait tous les jours contempler sa propre beauté dans l'eau d'un lac. Il était si fasciné par son image qu'un jour il tomba dans le lac et s'y noya. À l'endroit où il était tombé, naquit une fleur qui fut appelée narcisse. »
Extrait : « « Vous leur avez donné tout mon trésor ! dit le jeune homme. Tout ce que j'avais pu gagner pendant toute ma vie !
- Et à quoi cela te servirait-il si tu devais mourir ? Ton argent t'a sauvé pour trois jours. Ce n'est pas si souvent que l'argent sert à retarder la mort. »
Mais le jeune homme était trop effrayé pour pouvoir entendre des paroles de sagesse. Il ne savait pas comment se transformer en vent. Il n'était pas alchimiste. »
Veronika décide de mourir (1998)
Veronika decide morrer
Sortie : 2000 (France). Roman
livre de Paulo Coelho
Dialogue sur la nature humaine (2000)
Sortie : juin 2000. Entretien
livre de Boris Cyrulnik et Edgar Morin
Annotation :
« BORIS CYRULNIK
Je vous surveille depuis longtemps - il m'arrive même de vous lire - et j'ai l'impression que nous jouons un peu dans la même équipe mentale. Je suis ravi de trouver ici un collègue. Je vous vois en effet mettre votre nez partout et c'est exactement le reproche que l'on me fait. Je pense que sur le plan des idées, nous avons le choix. Soit nous décidons d'être spécialiste, une situation tout à fait confortable intellectuellement puisqu'il nous suffit d'accumuler de plus en plus d'informations sur un point de plus en plus précis : on finit alors, comme le dit le dogme, par tout savoir sur rien. »
« EDGAR MORIN
À propos d'abord de l'homéothermie, il me semble qu'il faut y introduire un concept de régulation, lui-même fondé sur la boucle rétroactive, notamment la rétroaction négative. Pourquoi ? Supposons qu'on ait un système, même physique - un système de chauffage central par exemple -, doté d'un thermostat. La température suscitée - disons l'effet - rétroagira sur la cause, puisque le thermostat va arrêter la chaudière ou la réenclencher si la température baisse. »
Le Murmure des fantômes (2003)
Sortie : janvier 2003. Essai, Psychologie
livre de Boris Cyrulnik
Annotation :
Incipit : « Personne ne pouvait deviner que c'était un fantôme. Elle était trop jolie pour ça, trop douce, rayonnante. Une apparition n'a pas de chaleur, c'est un drap froid, un tissu, une ombre inquiétante. Elle, elle nous ravissait. On aurait dû se méfier. Quel pouvoir avait-elle pour tant nous charmer, nous saisir et nous emporter pour notre plus grand bonheur ? Nous étions piégés, au point de ne pas comprendre qu'elle était morte depuis longtemps.
En fait, Marilyn Monroe n'était pas complètement morte, un peu seulement, par moments un peu plus. Son charme, en faisant naître en nous un sentiment délicieux, nous empêchait de comprendre qu'il n'est pas nécessaire d'être mort pour ne pas vivre. Elle avait commencé à ne pas être vivante dès sa naissance. »
Extrait : « Il vient de se passer à Baltimore, aux États-Unis, un phénomène qui peut illustrer cette idée. La plupart des garçons des quartiers noirs refusaient d'aller à l'école. Ils s'influençaient mutuellement, échappant au contrôle des parents, et remplissaient leurs journées avec un héroïsme de délinquants qui les menait souvent en prison. Jusqu'au jour où une mère, désespérée de voir son petit garçon âgé de 8 ans se rebeller avec fierté contre toute autorité et s'engager sur le chemin de la délinquance, a décidé de l'envoyer chez un cousin lointain, un Massaï d'Afrique (sic). L'enfant en est revenu métamorphosé, gentil, coopérant, bon élève et heureux de l'être. Aujourd'hui, deux groupes sont apparus à Baltimore : ceux qui, restés aux États-Unis, continuent à s'orienter vers la prison, et ceux qui, après un simple séjour en Afrique, passent leur bac, apprennent un métier et ne s'en plaignent pas. »
Tout le bleu du ciel (2019)
Sortie : 17 mars 2021 (France). Roman
livre de Mélissa Da Costa
Annotation :
Incipit : « Petitesannonces.fr
Sujet : Recherche compagnon(ne) de voyage pour ultime escapade
Auteur : Emile26
Date : 29 juin 01 : 02
Message :
'Jeune homme de 26 ans, condamné par une Alzheimer précoce, souhaite prendre le large pour un ultime voyage. Recherche compagnon(ne) d'aventure pour partager avec moi ce dernier périple.
Itinéraire à valider ensemble. Alpes, Hautes-Alpes, Pyrénées ? Voyage en camping-car avec passages en randonnées (sac à dos et tente à porter). Condition physique convenable à avoir.
Départ : dès que possible. Durée du voyage : 2 ans maximum (selon estimation des médecins). Possibilité d'écourter.
Profil de mon/ma compagnon(ne) de voyage :
Pas de compétences médicales particulières à avoir : je ne reçois aucun soin ou traitement et je dispose de toutes mes capacités physiques.
Bon mental (je risque de subir des pertes de mémoire de plus en plus importantes).
Goût pour la nature.
Ne pas être effrayé(e) par des conditions de vie quelque peu rustres.
L'envie de partager une aventure humaine.
Me contacter uniquement par mail. Nous pourrons échanger par téléphone par la suite.'
Émile se frotte le menton. C'est un tic qu'il a depuis gamin, dès qu'il est songeur ou indécis. Il n'est pas certain de son annonce. »
Extrait : « Il pousse un profond soupir.
« Je commence à tout oublier. Les choses du quotidien mais pas seulement. Même les étapes de notre voyage commencent à s'effacer de ma mémoire. »
Il entend sa voix qui se brise. Il sent les larmes qui emplissent ses yeux. Il sait que Joanne peut les voir, alors il tourne la tête vers l'étang, pour les masquer. Il s'est juré de ne pas pleurer mais tout à coup, c'est trop. »
Civilisation
Comment nous sommes devenus américains
Sortie : 4 mai 2017 (France). Essai
livre de Régis Debray
Loués soient nos seigneurs (1996)
Une éducation politique
Sortie : 1996 (France). Récit
livre de Régis Debray
Lewis et Alice (2004)
Sortie : 1 juin 2004. Roman
livre de Didier Decoin
Annotation :
Voir le résumé (quatrième de couverture).
Quant à Mr Decoin, il n'a aucune inquiétude à se faire : il ne viendra à l'idée de personne, jamais, de prétendre s'inspirer de sa vie pour se livrer à de stupides élucubrations.
À Garonne (2006)
Sortie : 2006 (France). Roman
livre de Philippe Delerm
Annotation :
Exergue : « Aïmo la mascagno (sentence langudocienne /
Traduction : Il (ou elle) aime la mascagne »
Incipit : « C'était loin. L'Aronde sentait l'essence, une odeur qui semblait imprégner les plaids à carreaux écossais. Haut-le-cœur [sic] garantis pour ces départs à l'aube. Chargée la veille au soir, la voiture était prête, une aventure. Mon père revendiquait la nécessité de tenir une moyenne de soixante, faute de quoi l'expédition devenait compromise - difficile d'imaginer qu'on pouvait arriver à une heure devenue indécente pour consommer le tourin à la tomate de ma grand-mère. Les arrêts-pipi étaient consommés avec précipitation, dans le remords d'oblitérer cette sacro-sainte moyenne. Ma mère, ma sœur, mon frère, tout l'équipage était consentant. L'enjeu était de taille. Il s'agissait de rien de moins que d'aller à Malause.
Aller à Malause. Le concept tenait de la place dans la famille. Au-delà d'une destination de vacances unique, indiscutable, Malause incarnait - à des degrés divers pour chacun des membres de l'habitacle - un enjeu identitaire, le rattachement aux vraies racines. Tous deux originaires du Tarn-et-Garonne, issus de familles paysannes, mes parents auraient dû être nommés instituteurs dans leur département. Mais il n'y avait plus de postes vacants, au milieu des années trente. Alors ils avaient eu le choix entre la Seine-et-Oise et l'Algérie. »
Extrait : « La famille paternelle vivant à la Bénèche ne se limitait pas à ce couple. Mes grands-parents exerçaient encore des tâches dans la vie de la ferme, conduite des vaches au pré pour mon grand-père, entretien d'un jardin potager pour ma grand-mère, mais c'est la sœur de mon père, Lucie, et son mari Fernand qui avaient en main la conduite des choses. »
Le trottoir au soleil (2011)
Sortie : 5 janvier 2011. Roman
livre de Philippe Delerm
Annotation :
Exergue : « Je prends le plus souvent / Le trottoir au soleil. / J'y pense en traversant la rue / pour quitter l'ombre / rejoindre de l'autre côté mon ombre / qui maintenant me suit. - François de Cornière »
Incipit : « Le train navigue vers Saint-Lazare. On ne peut pas dire qu'il y ait une attente, un désir. L'approche de Saint-Lazare marque pourtant l'idée d'un accomplissement, même si le programme qui vous attend n'a rien d'extraordinaire. Surtout, il semble qu'on se soit toujours approché de Saint-Lazare, un peu comme la flèche de Zénon, sans jamais atteindre le but. On franchit le pont d'Asnières. À droite, en contrebas, c'était autrefois la piscine, un rectangle bleu, une soif qu'on n'étancherait jamais. Au passage, bien trop vite, l'éclaboussure et la confusion - pas le temps de s'intéresser aux mouvements d'un seul nageur, juste l'idée du plaisir des autres, une effervescence insolente, un défi. Puis la piscine ferme, le rectangle se vide, on distingue bien le mouvement du fond, la descente progressive du sol carrelé, une sensation de grand silence - ce n'est pas la proximité du cimetière, mais ce rectangle creux, qui donne une idée de la mort. »
Extrait : « Parfois, un petit décalage de vocabulaire au charme étonnant, comme dans cette lettre d'une jeune Suédoise où j'ai trouvé ces mots : « Devant mes yeux, le paysage d'automne est accompli. » Une écriture plus enfantine et plus virile dira en noir et blanc le bonheur de la première cigarette sur les trottoirs, quand la ville dort encore, la jubilation étrange de relire un article sur un match de foot joué trois mois auparavant.
Le plaisir des autres, c'est un peu comme les coins à champignons. »
Le Jour avant le bonheur (2009)
Il Giorno prima della felicità
Sortie : mai 2010 (France). Roman
livre de Erri de Luca
Annotation :
Incipit : « Je découvris la cachette parce que le ballon était tombé dedans. Derrière la niche de la statue, dans la cour de l'immeuble, se trouvait une trappe recouverte de deux petites planches en bois. Je vis qu'elles bougeaient en posant les pieds dessus. J'eus peur, je récupérai la balle et sortis en me faufilant entre les jambes de la statue. »
Extrait : « Et ce samedi là, je me suis cassé le nez. Je m'étais jeté dans la mêlée des pieds pour attraper le ballon, j'étais en avance, mais l'autre, lancé dans sa course, tira quand même et me frappa en pleine figure. Je ne lâchai pas prise, l'arbitre siffla la faute. »
Boomerang (2009)
Sortie : avril 2009. Roman
livre de Tatiana de Rosnay
Annotation :
Exergue : « 'Manderley n'était plus.' Daphné Du Maurier, Rebecca. »
Incipit : « La petite salle d'attente est morne. Dans un coin, un ficus aux feuilles poussiéreuses. Six fauteuils en plastique se font face sur un lino fatigué. On m'invite à m'asseoir. Je m'exécute. Mes cuisses tremblent. J'ai les mains moites et la gorge sèche. La tête me lance. Je devrais joindre notre père avant qu'il ne soit trop tard, mais je suis tétanisé. Mon téléphone reste dans la poche de mon jean. Appeler notre père ? Pour lui dire quoi ? Je n'en ai pas le courage.
La lumière est crue. Des tubes de néon barrent le plafond. Les murs sont jaunâtres, craquelés par le temps. Hébété sur mon siège, désarmé, perdu, je rêve d'une cigarette. Je dois lutter contre un haut-le-cœur. Le mauvais café et la brioche pâteuse que j'ai avalés il y a deux heures ne passent pas. »
Extrait : « La conversation se poursuit. J'en profite pour jeter un coup d'œil à son bureau dépouillé. Je ne suis pas spécialiste de Feng Shui. Je sais juste que c'est un art chinois très ancien qui stipule que le vent et l'eau ont une influence sur notre bien-être. Que les lieux où nous vivons nous affectent en bien ou en mal. Ce bureau est le plus propre et le plus ordonné que j'aie jamais vu. Un des murs est presque entièrement occulté par un aquarium où d'étranges poissons noirs ondulent et nagent nonchalamment entre les bulles. Dans un autre coin s'épanouissent de luxuriantes plantes exotiques. Des bâtons d'encens répandent un parfum apaisant. Sur le meuble qui se trouve derrière son bureau, trônent de nombreuses photographies où Parimbert pose avec des célébrités.
Il raccroche enfin et revient vers moi. » (pp. 242-3)
Rien ne s'oppose à la nuit (2011)
Sortie : août 2011. Roman
livre de Delphine de Vigan
Annotation :
« « Un jour je peignais, le noir avait envahi toute la surface de la toile, sans formes, sans contrastes, sans transparences.
Dans cet extrême j'ai vu en quelque sorte la négation du noir.
Les différences de texture réfléchissaient plus ou moins faiblement la lumière et du sombre émanait une clarté, un lumière picturale, dont le pouvoir émotionnel particulier animait mon désir de peindre.
Mon instrument n'était plus le noir, mais cette lumière secrète venue du noir. » Pierre Soulages »
« Ma mère était bleue, d'un bleu pâle mêlé de cendres, les mains étrangement plus foncées que le visage, lorsque je l'ai trouvée chez elle, ce matin de janvier. Les mains comme tachées d'encre, au pli des phalanges.
Ma mère était morte depuis plusieurs jours. »
« Ma mère et mon père ont vécu presque sept années ensemble, pour l'essentiel dans un appartement de la rue Auguste-Lançon, dans une partie du 13e arrondissement que je connais mal. Je n'y suis jamais retournée. Lorsque j'ai commencé l'écriture de ce livre, à l'endroit de ces sept années, je pensais laisser dans la continuité une dizaine de pages blanches, numérotées comme les autres mais dépourvues de texte. Il m'est apparu ensuite que l'artifice, certes signalerait l'ellipse de manière ostensible, mais ne la rendrait pas pour autant plus acceptable, et encore moins compréhensible. »
Apprendre à vivre
Sortie : 2006 (France). Essai
livre de Luc Ferry
Annotation :
Une question parfaitement pertinente, primordiale, posée par Steka :
« Mais qui voudrait vivre ta pauvre vie ? »
https://www.senscritique.com/liste/rebut_de_la_pensee_mediatique/143741
Qu'est-ce qu'une vie réussie ?
Sortie : 12 janvier 2005 (France). Essai
livre de Luc Ferry
Annotation :
[Incipit]
La Délicatesse (2009)
Sortie : 2009 (France). Roman, Romance
livre de David Foenkinos
Annotation :
Exergue : « Je ne saurais me réconcilier avec les choses, chaque instant dût-il s'arracher au temps pour me donner un baiser. / Cioran »
Incipit : « Nathalie était plutôt discrète (une sorte de féminité suisse). Elle avait traversé l'adolescence sans heurt, respectant les passages piétons. À vingt ans, elle envisageait l'avenir comme une promesse. Elle aimait rire, elle aimait lire. Deux occupations rarement simultanées puisqu'elle préférait les histoires tristes. L'orientation littéraire n'étant pas assez concrète à son goût, elle avait décidé de poursuivre des études d'économie. Sous ses airs de rêveuse, elle laissait peu de place à l'à-peu-près. Elle restait des heures à observer des courbes sur l'évolution sur l'évolution du PIB en Estonie, un étrange sourire sur le visage. Au moment où la vie d'adulte s'annonçait, il lui arrivait parfois de repenser à son enfance. Des instants de bonheur ramassés en quelques épisodes, toujours les mêmes. Elle courait sur une plage, elle montait dans un avion, elle dormait dans les bras de son père. Mais elle ne ressentait aucune nostalgie, jamais. Ce qui était assez rare pour une Nathalie. »
Extrait : « La soirée continua ainsi alternant les moments de découverte, et les moments où le bien-être donne la sensation de connaître l'autre. Alors qu'elle comptait rentrer tôt, il était déjà plus de minuit. Autour d'eux, les gens partaient. Le serveur tenta de leur faire comprendre d'une manière grossière qu'il serait peut-être temps d'envisager de partir. Markus se leva pour aller aux toilettes, et paya l'addition. Ce fut fait avec beaucoup d'élégance. Une fois dehors, il proposa de la raccompagner en taxi. Il était si prévenant. Devant son appartement, il posa une main sur son épaule, et l'embrassa sur la joue. Il comprit à cet instant ce qu'il savait déjà : il était éperdument amoureux d'elle. » (p. 109)






























