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La nuit je mens... avec les mots des autres (Mes lectures depuis 2017)

« Croire qu'une lettre joliment tournée touchera le cœur de la cible, c'est au fond croire à la littérature. C'est la doter de pouvoirs rationnels ou magiques. C'est être convaincu qu'elle est capable de changer le lecteur. » ( Bernard Pivot - "La mémoire n'en fait qu'à sa tête" )

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415 livres

créee il y a plus de 5 ans

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modifiée il y a 30 jours

Les Fleurs du mal
8.2

Les Fleurs du mal (1857)

Sortie : 25 juin 1857. Poésie

livre de Charles Baudelaire

takeshi29 a mis 10/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Résumé : Une oeuvre sous forme de recueil de poèmes divisé en six parties : Spleen et idéal, Tableaux parisiens, le Vin, les Fleurs du mal, Révolte et la Mort.

Annotation :

Depuis très très longtemps, j'ai une règle : un poème des "Fleurs du mal" par jour

« La rue assourdissante autour de moi hurlait.
Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse,
Une femme passa, d'une main fastueuse
Soulevant, balançant le feston et l'ourlet ;

Agile et noble, avec sa jambe de statue.
Moi, je buvais, crispé comme un extravagant,
Dans son œil, ciel livide où germe l'ouragan,
La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.

Un éclair... puis la nuit ! - Fugitive beauté
Dont le regard m'a fait soudainement renaître,
Ne te verrai-je plus que dans l'éternité ?

Ailleurs, bien loin d'ici ! trop tard ! jamais peut-être !
Car j'ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais,
Ô toi que j'eusse aimée, ô toi qui le savais ! » (À une passante)

https://youtu.be/9erXkdRFth8

N'essuie jamais de larmes sans gants
8.6

N'essuie jamais de larmes sans gants

Torka aldrig tårar utan handskar

Sortie : 7 septembre 2016 (France). Roman

livre de Jonas Gardell

takeshi29 a mis 9/10, l'a mis dans ses coups de cœur et a écrit une critique.

Résumé : 1982. Rasmus vient d’avoir son bac et quitte la Suède profonde pour la capitale. À Stockholm, il va pouvoir être enfin lui-même. Loin de ceux qui le traitent de sale pédé. Benjamin est Témoin de Jéhovah et vit dans le prosélytisme et les préceptes religieux inculqués par ses parents. Sa conviction vacille le jour où il frappe à la porte d’un homme qui l’accueille chaleureusement, et lui lance : « Tu le sais, au moins, que tu es homosexuel ? » Rasmus et Benjamin vont s’aimer. Autour d’eux, une bande de jeunes gens, pleins de vie, qui se sont choisis comme vraie famille. Ils sont libres, insouciants. Quand arrive le sida. Certains n’ont plus que quelques mois, d’autres quelques années à vivre. Face à une épidémie mortelle inconnue, toutes les politiques sociales ou sanitaires du « modèle suédois » échouent. Les malades séropositifs sont condamnés à l’isolement et à l’exclusion.

Annotation :

Un livre, ça s'offre, ça se transmet. Et je prends le pari avec vous qu'après avoir partagé durant plus de 500 pages les joies et les peines de Rasmus, Benjamin, Paul , Lars-Åke, Seppo, vous n'aurez qu'une volonté : vous précipiter chez votre libraire, acheter 10 exemplaires de cette merveille nordique et les mettre entre les mains de vos proches en accompagnant ce geste d'un simple "Je t'aime".

« Rasmus lui demandant si ça ne lui manque pas, Benjamin rit et répond qu'on ne peut pas éprouver le manque de ce qu'on n'a jamais eu - et, pour une raison indéterminée, tout le monde valide son argument bien qu'il soit totalement erroné. Car évidemment qu'on peut éprouver le manque de ce qu'on n'a jamais eu, on peut éprouver le manque de quelqu'un qu'on n'a jamais rencontré ou de quelque chose qu'on n'a jamais vu. Toute votre vie vous pouvez éprouver ce manque et savoir que quelque chose vous est passé sous le nez... »

https://twitter.com/takeshi2922/status/1239324910939443201

L'Homme rapaillé
7.9

L'Homme rapaillé (1970)

Sortie : 7 décembre 1999 (France). Poésie

livre de Gaston Miron

takeshi29 a mis 9/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Annotation :

« Tu as les yeux pers des champs de rosées
tu as des yeux d'aventure et d'années-lumière
la douceur du fond des brises au mois de mai
dans les accompagnements de ma vie en friche
avec cette chaleur d'oiseau à ton corps craintif
moi qui suis charpente et beaucoup de fardoches
moi je fonce à vive allure et entêté d'avenir
la tête en bas comme un bison dans son destin
la blancheur des nénuphars s'élève jusqu'à ton cou
pour la conjuration de mes manitous maléfiques
moi qui ai des yeux où ciel et mer s'influencent
pour la réverbération de ta mort lointaine
avec cette tache errante de chevreuil que tu as

tu viendras tout ensoleillée d'existence
la bouche envahie par la fraîcheur des herbes
le corps mûri par les jardins oubliés
où tes seins sont devenus des envoûtements
tu te lèves, tu es l'aube dans mes bras
où tu changes comme les saisons
je te prendrai marcheur d'un pays d'haleine
à bout de misères et à bout de démesures
je veux te faire aimer la vie notre vie
t'aimer fou de racines à feuilles et grave
de jour en jour à travers nuits et gués
de moellons nos vertus silencieuses
je finirai bien par te rencontrer quelque part
bon dieu!
et contre tout ce qui me rend absent et douloureux
par le mince regard qui me reste au fond du froid
j'affirme ô mon amour que tu existes
je corrige notre vie

nous n'irons plus mourir de langueur
à des milles de distance dans nos rêves bourrasques
des filets de sang dans la soif craquelée de nos lèvres
les épaules baignées de vols de mouettes
non
j'irai te chercher nous vivrons sur la terre
la détresse n'est pas incurable qui fait de moi
une épave de dérision, un ballon d'indécence
un pitre aux larmes d'étincelles et de lésions
profondes
frappe l'air et le feu de mes soifs
coule-moi dans tes mains de ciel de soie
la tête la première pour ne plus revenir
si ce n'est pour remonter debout à ton flanc
nouveau venu de l'amour du monde
constelle-moi de ton corps de voie lactée
même si j'ai fait de ma vie dans un plongeon
une sorte de marais, une espèce de rage noire
si je fus cabotin, concasseur de désespoir
j'ai quand même idée farouche
de t'aimer pour ta pureté
de t'aimer pour une tendresse que je n'ai pas connue
dans les giboulées d'étoiles de mon ciel
l'éclair s'épanouit dans ma chair
je passe les poings durs au vent
j'ai un cœur de mille chevaux-vapeur
j'ai un cœur comme la flamme d'une chandelle... »
(La Marche à l'amour)

https://youtu.be/BMX8Ap5xw4s
https://twitter.com/takeshi2922/status/1239699661851672576

Mad Movies Hors-Série : Le guide des 300 films à voir avant de mourir
7

Mad Movies Hors-Série : Le guide des 300 films à voir avant de mourir

Sortie : 24 octobre 2016 (France). Culture & société, Cinéma & télévision

livre de Mad Movies

takeshi29 a mis 8/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Résumé : 300 "chroniques" inédites, pleines d'amour et parfois de mauvaise foi.

Allons aux faits

Allons aux faits

Croyances historiques, réalités religieuses

Sortie : 3 octobre 2016 (France). Essai, Culture & société

livre de Régis Debray

takeshi29 a mis 8/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Résumé : "En me donnant un micro pour deux séries d'interventions, l'une sur l'histoire, l'autre sur la religion, France Culture m'a permis de résumer et clarifier les travaux que je mène depuis maintes années sur diverses affaires temporelles et spirituelles. Je ne saurais assez remercier sa directrice Sandrine Treiner de m'avoir ainsi donné l'occasion d'apporter ma petite pierre à l'édifice des Lumières, sous l'égide de la devise : Rendre la Raison populaire. Vaste programme, qui exige d'inquiéter nombre de lieux communs, ce qui n'est jamais plaisant. Pourquoi ? Parce que nous nous berçons de mots, toujours les mêmes, et que ces mots nous trompent. L'histoire ? Elle est censée nous découvrir la réalité des choses : elle nous dorlote avec de fausses croyances. Les religions ? Elles sont censées nous raconter des blagues : bombes et couteaux nous découvrent de rudes vérités. Et si l'opium du peuple n'était pas là où l'on pensait ? C'est à renverser de vétustes perspectives qu'invite ce récapitulatif, dérangeant comme un réveille-matin". Régis Debray.

Fêtes galantes
7.6

Fêtes galantes (1869)

Sortie : 1869 (France). Poésie

livre de Paul Verlaine

takeshi29 a mis 9/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Annotation :

« Dans le vieux parc solitaire et glacé
Deux formes ont tout à l’heure passé.

Leurs yeux sont morts et leurs lèvres sont molles,
Et l’on entend à peine leurs paroles.

Dans le vieux parc solitaire et glacé
Deux spectres ont évoqué le passé.

— Te souvient-il de notre extase ancienne ?
— Pourquoi voulez-vous donc qu’il m’en souvienne ?

— Ton cœur bat-il toujours à mon seul nom ?
Toujours vois-tu mon âme en rêve ? — Non.

— Ah ! les beaux jours de bonheur indicible
Où nous joignions nos bouches ! — C’est possible.

Qu’il était bleu, le ciel, et grand l’espoir !
— L’espoir a fui, vaincu, vers le ciel noir.

Tels ils marchaient dans les avoines folles,
Et la nuit seule entendit leurs paroles. » ( Colloque sentimental )

Bonjour tristesse
7

Bonjour tristesse (1954)

Sortie : 15 mars 1954. Roman

livre de Françoise Sagan

takeshi29 a mis 10/10, l'a mis dans ses coups de cœur et a écrit une critique.

Résumé : La villa est magnifique, l'été brûlant, la Méditerranée toute proche. Cécile a dix-sept ans. Elle ne connaît de l'amour que des baisers, des rendez-vous, des lassitudes. Pas pour longtemps. Son père, veuf, est un adepte joyeux des liaisons passagères et sans importance. Ils s'amusent, ils n'ont besoin de personne, ils sont heureux. La visite d'une femme de coeur, intelligente et calme, vient troubler ce délicieux désordre. Comment écarter la menace ? Dans la pinède embrasée, un jeu cruel se prépare. C'était l'été 1954. On entendait pour la première fois la voix sèche et rapide d'un « charmant petit monstre »qui allait faire scandale. La deuxième moitié du XXe siècle commençait. Elle serait à l'image de cette adolescente déchirée entre le remords et le culte du plaisir.

Annotation :

Cette merveille m'a rappelé pourquoi j'aimais passionnément la littérature, elle qui possède le don de transformer un vieux con de 43 ans en une jeune fille, l'espace de quelques pages sidérantes de beauté.

« Seulement quand je suis dans mon lit, à l'aube, avec le seul bruit des voitures dans Paris, ma mémoire parfois me trahit : l'été revient et tous ses souvenirs. Anne, Anne ! Je répète ce nom très bas et très longtemps dans le noir. Quelque chose monte alors en moi que j'accueille par son nom, les yeux fermés : Bonjour Tristesse. »

La Nuit juste avant les forêts
7.9

La Nuit juste avant les forêts (1978)

Sortie : 1978 (France). Théâtre

livre de Bernard-Marie Koltès

takeshi29 a mis 9/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Résumé : Un homme seul perdu dans la ville, cherche un "ange au milieu de ce bordel" pour briser la solitude et raconter la folie du monde. "moi j'ai cherché quelqu'un qui soit comme un ange au milieu de ce bordel, et tu es là, je t'aime, et le reste, de la bière, de la bière, et je sais toujours pas comment je pourrai te dire, quel fouillis, quel bordel, camarade, et puis toujours la pluie, la pluie, la pluie" Chant pour l'humanité. Parlerie fraternelle et révoltée pour un monde en manque de frères. Ce cri d'amour, c'est chacun de nous dans cette solitude moderne qui nous rend étrangère à nous-mêmes, animaux, classés, clonés, rangés hermétiquement dans des cases. Mais où on va là? C'est quoi ce monde? Stop!

Annotation :

Ce texte, créé au festival d’Avignon, se dévore en une petite heure à peine. C'est plein de bruit et de fureur. D'une beauté sidérante, violente, il vient vous hanter longtemps, vous obligeant même à vous y replonger afin d'en capter toute la puissance.

« ... je vire tout et la vieillesse avec, parce que je suis comme cela, je n'aime pas ce qui vous rappelle que vous êtes étranger, pourtant, je le suis un peu, c'est certainement visible, je ne suis pas tout à fait d'ici - c'était bien visible, en tout cas, avec les cons d'en bas attroupés dans mon dos, après avoir pissé, lorsque je me lavais le zizi, - à croire qu'ils sont tous aussi cons, les Français, incapables d'imaginer, parce qu'ils n'ont jamais vu qu'on se lave le zizi, alors que pour nous , c'est une ancienne habitude... »

« ... un soir où c'est désert et où rien ne se passe, mais il y a d'autres soirs, malgré la pluie, malgré cette saleté de lumière et la nuit qui encombrent tout, où il traîne des filles - non pas une par hasard, mais plusieurs l'une après l'autre, de plus en plus belles, mais pas belles comme tu crois, belles comme c'est pas possible, à vous rendre cinglé, à vous rendre d'heure en heure plus cinglé, d'heure en heure des filles plus impossibles, on ne sait pas quand cela va s'arrêter, cela monte, on se met à planer, on n'imagine plus rien, car il y a de ces fillesqui défilent devant vous ! ... »

«... eux, ils m'ont écouté et moi je les ai écoutés, et je me suis dit : ailleurs tout est pareil, plus je me laisse pousser au cul, plus je serai étranger, eux ils finissent ici et moi je finirai là-bas, - là-bas où tout ce qui bouge s'est caché dans les montagnes, les bords de lacs, les forêts, tandis qu'un général avec tous ses soldats parcourent les montagnes, fouillent les bords du lac, entourent chaque forêt, et ils font des cartons sur tout ce qui bouge, et sur tout ce qui n'a pas ni la même couleur ni le même mouvement que les pierres, l'eau et les arbres... »

Oublier le bien, nommer le mal

Oublier le bien, nommer le mal

Une expérience morale paradoxale

Sortie : 19 octobre 2016 (France). Essai

livre de Laurence Hansen-Love

takeshi29 a mis 8/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Résumé : La science du bien et du mal n'a jamais existé, et si Platon s'en désolait, nous avons cessé, nous, les Modernes, de nous en offusquer. Et pourtant, des questions d'ordre éthique nous sont incessamment posées aujourd'hui, ni plus ni moins que par le passé : quelles valeurs morales devons-nous promouvoir à l'école ? Est-il acceptable d'abandonner à leur sort les familles de migrants fuyant la guerre ? Mon pays, la France, doit-il intervenir militairement contre tel ou tel État dit « terroriste » ? etc. Face à de telles interrogations, nous ne pouvons nous contenter de suspendre notre jugement sous couvert de relativisme (« À chacun sa conception du bien et du mal »). Prenant appui sur les réflexions de grands philosophes et théologiens face au défi du mal, tout en interrogeant la montée de nouvelles formes de violences au XXIe siècle, Laurence Hansen-Love pose la question : le bien et le mal sont-ils vraiment des notions obsolètes ? Une fois récusée la fausse évidence d'une symétrie entre le bien et le mal, il est possible de prendre acte de la préséance du mal sur le bien. Dès lors, la certitude du mal, posée comme un fait, cesse de contredire l'incertitude du bien, à laquelle il apparaît sage de se résoudre.

L'art du regard
7.9

L'art du regard

Sortie : 8 octobre 2015 (France). Essai, Beau livre

livre de Alan Jones

takeshi29 a mis 8/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Résumé : Une petite histoire du cinéma d'exploitation en 316 affiches à travers la collection de Nicolas Winding Refn, le réalisateur de "Drive".

Poèmes saturniens
7.8

Poèmes saturniens (1866)

Sortie : 1866 (France). Poésie

livre de Paul Verlaine

takeshi29 a mis 9/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Résumé : Le recueil propose un voyage à travers les territoires de la mélancolie : déployant une gamme de sentiments allant de la tristesse à la résignation, Verlaine y expose ses humeurs dominées par une influence maligne. Il y fait se succéder des paysages à la dominante crépusculaire et automnale.

Annotation :

« A vous ces vers de par la grâce consolante
De vos grands yeux où rit et pleure un rêve doux,
De par votre âme pure et toute bonne, à vous
Ces vers du fond de ma détresse violente.

C'est qu'hélas ! le hideux cauchemar qui me hante
N'a pas de trêve et va furieux, fou, jaloux,
Se multipliant comme un cortège de loups
Et se pendant après mon sort qu'il ensanglante !

Oh ! je souffre, je souffre affreusement, si bien
Que le gémissement premier du premier homme
Chassé d'Eden n'est qu'une églogue au prix du mien !

Et les soucis que vous pouvez avoir sont comme
Des hirondelles sur un ciel d'après-midi,
— Chère, — par un beau jour de septembre attiédi. » ( A une femme )

« Arrête avec tes mensonges » 
7.9

« Arrête avec tes mensonges »  (2017)

Sortie : 5 janvier 2017. Roman

livre de Philippe Besson

takeshi29 a mis 10/10, l'a mis dans ses coups de cœur, l'a mis en envie et a écrit une critique.

Résumé : Quand j'étais enfant, ma mère ne cessait de me répéter : " Arrête avec tes mensonges. " J'inventais si bien les histoires, paraît-il, qu'elle ne savait plus démêler le vrai du faux. J'ai fini par en faire un métier, je suis devenu romancier. Aujourd'hui, voilà que j'obéis enfin à ma mère : je dis la vérité. Pour la première fois. Dans ce livre. Autant prévenir d'emblée : pas de règlement de comptes, pas de violence, pas de névrose familiale. Mais un amour, quand même. Un amour immense et tenu secret. Qui a fini par me rattraper.

Annotation :

Et surtout je voulais vous dire, Philippe, VOTRE Thomas était beau, c'était un astre dans sa chemise à carreaux aux manches retroussées. Même si je ne partage pas votre attirance pour les hommes, je l'ai regardé avec vos yeux, caressé avec vos mains, embras(s)é avec votre bouche et surtout follement aimé avec MON cœur.

« Parce que tu partiras et que nous resterons »

« L'amour, c'est des bouches qui se cherchent, qui se prennent, des lèvres qu'on mord, un peu de sang, le poil de sa barbe qui irrite mon menton, ses mains qui empoignent ma mâchoire, afin que je ne lui échappe pas.
C'est la broussaille de ses cheveux où je glisse mes doigts, la raideur de sa nuque, mes bras qui se referment sur lui, qui l'enserrent, pour être au plus près, pour qu'il n'y ait aucun espace entre nous.
C'est les torses qui s'épousent, d'où on retire un à un mais à la hâte les vêtements, le pull jacquard, le tee-shirt, afin que les épidermes se touchent. Le sien de torse est musclé, imberbe, les tétons sont plats, sombres, le mien est maigre, pas encore défoncé comme il le sera plus tard sous les coups de boutoir d'un médecin urgentiste, on dirait un torse de malade.
C'est le dos qu'on caresse frénétiquement. Sur le sien, je distingue, sous mes doigts, comme je l'avais supposé, le bombement de grains de beauté.
C'est les jeans qu'on dégrafe. Je découvre son sexe, veineux, blanc, somptueux. Je suis émerveillé par ce sexe. Ça me demandera des années, beaucoup d'amants, avant de renouer avec cet éblouissement.
L'amour, c'est les sexes dans les bouches, une certaine adresse malgré la frénésie. C'est se retenir pour ne pas jouir, tant l'excitation est puissante. C'est l'abandon, la confiance folle en l'autre. »

« J'imagine que, de toute façon, je n'en aurais pas eu le courage. Après, je me suis dit : c'était peut-être juste une passade, une phase, ça a existé oui mais ça s'est terminé, il est passé à autre chose, à la vie, une femme, un enfant, ça doit arriver souvent, ces choses-là. Je me suis dit : et quand il l'a revu à la télé, ça a ravivé le souvenir, mais c'est comme une nostalgie, un secret du passé, tout le monde a des secrets, d'ailleurs c'est bien d'avoir des choses juste à soi. Ça aurait pu en rester là. Ça aurait dû en rester là. »

Réparer les vivants
7.3

Réparer les vivants

Sortie : 2 janvier 2014 (France). Roman

livre de Maylis de Kérangal

takeshi29 a mis 7/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Résumé : C'est le roman d'une transplantation cardiaque. Il tisse les présences et les espaces, les voix et les actes qui vont se relayer en 24h exactement.

Annotation :

Maylis de Kérangal écrit bien, très bien même, quitte à parfois noyer la chair de son roman sous un style un brin poseur.

« C'est l'heure. Amorce du jour où l'informe prend forme : les éléments s'organisent, le ciel se sépare de la mer, l’horizon se discerne. Les trois garçons se préparent, méthodiques, suivant un ordre précis qui est encore un rituel : ils fartent leur planche, vérifient les attaches du leash, passent des sous-vêtements spéciaux en polypropylène avant de revêtir les combinaisons en se contorsionnant sur le parking - le néoprène adhère à la peau, la râpe et parfois même la brûle -, chorégraphie de pantins en caoutchouc qui demande de l'entraide, nécessite qu'ils se touchent, se manipulent ; après quoi les bottillons, la cagoule, les gants, et ils referment le camion. »

« Ce qu’ils pensent en cette seconde je l’ignore, sans doute pensent-ils à Simon, où était-il avant de naître, où est-il désormais, ou peut-être qu’ils ne pensent à rien, captés par la seule vision de ce monde qui se dérobe graduellement pour apparaître de nouveau, tangible, absolument énigmatique -, et la proue qui fend l’eau affirme le présent fulgurant de leur douleur. »

« Soudain, ce n’est plus une absolue matière qu’elle perçoit en lieu et place du corps étendu, un matériau dont on peut faire usage et que l’on se partage, ce n’est plus une mécanique arrêtée que l’on décortique pour en réserver les bonnes pièces, mais une substance d’une potentialité inouïe : un corps humain, sa puissance et sa fin, sa fin humaine – et c’est cette émotion-là, plus que toute fontaine de sang déversée dans un bac en plastique, qui pourrait la faire tourner de l’œil. »

Le Nu perdu
7.4

Le Nu perdu (1971)

Sortie : 1971 (France). Poésie

livre de René Char

takeshi29 a mis 9/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Résumé : Le nu perdu Porteront rameaux ceux dont l'endurance sait user la nuit noueuse qui précède et suit l'éclair. Leur parole reçoit existence du fruit intermittent qui la propage en se dilacérant. Ils sont les fils incestueux de l'entaille et du signe, qui élevèrent aux margelles le cercle en fleurs de la jarre du ralliement. La rage des vents les maintient encore dévêtus. Contre eux vole un duvet de nuit noire.

Annotation :

« Les routes qui ne promettent pas le pays de leur destination sont les routes aimées.

La générosité est une proie facile. Rien n’est plus attaqué, confondu, diffamé qu’elle. Générosité qui crée nos bourreaux futurs, nos resserrements, des rêves écrits à la craie, mais aussi la chaleur qui une fois reçoit et, deux fois, donne.

Il n’y a plus de peuple-trésor, mais, de proche en proche, le savoir vivre infini de l’éclair pour les survivants de ce peuple.

La pluie, école de croissance, rapetisse la vitre par où nous l’observons.

Nous demandons à l’imprévisible de décevoir l’attendu. Deux étrangers acharnés à se contredire - et à se fondre ensemble si leur rencontre aboutissait !

En amour, en poésie, la neige n’est pas la louve de janvier mais la perdrix du renouveau. » ( Encart )

Le Dimanche des mères
6.6

Le Dimanche des mères

Mothering Sunday. A Romance

Sortie : 3 janvier 2017 (France). Roman

livre de Graham Swift

takeshi29 a mis 8/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Résumé : Angleterre, 30 mars 1924. Comme chaque année, les aristocrates donnent congé à leurs domestiques pour qu'ils aillent rendre visite à leur mère le temps d'un dimanche. Jane, la jeune femme de chambre des Niven, est orpheline et se trouve donc désœuvrée. Va-t-elle passer la journée à lire ? Va-t-elle parcourir la campagne à bicyclette en cette magnifique journée ? Jusqu'à ce que Paul Sheringham, un jeune homme de bonne famille et son amant de longue date, lui propose de le retrouver dans sa demeure désertée. Tous deux goûtent pour la dernière fois à leurs rendez-vous secrets, car Paul doit épouser la riche héritière Emma Hobday. Pour la première - et dernière - fois, Jane découvre la chambre de son amant ainsi que le reste de la maison. Elle la parcourt, nue, tandis que Paul part rejoindre sa fiancée. Ce dimanche des mères 1924 changera à jamais le cours de sa vie...

Annotation :

Délicieux comme du Jane Austen

« Étrange coutume que ce dimanche des mères en perspective, un rituel sur son déclin, mais les Niven et les Sheringham y tenaient encore, comme tout le monde d'ailleurs, du moins dans le bucolique Berkshire, et cela pour une même et triste raison : la nostalgie du passé. Ainsi, les Niven et les Sheringham tenaient-ils sans doute encore plus les uns aux autres qu'autrefois, comme s'ils s'étaient fondus en une seule et même famille décimée. »

« Paul Sheringham avait vu, connu, exploré ce corps mieux qu'elle-même ne l'avait fait. Il l'avait « possédée ». Un autre de ces mots. Il avait possédé son corps - ce corps qui était à peu près tout ce qu'elle possédait. Et pouvait-on dire qu'elle l'avait possédé, lui, et qu'elle le posséderait toujours ? »

« « J'ai une nouvelle désolante à vous annoncer. »
Alors même que Mr Niven les prononçait, ces mots manifestèrent leur tendance à s'éloigner de leur désignation, à tire-d'aile capricieuse. Il peinait si visiblement à les trouver que, à cause de sa récente expérience, elle crut entendre « déflorante ». Une nouvelle « déflorante ». Une erreur que Milly elle-même n'aurait pas faite. »

« Franchir une barrière impossible, n'était-ce pas ce qu'elle devrait faire pour devenir écrivain ? Elle aussi aurait à dépasser cet obstacle, aurait à trouver un langage, bien qu'elle en possédât un, car trouver un langage, trouver le langage, c'était, comme elle finirait par le comprendre, l'essentiel de l'écriture. Cependant, elle exprimait rarement ces idées-là dans les interviews, elles la touchaient de trop près. »

« Toutes ces scènes. Celles de la réalité et celles des livres. Et toutes celles qui se situaient à mi-chemin, car vous ne pouviez que les imaginer quand il s'agissait de la vraie vie. Comme essayer d'imaginer sa mère. Ou seulement ce qui, à votre avis, aurait pu se passer si les évènements avaient pris un autre tour, autrefois, il y avait bien longtemps. »

Le chemin de Macau

Le chemin de Macau

Sortie : 5 janvier 2017 (France). Roman

livre de Jean-Marie Planes

takeshi29 a mis 7/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Résumé : Jean-Marie Planes est homme de goût et n’a pas celui de parler de lui. Mais il aura suffi d’une lettre très officielle lui signifiant son congé d’un appartement qu’il occupait depuis trente ans, pour que, tout à coup, se dessinent à l’estompe, tous les lieux qui ont jalonné son parcours. Sans chronologie, sans ordre apparent, si ce n’est celui du coeur, nous feuilletons avec lui cet album de famille, récapitulation d’une vie par les endroits qui en furent, quelquefois le centre, le refuge, et d’abord l’appartement bordelais de la rue Duffour-Dubergier, lequel, soit dit en passant, fut aussi celui de la famille Mauriac. « C’est là, écrit François Mauriac dans Commencement d’une vie, que je suis né à la vie consciente ». On aura compris que la présence de cet illustre prédécesseur ne sera pas anodine. Car les lieux gardent en eux les traces de ceux qui les ont investis, un temps, fugacement parfois, puis les restituent, dans le silence d’un après-midi d’été, à l’heure de la sieste, dans une charteuse d’assez belle facture, à Macau par exemple. Faut-il toutes les citer ces maisons de la vie ? Celles de l’enfance bien sûr, les plus importantes peut-être, puis les autres. Maisons de famille, chalet arcachonnais, appartements. Et une géographie commune : Un mouchoir de poche, dessiné par une main d’enfant sur une carte du Sud-Ouest. Bordeaux, Caudéran, la côte Basque, Fronsac, Macau. On s’enracine dans les mêmes lumières, les mêmes odeurs. Seule change l’avancée du temps. Il y a les ombres légères, les effrois d’enfant, le rire d’une mère, la tendre complicité d’une grand-mère, les premières lectures, les absents. Ceux qui s’éloignent, pour toujours.

Annotation :

Bercé d'une nostalgie douce et rugueuse à la fois

« L'enfance, aimée de la littérature (sauf Malraux, "je déteste mon enfance"), adulée, surprotégée dès que s'imposa la souveraineté de « l'enfant roi », l'enfance, invention, selon Philippe Ariès, d'un XVIIIe siècle sentimental et finissant, n'est ni innocente - le « pervers polymorphe » de Freud, - ni exempte de peurs obscures, dépourvues d'accès à une conscience qui, un jour se fera, plus ou moins, claire. Elle est emplie de terreurs informulées. Les adultes s'employaient naguère à les cultiver. Le « cabinet noir » existait sans doute à Macau, je n'y eus jamais droit. Pourtant, ma mère, au sujet des chaussures, me fournit une clef. Mon grand-père était furibond que je fasse mes « crottes » dans les allées du parc. Ah ! Mes « crottes » ? Comme un petit chien ? Eh oui ! Peut-on s'étonner alors que l'on conserve, parfois, à l'endroit de l'organique, de la saleté, voire du sexe et de tout ce que Mauriac nomme « les patientes inventions de l'ombre », une manière de répulsion, en tout cas de défiance ? Défions-nous surtout des récits familiaux, des souvenirs théorisés, d'une mémoire que l'on met en ordre et soumet à des explications sommaires. Le sexe est, inévitablement, organique et sale. L'enfance aussi. »

« J'aimais, je l'ai déjà trop dit, le rire de ma mère. Le lundi soir, comme je la quitte et suis sur le seuil de la porte, elle s'inquiète : « Tu viendras demain ? » Je fais le malin, c'est-à-dire l'idiot : « Pourquoi viendrais-je ? Je sais que mes visites ne te font aucun plaisir ! » Un pauvre rire sans force, le dernier, mais toute son énergie dans l'apostrophe qui fuse depuis son lit. On cite volontiers les mots ultimes, généralement édifiants, des mourants. Moi, je me rappelle, avec une émotion qui me broie le cœur, cette parole de tendresse sur quoi se referme à jamais la porte de nos deux vies : « Tu es un couillon ! » »

Chaleur
6.4

Chaleur

Sortie : 5 janvier 2017 (France). Roman

livre de Joseph Incardona

takeshi29 a mis 7/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Résumé : La Finlande : ses forêts, ses lacs, ses blondes sculpturales… et son Championnat du Monde de Sauna. Chaque année, des concurrents viennent de l’Europe entière pour s’enfermer dans des cabines chauffées à 110°. Le dernier qui sort a gagné. Les plus acclamés sont Niko et Igor : le multiple vainqueur et son perpétuel challenger, la star du porno finlandais et l’ancien militaire russe. Opposition de style, de caractère, mais la même volonté de vaincre. D’autant que pour l’un comme pour l’autre, ce championnat sera le dernier. Alors il faut se dépasser. Aller jusqu’au bout. Aussi dérisoire que soit l’enjeu, au-delà de toute raison, la rivalité peut parfois pousser l’homme à la grandeur. À la fois pathétiques et sublimes, Niko et Igor illustrent avec éclat le désir d’absolu de la nature humaine.

Annotation :

En Finlande, durant l'été, se déroulent divers championnats du monde plus exotiques les uns que les autres : porter d'épouse, football en marécage, lancer de bottes (hommes : pointure 43 - femmes : pointure 38), écrasement de moustiques (arrêté en 1999 sous la pression des animalistes), mangeurs de piment (type Naga Morich), cueillette de baies...

Et jusqu'en 2010, les plus grands champions de sauna s'affrontaient chaque année dans une lutte sans merci. C'est à cette compétition haletante que nous convie Joseph Incardona. Dans cette édition, le match s'annonce une nouvelle fois très serré entre Niko Tanner, le Rocco Siffredi finlandais, maintes fois récompensé, et Igor Azarov, l'ancien sous-marinier russe d'1m59, éternel dauphin. A moins qu'un Turc poilu ou autre batave ne viennent rebattre les cartes.

Ce roman, à la fois perché et profondément désespéré, porte merveilleusement son nom : en effet il y fait très chaud et pas que dans le sauna. La température monte dans les têtes, les corps, les slips et petites culottes. On picole de la vodka, on fume, on suce, on baise en écoutant AC/DC.

« Niko se lève, Loviisa semble rebondir sur le matelas, ses fesses vibrent comme de la gélatine. Niko, c'est 110 kilos pour 189 centimètres de viande, de muscle et de graisse. La lumière du jour filtre à travers les rideaux à motifs de tournesols. La chambre baigne dans une couleur jaune propice à une petite baise matinale. Niko rentre un peu son ventre, se touche le sexe qu'il a long et gros. Il enroule la peau de son prépuce, la remet en place. Réflexe habituel, sa bite est son instrument de travail, il en prend soin. Tous les hommes prennent soin de leur queue, mais pour lui ce geste a une portée plus universelle : Niko est « hardeur ». Il travaille dans le porno - traditionnel, sans chichis ni nuances éthiques affichées. »

« Quitter ou être quitté ?
Ceux qui restent le savent. Ils lèvent le regard sur celui qui pourrait être le prochain dans moins d'une minute, et chacun espère que ce soit l'autre. Le temps est un noyau de pêche, dur et lourd, un recommencement de l'univers. Une matrice dont ils sont l'empreinte.
Dehors, ça danse et ça se soulève.
Niko.
Igor.
Le Turc.
Le Révérend.
Ils guettent.
Ils tiennent.
Un peu plus loin. Se pencher sur le gouffre.
L'Outsider se joint à eux.
Les derniers.
Ceux qui tomberont plus tard. »

La Flûte de l'Infini
8.8

La Flûte de l'Infini

Poésie

livre de Kabir

takeshi29 a mis 8/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Résumé : « Pour rompre avec les habituels intitulés "chansons", "poèmes" ou "paroles", nous proposons au lecteur français, sous le beau titre La Flûte de l'Infini, les traductions, totalement inédites, par André Gide, de vingt-deux poèmes de Kabîr, plus un tercet non identifié. En regard, leur version anglaise par Rabindranath Tagore. À la suite, nous donnons l'intégralité du recueil des Poèmes de Kabîr, dans l'édition de 1922 et la traduction d'Henriette Mirabaud-Thorens. » Jean-Claude Perrier.

L'Autre qu'on adorait
7.1

L'Autre qu'on adorait

Sortie : 1 septembre 2016 (France). Roman

livre de Catherine Cusset

takeshi29 a mis 9/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Résumé : "L’autre qu’on adorait" fait revivre Thomas, un homme d’une vitalité exubérante qui fut l’amant, puis le proche ami de la narratrice, et qui s’est suicidé à trente-neuf ans aux États-Unis. Ce douzième roman de Catherine Cusset déroule avec une rare empathie la mécanique implacable d’une descente aux enfers.

Annotation :

Décidément cette année 2017 semble placée sous le signe des Thomas qui me laissent terrassé par les larmes. Après celui de Philippe Besson, voici donc celui de Catherine Cusset. Comment ne pas pleurer avec celle-ci le départ prématuré de cet être flamboyant et torturé, amoureux de Proust, Kant, Derrida, Mallarmé, Lautréamont, Keith Jarrett, Miles Davis, Nina Simone, Ferré, Reggiani, Brel, Gainsbourg, The Cure, The Divine Comedy, Tarkovski, Buñuel, Pasolini, Bergman, Fellini, Truffaut, Ozu, Kurosawa, Marker, Lynch, Garrel ?

Thomas aimait rire ( Terrible 291ème page ! ), le vin, le bourbon, les cigarillos, ses amis et les femmes. Il aimait la vie mais cette put... ne lui a fait aucun cadeau.

" Avec le temps... Avec le temps va, tout s'en va / Et l'on se sent blanchi comme un cheval fourbu / Et l'on se sent glacé dans un lit de hasard / Et l'on se sent tout seul peut-être mais... peinard ! / Et l'on se sent floué par les années perdues... "

« En trois pas elles sont arrivées au salon. Evelyn a vu la première ton corps renversé sur le futon, rigide, et le sac sur ta tête. Les copies des étudiants étaient répandues à tes pieds. Elle s'est retournée pour empêcher Nora d'avancer. »

« Tu as dix-neuf ans, bientôt vingt. Tes parents ont accepté de te louer une chambre de bonne au septième étage par l'escalier de service d'un immeuble haussmannien derrière la place de la Concorde. Tu ne dépends plus du dernier métro. Tu arpentes Paris jour et nuit à grandes enjambées. La salle Pleyel et l'opéra Garnier n'ont pas de secret pour toi. Tu te procures pour dix francs une place au poulailler et à l'entracte tu te faufiles au parterre, d'où tu observes les doigts du pianiste virtuose jouant les "Variations Goldberg" ou le visage de la cantatrice chantant des lieder de Malher. Bonheur. »

« Tu donnes deux cours, un cours de français débutant où tu combats l'ennui en enseignant aux étudiants tous les mots d'argot sexuel, bite, con, couille, cul, baise, qui, prononcés avec l'accent américain, ne manquent pas de piment, et un cours sur le cinéma que tu prends au sérieux, ton premier vrai cours, pour lequel tu as rassemblé une anthologie des meilleurs textes théoriques, de Bazin, Deleuze, Mitry, Bresson, Rancière, et où tu montres à tes élèves les classiques de la Nouvelle Vague, "Les Quatre Cents Coups", "Pickpocket", "L'Année dernière à Marienbad", "À bout de souffle"... »

https://twitter.com/takeshi2922/status/1240603275608698880

La Révolution sociologique

La Révolution sociologique

De la naissance d’un régime de pensée scientifique à la crise de la philosophie (XIXe-XXe siècles)

Sortie : 12 janvier 2017 (France). Essai

livre de Marc Joly

takeshi29 a mis 9/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Résumé : Au tournant du XIXe et du XXe siècle, l'ordre de la pensée, du savoir et des représentations a été ébranlé par la sociologie naissante. L'image de l'"homme", de l'existence humaine, s'en est trouvée profondément bouleversée. Cette révolution sans morts ni barricades a en revanche fait de nombreuses victimes, à commencer par la philosophie. Face à l'idée d'une autonomie et d'une singularité irréductible des faits sociaux, parachevant le développement d'approches objectivistes de l'esprit humain, la philosophie s'est retrouvée acculée, sommée de se redéfinir et d'abandonner à la sociologie, au moins provisoirement, les terrains de la morale et des conditions de possibilité de la connaissance. Avec Max Weber, Georg Simmel et Ferdinand Tönnies en Allemagne, Émile Durkheim et surtout Gabriel Tarde en France, la sociologie consacra, tout d'abord, le principe d'une pluralité de déterminations historiques et objectives pesant sur l'existence humaine. Elle ratifia, ensuite, l'avènement d'une conception nouvelle de la construction théorique, respectueuse de la complexité et de la force contraignante des faits ainsi que de la nature "sociale" des catégories de pensée et des pratiques de production et de transmission des connaissances. Une grande partie de la philosophie du XXe siècle peut être lue comme une réponse à cette révolution cognitive. C'est ainsi que Henri Bergson, Georges Canguilhem, Martin Heidegger, William James, Karl Jaspers, Maurice Merleau-Ponty ou encore Bertrand Russell sont soumis, ici, à une grille d'analyse inédite...

Annotation :

Rien à dire, Marc Joly a fait un travail remarquable. Ne s'en tenant pas à de la sociologie pure, il est d'autant plus passionnant. Bien que foisonnant d'informations, cet ouvrage n'est jamais prise de tête. En croisant sociologie, philosophie,sciences, politique, etc, il dresse au final un portrait de l'humain qui se dévore avec gourmandise.

« Ainsi les sciences en général (et la sociologie en particulier) semblent-elles récupérer à leur profit l'art « philosophique » de la conceptualisation ou de la théorisation. Elles sont invitées à pratiquer elles-mêmes cet art en créant leurs propres concepts en fonction des objets qui sont de leur ressort et qu'elles ont à investiguer au plus près de leurs structures et modalités constitutives (d'où « sozialem Lebens », « sozialer Verhältnisse »). Mais Tönnies, dans son discours, entend l'expression "sociologie philosophique" en un autre sens, qui porte peut-être encore plus atteinte à la souveraineté de la philosophie (en tant que discipline distincte des sciences). La sociologie philosophique, en effet, a aussi pour tâche de poser la question des rapports entre la science sociale et les autres sciences :

" Elle veut établir un rapport avec les autres sciences, qu'on peut aussi qualifier d'antérieures au sens comto-spencérien. Car la philosophie veut l'unité de la connaissance, elle veut autant que possible procéder de principes simples, elle veut déduire les lignes directrices nécessaires de l'être et de la pensée. Les lois générales des phénomènes, de la matière comme de l'esprit - la matière comme esprit, l'esprit comme matière -, qui sont conditionnées et déterminées par les lois de la pensée, servent aussi de support nécessaire aux faits de la vie, et par conséquent de la vie humaine-sociale. (1) "

(1) "Ibid" »

https://www.franceculture.fr/emissions/la-suite-dans-les-idees/la-sociologie-une-revolution

https://www.franceculture.fr/emissions/la-grande-table-2eme-partie/la-revolution-sociologique-de-marc-joly

Lettre au père
7.4

Lettre au père

Brief and den Vater

Sortie : 1919 (France). Correspondance

livre de Franz Kafka

takeshi29 a mis 7/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Résumé : «Très cher père,Tu m'as demandé récemment pourquoi je prétends avoir peur de toi. Comme d'habitude, je n'ai rien su te répondre...»Réel et fiction ne font qu'un dans la lettre désespérée que Kafka adresse à son père. Il tente, en vain, de comprendre leur relation qui mêle admiration et répulsion, peur et amour, respect et mépris. Réquisitoire jamais remis à son destinataire, tentative obstinée pour comprendre, la Lettre au père est au centre de l'œuvre de Kafka.

Annotation :

« Je pouvais jouir de ce que tu me donnais, mais seulement dans l'humiliation, dans la fatigue et la faiblesse, dans la conscience de ma culpabilité. C'est pourquoi je ne pouvais te montrer de reconnaissance qu'à la manière d'un mendiant, et non par mes actes. »

« Dans mes livres, il s'agissait de toi, je ne faisais que m'y plaindre de ce dont je ne pouvais me plaindre sur ta poitrine. C'était un adieu que je te disais, un adieu intentionnellement traîné en longueur, mais qui, s'il m'était imposé par toi, avait lieu dans un sens déterminé par moi. Mais comme tout cela était peu de choses ! »

Le Condamné à mort
8.1

Le Condamné à mort

et autres poèmes, suivi de Le Funambule

Sortie : septembre 1942 (France). Poésie

livre de Jean Genet

takeshi29 a mis 10/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Résumé : L'auteur de Notre-Dame-des-Fleurs et des Paravents n'a composé que quelques poèmes, tous écrits dans la première période créatrice de sa vie, entre 1942 et 1947.C'est en prison, provoqué par des camarades de cellule qui s'essayaient à imaginer de médiocres pièces sentimentales, que Genet rédigea les strophes du Condamné à mort et la dédicace en prose à Maurice Pilorge. Ces poèmes s'apparentent d'ailleurs à des chefs-d'œuvre de prisonniers, dont la seule possibilité est de fabriquer des ex-votos ou de construire un bateau toutes voiles dehors dans une bouteille. La grâce qui hante les poèmes de Genet est celle d'un ange qui s'est volontairement dévoyé. D'où le charme trouble et violent, la fascination séditieuse et irrécupérable qui émanent de ces pages.

Annotation :

« J’ai tué pour les yeux bleus d’un bel indifférent
Qui jamais ne comprit mon amour contenue,
Dans sa gondole noire une amante inconnue,
Belle comme un navire et morte en m’adorant.

Toi quand tu seras prêt, en arme pour le crime,
Masqué de cruauté, casqué de cheveux blonds,
Sur la cadence folle et brève des violons
Égorge une rentière en amour pour ta frime.

Apparaîtra sur terre un chevalier de fer
Impassible et cruel, visible malgré l’heure
Dans le geste imprécis d’une vieille qui pleure.
Ne tremble pas surtout, devant son regard clair.

Cette apparition vient du ciel redoutable
Des crimes de l’amour. Enfant des profondeurs
Il naîtra de son corps d’étonnantes splendeurs,
Du foutre parfumé de sa queue adorable. »

La peau, l'écorce
7.6

La peau, l'écorce

Sortie : 25 janvier 2017 (France). Roman

livre de Alexandre Civico

takeshi29 a mis 9/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Résumé : En plein désert, à l'affût sous un soleil qui le déchire, un homme attend l'heure de l'assaut avec le reste de sa patrouille. Il est l'un des nombreux soldats fantomatiques d'une guerre qui ne porte même plus ce nom. Ailleurs, un homme se réveille un matin raccordé à sa fille de quatre ans par un cordon ombilical. Il déambule, désemparé, dans une ville à la dérive. Deux temps, deux réalités parallèles, mais un seul univers, le nôtre, arrivé au bout de son épuisement. A la fois réflexion sur la ruine des corps qui accompagne la ruine du monde et sur l'amour asymétrique entre parents et enfants, "La peau, l'écorce" est une fable noire, une anticipation, onirique, charnelle, qui dessine la cruelle poésie de la fin d'un monde...

Annotation :

Ce roman d'une noirceur absolue se dévore en à peine 2 heures. Avec son écriture percutante, émouvante, Alexandre Civico décrit un monde en totale décomposition. Guerres, attentats, migrants, paupérisation et repli sur soi absolu des sociétés, voici le menu de ces 100 pages où suintent les corps et les cœurs.

La peau

« Je me souviens, ce jour-là, quand elle a fermé la porte, je n'ai pas serré la petite dans mes bras. Je ne lui ai pas dit elle va revenir. Nous savions tous les deux que ce n'était pas vrai. Pas la peine de s'emmerder à mentir. De toute façon, dans le fond, je m'en fichais qu'elle parte sa mère, j'avais la petite. J'avais ça, cette chose qui ouvre le ventre en deux. Cet inexplicable qui verse lentement le poison de la nostalgie dans chaque minute. Une goutte par seconde, plic, ploc. J'avais ça, la petite. »

L'écorce

« Ça ne sert à rien de mourir vivant si c'est pour faire un cadavre hébété et risible. J'aimerais qu'on puisse voir ma fureur, yeux ouverts. Je leur ai dit aux autres, vous ne me fermez pas les yeux quand ce sera mon tour, ça non. Je ne suis pas venu jusqu'ici pour avoir l'air de dormir. »

Juste la fin du monde
7.6

Juste la fin du monde (1990)

Sortie : 19 août 2020 (France). Théâtre

livre de Jean-Luc Lagarce

takeshi29 a mis 9/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Résumé : Après une longue absence, Louis décide de rendre visite à sa famille, et d'annoncer aux siens sa mort prochaine. Sa mère, sa petite soeur, son frère et sa belle-soeur sont réunis pour sa venue. Mais les retrouvailles ne se font pas sans heurt : au fil de la conversation, les reproches affleurent, d'anciennes blessures se rouvrent ; à chaque instant, le conflit menace le fragile édifice familial. Toujours à la recherche du mot le plus juste, le langage pudique de Lagarce traduit notre difficulté à communiquer. Sa simplicité poétique confère à ce dimanche en famille la force d'un mythe moderne, et élève Juste la fin du monde au rang de classique.

Annotation :

Comme l'écrit Xavier Dolan à la fin du livre, il a voulu rester le plus fidèle possible à cette pièce, tant elle était puissante. Les mots claquent, explosent, blessent, tuent, les cœurs battent fort (et celui du lecteur n'est pas épargné), l'amour est là mais ne parvient à se dire.

A noter le "carnet" de Lagarce qui complète l'ouvrage et qui bouleverse tout autant que ce qui précède.

« On devait m'aimer trop puisque on ne t'aimait pas assez
et on voulut me reprendre alors ce qu'on ne me donnait pas,
et ne me donna plus rien,
et j'étais là, couvert de bonté sans intérêt à ne jamais devoir
me plaindre,
à sourire, à jouer,
à être satisfait, comblé,
tiens, le mot, comblé,
alors que toi, toujours, inexplicablement, tu suais le malheur
dont rien ni personne, malgré tous ces efforts, n'aurait su te distraire et te sauver.

Et lorsque tu es parti, lorsque tu nous as quittés, lorsque tu nous abandonnas,
je ne sais plus quel mot définitif tu nous jetas à la tête,
je dus encore être le responsable,
être silencieux et admettre la fatalité, et te plaindre aussi,
m'inquiéter de toi à distance
et ne plus jamais oser dire un mot contre toi, ne plus jamais
même oser penser un mot contre toi,
rester là, comme un benêt, à t'attendre. »

Une bouche sans personne
6.7

Une bouche sans personne (2016)

Sortie : 25 août 2016 (France). Roman

livre de Gilles Marchand

takeshi29 a mis 9/10, l'a mis dans ses coups de cœur et a écrit une critique.

Résumé : Un comptable se réfugie la journée dans ses chiffres et la nuit dans un bar où il retrouve depuis dix ans les mêmes amis. Le visage protégé par une écharpe, on ne sait rien de son passé. Pourtant, un soir, il est obligé de se dévoiler. Tous découvrent qu'il a été défiguré. Par qui, par quoi ? Il commence à raconter son histoire à ses amis et à quelques habitués présents ce soir-là. Il recommence le soir suivant. Et le soir d'après. Et encore. Chaque fois, les clients du café sont plus nombreux et écoutent son histoire comme s'ils assistaient à un véritable spectacle. Et, lui qui s'accrochait à ses habitudes pour mieux s'oublier, voit ses certitudes se fissurer et son quotidien se dérégler. Il jette un nouveau regard sur sa vie professionnelle et la vie de son immeuble qui semblent tout droit sortis de l'esprit fantasque de ce grand-père qui l'avait jusque-là si bien protégé du traumatisme de son enfance. Léger et aérien en apparence, ce roman déverrouille sans que l'on y prenne garde les portes de la mémoire.

Annotation :

« J'ai un poème et une cicatrice. »

Difficile parfois de remanger des crêpes...

« Je me souviens que tu m'avais fait jurer de ne rien oublier mais de ne pas y accorder trop d'importance. »

« Mon grand-père avait une classe naturelle. Il aurait pu être une vedette, mais il n'avait pas un rond.
Il s'habillait sobrement : pull en laine et pantalon en velours. Je ne me souviens pas l'avoir vu en costume. Alors, quand je dis qu'il aurait pu être une vedette, je pense davantage à une star le dimanche. Pas lorsqu'elle monte les marches du festival de Cannes. Une star qui promènerait ses enfants au bord d'une rivière. Une sorte de grand Kennedy photographié à son insu avant son élection à la présidence. »

«... L'homme tente quelques gestes pour sortir de là, mais il est bel et bien collé et rien n'y fait. Bang. Toujours souriant, son corps chancelle, bascule vers l'arrière et finit par se détacher du mur. Comme une brique, il vient s'écraser au sol. Sous la moustache du chasseur, ses lèvres dissipent le nuage de fumée du canon de son arme. Hourra général. C'est pas tous les jours qu'on dégomme un pigeon et un trapéziste. Du coup, le chasseur se sent des envies de tirer sur tout ce qui bouge : un canard boiteux mais néanmoins sauvage, une chanteuse québecoise, un ours en peluche, une boîte de conserve, une diligence, une banque, un lépreux, Blanche-Neige et trois de ses nains, une pastèque, le rêve d'une jeune fille (son prince ne viendra plus, cela ne fait à présent plus aucun doute), une tour de verre, un verre à pied, un pied de cochon. Marie-Madeleine n'a qu'à bien se tenir, Marie-Madelon fait le dos rond. »

« De la fumée. Un panache de fumée. Un deuxième, juste à côté. Un troisième puis un quatrième. Ils se mêlent, forment un gros nuage. Il y a des cris. Maman tremble.
Les soldats qui sont parmi nous sont nerveux, ils ne lâchent pas leur gâchette. Ils font les cent pas, vérifient que personne ne sort du rang.
Une heure passe comme ça. Je n'ai plus mal à la tête. J'attends et j'ai peur. Peur parce que maman a peur. Peur parce que papa saigne et qu'on ne peut même pas le soigner.
On nous fait signe d'aller vers l'église. On nous l'ordonne. Nous sommes plusieurs centaines. On se bouscule, on se parle un peu. Mélange de silences et de chuchotements. Est-ce que c'est vraiment le moment pour aller prier ? Moi, je vais prier pour papa. Et pour mon grand-père qui n'est pas là mais qui reviendra ce soir. »

Terreur
4.1

Terreur

Sortie : 4 janvier 2017 (France). Essai

livre de Yann Moix

takeshi29 a mis 1/10.

Résumé : « Ce livre, écrit au jour le jour pendant et après les attentats contre Charlie Hebdo et à l'Hypercacher, ne sort que deux ans après les événements : il fallait respecter le temps du deuil ; et me donner la faculté de suspendre celui de la réflexion. "Penser" les attentats est une gageure, parfois même un oxymore : le risque est soit de donner trop de sens à ce qui n'en a pas, soit de rater les étapes d'un processus plus complexe qu'il n'y paraît. Penser les attentats, c'est possiblement se tromper. Ce livre est un cheminement, une progression, une interrogation, un questionnement sur la radicalité, la radicalisation, la jeunesse, l'islamisation, la violence, le nihilisme. Autant de termes qu'on ressasse à longueur de journées sans jamais s'arrêter pour les creuser, les approfondir jusqu'à la nausée. Ce petit essai est obsessionnel : revenir à l'infini sur les actes, les causes, les effets, les acteurs, les conséquences, sans jamais se raturer, au risque même, çà et là, de se contredire. Les frères Kouachi, Amédy Coulibaly sont les tristes protagonistes d'un événement originel, matrice de tous les attentats qui suivirent : les notes et scolies rédigées à chaud et publiées maintenant, doivent se plaquer sur tous les attentats qui suivirent, et qui sortent tout droit, peu ou prou, de janvier 2015.Car ce qui me frappe à la relecture d’un texte rédigé il y a deux ans, c’est à quel point ce qui y était prévu est déjà advenu ou encore, hélas, à advenir . Je n’ai donc rien censuré des passages prophétiques qui me donnent aujourd’hui le sentiment d’une réflexion rattrapée par le réel, au prétexte qu’ils pourraient être lus comme ayant été rédigés rétroactivement à partir du réel : on ne s’excuse pas d’avoir eu raison trop tôt. "Nous sommes en guerre" a dit le président de la République. Les écrivains ont toujours voulu dire la guerre. Je n'échappe ni à la règle, ni à la tradition. »

Annotation :

Yann Moix, tu me dois 18€ pour cette bouse...

Je fais un résumé afin de vous faire gagner un temps précieux : avec le terrorisme les terroristes terrorisent les terrorisés. Profond non ?

Le Funambule
8.3

Le Funambule (1958)

Sortie : 1958 (France). Théâtre

livre de Jean Genet

takeshi29 a mis 8/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Annotation :

« Et danse !
Mais bande. Ton corps aura la vigueur arrogante d’un sexe congestionné, irrité. C’est pourquoi je te conseillais de danser devant ton image, et que d’elle tu sois amoureux. Tu n’y coupes pas : c’est Narcisse qui danse. Mais cette danse qui n'est que la tentative de ton corps pour s'identifier à ton image, comme le spectateur l'éprouve. Tu n’es plus seulement perfection mécanique et harmonieuse : de toi une chaleur se dégage et nous chauffe. Ton ventre brûle. Toutefois ne danse pas pour nous mais pour toi. Ce n’était pas une putain que nous venions voir au Cirque, mais un amant solitaire à la poursuite de son image qui se sauve et s’évanouit sur un fil de fer. Et toujours dans l’infernale contrée. C'est donc cette solitude qui va nous fasciner. »

Une femme au téléphone
5.8

Une femme au téléphone

Sortie : 3 janvier 2017 (France). Roman

livre de Carole Fives

takeshi29 a mis 5/10.

Résumé : «Tu viens quand alors? Bientôt quand? Ton frère dit ça aussi mais je ne vous vois plus que pour Noël... Pourquoi tu ne demandes pas ta mutation? Si vous viviez plus près, je vous inviterais à manger, j'irais chez vous faire le ménage... Si par malheur vous n'aviez plus d'argent, je m'occuperais de vous. Je pourrais même vous aménager la cave, y installer le chauffage pour l'hiver, elle est grande, vous auriez toute la place. Tatata, tu verras quand tu auras mon âge. Tu penseras à moi, à tout ce que je te disais. Tu diras, eh oui, maman avait raison et j'avais tort, et maintenant elle n'est plus là... Une mère, on n'en a qu'une, vous devriez en profiter...» Charlène, la soixantaine, est restée jeune. Mais quand le vide l'envahit soudain, elle enchaîne les appels téléphoniques à sa fille. Mère touchante et toxique à la fois, elle l'atteint toujours là où ça fait mal.

Annotation :

Un petit livre sans prétention mais qui s'oublie aussitôt refermé

« Pour vous, je serai toujours celle qui vous a massacrés et à cause de qui vous êtes devenus des artistes. Mais il y autre chose quand même, non ? Vous ne voyez toujours que le verre à moitié vide, il serait temps de boire le reste ! »

Lettres à sa mère

Lettres à sa mère

Sortie : 20 janvier 2017 (France). Poésie, Correspondance

livre de Charles Baudelaire

takeshi29 a mis 6/10 et a écrit une critique.

Résumé : Les "Lettres à sa mère" de Charles Baudelaire constituent un visage particulier de l’autobiographie spirituelle que représente la correspondance du poète. Ces lettres dévoilent la permanence et la violence d’un attachement, toute une vie durant, à la personne et à l’image maternelle. Témoignages d’une relation passionnelle et conflictuelle, elles révèlent l’étonnante dépendance, tant affective que matérielle, de l’auteur des "Fleurs du Mal" à l’égard d’une femme qui s’appliquait à incarner les valeurs matérialistes et les préjugés de la bourgeoisie sous Louis-Philippe et le Second Empire. Mais cet écart spirituel entre mère et fils, que ce dernier s’efforça toujours – et toujours en vain – de réduire, est, de même que la vie précaire, douloureuse qu’il mène, le reflet des tensions sur lesquelles se fonde son œuvre. Les souffrances que, dès l’enfance et jusqu’à la fin de sa vie, le poète avoue à Mme Aupick, sont comme le soubassement d’une œuvre avec laquelle toute son existence se confond. Introspective, cette correspondance donne à lire des confessions d’une profondeur et d’une intensité poignantes, expression privée, intime, de l’objectif que se proposait Baudelaire pour le grand livre que devait être "Mon cœur mis à nu". Toutes les lettres connues de Baudelaire à sa mère sont ici reproduites dans leur intégralité. Celles de Mme Aupick à son fils font défaut, sans doute détruites par elle-même après la mort du poète ; il ne s’agit donc pas d’une correspondance croisée. En complément sont insérées, chronologiquement, des lettres de Mme Aupick à Narcisse Ancelle, documents pour la plupart inédits, ainsi que quelques lettres du général et de Mme Aupick à Alphonse Baudelaire, et de Narcisse Ancelle à Mme Aupick.

Annotation :

On ne va pas se mentir, un tel ouvrage ne s'adresse véritablement qu'aux disciples de la "Secte du Temple Baudelaire", et là petit problème : si l'objet reste un bonheur de fan à ranger dans la collection, il n'apprend rien qu'on ne savait déjà sur l'homme Charles Baudelaire ( les livres, les hors-séries de magazines, les documentaires sont légion sur le sujet - Pas plus tard qu'en février, Lire y consacrait encore un dossier : Baudelaire réac ou rebelle ? ) et encore moins sur le poète.


Paris. Lundi soir 10 février 1862.

« Chère maman,

Aussitôt que tu recevras cette lettre, monte dans mon cabinet, cherche les œuvres d’Edgar Poe (le dos est vert olive), prends le quatrième volume, informe-toi du moyen le plus rapide (poste ou chemin de fer ? Je crois que c'est la poste; mais la poste n'admet pas les paquets fermés) et envoie-le-moi tout de suite. Cet exemplaire de Poe me coûte un prix fou, c'est te dire qu'il faut que ce quatrième volume soit enveloppé de telle façon que le trajet ne puisse l'abîmer en aucune façon.
Il y a huit jours j'ai demandé un exemplaire vulgaire à Londres. Il y a quatre jours que c'est arrivé à Paris, et la sottise de la douane ou du ministère retient le livre dont j'ai besoin depuit huit jours pour gagner immédiatement 200 francs.
J'attends le livre après-demain, le livre envoyé par toi. Si j'attendais plus longtemps que la douane voulût bien me livrer mon exemplaire, je perdrais le prix promis de mon article.
Quatrième volume. Fais bien attention. C'est pour un article intitulé "L'Automate joueur d'échecs".
Il est 6 heures.
Je ferai en sorte de te raconter demain tout ce qui m'est arrivé. Il y a du désolant et du consolant. Je t'embrasse et je crois que nous nous verrons en mars.
Il y a eu jeudi dernier une tentative d'élection à l'Académie. Treize tours de scrutin, et aucun résultat.
Je viens de retirer ma candidature pour le fauteuil du Père Lacordaire; je t'assure que j'agis sagement; je sais maintenant que je serai nommé, mais quand ? Je ne le sais pas.
Je t'embrasse et je te regarde comme mon seul salut et mon seul amour. »

Charles

« Protège bien surtout les coins et les angles du volume. Recommande la grande vitesse, la plus grande. ».

Peggy dans les phares
7.2

Peggy dans les phares (2017)

Sortie : 11 janvier 2017 (France). Roman

livre de Marie-Ève Lacasse

takeshi29 a mis 8/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Résumé : Peu évoquée par Françoise Sagan, Peggy Roche fut son amour presque secret pendant vingt ans. Marie-Eve Lacasse lui consacre un roman. « Elle est grande, mince et brune. Elle a des gestes, un caractère, une dégaine. » Ainsi Françoise Sagan décrit-elle Peggy Roche, dans un article paru en 1987 dans L'Egoïste (1) . Ailleurs : « Une dégaine de femme fatale et des pudeurs d'adolescente, la colère prompte mais le cœur sur la main, l’œil distrait mais un regard de lynx. » Portraits précis, lapidaires - des mots nets comme des traits de crayon traçant sur la page blanche une silhouette ferme, élégante, impeccable. Peggy Roche fut pourtant, pour Sagan, bien plus qu'un profil esquissé. Une compagne, une amie, une épaule, un fol amour, plus de quinze années durant - mais comme se tenant dans l'angle mort de l'image chatoyante et rabâchée de la Sagan publique. Jamais, en effet, les deux femmes ne s'affichèrent en couple. Elles reposent à présent toutes deux au cimetière de Seuzac, près de Cajarc, berceau de la famille Sagan, mais le nom de Peggy Roche ne figure pas sur la sépulture de pierre, demeurée anonyme.

Annotation :

Si vous vous êtes toujours demandés qui était cette Peggy Roche, si vous aimez Françoise Sagan, l'ivresse, la mode, et avant tout la littérature et l'amour...

« Aujourd'hui ta présence est pour ainsi dire devenue inversée. Tu es si absente que tu es partout, je n'ose rien toucher de peur de déplacer le souvenir et l'évidence de toi. Je fume, pied sur la chaise, observant ce qui m'entoure comme un décor étranger. Et si cette chambre, ce lit, ces draps et nos objets emmêlés constituaient une espèce de musée ? »

« Peut-être étions-nous encore trop remplies d'espérance, pas encore assez fracassées par la vie pour connaître l'humilité brutale que nécessite l'expérience d'aimer ? »

« Il y a quelque chose qu'on oublie vite, avec les années, avec les disputes et les déceptions, avec ce que l'on préfère ne pas voir : c'est l'énergie initiale qui nous fait nous arrêter sur quelqu'un. Avec le temps vient ce désir que les choses durent, qu'elles se prolongent. Que les journées passées ensemble à répéter inlassablement les mêmes cycles, réveil / vie éveillée / sommeil, ne soient pas une lente dégradation de l'euphorie originelle mais tout le contraire, une manière de se hisser, sans se mentir ni se trahir - chacun s'enrichissant au fil du temps de cette mise en commun de savoirs pour traverser la vie, s'épauler mais aussi s'applaudir. Que la félicité des premiers instants n'est rien par rapport à la force irremplaçable d'un couple vieux, qui s'est vu plus d'une fois marcher dans la laideur, montrant le plus décevant et parvenant à s'étonner encore par des sources cachées, et susciter à nouveau l'envie inexplicable de recommencer... »